‘Ndoumbélane Snap…shoots’ – Si Loin, Mais Si Près (Par Gilles Eric Foadey, 14 septembre 2018)

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Les chroniques de Gilles Eric Foadey*, le Sénégal loin des yeux, mais près du cœur : Ndoumbélane Snap…shoots. Instantanés-tirs (au but) d’une actu-cactus, dans une époque où les protagonistes qui nous dirigent ne manquent pas d’air et où leurs administrés aimeraient bien changer d’ère.

LEADERSHIP MORAL ET NON …SALES ENGEANCES

« La Présidence n’est pas uniquement un service administratif. C’est le moins qu’on puisse en faire. C’est plus qu’un travail d’ingénierie, efficace ou inefficace. Il est, par excellence, et avant tout une place de leadership moral » (Franklin Roosevelt).

Ce leadership moral proclamé en son temps par Macky Sall sous le label de « gouvernance vertueuse » a fini en eau de boudin, sinon en ectoplasme, au regard de la réalité des faits, Et, Macky Sall n’a pas fait montre de ce leadership moral dont le Sénégal a urgemment besoin. In fine, tout semble converger vers la fin d’une émergence dont les acteurs se sont comportés comme de…sales engeances.

 

 

 

ARRÊTER LES ESCLANDRES DE SALAMANDRE: NOUS SOMMES… TOUS… COULEURS

Harrison Street, Johannesburg, RSA. Services de l’immigration. Assis sur le banc d’attente, avec d’autres émigrés, avec mon smart phone comme interlocuteur…Il fait froid. C’est l’hiver. J’entends parler Walaf. Je suis revigoré et fier. Trois compatriotes, Modou-Modou, à première vue…

Moi:  «Nan ngen def  » ?

Eux, en cœur, « Santeu ».

Le Ndiatigué, manifeste, du groupe: « Grand yow Senegalais nga» ?

Moi: « Jaroul laaj,  mangui lay lak Wolof».

Lui: « Mais grand Lakk Kat nga, Niro wou Loo Senegalais»?

Moi: « Bayil len sen affaire sourois yi » (appellation Mandingue du Wolof) NDT »

Que retenir sinon que  » Santa dekoul fene« . Le fait c’est que le Wolof,  la langue du groupe communautaire-plutôt qu’ethnie, définit ‘’l’Homo senegalensis’’ où qu’il puisse être sur la mappe monde.

Que l’on soit Balante Bassari, Coniagui, Creole de Ziguinchor, Joola, Lebou, Manjak, Mankagne, Niominka, Peul, Pepel, Toukouleur, Serere, Soce, Soninke ou Wolof.

Le Wolof qu’on le veuille ou pas, est la langue DOMINANTE ET UNIFICATRICE. C’EST TANT MIEUX!

C’est notre trésor, notre Commun Vouloir de Vivre. IN FINE, NOTRE SENEGAL ATTITUDE .

C’est pourquoi, moi, né à Ziguinchor, ak sant bou dekoul fene, exècre les procédés ignobles… qui, ailleurs sur le Continent ont engendré mort et désolation.

Et ce procédé ignoble Macky Sall a commencer à l‘actionner . Il a,  insidieusement, et,  plusieurs fois, posé des actes dans ce sens. On ne veut pas du primat d’une ethnie sur une autre. Ni aujourd’hui ni demain. Il faut que ce régime arrête de bander les muscles.  Ce regime qui a pris la foi des citoyens pour un foie qu’il peut  griller à satieté.  Il nous faut  ôter le voile de la matière qui retient nos âmes prisonnières de l’obscurantisme grégaire.

  

LA CACOPHONIE DU PARRAINAGE, DES PARRAINS ET DES PARRAINÉ(ES)

Le 27 août, à l’entame du crépuscule dans Addis la pluvieuse…J’écoutais Sud Fm. Aziz Coulibaly mettait des rétro Youssou Ndour…’’ Less wakhoul’’

Puis, ce fut le journal parlé. Des citoyens lambda, dans le radio trottoir servi, ne comprenait que dalle à ce parrainage. Parrainage que personne dans les media, ni au niveau des partis politiques et encore moins au niveau de la société civile n’a expliqué aux citoyens. Du moins pas suffisamment et de manière pédagogique. C‘est le lieu de nous interpeller nous-mêmes. Aussi bien en tant que citoyens que partis politiques. Aux législatives, nous fûmes entubés. Tout porte à croire que, si nous n’y prenons garde, nous le serons encore pour ces présidentielles de tous les dangers car, n’ayant pas su ou pu, en toutes conséquence, tirer les leçons des législatives calamiteuses.

