Présidentielle : à 3 jours de l’élection, les Lions indomptables Eto’o et Rigobert Song appellent à voter Biya, « leader rassembleur »

LES AFRIQUES – A quelques jours de la présidentielle du 7 octobre, le président sortant, Paul Biya, a bénéficié du soutien de la star camerounaise du football, Samuel Eto’o. Une marque de faveur qui passe mal, autant chez certains autres candidats que dans une bonne partie de l’opinion.

C’est au perron du palais présidentiel, au terme d’une audience, que Samuel Éto’o annonce qu’il votera pour le « candidat président », un « leader rassembleur ». Devant les micros et caméras de journalistes, il a invité ses fans à faire comme lui.

Akere Muna, candidat à la présidence et l’un des premiers à réagir à cette annonce, s’est dit « triste et choqué ». Il a aussi rappelé que Samuel Eto’o, aujourd’hui âgé de 37 ans avait tout juste un an lorsque Paul Biya est devenu président de la République.

Mais c’est sur les réseaux sociaux que les critiques ont été les plus vives à l’encontre de l’ancien goleador des Lions indomptables. Certains l’ont qualifié de « traître ». D’autres, par dépit, sont allés jusqu’à lui contester sa nationalité camerounaise.

Samuel Eto’o n’est cependant pas le seul ancien lion indomptable à avoir indiqué qu’il votera pour Paul Biya. Rigobert Song, ancien capitaine et recordman de sélections avec le Cameroun, y est allé aussi de son soutien au même candidat.

Du côté de l’opposition, l’artiste Richard Bona ne s’est pas gêné pour redire tout le mal qu’il pense du candidat du pouvoir, sans avoir appelé à voter pour un candidat précis.

Startups : Le Sénégal, purgatoire pour les « business angels » ?

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L’ÉCO DES SAVANES – Public majoritairement masculin, costume sans cravate, tablette ou téléphone greffé à une main, l’air sérieux et toujours pressé. Les rencontres « tech » se succèdent à Dakar, avec invariablement le même code esthétique… et les mêmes problèmes de financement.

Pour la dizaine de jeunes créateurs d’entreprise réunis ce jour-là au siège d’un grand groupe de télécommunication, les enjeux sont énormes car les fonds sont encore trop rares, même s’ils augmentent.

« L’innovation en Afrique, c’est souvent +comment avoir le plus gros impact avec des ressources limitées+ », explique lors de l’étape dakaroise d’un concours international Fanny Dauchez, ambassadrice du fonds d’investissement suisse Seedstars.

Les capitaux drainés par 124 startups africaines sont passés de 367 millions de dollars (312 millions d’euros) en 2016 à 560 millions de dollars (476 millions d’euros) en 2017, soit un bond de 53%, relève une étude de l’investisseur Partech Ventures, qui a lancé en janvier un fonds dédié aux « champions du numérique » en Afrique subsaharienne.

Depuis 2012, ces investissements ont même été multipliés par 14, mais on est encore très loin des 20 milliards d’euros de capital-risque levés en 2017 par les startups européennes.

En outre, trois pays anglophones, l’Afrique du Sud, le Kenya et le Nigeria, continuent à se tailler la part du lion (76%), tandis que cinq pays francophones, dont le Sénégal, ont bénéficié de 10% des fonds levés sur le continent, selon Partech, qui a ouvert un bureau à Dakar.S’il connaît une « floraison » de startups, le Sénégal « reste en retard par rapport à ses concurrents africains anglophones », aux marchés plus importants et plus favorables à l’investissement, confirme Régina Mbodj, directrice du CTIC, un incubateur lancé à Dakar en 2011.

– Quelques minutes pour convaincre –

Lors des réunions avec des investisseurs, les entrepreneurs ouest-africains vendent fiévreusement leur startup, l’un après l’autre, en trois, cinq ou dix minutes chacun, avec un texte et une gestuelle travaillés.

Sédar Senghor utilise les quelques minutes qui lui restent pour relire son Power-Point. « Ma startup, Cartalink, est spécialisée dans les plateformes monétiques », des logiciels qui permettent des transactions numériques, utilisées par exemple pour les bornes de commandes dans les restaurants, explique-t-il avec assurance.

Pour l’instant cet « entrepreneur dans l’âme », comme il aime à se définir, a déjà séduit 16 établissements de bowling français mais son équipe de 12 personnes ambitionne de convaincre des entreprises sénégalaises (restaurants, lieux de loisir…) d’adopter sa technologie.

