Hommage de Moustapha Guirassy : « Bruno Diatta incarnait l’éternité de la République »

0
Tract a recu la présente déclaration de Moustapha Guirassy, suite au décès du chef du protocole de la Présidence de la République, Bruno Diatta :J’apprend avec tristesse la disparition de l’Ambassadeur Bruno Diatta, à l’âge de 70 ans. C’est une perte cruelle pour la République. Je présente mes condoléances émues à sa veuve Thérèse, à ses trois enfants, aux familles Diatta et D’Erneville, à sa famille de la Casamance et de Joal et à l’ensemble de la communauté nationale. Il sera regretté longtemps et restera dans nos coeurs et nos esprits.Lorsqu’il m’a été donné de servir le pays en qualité de Ministre, après le Chef de l’Etat qui incarnait la République, la silhouette de Bruno Diatta à ses côtés était pour moi le plus fort rappel de la permanence des institutions républicaines et de l’Etat, entité intemporelle sinon éternelle, qu’il a servi avec élégance, un professionalisme jamais pris en défaut et une discrétion légendaire. Il a servi les quatre Présidents de la République qu’a connu le Sénégal. Il a surtout servi le Sénégal. L’adage dit : « il n’y a pas de grand homme pour son valet ». Bruno Diatta n’aura jamais été le valet de personne, mais toujours le serviteur du cérémonial républicain, dont il avait fait un sacerdoce laïque et oecuménique, et sans lequel il ne serait point d’Etat.Je salue la mémoire de l’ancien major de sa promotion à l’ENA qu’il est et prie pour le repos de son âme, à l’unisson de tous les Sénégalais aujourd’hui émus et attristés.Moustapha GuirassyPrésident de Sénégalais Unis pour le Développement

Procès renvoyé au 26 septembre: Ibrahima N. reconnait avoir entretenu des relations homosexuelles avec Claude A.

Tract plaide pour leur libération. Vivez et laissez vivre. L’affaire des homosexuels de Liberté 4 a été renvoyée au  26 septembre par le tribunal de flagrants délits. Le juge et le procureur, qui souhaitent voir les vidéos qui mettent en cause les suspects ainsi que la comparution des accusés en fuite, ont renvoyé l’audience à cette date.

Mercredi dernier, deux des quatre accusés de cette affaire se sont présentés à la barre. Il s’agit d’Ibrahima Nd.et de Mariama C. D. Le premier a reconnu les faits sans détour.

Au juge qui lui dit « il vous est reproché d’avoir entretenu des rapports sexuels avec une personne du même sexe que vous, à savoir Claude André A., reconnaissez-vous les faits ? », Ibrahima, 25 ans, restaurateur de son état, répond : « Oui je reconnais les faits ».

Mariama C., 20 ans, pour sa part, a nié les accusations portées contre elle : « Je n’ai pas filmé Ibrahima N.  lorsqu’il entretenait des rapports sexuels avec Claude. Je n’ai pas, non plus, envoyé ces images à Astou F. « 

C’est ainsi que le juge a renvoyé l’affaire. Demandant la production des images en question et la comparution d’Astou F. et Claude André A., les deux suspects en fuite.

L’affaire porte sur des vidéos qui circulent et dans lesquelles on voit les mis en cause en train d’entretenir des rapports sexuels. L’enquête a permis d’interpeller Ibrahima N. et Mariama C.. Claude André A. et Astou F., eux, ont pris la fuite.

Tout ce beau monde est poursuivi pour actes contre-nature, collecte illicite de données et distribution d’images contraires aux bonnes mœurs

Le retraité Abdou Diouf prend un rôle de consultant pour Reporters Sans Frontières

0

AFROSPHÈRE & GOUVERNANCE DES MÉDIAS – L’Ong Reporters sans frontières a enrôlé le Président Abdou Diouf dans une commission chargée de rédiger une Déclaration internationale sur l’information et la démocratie. Il figure parmi 24 personnalités de 17 pays parmi lesquelles des prix Nobel.

Ce groupe de rédacteurs a deux mois pour proposer le texte. Le Soleil, qui donne l’information, signale que Diouf and co ont débuté les consultations pour nourrir leurs travaux.

La déclaration en question, souligne le journal, qui reprend un communiqué de Rsf, devra « énoncer des principes, définir des objectifs et proposer des modalités de gouvernance ».

Le candidat à la présidentielle camerounaise Cabral Libii en pèlerinage sur la tombe d’Ahidjo à Dakar

0

LES AFRIQUES – Cabral Libii, surnommé le Macron de la présidentielle camerounaise, pour son jeune âge (39 ans) et son irruption irrésistible dans la course à l’élection présidentielle camerounaise du 7 octobre prochain notamment grâce à  une mobilisation de la jeunesse de son pays à travers les réseaux sociaux, est actuellement à Dakar.

Il s’est rendu au cimetière de Yoff, où repose le premier Président du Cameroun Ahmadou Ahidjo, décédé à Dakar en 1989, devant la tombe duquel il s’est recueilli. Il a également été reçu par Rabiatou Ahidjo, fille du premier Président, qui vit à Dakar, au domicile de cette dernière.

La question du rapatriement, présumé inéluctable mais non résolu, des restes d’Ahidjo est un sujet sensible au Cameroun, sur lequel règne une omerta au niveau du pouvoir actuel détenu par Paul Biya depuis 1982.

Libii est le premier candidat à une présidentielle camerounaise à s’être jamais rendu devant la dernière demeure d’Ahidjo, occasion lors de laquelle il a procédé à un dépôt de gerbe de fleurs et prononcé un discours d’hommage, debout devant un pupitre recouvert du drapeau tricolore vert-rouge-jaune.

Enfin, Cabral Libii a organisé une conférence à destination de la communauté camerounaise au Sénégal, au Radisson Blu.

Présidentielle congolaise : 21 candidats et de grands absents pour perpétuer le système Kabila (DOSSIER)

LES AFRIQUES – C’est la dernière ligne droite pour la présidentielle du 23 décembre en RD Congo. La Commission électorale nationale, la Ceni, a publié ce mercredi 19 septembre la liste définitive des candidats admis pour succéder au président Kabila. Et sans surprise, les deux poids lourds de l’opposition Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi ont été exclus de la course. Si cette liste ouvre la voie à la campagne électorale qui doit en principe débuter à partir du 22 novembre, les polémiques persistent autour de l’usage de la machine à voter – et du fichier électoral.