Les élections et le processus électoral qui va avec est l’affaire de tous. Il faut le maitriser et l’expliciter aux citoyens. Avec l’introduction du parrainage, la diversion pourrait être de mise si on n’y prend garde.  Et ce, peu de citoyens et d’acteurs politiques le comprennent.

Le parrainage est pertinent en ce sens qu’il nous évite d’avoir des huluberlus aux égos, on ne peut plus, surdimensionnés qui, dans la solitude de leur tête, rêvent d’être Président.

Seulement, à Ndoumbelane, tout le monde dit tout, et n’importe quoi sur le parrainage. Entre le parrainage en soi, les parrains et les parrainé(e)s c’est pire qu’une foire d’empoigne.

Il faut selon la loi et les textes encadrant le parrainage 66820 parrains pour se présenter à l’élection présidentielle. Soit 1% du corps électoral. NI PLUS Ni MOINS.

Toutefois le camp présidentiel, sciemment (?) tout comme les prétendants à la présidentielle veulent récolter les paraphes de plus de millions de parrains. Simplement effarant. Le faire c’est violer la loi.

Et pourtant sur le site de la CDP téléchargeable sur : www.cdp.sn l’essentiel est explicité. On y apprend, entre autres, qu’il faut « faire signer des engagements de confidentialité́ aux collecteurs désignés » par le candidat à la présidentielle, et que, « si une personne est informée que ses données figurent dans une liste d’un candidat sans son consentement, elle peut demander au collecteur concerné la suppression de ses données ».

Ne pas lire et ne pas s’approprier les textes qui fondent les processus électoraux risquent de nous conduire droit dans le mur. Demain, peut-être que les marraines s’en offusqueraient pour entrer dans la danse. Une danse endiablée où elles sont payées pour s’exhiber. Pendant que les inénarrables politiciens bandent les muscles, tous les muscles, en jouant à se faire peur. Quant à l’argent de leur caution, il va… à la Caisse de consignation et de dépôt. Inénarrable avions-nous dit.

 S’UNIR ENFIN !  POUR L’ESSENTIEL

Dans la solitude de sa tête, Macky n’envisage pas la défaite même s’il se sait cuit.

Pour le battre il faut, dès maintenant, faire le tri parmi les moins mauvais des candidats. Nous les connaissons tous. Il faut d’emblée éliminer tous les partis qui ont dirigé le Sénégal à ce jour. Et retenir les hommes et les femmes probes qui ont le Sénégal à cœur avec une vision pragmatique de son développement. Ces derniers ayant en commun les dénominateurs communs que sont, surtout, probité, respect des institutions et développement durable doivent s’entendre sur l’essentiel…pour contraindre Macky Sall à un deuxième tour salvateur pour le Sénégal. Car, c’est ENSEMBLE qu’il faudra faire face à l’hydre Macky Sall et aux mafieux de tous poils. Il faut aller au charbon ! Ce que l’immense majorité d’entre nous laxistes et composés de “ Sob men and women” ne veulent faire. Mais nous le pouvons si nous le voulons. ‘’Gantcheu keen dou ko nakh niaari yoon’’ *, dit-on.

*une péripatéticienne ne se fait pas plumer deux fois’’

CENA, SORS DE TON MUTISME ASSOURDISSANT !

Il est grand temps que la CENA sorte de son mutisme pour remettre les choses à plat et tirer sur la sonnette d’alarme pour des élections crédibles. C’est impératif. Ces élections sont celles de tous les dangers. Il y a péril en la demeure Sénégal.