Candidate malheureuse au concours dakarois de Seedstars, dont la grande finale internationale le 5 avril 2019 à Lausanne (Suisse) sera dotée de 500.000 dollars, Olivia Ndiaye se souvient d’avoir bénéficié des conseils des « bonnes personnes » au sein d’un incubateur lorsqu’elle a cofondé il y a deux ans « Lives », un site de promotion du tourisme en Afrique.

En revanche, « côté investisseurs », surtout dans les premières étapes, « il y a un peu plus de difficultés », reconnaît la jeune femme, à la recherche de fonds pour s’étendre à l’étranger.

« Ce qui manque, ce sont des investissements pour des petits projets, qui ont besoin peut-être de 10.000, 50.000 dollars. Toute la partie +business angel+ n’existe pas, ou en tout cas elle a besoin de se développer beaucoup », résume Fanny Dauchez, veste de baseball aux couleurs de son entreprise.

– Mythe de la Silicon Valley –

« On a fait un +storytelling+ (raconté une belle histoire, NDLR) avec la Silicon Valley, en parlant de +geeks+ dans un garage qui sont partis de rien », explique Samir Abdelkrim, entrepreneur et fondateur de « Startup BRICS », blog français d’actualité de startups des pays émergents.

Mais « on oublie de dire qu’en parallèle, les puissances publiques ont aidé la recherche et que les Etats-unis sont depuis toujours un pôle d’attraction des talents », rappelle-t-il, en soulignant qu’à Lagos, au Nigeria, « lorsque le premier incubateur de startups a vu le jour en 2010, aucun investisseur n’était présent ».

Au Sénégal, l’Etat a posé quelques jalons en divisant par 10 le capital social nécessaire à la création d’une entreprise, fixé à 100.000 francs CFA (150 euros), ou en prévoyant l’ouverture d’un parc de technologies numériques d’ici 2021 dans la ville nouvelle de Diamnadio, où université, ministères et centres logistiques se côtoieront à deux pas du nouvel aéroport international.

En attendant, une quinzaine de startups se sont déjà regroupées à Dakar au sein de la communauté franco-sénégalaise « Teranga Tech », dont les premiers projets seront soutenus par l’Institut français et l’Institut Goethe (allemand).

On y retrouve les créateurs d’une plateforme destinée aux victimes d’agressions sexuelles ou encore « Save Dakar », un site participatif luttant contre les décharges sauvages.

Portrait : la Maire de Dakar Soham El Wardini a été ‘Miss Sénégal’ 1970

Pour la première fois, une femme dirige Dakar. Soham El Wardini, 65 ans, n’est pas une inconnue dans la capitale sénégalaise. Depuis l’incarcération en mars 2017 du maire de Dakar Khalifa Ababacar Sall, celle qui était sa première adjointe depuis 2014 a d’abord assuré l’intérim, avant d’être confirmée dans ses fonctions, samedi 29 septembre. Elle a été élue par 64 voix contre 13 pour Moussa Sy et 11 pour Banda Diop, ses deux adversaires, membres eux aussi de la coalition Taxawu Dakar, fondée par Khalifa Sall et dissidente du Parti socialiste.

« Je suis fière d’être la première femme maire de la capitale du Sénégal », a-t-elle lancé à l’annonce des résultats, juste avant de réitérer son soutien à Khalifa Sall et d’affirmer qu’elle le considérait toujours comme le maire. « Les équipes vont rester inchangées. Nous allons terminer les projets commencés. L’essentiel, c’est de nous remettre au travail et de rester unis. Je vous assure que le combat continue », a-t-elle ajouté devant les « khalifistes » présents en nombre et ne cachant pas leur joie.

Visites à la prison de Rebeuss

Il ne reste que quatorze mois à Soham El Wardini avant les élections municipales de décembre 2019 pour valoriser le bilan du « maire martyr », comme l’appellent volontiers ses proches. Après avoir vu sa condamnation à cinq ans de prison ferme pour « escroquerie portant sur des fonds publics » confirmée en appel dans l’affaire de la caisse d’avance de la mairie de Dakar, Khalifa Sall avait été déchu de son mandat de maire par décret présidentiel le 31 août. Cette confirmation « le prive de la capacité juridique et de l’autorité morale nécessaires à l’exercice de ses fonctions », avait alors affirmé le ministre de la gouvernance territoriale, signataire du décret.

Depuis dix-neuf mois, Soham El Wardini gère donc les affaires de la mairie avec ses collaborateurs en se rendant chaque semaine à la prison de Rebeuss pour recevoir les consignes de Khalifa Sall. Elle n’aura désormais plus à le faire même si, comme elle le dit, cette fin de mandat s’inscrit dans une « continuité ». Et si elle conserve les mêmes équipes, cela ne l’empêchera pas de marquer de son empreinte cette dernière année.