Des absents qui cristallisent le débat

Allié du président Kabila passé à l’opposition fin 2015 et qui vit en exil à l’étranger depuis 2016, Moïse Katumbi affirme avoir été empêché de rentrer en RDC, où il est poursuivi par la justice, début août, quand il s’est présenté à un poste-frontière avec la Zambie.

La candidature de Jean-Pierre Bemba, ex-chef rebelle et vice-président, a été invalidée en raison de sa condamnation pour subornation de témoins par la Cour pénale internationale (CPI) qui l’avait acquitté de sa peine pour crimes de guerre et contre l’humanité. « Kabila a eu peur de moi », a lancé Jean-Pierre Bemba dans la presse.

Privée de deux de ses leaders, l’opposition cherche un candidat commun pour défier le « dauphin » du président Kabila, sans exclure un boycott des élections en raison de l’utilisation prévue des « machines à voter » controversées. Jean-Pierre Bemba a résumé la situation en affirmant que « si l’opposition s’unit derrière un candidat, alors, oui, je pourrai faire abstraction de ma personne. Je soutiendrai quelqu’un et je le ferai gagner. »

Quels sont désormais les enjeux de l’élection ?

L’enjeu est une première transition pacifique dans le plus grand pays d’Afrique subsaharienne, où les défis politiques et logistiques pour des élections « crédibles, transparentes et apaisées » inquiètent nombre d’observateurs. « La phase préparatoire des élections, qui perdure depuis trois ans pratiquement, n’est pas sereine. On a l’impression qu’elle est en train de planter les germes des crises postélectorales », s’inquiète le professeur de sociologie politique Célestin Kabuya-Lumuna, ancien porte-parole du maréchal Mobutu.

Les élections ont déjà été reportées deux fois, fin 2016 et fin 2017. À Kinshasa, 500 personnes ont assisté à une messe à la mémoire des « martyrs des élections » deux ans après la répression d’une manifestation d’opposants les 19 et 20 septembre 2016 demandant le départ du président Kabila à la fin de son mandat en décembre 2016. « Alors que des élections faussées se profilent, soyons dignes du sacrifice de nos compatriotes martyrs du 19 septembre 2016 », a écrit Moïse Katumbi sur Twitter.

Face à ces critiques et ces craintes, la commission électorale insiste sur les progrès quotidiens du processus électoral, avec, par exemple, mardi l’arrivée d’« un premier lot de 17 944 isoloirs » et « la fin de la production en Corée du Sud des 105 257 machines à voter ».

Acheminées en RDC via Matadi ou Dar es Salaam, les machines « seront déployées sans attendre la configuration définitive des bulletins de vote », selon la Ceni. Pour cette tâche titanesque, la commission électorale refuse toute aide extérieure, même celle de la mission des Nations unies (Monusco) présente depuis 20 ans en RDC, au nom de la souveraineté nationale.

L’opposition et la société civile demandent l’abandon de ces machines qu’elles surnomment « machines à tricher, à voler ou à frauder ». Des experts britanniques ont énuméré « quinze risques à atténuer » dans leur utilisation. L’opposition critique également les millions d’électeurs sans empreintes digitales sur le fichier électoral qui comprend 40 millions de noms et qui a déjà été nettoyé de ses doublons.

À l’instar de l’ANC mardi, les « partenaires » de la RDC redoutent « le chaos, l’instabilité et la violence » en cas d’échec du processus électoral dans cet immense pays au cœur du continent.

L’opposition en quête de son candidat unique

Désormais, le calendrier électoral prévoit de se dérouler toujours au jour près. Du côté de l’opposition, pour affronter le candidat du président Kabila trois noms émergent pour les élections prévues le 23 décembre, le « dauphin » choisi par le président Kabila, son ex-ministre de l’Intérieur Emmanuel Ramazani Shadary, et ses deux principaux adversaires, le président de l’UDPS Félix Tshisekedi et l’ex-président de l’Assemblée Vital Kamerhe.

Un boycott des élections « ne serait pas ma décision personnelle, mais celle de l’opposition. Nous n’en sommes pas là », a ajouté le chef du Mouvement de libération du Congo (MLC), l’un des principaux partis d’opposition.

L’opposition en dira plus sur sa stratégie d’ici une réunion publique qu’elle annonce pour le 29 septembre à Kinshasa, après de récents conciliabules à Bruxelles, et une rencontre à Johannesburg avec le parti au pouvoir en Afrique du Sud, l’ANC. Ce rassemblement sera un test du climat politique en RDC où la plupart des manifestations sont interdites sous prétexte que la campagne n’a pas encore commencé.

Présidentielle à Madagascar : 36 candidats pour un duel de businessmen milliardaires (DOSSIER)

LES AFRIQUES – Ils seront 36 à briguer la magistrature suprême lors du premier tour de l’élection présidentielle qui aura lieu le 7 novembre. Quatre d’entre eux polarisent d’ores et déjà l’attention : le président sortant, Hery Rajaonarimampianina, candidat à sa propre succession, et ses trois prédecesseurs : Andry Rajoelina (2009-2013), Marc Ravalomanana (2002-2009) et Didier Ratsiraka (1975-1993 puis 1997-2002). Alors que la population malgache ne constate aucune amélioration de son quotidien au fur et à mesure des régimes, quels seront les arguments qui convaincront les électeurs ?

Duel de businessmen : un remake de 2009

Une étude de la fondation allemande Friedrich Ebert, financée par l’Union européenne et datée de 2016, chiffre le coût de la campagne de Hery Rajaonarimampianina en 2013 à 43 millions de dollars. C’est surtout le candidat qui a dépensé le plus d’argent par vote obtenu, soit 21,5 dollars par voix, en comparaison avec les grandes puissances occidentales et africaines (par exemple, Donald Trump a dépensé 12,6 dollars par voix obtenue, et François Hollande 1,21 dollar). Vraisemblablement, le futur vainqueur de la présidentielle malgache devrait être celui dont les poches sont les plus remplies. Les quatre candidats se sont tous constitués de véritables trésors de guerre à l’époque où ils tenaient les rênes du pays. Mais ils ne sont pas pour autant à armes égales.

La situation politique malgache, hypertendue depuis plusieurs mois, met en scène trois protagonistes principaux, l’actuel président et ses deux prédécesseurs, dans un truel digne du film de Sergio Leone, Le Bon, la Brute et le Truand, si ce n’est que le trésor pour lequel s’affrontent les politiciens malgaches ne prend pas la forme d’un simple coffre rempli de pièces d’or, mais du contrôle de l’État (et donc de ses ressources).