À ceux et celles qui estiment que le changement est nécessaire, le plus urgent consiste à identifier les vrais porteurs du changement véritable et faire le tri parmi les présidentiables. Mutualiser les forces progressistes. S’approprier le processus électoral. Interpeller la CENA et tourner les pages sombres de la prédation. Il faut s’y atteler par des actes citoyens en ayant des réponses précises aux question suivantes :  Comment fonctionne le parrainage ? Où en est-on avec le retrait des cartes ? Quel sort est réservé à celles et ceux inscrits mais qui ont été victimes de la rétention des cartes lors des législatives calamiteuses ? Comment exiger leur délivrance ? Combien de bureaux de votes existent au total sur le territoire ? Comment faire pour y avoir des vigies citoyennes pour communiquer les résultats dans les bureaux de vote à la clôture du scrutin et les communiquer à travers un site centralisateur, via WhatsApp par exemple ? Comment s’assurer de la probité et de la sincérité du vote des militaires ? Comment encadrer les mouvements de toute cette horde de fonctionnaires, non républicains, qui vont d’une région à une autre sans entrave, aucune, le jour du scrutin ?  Des questions pour lesquelles les citoyens, les media et la société dite civile devraient exiger de la CENA des réponses.

Pour l’heure, le Président Macky Sall pauvre qu’il n’était pas comme Job, est devenu riche comme Crésus à l’exercice du pouvoir. Lui et les siens ont la ferme ambition et les moyens, pensent-ils, de continuer à paître l’herbe rabougrie du pâturage Sénégal. Si Demain, forcing ou pas, il demeure président, alors là nous méritons l’incompétence. Nous continuerons avec résilience à subir les dénis de justice pour in fine, avoir les dirigeants que nous méritons. Ces élections sont loin d’être une partie de promenade dans un parc.

*Gilles Eric Foadey est Journaliste, Consultant media, Traducteur et Interprète de Conférence. Il vit entre Addis-Ababa en Ethiopie et Johannesburg en Afrique du Sud.  Il fut, de 2009 à 2015, le responsable de la communication de l’Agence du NEPAD.

Kofi Annan inhumé hier avec les hommages de la Nation

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AFROSPHERE – Le Ghana a célébré hier jeudi 13 septembre les funérailles de Kofi Annan à Accra avec tous les honneurs dus à son illustre rang: dans la capitale Accra, diplomates et hommes politiques sont venus la veille lui rendre un dernier hommage.

Députés, ministres, ambassadeurs se sont succédé au Centre de conférence d’Accra mercredi pour un dernier au revoir à l’ancien secrétaire général des Nations Unies.

Graça Machel, veuve de Nelson Mandela, était présente pour célébrer la mémoire d’un grand homme : « On se souviendra de lui comme « le » secrétaire général des Nations Unies. Et je n’essaie pas d’être diplomate ! Kofi était autant Ghanéen que Sud-Africain, Mozambicain ou Zambien. Il nous manquera. Il nous manquera profondément. »

Mais Kofi Annan restera dans les mémoires des Ghanéens une fierté nationale, comme le confie Kwadwo Mpiani, directeur de cabinet de l’ancien président John Kufuor : « Il était secrétaire général de l’ONU. Mais a-t-il fait beaucoup pour le Ghana ? La réponse est oui ! Outre notre premier président Kwame Nkrumah, c’est le Ghanéen qui a porté le nom du Ghana sur la scène internationale. Et cela nous suffit en tant que nation. »

Hier jeudi matin, officiels des Nations Unies et chefs d’État ont présenté leurs hommages avant les funérailles privées au cimetière militaire de la capitale.

Incertitudes sur la capacité d’Air Sénégal à lancer la ligne Dakar-Paris

L’ECO DES SAVANES – La liaison aérienne Dakar-Paris est considérée comme l’une des plus rentables au monde. Chaque jour, deux aller-retour sont assurés par la compagnie Air France et en début d’année prochaine par Air Sénégal. La toute jeune compagnie vient en effet de confirmer qu’elle prendrait la place du transporteur français Corsair en février prochain.

Affaire juteuse, Corsair a tout fait pour garder la ligne Dakar-Paris. Mais après quatre ans d’exploitation, l’accord signé avec l’Etat sénégalais est clair : la compagnie nationale, Air Sénégal, récupère la licence dès qu’elle le souhaite.