L’élue souhaite consacrer ses quelques mois de mandat à un défi majeur : faire de la capitale une métropole propre et écologique. « Je ne veux plus que Dakar soit citée parmi les villes les plus sales au monde. Elle mérite tous les sacrifices », annonce-t-elle sans préciser encore de mesures concrètes.

« Elle gère les affaires avec beaucoup de loyauté, assure Mamadou Diouf, conseiller municipal de sa coalition. Elle est d’un commerce facile et a su entretenir de bonnes relations avec l’ensemble du conseil municipal, toutes obédiences confondues. C’est un personnage rassembleur, à l’écoute, qui n’hésite pas à consulter même les plus jeunes du conseil. »

Bouillie de mil

Née en 1953 à Latmingué, commune rurale de la région de Kaolack, d’un père d’origine libanaise et d’une mère sénégalaise, Soham El Wardini a grandi entre dix frères et sœurs. Après le décès de son père, commerçant dans l’arachide, la famille a déménagé dans la ville de Kaolack où la jeune fille est allée au lycée et a poursuivi des études supérieures d’anglais pour devenir enseignante.

C’est en 1999 qu’elle franchit le pas et entre en politique, rejoignant l’Alliance des forces de progrès (AFP) de Moustapha Niasse, ancien premier ministre socialiste, aujourd’hui président de l’Assemblée nationale. Après avoir appartenu à son bureau politique, elle se détachera petit à petit du mouvement. Son éloignement fait suite à la scission, en 2012, du Parti socialiste entre les partisans d’une participation à la coalition de l’actuel président libéral Macky Sall et les dissidents, dont l’un des leaders n’est autre que Khalifa Sall. Elle rejoindra ce dernier dans sa mairie en tant qu’adjointe à la culture.

« C’est d’abord pour sa communauté qu’elle a choisi de faire de la politique », avance Antoine El Wardini, son frère, ex-colonel de l’armée sénégalaise. Une décision dans la droite ligne de son implication dans la société, explique-t-il : « Elle a toujours montré un engagement citoyen fort. On la sollicite partout, dans toutes les organisations, même religieuses. Depuis qu’elle est toute petite, c’est elle qui représente la famille. Et encore aujourd’hui nous la voyons comme une maman, patiente et éduquée. »

Miss Sénégal 1970, Soham El Wardini est la seule de sa famille à avoir nourri des ambitions politiques, tout en éduquant ses quatre enfants et en poursuivant des engagements sociaux. « Tous les vendredis matins chez elle, dans le quartier dakarois de Sicap Karack, elle sert encore la bouillie de mil au lait caillé à tout le quartier. Si elle est dans la politique aujourd’hui, c’est grâce au social », appuie encore son frère.

Cette fibre se teinte évidemment d’une pointe de féminisme, même si elle ne pousse pas ce combat aussi loin que sa jeune sœur Rose El Wardini. Gynécologue et présidente de l’ONG Medisol International, cette dernière a résumé l’élection de son aînée d’un définitif : « Aujourd’hui, les femmes doivent être sur le devant de la scène puisque les hommes ont échoué. » L’avenir dira si cet échec est provisoire ou de plus long terme. La candidature de Khalifa Sall à l’élection présidentielle de février 2019 se jouera en tout cas sur son recours en cassation. S’il est acquitté, sa campagne s’appuiera nécessairement sur son bilan de maire depuis 2009. Bilan aujourd’hui entre les mains de Soham El Wardini.

Avec Le Monde

Inventaire des Idoles : ‘Moustapha Niasse & Alpha Condé : Gloire, gâtisme et droit d’ânesse’

Le type même du conférencier, un peu âgé, solennel et prestigieux, qui délivre un prêche ou un discours à une audience diverse, réunit l’homme politique et l’homme religieux au Sénégal. C’est une des occasions de voir, tel un couple fusionnel, le temporel et le spirituel dans des noces de pouvoir. Dans une échelle moins prestigieuse, c’est l’imam du quartier, le marabout, le vieux sage du canton, le chef du village, l’élu local, voire l’aîné ou le « grand » qui, jouissant d’une forme de charisme ou d’une délégation d’attributs, prennent un ascendant naturel ainsi sur : disciples, amis, gouvernés, administrés, membres du clan. L’origine d’un tel culte de la sagesse ne tient pas uniquement du mythe du droit d’aînesse. Ni de la prime à l’âge. C’est aussi un mélange de valeurs culturelles et religieuses qui ont enraciné la pratique de la dévotion et de l’allégeance avec la théorisation des bienfaits de la soumission. Valeur cardinale en islam, mais encore plus en confrérie. Mais plus encore, cela tient-il, d’une relecture des formes élémentaires – et universelles – de pudeur, de respect, de la règle républicaine qui institue la hiérarchie. Un tissu de sacralités anciennes et nouvelles s’entremêle ainsi, sans que l’on soit capable, bien souvent, de dénouer dans ce cheminement historique, l’importé du local, l’exogène de l’endogène. Le conférencier, de quelque parti(e) qu’il soit, le sait : il a ainsi une forme de carte blanche. Son pouvoir l’absout d’avance, son ascendant le rend intouchable.