Dans son classement des dix plus grandes fortunes malgaches (Forbes, août 2018), le magazine américain Forbes place Marc Ravalomanana en quatrième position et évalue les revenus de son groupe Tiko à 150 millions de dollars par an. En 2009, l’arrivée au pouvoir d’Andry Rajoelina qui a chassé du pouvoir Marc Ravalomanana était en fait le point d’orgue d’une rivalité commerciale entamée depuis plusieurs années entre les deux hommes d’affaires reconvertis en politique. Depuis son accession au pouvoir en 2002, Marc Ravalomanana, enfant d’une famille modeste devenu l’un des plus importants hommes d’affaires de la Grande Île, n’avait eu de cesse de renforcer le poids de son groupe industriel et commercial, Tiko (agroalimentaire), en n’hésitant pas à user de son pouvoir politique pour faire pression sur ses concurrents, se mettant ainsi à dos une grande partie de l’élite économique malgache.

De son côté, Andry Rajoelina, DJ à ses heures perdues, avait fondé une société d’impression numérique, Injet, mais dirigeait surtout l’entreprise créée par sa belle famille, Doma Pub, laquelle s’était imposée comme le leader de l’affichage publicitaire à Madagascar.

Or, dès 2003, ses ambitions économiques se sont heurtées à l’inflexibilité de Marc Ravalomanana : ce dernier l’a empêché d’installer des panneaux publicitaires dans la capitale, puis s’est opposé à son projet de construction d’un centre commercial. Aussi, Rajoelina rachète la chaîne de télévision Viva, lance sa propre association politique, baptisée Tanora Gasy Vonona, et réussit à se faire élire maire d’Antananarivo en décembre 2007. Désormais surnommé TGV en référence aux initiales de son association politique, mais aussi à la vitesse à laquelle il a été propulsé à la tête de la capitale à seulement 33 ans, Rajoelina appelle à la grève générale en janvier 2009. S’ensuivent des manifestations qui dégénèrent en émeutes et en pillages, contraignant Marc Ravalomanana à confier le pouvoir à un directoire militaire qui le transfère directement à Andry Rajoelina lequel devient le président de la Haute Autorité de transition (HAT) en mars 2009.

Marc Ravalomanana part immédiatement en exil en Afrique du Sud. Il est condamné par contumace en août 2010 aux travaux forcés à perpétuité. Il fait son retour dans son pays natal en octobre 2014, quelques mois après l’élection de Hery Rajaonariampianina. Mis en résidence surveillée, il retrouve sa liberté de mouvement au bout de quelques mois et surtout, il relance son groupe industriel, Tiko, spécialisé dans les produits laitiers. L’actuel régime de Hery Rajaonarimampianina, inquiet de voir l’ancien chef de l’État se reconstituer un trésor de guerre, ordonne la fermeture de l’une de ses usines fin 2017. Ce qui n’empêche pas Marc Ravalomanana de continer à vendre ses produits dans tout le pays : les supermarchés, inquiets de représailles de la part du gouvernement, n’osent pas distribuer la marque Tiko, laquelle est en revanche présente dans les épiceries.

Exercice du pouvoir et ivresse de l’argent

De son côté, à son arrivée au pouvoir, Hery Rajaonarimampianina ne possède pas d’empire économique comme ses deux prédécesseurs. Cet expert-comptable formé au Canada avait été nommé ministre des Finances et du Budget d’Andry Rajoelina dès 2009 grâce à l’entregent de l’homme d’affaires local Maminiaina Ravatomanga, client du cabinet de Hery Rajaonarimampianina et ami proche de Rajoelina. Il avait réussi à se maintenir à son portefeuille ministériel malgré les nombreux remaniements gouvernementaux qui ont émaillé la période de la Transition et s’était ainsi imposé comme l’un des hommes de confiance d’Andry Rajoelina notamment en fermant les yeux et en apposant sa signature à certains contrats douteux conclus à cette époque.

À l’occasion du scrutin présidentiel de fin 2013, il crée sa propre plateforme politique, Hery Vaovao Hoan’i Madagasikara (HVM – Force nouvelle pour Madagascar), et recueille entre les deux tours le soutien d’Andry Rajoelina qui met à sa disposition d’importants moyens financiers pour faire campagne. En décembre 2013, Hery Rajaonarimampianina est élu président de Madagascar. Mais très vite, le nouveau chef de l’État transforme le HVM en véritable parti et cherche à tout prix à s’affranchir de l’image de « putschiste » et de chef d’État corrompu qui colle à la peau de Rajoelina. Il place nombre de ses proches à des postes hauts placés dans l’administration et relègue les affidés de Rajoelina à des postes subalternes. Surtout, Hery Rajaonarimampianina a symboliquement tué la figure de son mentor politique en s’en prenant dès son arrivée au pouvoir à l’homme d’affaires Mamy Ravatomanga, classé comme la seconde fortune malgache par Forbes. Interdiction de sortie du territoire, perquisitions, poursuites judiciaires : le nouveau président a eu à cœur de se démarquer très tôt de l’homme d’affaires qui avait en grande partie financé sa campagne. Or, ce dernier est resté proche d’Andry Rajoelina et il est vraisemblable qu’il lui apportera son soutien financier pour l’élection prévue en novembre.

Sous Hery Rajaonarimampianina, pas d’amélioration de gouvernance

Mais cinq années à la tête du pays n’ont pas dû laisser le chef de l’État sortant dépourvu. Malgré la reprise de l’aide internationale coupée pendant les cinq années de transition (le FMI a décaissé environ 200 millions de dollars depuis 2015), la situation économique et sécuritaire du pays s’est dégradée, et le président s’est illustré par une gouvernance pire que son prédécesseur, selon l’intelligentsia d’Antananarivo. Aussitôt après son arrivée au palais présidentiel d’Iavoloha, Hery Rajaonarimampianina s’est entouré d’une garde rapprochée de conseillers, au premier rang desquels son épouse, Vohangy Rajaonarimampianina, décrite comme toute puissante auprès de son époux, qui se sont peu à peu illustrés dans des affaires de corruption, ternissant toujours plus l’image d’un régime qui parallèlement a échoué à améliorer les conditions de vie de sa population. Ainsi, l’opératrice économique Claudine Razaimamonjy, propriétaire notamment de plusieurs hôtels, très proche du chef de l’État, soupçonnée de corruption, séjourne en prison depuis près d’un an en attendant le verdict du Bianco et de la justice.

