40ème jour du décès de sa maman suite à longue maladie : l’hommage émouvant, à nous tirer des larmes, lumineux, inspirant…et hilarant de Juliette Ba, journaliste, coach en mieux-être et harmonie du couple, auto-surnommée ‘Délicieuse imparfaite’

Publicité

Tract Hebdo – Maman
Il y a 40 jours, je recevais le coup de fil que j’attendais depuis longtemps… Et qu’en même temps, aucun enfant n’est jamais vraiment prêt à recevoir.
Ma maman est partie. (émoticones : coeur blanc, colombe blanche).

Cela faisait plusieurs années que la maladie s’était installée dans nos vies. Cinq années de combat, de fatigue, d’espoir parfois, de rechutes aussi. Cinq années pendant lesquelles ma sœur s’est occupée d’elle avec une force immense. Et puis en mars, je suis venue au Sénégal en urgence après une hémorragie digestive.
Je savais. Nous savions.

Quand je l’ai vue à l’hôpital, affaiblie, amaigrie, fatiguée… quelque chose en moi a compris que le temps commençait doucement à se replier.

Je me souviens avoir murmuré : Mamoune, merci de m’avoir attendue …

Alors je l’ai massée. Avec déférence, dévotion… Impuissante face à sa douleur, j’ai tenté de la soulagé… Je répétais : « Tu es belle Maman », « Je t’aime deh »… « C’est qui ma Maman cherie », »Yaye boye yow »… Je lui ai chanté ses chansons préférées… Je lui ai donné à manger, felicitant chaque minuscule bouchée,  chaque petite gorgée d’eau… Je l’ai regardée dormir. Je lui ai caressé les mains comme on essaye de retenir encore un peu la vie quand elle commence à prendre le large.

Je suis rentrée en France en lui ayant dit aurevoir
Agonie n’est pas camarade de quelqu’un.
Quelle impuissance.

La voix de ma soeur qui rassemblant tout son courage a chuchoté : Maman est partie se reposer.
.

Et puis il y a eu la toilette mortuaire.
Et ça… je crois qu’aucun mot ne prépare vraiment à ça.
Laver le corps de sa mère. Toucher ce corps glacé. Rigidifié par le départ. Passer ses mains doucement sur cette peau qu’on a connue chaude, vivante, mouvante. Caresser ce visage devenu silencieux. Honorer une dernière fois ce corps qui nous a portés, enfantés, bercés.

Moi qui ai 50 ans.
Moi qui suis ménopausée.
Moi qui n’ai pas enfanté.
Moi qui réfléchis depuis longtemps au corps, à la féminité, à la transmission, au temps qui passe…
Moi qui accompagne, coache, facilite… je suis ressortie de ce moment profondément transformée.
Parce qu’à cet instant précis, il n’y avait plus de faux-semblants. Plus de rôle social. Plus de performance. Plus de masque.
Juste un corps humain. Un corps qui avait aimé, porté, souffert, travaillé, crié, ri, enfanté. Un corps arrivé au bout de son voyage terrestre.
Et paradoxalement, pendant que je lavais ce corps devenu froid et immobile… je sentais son âme immensément présente.
Comme si elle n’était déjà plus vraiment là… et pourtant partout autour de moi.
Je crois qu’on ne ressort pas indemne d’une expérience pareille. Le rapport au corps change. Le regard sur la vie change. Le regard sur soi change.
Entre deux silences, entre deux gestes du quotidien, il y avait tout notre passé. Notre histoire. Complexe. Intense. Vivante. Comme nous.

Ma mère n’était pas une femme tiède. Elle prenait de la place. Beaucoup de place. (émoji : visage souriant). Elle pouvait être difficile, drôle, excessive, autoritaire, lumineuse, déroutante, forte et fragile à la fois. Mais elle était profondément vivante.
Elle chantait tout le temps. Elle dansait tout le temps. Même malade. Même fatiguée. Même au bord du départ.
Elle rencontrait quelqu’un et disait immédiatement : « Vous voulez que je chante pour vous ? Vous voulez que je danse pour vous ? » (émoji : visage hilare)

Et jusqu’à son lit de mort, elle a continué à chanter. À danser. À être elle.

Alors le jour de son enterrement, malgré la douleur, malgré les larmes, j’ai dansé aussi. J’ai mis une bouteille sur ma tête, à la capverdienne. J’ai chanté. J’ai demandé aux gens d’applaudir.
Parce que je savais que c’est ce qu’elle aurait voulu.
Et aujourd’hui encore, je réalise à quel point elle vit en moi.

Je sais maintenant combien son unicité et ses particularités traversent aussi mon existence. Je ne suis pas intensément sensible pour rien. Je ne suis pas décalée pour rien. Je ne ressens pas le monde aussi fort par hasard.