Voici quelques cas :

  • Dans le champ religieux, ce conférencier, au Sénégal, la voix éteinte, presque dédaigneuse, prêche d’un ton bas. Un sbire hurle le propos par bribes pour le relayer. Il dit la morale. Vante Dieu. Prévient les déviants. Il fait dans le mystique, emprunte à son histoire personnelle des anecdotes mystérieuses, et distille un savoir religieux teinté de mots arabes. L’audience frémit. Elle laisse échapper quelques soupirs d’approbation. Une fusion à la fois irréelle et irrationnelle embaume la pièce. Le temps d’un songe, ces hommes se rapprochent de Dieu, duquel ils convoitent l’élection. La gravité qui colore l’atmosphère rend le moment à la fois grandiose et terrible. Presque toujours, par une loi féroce, le conférencier est assis sur un moelleux siège, évoquant un trône. Autour de lui et devant lui, un ramassis divers de soutiens dévoués. Le lieu, les âmes lui sont Le conférencier peut donc discourir. Que dit-il ? La sociologie sénégalaise s’est-elle une fois emparée du sujet pour sonder la pertinence du propos ? Non. A quoi bon du reste ? Le conférencier ne peut être que brillant. Son texte est déclamé et ciselé. C’est la parole de Dieu transitant par un intermédiaire humain. Elle est sainte, forcément. On se garde d’en questionner le sens, la portée, l’opportunité. C’est l’imam du vendredi. C’est le vieux sage respecté parce que c’est un vieux sage… respecté. Jusque-là, l’indignation, rare, ou alors silencieuse, compose avec – et admet – la compromission. Les médias s’en font les relais, laudateurs. Les groupes religieux et leurs attroupements réguliers enracinent la tradition. Où est le mal ? Nulle part. C’est la coulée douce et paisible d’une vie religieuse et sociale.
  • Dans le champ politique, la mécanique est presque la même. La même majesté. L’or du pouvoir s’habille juste ici de République. Sa « sainteté », ou son « immanence » religieuse, devient son « excellence » politique, dont on aime tant user et abuser au Sénégal par exemple. Le titre est comme l’immunité du prestige. Si la même logique opère, les fortunes diffèrent en revanche. Si l’audience directe de la salle est acquise, le commentaire politique des analystes et des opposants alimente le débat intellectuel. Mais au fond, le pouvoir le sait. Il jouit d’un temps d’avance. Ce débat ne parlera que très peu à des couches sociales défavorisées et majoritaires dont le référentiel premier est cette verticalité du pouvoir. De l’impunité à l’immunité, il n’y a qu’un pas. Le conférencier politique, qu’il s’appelle Wade rappelant en 2015 l’ascendance esclave de Macky Sall devant une salle presque hilare, ou qu’il s’appelle Macky Sall lui-même chantant, en 2018, le privilège du dessert offert aux tirailleurs sénégalais, lui aussi devant une salle étonnamment passive, rappelle cette loi. La conscience de la responsabilité d’homme d’Etat profite de la démission journalistique et intellectuelle à faire un travail de critique. Mais elle jouit aussi de l’a priori favorable de ce prestige de l’homme de pouvoir, qui peut débiter des bêtises sans coût. Il n’est pas rare d’ailleurs, dans le geste de ces hommes politique et religieux, dont le pouvoir est perçu comme d’essence divine, de s’associer, de se fréquenter, de s’adouber mutuellement.

Pas une question d’âge

Il serait assez malvenu de pointer la gérontocratie comme source du problème. Ce serait du reste vain d’empoigner une gérontocratie politique sans en faire autant avec les autres, bien plus ancrées. De plus, l’âge n’est en rien responsable. Il ne peut se substituer à la notion de responsabilité qui manque cruellement aux pays africains. Pour être juste, ces vieux, qui ont été jeunes, ont tenu les mêmes discours enflammés, avec la même fibre révolutionnaire. Enfin, doit-on noter que la jeunesse actuelle n’offre pas plus de gages, elle dont l’énergie est pompée par des gadgets modernistes. Une lecture générationnelle serait totalement inconséquente. Il me plaît très souvent d’imaginer les réunions bouillantes des jeunes intellectuels africains des années 60, débattant à tue-tête, pour presser les indépendances. Je les revois, à Paris, Moscou, ou Dakar, défendre ces valeurs essentielles de souveraineté. Je revois ces hommes d’Etats en formation, qu’ils s’appellent Moustapha Niasse ou Alpha Condé. J’essaie de revoir ces images d’une jeunesse qui fut belle de promesses, mais je ne vois en vérité que ce qu’ils vont devenir. Le temps n’est pas toujours un allié.