Les mauvaises pratiques déjà en cours lors des précédents régimes se sont renforcées : le commerce illicite de bois de rose, un bois précieux dont le trafic principalement à destination de la Chine pour la confection de mobilier de luxe, a loin d’avoir été endigué. Au contraire, ce commerce illégal bénéficie d’une constante protection politique selon un rapport de l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) publié le 17 août : les trois derniers régimes, selon cette enquête, ont constamment fermé les yeux, voire ont participé, à ce trafic. L’association SeFaFi (Observatoire de la vie publique à Madagascar) dénonçait dans son rapport du 7 octobre 2017 le »culte du secret et la loi du silence » de l’actuel gouvernement tandis que le chercheur malgache Juvence Ramasy, maître de conférences à l’université de Toamasina, parle de « gouvernance criminelle ». Sans aucun doute enrichi par ces cinq années au pouvoir, Hery Rajaonarimampianina possède un avantage non négligeable sur ses concurrents : il détient l’ensemble des rouages de l’appareil d’État et donc de l’organisation des élections.

Ratsiraka, le trouble-fête désargenté

Le quatrième candidat au scrutin de novembre qui a déjà occupé le palais présidentiel, Didier Ratsiraka, est de loin le moins fortuné : ses biens et ceux de sa famille ont été démantelés par son successeur Marc Ravalomanana et « l’Amiral rouge » avait même été contraint d’hypothéquer sa résidence de Neuilly-sur-Seine où il a vécu en exil pendant près de dix ans afin de financer son retour au pays en 2011. Le patriarche de la course à la présidence aura 82 ans au moment du premier tour, le 7 novembre. Il a pour principal avantage d’être un côtier, ce qui pourrait lui valoir les votes des populations des côtes malgaches qui se sentent marginalisées par les présidents qui ont succédé à Didier Ratsiraka, tous issus de l’ethnie merina des hauts plateaux. Mais sans ressources financières conséquentes, la victoire semble loin dans un pays où chaque voix coûte cher.

« Il faut que tout change pour que rien ne change »

Ainsi que l’affirme le personnage de Tancrède (Alain Delon) dans Le Guépard de Luciano Visconti, « il faut que tout change pour que rien ne change » : pour le jeune homme, l’aristocratie sicilienne doit participer aux bouleversements politiques en cours afin de rester au pouvoir. À Madagascar, les régimes se succèdent et, finalement, font face aux mêmes difficultés structurelles et surtout aux mêmes acteurs politiques. Dans leur ouvrage L’Énigme et le Paradoxe – Économie politique de Madagascar, les chercheurs Mireille Razafindrakoto, François Roubaud et Jean-Michel Wachsberger dressent un constat amer : « La direction du pays est personnalisée par le président entouré de sa famille et des quelques affidés ayant noué avec lui des alliances éphémères. En dehors de son clan familial restreint, le président choisit (ou est contraint de choisir) les personnalités constituant son entourage suivant des calculs politiques de circonstances.

Les alliés peuvent ainsi se retourner à tout moment sachant qu’aucun lien solide et durable comme l’appartenance à une même famille politique ou à tout autre groupe ne les contraint (…). Le soutien populaire dont il (le président, NDLR) cherche à se prévaloir, en particulier suite à un plébiscite électoral, est en réalité toujours assez ténu. » En d’autres termes : le futur président malgache sera celui qui, en plus de sa fortune personnelle, aura réussi à ratisser le plus de contributions possible afin de financer une campagne d’envergure nationale. Les hommes d’affaires malgaches ont pour habitude de financer la campagne de leur candidat favori. Mais ils se font de plus en plus discrets et ne veulent pas être publiquement associés aux politiciens de crainte de représailles économiques si leur poulain ne gagne pas. Redevable envers ses donateurs, le chef de l’État n’aura d’autre choix que de mettre en place un régime de faveurs. Ou de rompre avec eux, quitte à s’isoler totalement.

Inventaire des Idoles : ‘‘Diouf et Wade, hauteurs et largesses du pouvoir’’ (par Elgas)

C’est le propre des hommes politiques de devenir désirables et populaires dès qu’ils quittent le pouvoir. On leur pardonne presque tout. Ces moments d’adieu sont souvent des moments d’absolution par l’opinion, y compris de tous les forfaits passés. L’état de disgrâce s’achève ainsi dans un vent d’émotion, où la nature sacrée et mystique du pouvoir renaît comme par miracle, enveloppant d’un nouvel éclat ces hommes jadis vilipendés. Rejugés ainsi par le tribunal populaire une fois leur départ acté, ils s’en tirent blanchis ; capital avec lequel ils se rachètent virginité et misent sur l’avenir, bien souvent dans des projets d’humanisme fédérateurs. « Tout le monde vous aime quand vous n’êtes plus un danger pour personne », résume, avec malice, Arsène Wenger. La retraite a ceci d’inoffensif et de terrible en politique : elle flanque à la mort un je ne-sais-quoi de joie, de prestige nul. Avec la propension très sénégalaise à la flagornerie, et à la fabrique du consensus, au nom de la concorde nationale, ce trait commun aux politiques partout dans le monde, a une saveur spéciale au Sénégal. Pour peu que les mêmes hommes soient dans le « grand âge », qu’il s’y mêle une forme de pitié allégeante, cet amour pour des fossiles majestueux, ils deviennent impérissables.

Question âge, Abdou Diouf a quitté le pouvoir assez jeune pour les standards africains. Le siècle était nouveau. Il était encore dans la soixantaine fringante. Pour cet homme minimaliste, qui semblait avoir à cœur d’être à la hauteur de sa taille et de sa mission, le pouvoir avait été une école de transmission, de discipline et d’application. Après un séjour scolaire méritant au Sénégal, le longiligne met le cap en France. A l’ENFOM (école nationale de la France d’outre-mer) où il est admis, la colonie avait à cœur d’y former sa crème, corps d’élite, destiné à reprendre le flambeau : éteindre celui de la colonie et à allumer celui de l’indépendance. Vœu pieux. Il aime la philosophie et y affine sa tentation du blasphème. Il soutient même un mémoire sur l’islam et la société wolof.  Entre le père de la nation, Senghor, et le fils prodige, Diouf, on est presque comme dans une transmission filiale, faite de confiance. L’aîné méritant, habile fonctionnaire, souple pour le compromis, dur dans le jeu politique, avait très tôt les attributs du pouvoir. A la veille des années 80, la grogne sociale était assez modeste, quelques aléas climatiques, seuls ou presque, venaient perturber la tranquillité d’un pouvoir où les déchirures internes et les oppositions étouffaient sous la férule de Senghor. Le poète a trompé son monde, il s‘est très vite aguerri en politique, et a compris une valeur essentielle et pratique au pouvoir : pour bien être dur, on n’a pas besoin de bander les muscles. C’est ainsi, avec sa nature douce, presque passive, que Senghor avait réduit l’opposition à la périphérie, usant par moment de la force, même crapuleuse voire criminelle, pour bâillonner ses adversaires. On peut estimer, sans trop de risque, que cette manière de gérer le pouvoir, c’est-à-dire, ce vernis emphatique, et cette rudesse intérieure, est l’un des legs de Senghor à Diouf. L’administration savait former ces tueurs froids, impeccables dans leur costume, aux mots qui ne dépassaient jamais leurs pensées, et qui incarnaient, finalement, une forme de piété politique, qui fraternisaient avec le religieux.