Il y a en moi quelque chose d’elle qui continue de vivre, de vibrer, de chercher, de ressentir, de créer du lien, de chanter même dans les tempêtes.

Mes sœurs chéries, Sarah et Tessy… (émoji : cœur blanc).
Maman vit déjà en chacune de nous.
Il n’y a pourtant que 40 jours qu’elle est partie… mais je le vois déjà partout. Dans vos gestes. Dans certaines expressions de vos visages. Dans des mots que vous reprenez sans même vous en rendre compte. Dans une manière de rire. Dans une façon de regarder les choses. Dans cette présence qu’elle continue d’avoir au milieu de nous.
Et ce qui me bouleverse le plus, c’est que malgré la douleur encore si vivace… nous avons déjà des fous rires en parlant d’elle. (émoji)
On imite ses phrases. Ses réactions. Ses manières de chanter. Et pendant quelques secondes, elle redevient presque physiquement là.
Alors non… je ne la remplacerai jamais. Mais je sais aujourd’hui qu’une partie d’elle continue de vivre à travers moi. Comme à travers vous.
Et je voulais que vous le sachiez.

Ces 40 jours ont été particuliers. Parce qu’on ne pleure pas seulement une mère. On pleure aussi l’enfance, les blessures, les souvenirs, les odeurs, les disputes, les réconciliations, les “tu m’énerves”, les “tu me manques déjà”, les choses qu’on n’a pas dites… et celles qu’on a enfin réussi à comprendre.

Et au milieu de tout ça, il y a eu

VOUS. (émoji : cœur blanc)

Les messages. Les appels. Les prières. Les présences discrètes ou immenses. Les visites. Les enveloppes. Les bras ouverts. Les mots maladroits parfois, mais sincères toujours.

MERCI.

Publicité

Merci d’avoir entouré notre famille avec autant d’amour et de dignité. Merci d’avoir honoré la mémoire de ma maman. Merci d’avoir été là, tout simplement.

Aujourd’hui, au milieu de cette douleur, il y a aussi une immense gratitude.

La gratitude d’avoir pu me préparer à son départ. Parce que j’ai perdu mon père dans des circonstances extrêmement brutales et violentes. Je n’ai pas pu lui dire au revoir. Je n’ai pu que me recueillir sur sa tombe.

Alors avec ma mère, malgré la souffrance, la vie m’a offert autre chose. Le temps. La présence. L’accompagnement.
Le temps de lui tenir la main.
Le temps de la masser.
Le temps de lui chanter des chansons.
Le temps de lui donner à manger.
Le temps de la regarder dormir.
Le temps de la bénir et de lui demander de me bénir.
Le temps de lui demander pardon. Et de lui pardonner aussi.
J’ai pu revenir.
J’ai pu l’accompagner jusqu’au bout.
J’ai pu être sa fille, pleinement, malgré tout, à travers tout.
UNE IMMENSE GRÂCE …

Aujourd’hui, la douleur et le chagrin existent encore. Mais ils commencent doucement à faire de la place à autre chose : la gratitude.

La gratitude d’avoir vécu cette traversée avec elle jusqu’au bout. Et la gratitude de l’avoir eu comme Maman.

Je crois profondément que nous sommes des âmes venues vivre une expérience humaine. Et certaines âmes laissent une empreinte impossible à effacer, même après leur départ.
Ma maman fait partie de celles-là.

Je n’ai pas d’enfant, je n’ai pas de fille.
La transmission se fait et continuera de se faire différemment…

Une pensée affectueuse et respectueuse pour mon beau-frère Amadou, amouniou sa fayy… Notre gratitude envers toi est absolue… (émojis : 02 cœurs blancs)
Elle est tout aussi absolue envers SARAH, Ma soeur… je n’ai même pas les mots.
Tu as géré, administré, supporté, accompagné, PORTER, d’une main de maître, le coeur toujours ouvert … (émojis : cœur avec bandage, cœur blanc)
Tess notre thiatt, on va tellement te coller ( encore plus)  que tu ne vas plus nous supporter….(émojis : cœur avec bandage, deux corps enlacés, cœur blanc)

Merci les Tatas, les Tontons…
Lorsque Papa et Maman font le grand voyage, vous êtes ce qu’il nous reste …

Merci à tous, les amis, les proches, les voisins, les connaissances, les collègues, les abonnés,  les clients, les élèves…

Soyez bénis !

Repose en paix Maman.
Je t’aime à L’INFINI
(émojis : cœur  blanc, blanche colombe)

Juliette Ba (sans accent circonflexe)

www.tract.sn

Publicité