Longévité et essoufflement d’une carrière politique

Moustapha Niasse, habile négociant sous-régional en parallèle d’une vie politique aguerrie au parti socialiste de Senghor, est devenu un bien triste sire. L’ancien pensionnaire de l’ENA, fonctionnaire, Premier ministre, promu dans les instituts sous-régionaux, est passé du symbole de la réussite au statut de boulet. Alpha Condé, dans un destin de tragédien comme Wade, opposant historique qui touche à la gloire après le martyre, est lui aussi devenu un aspirant satrape, candidat à la « belle petite boutique des calamités » comme le dit si joliment le journaliste béninois Francis Laloupo. De ces deux hommes, il est difficile de faire une histoire commune, tant de choses les séparent. Pourtant, ce qui les relie, c’est une pratique du pouvoir et une longévité, différentes étapes d’une vie politique jusqu’à leur propre décomposition chimique dont ils sont acteurs et spectateurs. Moustapha Niasse est presque devenu l’emblème d’une carrière qui a mangé à tous les râteliers politiques, et dont le prestige et le crédit politiques, vidés depuis longtemps, ne tiennent que par cette forme de gloire ancienne qui émeut. Il a été de tous les mandats, tour à tour dissident, opposant, avec une capacité de camouflage et de transhumance bluffante. Sa fortune, acquise dans des réseaux pétroliers, qui doivent du reste éveiller les soupçons de collusions et de conflits d’intérêts, est restée inaltérée. Elle fait de lui un leader politique intouchable dont les fonds propres sont largement les fonds politiques, avec lesquels il soumet des partisans au rang de disciples politiques. Alpha Condé rescapé de plusieurs épisodes de l’autoritarisme et du chaos de son pays, prisonnier politique et rédacteur de livres, comme Wade – lui l’ancien étudiant et exilé parisien – applique à la gestion du pouvoir ce mélange d’impuissance virile de Lansana Conté, et de ces sorties militaires à la Dadis Camara pour sermonner journalistes et diplomates étrangers. Les lie encore plus, un constant marxisme, féru cependant d’accommodements et de compromissions avec Paris. En termes d’idées qui traversent le temps comme eux, il faut repasser. C’est précisément parce qu’ils n’en ont pas eues, qu’ils ont voyagé léger, sans pour autant arriver à bon port.

Le révélateur du conférencier

Dans le dernier épisode qui les met au-devant de la scène, ces deux conférenciers – on y revient – ont deux audiences. L’un, Moustapha Niasse, se fait le relais au téléphone, dans une séquence politique dans sa ville, Kaolack. Il ventriloque des propos du Président à un parterre de militants et de cadres. Scène incroyable, où l’éloge « griotique » et le « larbinisme » politique, viennent éclairer cette pratique du pouvoir où la République s’affaisse dans le clientélisme le plus indécent. La politique rejoint cette indiscrétion de l’éloge, un trait culturel, de ce « tassu » politique qui parle aux codes locaux. Ce gâtisme politique, devant une audience encore hilare, fait du conférencier un héros pour ses partisans et une cible pour l’élite. Chez Condé, ce sont des journalistes de RFI, du Monde, et de TV5, qui mènent un entretien surréaliste avec un Président dans l’inconfort, et qui, incapable de pédagogie sur ses échecs, devient agressif et rejoue le sketch éculé du défenseur de la Guinée contre les malveillances françaises. Sans doute retiendra-t-on, dans le biais de couverture de l’actualité africaine persistant dans la presse, cette figure de Condé pourfendant le traitement infligé à la Guinée par la France. Somme d’articles en parlera, et n’évoquera pas grand-chose de cette perdition d’un homme, de la minoration d’un fait guinéen, qui devient l’anecdotique scène annexe, oubliée au profit des règlements de compte coloniaux toujours bien commodes.