Pendant ce temps, la vie intellectuelle battait son plein. Mai 68 avait débordé de Paris et inondé les capitales africaines. Le marxisme était en plein triomphe. Les idées de ré-enracinement étaient la vogue du moment. D’autant plus que les indépendances, négociées plus qu’acquises, commençaient à trahir les espoirs. Dakar tout particulièrement sera un des pôles de cette effervescence, où tous ces intellectuels de la même génération, formés en France, ou à la française, quel que soit leur orientation, se confronteront. D’un côté, les corps de la république, tenant l’administration et de l’autre, la parole intellectuelle dissidente est énergique, rêvant de révolution et secrètement de pouvoir. Abdoulaye Wade en sera l’incarnation et le prototype. Ce glouton des études, séducteur impénitent au goût vestimentaire affiné, ce rhéteur infatigable, le sait : il lui faut un récit fondateur de son propre mythe pour se différencier de tous ces autres habitués du quartier latin à Paris, qui débattaient à Présence africaine. Le goût pour le libéralisme de Wade naîtra en partie, de cette volonté de se créer un destin, de faire un pas de côté, de la marche générale. Son profil de matheux, ses grands rêves pour l’Afrique, ce goût du projet et de la démesure, celui de la bataille politique, feront le reste. Il avait bien préparé sa monture pour sa traversée du désert. Entre participation à l’élan national à travers le gouvernement, et traçage d’un parcours secret. C’est bien du reste une ligne de fracture qui est restée dans le champ politique : d’un côté les exécutants administratifs et de l’autre les révolutionnaires. Ce duel éternel devrait sans doute un jour ou l’autre sourire à Wade, il était dans le système et en dehors. En 1974, avec le parti démocratique sénégalais, naîtra officiellement l’ambition, année marquée par une sécheresse terrible : le Sopi est une prophétie de longue perspective historique. Si Diouf est un enfant gâté du pouvoir, fils préféré du pouvoir, Wade en fera le fils maudit. L’un est servi à table, l’autre chasse pour survivre.

Les historiens de la politique sénégalaise auront du mal à faire le bilan de gestion de Wade et Diouf. Consigner les temps forts et faibles de ses régimes. Tant ils sont à la fois semblables et dissemblables. Les 20 ans de Diouf au pouvoir, 40 si on est généreux, ont été marqués par des accalmies la première vingtaine, et des accélérations à partir des années 80 marquées par des épisodes durs géopolitiques. Diouf n’a pas eu beaucoup de flair. L’homme d’Etat est resté un homme de gestion, sans jamais se sortir de cette rigide direction pour offrir autre chose à un pays où l’exaspération avait commencé à embraser l’électorat. C’est le contre-coup des visions trop administratives, trop diplomatiques, trop secrètes, que d’être vantés en temps de paix mais si terriblement inefficaces en temps d’agitation. Diouf n’avait pas senti se détacher le pays irréversiblement, et l’administration qui lui était acquise, le nombre impressionnant de ses cadres socialistes, l’ont aveuglé, dans une tenue du pouvoir qui n’a jamais pris les volontés du peuple en considération. La hauteur de Diouf n’avait jamais été accessible à la plèbe. Il semblait les toiser. Avec la diplomatie inter-confrérique qu’il arrivait bien à tenir, il a péché en pensant que la concorde pleine de gratitude pour le pouvoir, surtout quand il s’associe au religieux, allait anesthésier les colères. La volonté de renouveau, toujours, vive dans les peuples, commencera à gronder. Dans le labyrinthe du secret de l’administration, les malversations et les détournements installeront cette pratique opaque du pouvoir, de laquelle était exclue l’opinion publique. Jouissant toujours d’un apriori favorable, pour sa tenue, l’attitude de Diouf sera progressivement qualifiée de mollesse, et quand elle devient rude, de germes d’autorité.  Le système était à bout de souffle, d’autant plus que le vent du libéralisme était fier. Diouf était resté le même dans un pays qui changeait. Il n’a jamais véritablement eu de talent politique, ni dans la projection, ni dans l’inspiration populaire. Il était resté un fonctionnaire, un homme charmant, capable de colère grondante, avec cependant un charisme qui rétrécit à mesure du temps, jusqu’à ne devenir que cendres figées d’un prestige révolu.

L’état de grâce était ainsi tout promis à son successeur, Wade en 2000. Il était devenu une marque, un crâne, des bretelles, un épi de mil couleur or, une vieille Renault tuberculeuse. Wade avait le mythe. Il connaissait un peu le peuple, il l’avait fréquenté pendant sa solitude. C’est bien souvent le seul avantage à ne pas être dans la lumière, on se nourrit des leçons de vie des ombres. L’ambition gourmande qu’il jette dans le pays, la démesure des chantiers, la folie des idées nouvelles, à l’échelle africaine, posent un homme productif, mais sans tenue. Etancher une grande soif en avalant précocement des litres, voilà l’erreur pour le jeuneur. Wade s’était privé, il voulait une revanche. L’arrivisme, miné par les frustrations d’avant, a la jouissance immodeste. Ce pouvoir express tiendra un mandat jusqu’en 2007, où l’euphorie du pouvoir bascule dans les largesses du pouvoir. A la verticalité et au secret des magouilles sous Diouf, Wade avait substitué, l’horizontalité et la grossièreté de la magouille. Le système, perverti par les transhumances, restera le même que sous Diouf, tout juste deviendra-t-il obscène, en manquant la discrétion d’administration qui caractérisait les équipes de Diouf. La générosité en idées de Wade sera condamnée par l’absence de formalisation de ces dernières. Elles devenaient comme des acquis de conscience, des produits pour se rassurer de son propre génie et de sa propre envergure. La transformation du personnel politique qui interviendra avec Wade, marquera aussi l’entrée dans un nouveau monde, où la promotion ne se fera pas sur les bases du mérite, mais sur des bases plus clientélistes. Tout ce que le pouvoir cachait dans la nuit du secret, Wade lui donnera le goût du jour. Les équilibres entre le temporel et le spirituel, qui se négocient depuis Senghor, entre Touba, le palais et Tivaouane, seront avec Wade dans un déséquilibre, avec un parti pris de Wade et des visées politiciennes. En 2000 le pouvoir quittait une hauteur caduque pour embrasser des largesses désolantes. Trames communes du manque de la dimension totale du pouvoir, chez Diouf comme chez Wade.