Les dirigeants de la compagnie privée française ont visiblement essayé de convaincre les autorités sénégalaises de prolonger le contrat jusqu’en octobre 2019 pour assurer une transition dans les meilleures conditions. Les dirigeants d’Air Sénégal ont alors proposé de rompre le contrat dès octobre 2018.

Au final, toutes les parties se sont donc accordées pour fin janvier. Hasard où pas, la date fixée tombe trois semaines avant le premier tour de l’élection présidentielle.

Lancer une ligne intercontinentale en 5 mois ? Au sein de la compagnie sénégalaise, on indique que tout est mis en oeuvre pour réussir ce défi.

Les plus sceptiques spécialistes du secteur aérien doutent. Notamment car la compagnie n’a pas encore reçu ses avions et cherche des pilotes. Corsair transportait entre les deux capitales près de 135 000 passagers chaque année, 45% du marché. Pour Air Sénégal, la course contre la montre est désormais lancée.

Inventaire des Idoles : ‘‘Kagame & Macky, fortunes et infortunes de l’autoritarisme’’

« Il n’est point de secret que le temps ne révèle. »  (Racine)

Ange Kagame apparaît toujours à côté de son père avec la même grâce, presque cinématographique, que les filles Obama. Elle respire la joie, le visage barré d’un sourire innocent, charmant et charmeur. C’est à peine si l’on voit, derrière l’éclat de cette fille devenue égérie du père, la force du triomphe des Kagame, tant tout paraît si indolent. L’atout-charme, ici, est surtout un atout-fille, d’une aide bien précieuse. Depuis 1988, l’ex-major militaire, exilé en Ouganda, file une parfaite romance avec Jeannette. Elle lui a fait quatre beaux enfants, aux prénoms angéliques et un poil américains (Ivan, Ian, Brian, et Ange). Dans ses rares apparitions, la famille emporte avec elle cette part de rêve, de bonheur complice, de resserrement indéfectible, et symbolise cette réussite si en phase avec les standards people et politiques actuels. L’habile usage des réseaux sociaux, et le gazouillis à dose homéopathique de ce roman familial, est une licence politique. Au pouvoir, le charme n’est pas tellement nécessaire, en revanche il n’est jamais un surplus inutile. Il polit. Adoucit. Romance. Et taille aux extrémités, les pointes d’aspérités. Avec son costume strict, ce visage sculpté par le labeur, quoiqu’apaisé par l’arrogance du triomphe, toujours traversé cependant par cette irrépressible dureté, Paul Kagame le sait : il est un héros moderne. Mieux, continental. Toute cette allure dessine la part du rêve qui excite les foules. Il est devenu, en 20 ans, le motif d’espoir et la fierté de tout un continent. Il tente, bien esseulé mais donc bien visible, de racheter le prestige poursuivi en nostalgie, et qu’il dépoussière et rajeunit. Coup double, il ne recrute pas ses admirateurs que dans les masses, il réussit le prodige d’y adjoindre les élites, voire quelques ennemis, qu’il contraint par le rapport de force, ou la ruse, à faire la révérence.