 Les Guinéens, tenus à l’écart, ne pourront opposer à leur président le devoir de reddition de comptes, et finalement, cela entretient le morne climat dans le pays. Dans cette mise en scène préparée, où il avance une série de contre-vérités, des attaques inélégantes face à des journalistes, il semble oublier que les médias qu’il attaque ont changé de paradigme sur l’Afrique et épousent un récit laudateur sur le continent, évitant d’évoquer les sujets qui fâchent, précisément de peur d’être traités d’agents néocoloniaux. En se focalisant sur ces journalistes qui seraient le prolongement colonial, Alpha Condé continue une défense bien connue. Et quand il dit « qu’il rendra compte à son peuple », rien n’est plus faux, il se défile. Il n’a jamais consenti à parler à des journalistes guinéens à bâtons rompus. Le ton qu’il adopte dans cet entretien rappelle le conférencier dont on parlait, ce grand baroud d’honneur qui masque mal la profonde incurie et surtout le malaise une fois qu’on lui tend un miroir. Il y a dans ces deux scènes, comme une allégorie de 60 années d’indépendance, faites d’impuissance, d’échappatoire et de primats de valeurs locales, objet de fiertés mais aussi de honte. Ce que les peuples semblent tant chérir comme leurs valeurs inaliénables, semble être, aussi, l’épicentre même de leurs tares, potentiellement incurables.

Le fait africain n’intéresse personne, sous-traitance des informations nationales

De ceci, il faut saisir un mal plus profond. C’est que le « fait africain » n’intéresse personne. Comme objet oui, mais pas comme fait avec son calendrier propre. Le correspondant étranger file, comme il peut, pour rendre compte à sa maison. Le journaliste local, sans ressources et mains liées, est un acteur passif qui restitue. Sans lien avec l’ailleurs, souvent occidental, le « fait africain », son récit propre, son huis-clos, indiffère jusqu’au mépris. Ça participe d’ailleurs à cette frappante résignation presque collective qui délégitime les journalistes locaux, vus par les populations comme des frères de galères, et déconsidérés par rapport à des homologues étrangers qui jouissent d’un privilège, et auxquels on s’ouvre plus facilement. C’est ici, le grand problème : pas plus les Présidents, que les intellectuels, les écrivains, les autorités religieuses, bref, la crème des « conférenciers », ne sont soumis à une rigueur critique intérieure. Il se forme ainsi une terrible homogénéité, presque de caste, qui échappe à la nécessaire confrontation, qui seule peut implanter la responsabilité collective et individuelle, mais surtout la liberté de conscience. C’est en conséquence la déportation du débat vers cet ailleurs, avec le refuge afro-diasporique, et donc les biais et les malaises. L’Afrique ne se raconte pas encore de l’intérieur ou du moins, ce qu’elle dit à l’intérieur n’intéresse personne car elle ne correspond pas au récit idéologique dominant. A l’heure où se développe un journalisme de vérification, il serait temps qu’une presse de flair et d’initiative, fasse son vrai travail de contre-pouvoir, pour éviter que les seules redditions de comptes soient faites à d’autres médias, dans lesquels, du reste, on célèbre à longueur de journée, l’indépendance pour mieux illustrer qu’elle n’est encore lointaine, voire illusoire.

Bien souvent, l’anecdotique, comme ces épisodes, ne mène à rien. Il est fort probable que Moustapha Niasse et Alpha Condé auront leurs partisans, nombreux. L’un, exemple d’une transmission de gratitude toujours célébrée, élément de la pratique sociale. Et l’autre comme héros d’une colère ressentimentale encore présente dans le reste des anciens pays de la colonisation et dont les populations raffolent. Il y a bien un territoire où tout se mêle, dans un tas d’immondices qui caractérise ces faits politiques. C’est un fait continental que ce vaste foutoir, où rien ne semble clair, où les acteurs sont tour à tour, victimes, bourreaux, héros, imposteurs. Mais ici, il semble qu’il existe des leçons à tirer. Le gâtisme politique est révélateur d’un système bien plus vaste. Tellement implacable qu’il ne révèle pas seulement de ces deux hommes chancelants et se vautrant dans un délire. Il révèle aussi, et surtout, le rapport à la vieillesse, au pouvoir religieux, au pouvoir politique : la parole prise pour onction et bue goulument par assentiment et par peur. Le type du conférencier, religieux comme politique, en relation avec des soumis, nous montre que l’indépendance, qui n’est pas une pratique quotidienne des populations, fabrique des obligés intérieurs, courant pourtant derrière une autonomie extérieure.

Elgas  © 2018

 

 

Gawlo is back ! La séance d’écoute de l’album de Coumba qui sort bientôt (VIDEO)

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Voici la vidéo de la séance d’écoute de son prochain album à laquelle la diva Gawlo à invité le ndanaane Baaba Maal dans le studio de son label, Sabar: 

Le Cameroun mal parti pour accueillir la CAN de janvier 2019. Quel est le plan B?