Les deux premiers fils ont échoué à faire la nation sénégalaise. Des parcelles émiettées cohabitent dans une timide harmonie, surévaluée, épargnée par les secousses.  Ils ont été frileux sur le chantier. Cette dérobade devant la difficulté de la tâche condamne leur legs à porter ce goût d’échec. Le cours relativement sage de la vie politique sénégalaise, n’a pas permis à ces deux hommes d’avoir des moments de densité historique à gérer : la dimension tragique. Même la Casamance n’a pas servi de tremplin pour rehausser la symbolique du pouvoir. Sur le champ politique aucun héritage d’une tradition vertueuse ne pourra être retenu comme fait majeur. Sur le champ économique, la dépossession progressive de la souveraineté des Etats les a conduits à rester à la remorque des marchés et institutions financières. Sur les ressources de la transformation locale, à travers une ingénierie nationale, rien non plus. Aucune avancée économique majeure, pérenne, touchant de grandes masses populaires, ne peut leur être attribuée.  Sur le champ religieux, depuis les craintes de Moriba Magassouba dans les années 80 à travers son livre L’islam au Sénégal. Demain les mollahs ? le fait religieux a disparu de l’agenda du politique, qui a tout bonnement démissionné, hormis quelques spasmes épisodiques et vains. Avec Diouf il y avait encore les restes du Bûr, avec Wade, on a eu le Ngûr. Ces présidents, enfants de la colonie quoiqu’ils en disent, n’en sont pas moins des enfants, produits historiques de la société sénégalaise. Sur le plan culturel, la profusion des initiatives pour l’école masque la fabrique de la médiocrité chez Wade, et le manque de vision chez Diouf qui s’est reposé sur des acquis mis à mal par le temps. Jusqu’à ses mémoires, Diouf est resté le même, on ne peut lui arracher une confidence. A plus de 90 ans, Wade est toujours un roi nu. Il manque l’envergure du legs au deux. Le bilan politique est à la portée de chaque président, le dessin des contours d’un futur désirable est la vraie marque des grands hommes politiques.

Aux grands hommes, la patrie ne doit pas être toujours reconnaissante. Elle peut l’être, mais aussi, être lucide et exigeante avec eux. Il en est de Diouf comme de Wade, et de beaucoup d’idoles nationales, que la mémoire a tendance à être partielle, donc clémente. Au-delà de la résignation des populations, qui les conduit à accepter les systèmes du moment qu’ils peuvent espérer que des miettes leur parviennent, il y a une culture de la suffisance dans la gestion de l’Etat, qui jamais profondément auditée, se sait inattaquable. Le vaste cloaque qui semble tenir de débat politique naît de ce fait là. Que Wade et Diouf ne l’aient pas désinstallé, qu’ils l’aient même creusé, rend l’affaire bien périlleuse. Ils ont produit plus ou moins directement la génération actuelle, celle des aspirants politiques jeunes, qui se complait dans des clans préétablis, redoutant le débat et se rassurant dans la complaisance de l’entre-soi. Mais de tout ceci n’est rien. L’Histoire est déjà passée. Wade et Diouf sont encensés. Ils sortent de la scène bénis, salués et chantés. La mémoire nationale attendri par les adieux, a vu chez ces hommes, des zestes de hauteurs, et pas assez de largesses. N’est-il pas finalement plus sage de tourner la page et de laisser l’histoire trancher ? En cela une valeur religieuse peut être d’une belle aide : la miséricorde. Qui la donne alors ? Dieu ou le peuple ?

Inédit : une femme aux commandes du plus puissant syndicat sud-africain, Cosatu

0

LES AFRIQUES – Pour la première fois depuis sa création en 1985, la Cosatu élit une femme à sa tête. Son nom : Zingiswa Losi. Objectif : reconquérir des voix, notamment féminines, pour mieux accompagner la candidature de Cyril Ramaphosa à la présidentielle de 2019.

C’est un chamboulement dans la classe politique sud-africaine. La plus grande centrale syndicale du pays a élu ce mardi à sa tête une femme, Zingiswa Losi. Une grande première depuis la naissance il y a trente-trois ans du mouvement qui a contribué à la chute de l’apartheid il y a un quart de siècle. La Cosatu, symbole et fer de lance de la mobilisation noire dans le monde du travail, a connu ces dernières années de nombreuses dissensions qui ont pesé sur l’Alliance tripartite fondée en 1990 avec l’ANC et le Parti communiste sud-africain (SACP). L’élection de Losi signe-t-elle enfin l’entrée dans une nouvelle ère pour la fédération en difficulté ?

Qui est Zingiswa Losi ?

Seule candidate, elle a été nommée lors du congrès annuel de la Confédération des syndicats sud-africains (Cosatu) qui se tient jusqu’à jeudi à Midrand, près de Johannesburg. Zingiswa Losi a été militaire de carrière pendant trois ans dans l’armée sud-africaine, avant de travailler dans une usine du constructeur automobile américain Ford dans la ville de Port Elizabeth (Sud-Est).

Sa nomination sans opposition fait suite à des mois de spéculations selon lesquelles les syndicats affiliés ne soutiendraient pas le président sortant Sdumo Dlamini. En effet, Sdumo Dlamini a fait défiance lorsque l’organisation a pris la décision de prendre ses distances avec l’ancien président Jacob Zuma et a appelé à sa démission.

Zingiswa Losi a fait ses premières armes de syndicaliste dans le puissant Syndicat national des travailleurs de la métallurgie (Numsa). Selon sa notice biographique publiée sur le site de la Cosatu, Zingiswa Losi s’est impliquée très jeune dans le combat politique contre le régime de l’apartheid en rejoignant les rangs du Congrès national africain (ANC) de feu Nelson Mandela. « Je suis devenue politiquement consciente à l’âge de 10 ans lorsque mes deux frères ont été contraints à l’exil. Je ne savais pas alors que j’allais les suivre une fois plus grande », explique-t-elle dans cette présentation. En décembre dernier, elle avait échoué de peu à devenir secrétaire générale adjointe de l’ANC.