Macky Sall en est bien loin. Lors d’une rencontre récente avec Kagame, répondant à une question qui portait sur les applications technologiques qu’ils souhaiteraient voir émerger, Kagame avait été bref et parfait dans sa réplique. D’un minimalisme et d’un flegme de métronome. Macky, quant à lui, avait paru heurté, besogneux, et sortait de l’exercice à son désavantage. Si les réseaux sociaux et quelques commentaires moqueurs sont venus consigner ces faits anecdotiques, il est évident que Macky en gardera une trace amère, comme l’allégorie de la perception qu’a de lui son pays. Celui qui aura incarné, pendant un temps, le type même souhaité de président africain : formé à l’école publique, fonctionnaire méritant – passons les oubliables séjours de formation en Occident – ministre, président du parlement. Les louanges précoces pour Macky n’ont pas fait long feu. Bourru et adipeux, le verbe terne sinon poussif, Macky n’a jamais négocié son aura sur son aptitude à séduire. D’ailleurs, le comprit-il fort vite, lui dont la sobriété, une certaine forme de dureté et d’intransigeance, ont très vite été le capital politique. Si Wade avait l’intuition du génie avec son fils putatif Idrissa Seck, la vue dynastique avec son fils biologique Karim, les avantages sont pourtant allés à la promotion de ce troisième fils-disciple, sage, habile, exécutant des tâches sans rechigner jusqu’au jour du reniement. Macky est un homme d’intérieur, presque de l’ombre. Un homme de la confidence. D’ailleurs son cercle intime, vante – et on pourrait y croire – l’immensité des vertus de l’homme à l’échelle privée. Mais à la lumière, la scène s’assombrit. Avec ses enfants frappés par le surpoids, sa femme érigée en icône de l’enracinement, toutefois chahutée à chaque sortie, le couple n’est pas télégénique. Il est victime de l’a priori d’apparence et du délit de normalité qu’inaugura François Hollande. Il n’est même pas sauvé lorsqu’il esquisse quelques pas de danse, qui ne soulignent que sa raideur. Il est resté de tout ça un charisme maigre, et une perception assez indifférente de ce président que les élites snobent et que les foules défient, à l’exception de quelques bastions.

Au Sénégal et au Rwanda, l’Afrique donne pourtant au monde deux modèles pour prendre son pouls. Du charnier à ciel ouvert dont il hérite, Kagame a fait un pays à la pointe des technologies, exemplaire dans la discipline, la promotion des femmes, la salubrité urbaine et l’école. Inspiré et à l’affut des vœux des populations à l’échelle du continent, Kigali a un flair impressionnant, et une vitesse à digérer le vent des opinions prodigieuse. Le changement de tutelle, du bloc francophone belgo-français aux USA, consécutif aux règlements de comptes post-génocide, aura été une défiance vertueuse. En termes de chiffres, le pays affole les compteurs. Croissance soutenue, indicateurs au vert. Et, part encore plus insondable du succès, le récit et la narration, laudateurs et cléments sur les points noirs, dans la majorité de la presse diasporique. Presqu’une omerta sur les ombres pourtant si nombreuses. Le Rwanda n’est plus vu que comme cet îlot que l’on penserait presque prospère, dont les mérites vont tout droit à l’homme fort de Kigali. Si d’innombrables textes, livres, rapports, enquêtes, ont infiltré et décrit l’autoritarisme et les velléités dictatoriales de Kagame, il est extraordinaire de voir que cette masse, pour partie documentée, irréfutable, dort dans la confidence, peu relayée par la presse, quand elle n’est pas tout bonnement disqualifiée, accusée de révisionnisme, ou plus simplement d’être rabat-joie. L’ancien chef militaire du FPR, stagiaire aux USA dans les années 90, a forgé sa réputation dans le rapport de force, d’abord sanglant, qui l’a mené au pouvoir. Il n’est pas vierge de crimes. Et il a bien de la chance que ses accusateurs s’appellent Pierre Péan ou Stephen Smith – entre autres -, si faciles à ranger dans le halo du sulfureux. Le dernier opus de Judi Rever[i], cette année même, revient abondamment sur les crimes des hommes de Kagame. Mais le récit officiel ne bronche pas. Disposant de forts relais dans le paysage occidental, à travers notamment l’association Survie en France, et la gauche décoloniale de manière globale, aidé par l’attitude floue, voire complice de la France dans le génocide, la hiérarchie des crimes qui s’impose alors, le blanchit presque.

Avant même la tentation autoritaire, les prémices d’un pacte de pouvoir militaire étaient présentes chez Kagame. La réduction de l’opposition en miettes, les intimidations, les humiliations, les crimes secrets, les problèmes de malnutrition sévère à l’intérieur du pays, et finalement le despotisme éclairé qui arrive à bâillonner toutes ces impuretés qui font tâche dans le récit glorieux, sont l’autre prouesse de Kagame. Il a presque gagné, avec ces actifs de gouvernant, le droit d’administrer son pays comme il le veut, renvoyant les tentations d’ingérences à leurs provenances, et requalifiant ses gestes de quête de souveraineté absolue, contre les allures néocoloniales. C’est proprement sur ce volet, dans des échelles de natures et de degrés différents, que Chavez, jadis Sankara, avaient obtenu la force de leur réputation : la capacité à tenir tête à l’Occident. Appelée diversement panafricanisme, afrocentrisme, elle est l’argument suprême entre tous, par lequel les pouvoirs aux abois augmentent leur sursis. Miracle pour Kagame, le sien n’est pas aux abois, il en tire un double mérite. C’est principalement l’homme fort, avec les résultats hypertrophiés mais aussi un fond de vrai, un homme aliénant les institutions, adaptant la constitution à sa pérennité propre, que les masses adulent et que les intellectuels, démissionnaires car pris dans leurs contradictions, consentent à idolâtrer, certain in petto, d’autres plus bruyamment.