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LES AFRIQUES – La « décision finale » sur la tenue de la Coupe d’Afrique des nations 2019 au Cameroun sera rendue fin novembre, a finalement annoncé samedi la Confédération africaine de football (CAF), réunie à Charm el-Cheikh en Égypte. Vainqueur de la CAN 2017, le Cameroun est également le pays hôte de l’édition qui doit en principe se tenir du 15 juin au 13 juillet l’année prochaine.La CAF épluche le rapport d’audit sur l’avancement des travauxMais des doutes planent sur la capacité du pays, dont le football est en proie à de graves difficultés financières, à organiser la compétition. Dans un communiqué, la CAF pointe surtout « un retard important dans la réalisation des infrastructures ». C’est le cas particulièrement dans la ville de Garoua, dans le nord du pays. Grèves, retards de travaux et polémiques autour des politiques locales ont fini par mettre un frein sérieux à la construction des stades d’entraînement et des hôtels.Au-delà de ce motif, il faut savoir que la CAF ne souhaite pas par principe communiquer avant l’élection présidentielle du 7 octobre prochain. C’est ce qu’a indiqué Ahmad Ahmad, président de la Confédération africaine de football (CAF) dans Le Monde vendredi, cité par l’AFP. « Nous ne voulons pas perturber la campagne », ajoute Ahmad Ahmad. En 2017, la CAF avait attendu la fin de la présidentielle au Kenya pour annoncer sa décision de lui retirer l’organisation du Championnat d’Afrique des nations (CHAN, qui repose sur les joueurs locaux, contrairement à la CAN, Coupe d’Afrique des nations, où les internationaux évoluant en Europe peuvent s’engager).Autre mauvais point pour le Cameroun : son championnat connaît une mauvaise passe. La ligue professionnelle a décidé en juillet de suspendre les championnats de Ligue 1 et de Ligue 2 pour « défaut de moyens financiers ». La fédération camerounaise (Fécafoot) est actuellement sous tutelle de la Fifa jusqu’à décembre au moins.Quel plan B ?Le Maroc, candidat malheureux à l’organisation du Mondial 2026 (attribué au trio USA/Mexique/Canada), revient souvent dans les médias comme le plan B pour accueillir la CAN l’été prochain, qui passera de 16 à 24 équipes engagées, sur le modèle de l’Euro 2016 en France. « Oui, mais pourquoi ne parle-t-on pas de l’Afrique du Sud ou de l’Égypte ? Ces pays disposent de toutes les infrastructures nécessaires », rétorque Ahmad Ahmad. Dans cet entretien, le patron du football africain rappelle qu’il avait « regretté, en août 2017, l’inertie du Cameroun à propos des travaux en vue de la CAN 2019 ».Dans tous les cas, « la décision finale sera rendue fin novembre après la dernière visite d’inspection du cabinet d’audit Roland-Berger et de la CAF », a précisé l’organisation panafricaine. Une commission mixte de la CAF et de la Fédération internationale du football (Fifa) se rendra au Cameroun « pour étudier les questions de sécurité », a-t-elle ajouté.

Entreprendre : les clés pour réussir en Afrique

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Le maire Moussa Sy lâche Khalifa. Pour offrir les Parcelles à Macky ?

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Moussa Sy : « Ma candidature était pour confirmer mon divorce avec Khalifa Sall »

Chose annoncée, chose faite. Le maire des Parcelles Assainies, Moussa Sy a franchi le Rubicon. Il a démissionné ce lundi à midi de son poste de deuxieme adjoint au maire de Dakar, refusant d’être celui de Soham El Wardini. Un acte qui intervient à la suite de son revers enregistré devant Soham Wardini, élue maire de Dakar suite à la révocation de Khalifa Sall. Cependant, l’édile des Parcelles Assainies ne prend pas cela comme une défaite. Loin s’en faut. A l’en croire, il n’avait pas déposé sa candidature pour remplacer Khalifa Sall. Mais, dit-il, c’était plutôt pour un but déterminé.Joint, il révèle : « Je n’étais pas parti pour être maire. J’étais parti pour poser un acte politique, pour dire à Khalifa Sall que j’ai arrêté, je pars. Ma candidature était pour confirmer mon divorce avec Khalifa Sall. Cela fait un an que je ne participe pas à ses activités. Depuis un an je ne participe plus aux activités politiques de l’Initiative 2017. J’en ai informé à Khalifa Sall. »Moussa Sy assure que s’il était vraiment intéressé par le poste de maire de Dakar, il battrait campagne comme l’édile de la commune de Patte d’Oie. « C’est Banda Diop qui a battu campagne. Je n’ai appelé aucun conseiller au téléphone pour demander de voter pour moi, et 13 personnes ont voté pour moi », bombe-t-il le torse.Quid de son rapprochement avec le pouvoir ? Le maire des Parcelles Assainies va-t-il poser ses valises à l’Apr ? « Je n’ai pas de réponse à donner à cela, botte-t-il en touche. Le moment venu l’opinion saura ce qu’on va faire. On est libre de faire nos choix. Personne ne peut nous imposer ce qu’on doit faire. Je refuse le diktat. Je ne suis pas un suiviste et je ne le serai jamais. »Moussa Sy martèle : « Nous sommes des politiques. On n’a jamais signé un pacte qui nous dit que vous allez être à vie opposant ou au pouvoir. Cela n’existe nulle part. Depuis un an, on est plus dans ce que fait ‘Initiative 2017’. » Moussa Sy est donc de toute évidence parti pour soutenir Macky Sall à la présidentielle de 2019.