Une élection pour tourner la page de l’ère Zuma

Son élection mardi à la tête de la Cosatu, où elle occupait jusqu’à présent le poste de vice-présidente, « confirme le rôle des femmes, et celui des femmes noires en particulier, en tant que militantes politiques et réformatrices sociales », a salué le président du pays et de l’ANC Cyril Ramaphosa, invité à s’exprimer.

Lors de son allocution devant la foule, Ramaphosa s’est concentré sur les élections générales de l’année prochaine. Le président a déclaré que la course aux élections représentait un champ de bataille politique, qui ne pouvait être gagné que par l’unité, en disant : « Notre peuple est en marche révolutionnaire. Nous allons faire la guerre pour les élections générales nationales. Une armée unie est une armée qui ira à la guerre unie. »

Le discours du président a été accueilli par des acclamations assourdissantes de la part de la Cosatu. Ces dernières années, les relations entre l’alliance tripartite ont été instables. La capture d’État associée à des licenciements de services publics qui ont fait l’objet de rumeurs a conduit à de vifs débats entre la Cosatu et l’ANC.

La Cosatu, qui revendique aujourd’hui 1,6 million de membres, fut avec l’ANC et le Parti communiste d’Afrique du Sud (SACP) l’un des piliers historiques du mouvement anti-apartheid.

Rencontre avec A’Salfo, leader de Magic System : Businessman à ADN social

AFROSPHÈRE – A’Salfo n’est plus à présenter. Surtout après les succès planétaires de « 1er Gaou » et plus récemment du  single « Magic in the Air », à l’occasion du Mondial 2018. Le leader de Magic System est devenu en vingt ans l’ambassadeur de la musique du continentnoir , bien au-delà de sa Côte d’Ivoire natale, dont il ne s’éloigne jamais trop longtemps. Interview.

Il se tient là, dans le hall de ce grand hôtel de l’Ouest parisien, souriant, reposé et jovial, toujours prêt à dégainer une remarque humoristique. Nous sommes mi-août et A’Salfo – Salif Traoré pour l’état civil – vient de prendre quinze jours de vacances à New York, en famille. Des vacances « à la Salif », au rythme du zouglou et des rendez-vous d’affaires. A partir de 2019, il devrait assurer la programmation africaine du célébrissime festival SummerStage, qui se tient tous les étés à Central Park, histoire de dessiller les oreilles des mélomanes américains. « Say it Loud, I’m African and I’m Proud ! » aurait pu entonner A’Salfo, en parodiant James Brown. Car il ne cesse jamais de bâtir, celui qui s’est imposé comme le leader du groupe Magic System, ce que d’ailleurs Goudé, Manadja et Tino, les trois autres membres de la formation, ne contestent nullement.

Le mot « proud » (fier) revient souvent dans la bouche de Salif quand il laisse parler en lui l’ancien joueur de foot et l’aficionado. « La Fédération française ne nous avait pas prévenus de son choix pour le Mondial russe, précise-t-il. J’ai été agréablement surpris quand j’ai su qu’elle avait sélectionné “Magic in the Air”, notre dernier tube, comme chanson officielle. Que les Bleus, tous ces jeunes avant tout français, aient pu tirer l’ancien pays “colonisateur” jusqu’au sommet nous a remplis de fierté. »

Les vacances sont finies. A’Salfo et ses trois complices repartent demain pour Abidjan. Direction l’école du micro : le quatuor prépare l’enregistrement de son prochain album, entre Paris – pour le groove international – et la Côte d’Ivoire – pour baigner dans le feeling local. En vingt ans de carrière, ils ont vendu cinq millions d’albums à travers le monde et reçu trois disques de platine, seize d’or… Leur hit international « 1er Gaou » est devenu un classique, incontournable dans toute fête de mariage ou soirée, à Casablanca comme à Bruxelles, à Paris et à Douala. Magic System est le groupe populaire par excellence, devenu bon gré malgré franco-africain. Tellement populaire que le président Macron fit appel à lui, le 7 mai 2017, pour assurer le haut de l’affiche de sa soirée d’investiture. « Un clin d’oeil à cette Afrique trop souvent décriée », explique le chanteur.

Le succès du Festival des musiques urbaines d’Anoumabo (Femua), que le Magic organise chaque année, est révélateur de la popularité du groupe sur le continent. La dernière édition, en avril 2018, a été le rendez-vous incontournable du show-business africain. Deux scènes à Abidjan, auxquelles il fallait ajouter un concert à Korhogo, la métropole du Nord. Un public de près de 100 000 personnes s’est régalé d’une affiche brillante : de Soprano à Yemi Alade, que du beau linge !

Sorti pour la première fois en 2014, le single devient l’hymne de l’équipe de France de football pour la Coupe du monde 2018. Aujourd’hui, le clip comptabilise plus de 209 millions de vues sur YouTube.

Une fois encore, Salif aura été increvable durant le festival, se démultipliant ici et là à l’infini… Et son entourage et les journalistes, épuisés après quatre jours et quatre nuits quasi blanches, ont encore en mémoire cette halte soudaine dans une école de la ville de Korhogo, sous un soleil de plomb. Mais pourquoi, mon Dieu ? Pour simplement entonner avec les enfants « Magic in the Air » ! Pour montrer à la presse internationale la récente contribution financière du groupe, à savoir l’achat de bancs pour l’établissement ? Peut-être… A’Salfo, lui, explique : « Quand un enfant est content, c’est tout un pays qui est content ! » Un chanteur qui sait aussi être un espiègle de l’affectif. Comment expliquer autrement son attention à l’égard de Lokua Kanza ? La star congolaise fêtait son 60e anniversaire durant le festival et le porte-parole du Magic avait tout simplement offert le voyage Paris-Abidjan à ses enfants pour lui faire la surprise !