Si Kagame a des actifs et des passifs, avec une balance favorable, Macky n’a rien de tout ça. Le septennat entamé par une dédite, a accouché de mesurettes. Sans doute, une certaine forme d’objectivité lui reconnaitrait des avancées majeures et techniques. En politique, il en est de la statistique comme du bilan, c’est le récit qu’on en fait qui compte. Mais le bilan est bien trop léger même chanté en chiffres, sans d’ailleurs qu’on puisse du reste lui en tenir rigueur. Un autre aurait sans doute fait de même. Une part du problème est structurelle.  Mais sur les autres chantiers sociétaux et politiques, par l’optique et le cap, c’est-à-dire le symbolique, il n’aura pas imprimé une marque suffisante pour aspirer à un legs. Sans doute part-il avec l’avantage de tous les impétrants déjà au pouvoir pour les prochaines élections, son génie ayant réussi, par la ruse, à assujettir tout une opposition émiettée, ou par le maintien à bonne distance de ses adversaires qui se sont tiré des balles dans le pied, et que la justice n’avait plus qu’à amputer. La démocratie sénégalaise, dont les acquis ont été surévalués, consistant principalement en une démocratie électorale, voit s’effriter ses fragiles piliers. Dévitalisés, mis à mal par Wade, peu renforcés par Macky, les acquis ont été pris pour des terminus alors qu’il ne devait être que des départs. Dans le jeu de bluff et de grande brutalité symbolique dû à une anarchie qui ne dit pas son nom, la scène politique sénégalaise est illisible. Dans ce chaos, Macky Sall est tenté par le vieux mythe de l’ordre. L’ancien ministre de l’intérieur, connu pour cette forme de sévérité, renoue avec des germes d’autorité, voire d’autoritarisme, qui comblent le déficit de prestance. Il assoit une légitimité à travers ce levier d’un pouvoir absolu, qui du reste cadre bien avec la conception traditionnelle du pouvoir dans l’antériorité des régimes politiques sénégalais. Les délits d’offense à chef de l’Etat et de blasphème sont comme une rencontre entre l’ancien régime et le roi confrérique. Macky puise dans la symbolique de l’Etat importé pour son arsenal de répression, et de l’Etat permanent pour ses ressorts moraux. Le tout pour ajuster ses tentations de tyranneau sans venin. Sur le terrain judiciaire, il aura beau jeu de se reposer sur le ressort du don et de la grâce qui parlent à l’opinion non élitaire. Les deux échelles de lecture de l’affaire Khalifa Sall, technique et populaire, l’un pour les élites et l’autre pour les masses, en se confrontant, finiront bien par tasser les reproches légitimes d’irruption de l’exécutif dans le judiciaire.  Du reste, Macky Sall n’a pas inauguré cette justice aux ordres, il ne fait que la perpétuer en rompant la promesse de renouveau. Il n’est pas un autocrate, il est à des années lumières de Kagame. Mais il n’est pas à l’abri de basculer dans un hermétisme que pourrait embraser une cascade de rebondissements toujours à redouter en temps électoral. A l’un on passe tout, malgré tout ; à l’autre rien, malgré tout aussi.

