Tract Hebdo – À mesure que le calendrier s’effeuille, la tension monte dans les lycées du pays. Les dates fatidiques des examens approchent à grands pas, et avec elles, ce parfum si particulier de craie, de sueur froide et de fétichisme du diplôme. Les élèves, ces braves futurs soldats de la Transformation (hormonale, à défaut d’être systémique), révisent désormais avec l’énergie du pur désespoir. On les voit, tard le soir tenter de mémoriser les courants littéraires ou les lois de la thermodynamique, tout en se demandant si leur futur métier a déjà été remplacé par une intelligence artificielle qui, elle, n’a pas besoin de prendre le bus à 5h45 du matin.
C’est une tradition nationale, un rituel immuable qui ferait passer les saisons de l’année pour des événements imprévisibles : tandis que les candidats s’épuisent sur les manuels, les syndicats d’enseignants, eux, commencent leur échauffement musculaire pour leurs traditionnelles grèves pré-hivernage. On ajuste les banderoles, on lubrifie les sifflets et on prépare les cahiers de doléances qui traînent dans les tiroirs ministériels depuis la première alternance wadienne de 2000 (ou presque). C’est le cycle immuable de la vie académique sénégalaise : une sorte de valse à trois temps où les profs demandent (souvent à juste titre), l’État promet (toujours avec une sincérité désarmante), et, à la fin, ce sont les élèves qui redoublent (ou qui apprennent surtout à maîtriser l’art de l’attente).
Nous, notre fibre sociale vibre de compassion pour ces hussards nègres de la République. Comment peut-on demander à un enseignant de former les élites de demain avec des indemnités de correction d’examens insuffisantes et souvent non payés ? Le savoir est un bien public, mais le ventre du professeur est un domaine privé qui ne saurait rester vide. L’éducation ne devrait pas être la cinquième roue du carrosse budgétaire, surtout quand on voit l’argent qui coule à flot dans des projets plus « visibles » mais moins intelligents.
Cependant, il faut dire ceci : transformer le calendrier scolaire en champ de bataille annuel commence à ressembler à un sabotage en règle de notre propre avenir. À force de prendre les examens en otage, on finit par transformer le Baccalauréat en un simple certificat de présence prolongée. Si l’on veut que nos diplômes pèsent plus que le papier sur lequel ils sont imprimés, il faudrait peut-être que la rigueur s’invite aussi bien dans les revendications que dans les salles de classe.
En 2026, dans l’Education, maroquin « ad-ministériélisé » et administré par le Kédovin de Gibraltar, Mouss Guirassy, l’option « Patience » est devenue obligatoire pour tous les candidats au bachot, coefficient 10. Les élèves apprennent la géographie des grèves avant celle des continents, et la philosophie du « Insha’Allah » avant celle de Descartes. C’est une formation complète à la vie réelle au Sénégal : une vie faite d’obstacles, d’incertitudes et de beaucoup de résilience. On souhaite bonne chance aux candidats, car entre un État qui fait la sourde oreille et des syndicats qui haussent le ton, le seul véritable examen qu’ils passent actuellement, c’est celui de leur santé mentale.
D’ici à ce que Mouss Guirassy, surmené, ne nous supprime le baccalauréat comme il l’a fait pour l’examen d’entrée en sixième….! Il ne manquerait plus que ça, comme scandale pédagogique! Et pourquoi ne pas supprimer tout simplement l’Education Nationale pour ne plus avoir de grèves d’enseignants sur les bras, n’est-ce pas? iiish..
Damel Gueye, Directeur de Publication de Tract Hebdo
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