A’Salfo ou le businessman « à l’ADN social », comme le prouve le Femua, son coeur de chauffe affectif, dont les recettes permettent de bâtir des infrastructures (écoles, maternités…) en Côte d’Ivoire

« On voulait importer ce qui n’existait pas en Afrique », explique l’interprète de « 1er Gaou » à propos du Femua. Celui qui aurait dû être condamné à végéter dans les tréfonds de la société ivoirienne a très vite compris qu’ambition, rigueur, professionnalisme et travail constituaient les règles du jeu du showbiz international et qu’il devrait bien, un jour ou l’autre, régir également la scène musicale africaine. Ça tombe bien : il possédait toutes ces qualités. « C’est un homme qui a une exceptionnelle faculté d’adaptation, il comprend très vite les enjeux fondamentaux », explique un de ses proches. Il fallut donc renoncer parfois à cette « décontraction » si africaine. Et ses coups de gueule ont souvent émaillé l’existence du groupe…

Une des clés de son destin se trouve dans son long parcours social

Pas besoin de le côtoyer des décennies pour comprendre que A’Salfo s’impose désormais comme l’une des figures de cette nouvelle génération d’Africains qui veulent faire bouger les choses dans leur pays et sur leur continent. Chez lui, pas de vision manichéenne et agressive à l’encontre du « monde des Blancs », mais une ouverture d’esprit, une volonté de savoir propre aux autodidactes. Le tout au service d’une certaine obstination, son principal défaut, avoue-t-il. A’Salfo ou le businessman « à l’ADN social », comme le prouve le Femua, son coeur de chauffe affectif, dont les recettes permettent de bâtir des infrastructures (écoles, maternités…) en Côte d’Ivoire.

Une des clés de son destin se trouve dans son long parcours social. Celui-ci, qu’il ne cherche pas à dissimuler, commence à Anoumabo, qui le vit naître il y a trente-neuf ans. Ce quartier plus que populaire, fourmilière de près de 30 000 habitants, étalé au bord de la lagune Ebrié qui scinde quasiment Abidjan en deux, cet incroyable dédale de ruelles sablonneuses, de masures, de mosquées, d’églises, de boutiques et de maquis – ces petits restos populaires – qui surgissent à la va-comme-je-te-pousse, fut sa première école de la vie. Salif y a traîné un quart de siècle, sixième d’une fratrie de neuf enfants (six frères, dont son jumeau, et deux soeurs) affrontant la misère. Son père, manoeuvre dans le BTP, d’origine burkinabé, était venu, à l’instar de nombreux compatriotes, s’installer en Côte d’Ivoire dans les années 1940, attiré par le boom économique.

Aucun exhibitionnisme chez lui, quand il montre la misérable concession familiale ; l’école primaire Aliodan et la classe où ils étaient plus de 100 élèves ; le collège moderne de Port-Bouët où il dut renoncer à poursuivre ses études secondaires au début de la terminale ; les maquis qu’il fréquentait sans le sou ; la place poussiéreuse où il se retrouvait tous les jours avec Manadja, Goudé et Tino, lorsqu’il commença à jouer avec eux du zouglou, la musique qui raconte la rue, ses joies, ses misères. Et où les quatre « gaous » refaisaient le monde, se rêvant en Beatles ivoiriens… Vingt ans plus tard, ils le sont presque devenus et A’Salfo aurait pu se contenter, comme de nombreux artistes, de vivre tranquillement de sa musique et de ses rentes, entre sa résidence parisienne et sa belle villa abidjanaise, avec sa femme Hélène et ses trois enfants. Oui, mais voilà…

Quand on atteint un certain niveau de notoriété, on n’appartient à personne

Non, décidément, aucun exhibitionnisme, pas non plus de revanche sur la vie, mais plutôt l’application d’un vieil adage africain : « Savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va. » Il suffit de constater la démarche unique qui a présidé au lancement du Femua : A’Salfo et ses trois complices décident, en 2008, d’initier cet événement… en installant la scène sur cette même place poussiéreuse de leurs débuts ! Représentation emblématique d’une histoire des origines. Et tant pis si les dizaines de milliers de spectateurs s’entassaient tant bien que mal le long de l’artère donnant sur la scène !

Et d’aucuns de commenter l’évolution de celui qui est devenu en 2012 ambassadeur de bonne volonté de l’Unesco. En Côte d’Ivoire, nul n’a oublié que, avec le Magic, il a été chargé, entre 1997 et 1999, de l’animation culturelle à la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci), le sulfureux syndicat révolutionnaire. La politique ne l’a jamais quitté depuis. D’ailleurs, on ne se gêne pas parfois pour critiquer son « opportunisme ». Ne fréquenta-t-il pas le palais sous la présidence de Laurent Gbagbo, avant de se lier d’amitié avec Dominique Ouattara, l’actuelle première dame ? « Quand on atteint un certain niveau de notoriété, objecte-t-il, on n’appartient à personne. Je représente la Côte d’Ivoire à l’extérieur, donc je suis obligé de faire avec les autorités qui la représentent. » « A’Salfo bénéficie d’une image très positive dans le pays, commente de son côté Philippe Kouhon, rédacteur en chef de l’agence Afrikipresse. Grâce au Femua, devenu une institution, il pourrait bien se lancer à la faveur d’un changement générationnel dans le personnel politique. » « La politique divise, la musique unit, préfère répondre l’intéressé. Il y a incompatibilité. Mais si la situation nationale l’exigeait, pourquoi pas… »

Affaire Hô-Déby : Gadio peut circuler

MPCL – Luy Jot Jotna (Il est temps) est le nom de son parti. Il était plus que temps qu’il soit fixé sur les suites de son sort judiciaire. Après presque une année en résidence surveillé dans l’appartement de son épouse à New-York, depuis le mois de novembre 2017. Le député et chef de parti Cheikh Tidiane Gadio est libre. Son avocat américain, Sean Hecker, a annoncé la fin de toutes les poursuites contre lui, ce vendredi. Gadio A tout de suite annoncé son intention de se tourner vers l’élection présidentielle sénégalaise.

Hecker précise que dans le cadre d’un « Non-Prosecution Agreement » (“Accord de cessation de toutes les poursuites”), le gouvernement américain a reconnu que Gadio n’a pas commis les faits qui lui étaient reprochés et, ainsi, a décidé de retirer sa plainte.

Selon un communiqué de son service de communication, qui donne la nouvelle, la plainte de la justice américaine étant retirée, la caution de l’ancien chef de la diplomatie sénégalaise sera annulée, de même que son assignation à résidence.

Gadio a été arrêté le 17 novembre 2017 à New York. Il était accusé de corruption, de blanchiment d’argent, d’évasion et de fraude fiscale. Il lui était reproché d’avoir perçu une commission d’un homme d’affaires chinois qu’il aurait mis en rapport avec le Président tchadien, Idriss Deby, pour obtenir des droits pétroliers au Tchad, en échange de pots-de-vin.