Réaction de la nouvelle maire de Dakar , Wardini, à ce départ fracassant de Moussa S’y, qui reste un.excellent maire des Parcelles ?Soham Wardini confie qu’elle n’a pas encore reçu la lettre de démission de Moussa Sy, le maire des Parcelles assainies. D’ailleurs, prie-t-elle, elle ne souhaite pas la recevoir. « Je lui ai tendu la main. Aussi bien à lui qu’à Banda Diop (NDLR: Maire de la Patte d’oie également déçu de ne pas avoir été élu Maire de Dakar ). Nous avons été toujours ensemble pendant deux mandatures. Je ne vois pas pourquoi à un an qu’il puisse quitter la barque. »

Soham Wardini de poursuivre : « On peut continuer parce qu’ici on ne fait pas de politique. La politique, c’est à l’extérieur. Mais pour le Conseil municipal, nous avons été élus par les Dakarois. Il faut que nous puissions terminer ce programme. Et cela, c’est pour le bien-être des populations. »

Après ‘Bruno’, le protocole de la Présidence de la République désormais entre des mains Sal

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Le protocole de la Présidence de la République du Sénégal est désormais entre des mains Sal. Cheikh Tidiane Sal (patronyme avec un seul « l ») a été nommé, ce vendredi, chef du protocole de la présidence de la République. Il remplace Bruno Diatta, qui occupa le poste de 1979 à son décès, le 21 septembre. Sal aura fort à faire pour faire oublier  » Bruno » et ses 40 ans de service aux côtés de quatre Présidents : Senghor, Diouf, Wade et Sall.

Témoin et en contrepartie, Gadio balance Ho ce jeudi

L’rx-ministre et député Cheikh Tidiane Gadio  “fournirait des preuves substantielles de la culpabilité de l’accusé” lors de son témoignage contre l’ancien ministre de Hong Kong, Patrick Ho Chi-ping, ont déclaré des procureurs américains.C’était la première reconnaissance officielle que Cheikh Gadio serait témoin et non plus co-accusé à la suite d’une décision de justice rendue il y a deux semaines à New York, selon laquelle toutes les accusations contre l’ancien ministre sénégalais et résident américain seraient abandonnées.Elle a également confirmé le précédent rapport selon lequel l’une des conditions pour abandonner les accusations était que Gadio fournisse des informations relatives à l’affaire contre Ho, comme le faisait Gadio et qu’il continuerait de le faire.“Gadio a eu des rencontres avec le  gouvernement pendant un certain temps et il devrait témoigner au procès en vertu d’un accord  de non poursuite “, a déclaré l’avocat du ministère  américain de la justice, Geoffrey Berman dans une lettre adressée vendredi  au juge Loretta de  New York .“Le témoignage de Gadio fournira une preuve substantielle de la culpabilité de l’accusé”, a ajouté Berman.La lettre visait à s’opposer à la cinquième demande de mise en liberté sous caution présentée lundi par l’équipe de la défense de Ho.Citant une autre lettre de Berman en mai – qui incluait le démenti par Gadio de certaines allégations formulées contre lui et Ho dans la plainte initiale – les avocats de Ho ont fait valoir que la décision du gouvernement d’abandonner les accusations contre Gadio « fragilise sérieusement la poursuite contre Ho »L’audience sur le cautionnement doit avoir lieu jeudi à New York.Ho, ministre des affaires intérieures de Hong Kong de 2002 à 2007, est en prison aux États-Unis depuis novembre dernier. Il est accusé de huit chefs d’accusation: trois pour blanchiment d’argent et cinq pour violation de la loi sur les pratiques de corruption à l’étranger. Il est accusé d’offrir des pots-de-vin de 2,9 millions de dollars  à des fonctionnaires pour faire avancer les droits pétroliers et de développement en Ouganda et au Tchad pour la société CEFC China Energy.Au moment de son arrestation, Ho travaillait pour le China Energy Fund Committee, un groupe de recherche de Hong Kong qui reçoit un financement du CEFC.