Les deux hommes, de différentes manières, symbolisent la persistance de ce mythe tenace de l’homme de poigne, du dictateur éclairé qu’il faudrait aux Etats africains. Si Sankara a donné à ce mythe de nobles accents, ses héritiers, déclarés ou usurpés, qu’ils s’appellent Sanogo, Dadis, Jammeh, ont abîmé l’héritage. A quelque chose malheur est bon : ils ont rendu la vue sur cette cécité complaisante et illusoire. Les Etats africains, dans leur infinie ressemblance aux autres, n’ont besoin que de systèmes forts et d’Hommes à la hauteur. Aucun traitement particulier, à la marge, ne pourrait jeter les bases d’un précédent heureux. L’autoritarisme reste un mythe tropical, malhabilement théorisé, qu’il appartient aux jeunesses, et pas qu’à elles, de déraciner totalement. L’ingénierie de vrais systèmes politiques, inclusifs, souples, et efficaces, est le seul chantier. Ni le Rwanda de Kagame, ni le Sénégal de Macky, ne sont des modèles.

Le Rwanda depuis le génocide, était devenu une école intellectuelle. Une forme de sanctuaire sacré, et à juste titre. On y faisait pèlerinage pour écrire des livres, transmettre pour ne pas oublier. Ce nécessaire exercice de lucidité et de renaissance, n’a pas eu une longévité inaltérable. Le traumatisme ne devait pas être un blanc-seing.  Les intellectuels africains sont devenus aphones sur le Rwanda et l’autoritarisme de Kagame, se rendant même complices des forfaits considérés comme bénins. Rejoints par d’autres organismes, notamment non-gouvernementaux de défense des droits de l’Homme, qui restent d’un étrange silence, alors même qu’elles aspirent à répandre un renouveau démocratique dans le continent. L’école marxiste, naissant de l’idéologie du décolonialisme, et qui a été au pouvoir de beaucoup d’Etats africains après les indépendances, doit être bien décontenancée, car le Rwanda n’est pas un laboratoire de l’économie alternative. Le modèle est on ne peut plus libéral, poursuivant les recettes classiques d’une économie mondialisée, sans aucune forme d’originalité endogène. Presqu’un croisement entre l’ogre capitalisme et la rigueur antidémocratique chinoise. Le Rwanda pourchasse la croissance comme un idéal, d’ailleurs c’est ce qui fait son attrait et son crédit sur les marchés. Elle attire à elle un tout-monde, dont des jeunes loups aux dents longues. Le pays devient une destination, qui vend, jusqu’aux manchettes des maillots d’Arsenal[ii], ses trésors. Il est abandonné à l’idéologie du chiffre. 20 ans ou plus de querelles chez les intellectuels décoloniaux contre le libéralisme, pour constater que le Rwanda, devenu la mascotte d’un continent rebelle et enfin souverain, est pleinement inscrit dans le temps du capitalisme. Voilà qui est bien cocasse, tant de circonvolutions différentialistes, pour tant d’allégeance. Pour un pays qui a du reste la particularité d’être un des pays les plus aidés par les institutions financières[iii], et qui est devenu très bon élève du « startupisme ». Toute une série de contradictions majeures, qui vont jusqu’à s’annihiler, jaillissent de ce tropisme Kagame, qui a des variantes dans l’Erdoganisme. Kagame est un autre symbole d’un déni du huis-clos et de ses vilénies, auquel on préfère les postures contre un ennemi fantasmé, qui est en réalité l’allié inavouable. L’autoritarisme ne fait ainsi que trahir des objets plus profonds. Ce sont, ici listées, les fortunes et les infortunes de l’autoritarisme. Mais surtout, in fine, l’aliénation du contre-discours : le grand impensé postcolonial.

Elgas

[i] Judi Rever, In the praise of blood – The crimes of the Rwandan Patriotic Front  – « Eloge du sang – Les crimes du Front patriotique rwandais », éditions Random House, 2018

[ii] Partenariat du Rwanda avec le Club de Football Arsenal : https://www.jeuneafrique.com/561827/societe/foot-le-rwanda-signe-un-accord-de-sponsoring-avec-arsenal-afin-de-promouvoir-le-tourisme/

[iii] Evolution de l’aide publique au développement : http://www.banquemondiale.org/fr/country/rwanda/overview

Petit-neveu d’Houphouët, Tidjane Thiam dément des ambitions présidentielles après avoir bel et bien voulu se présenter

LES AFRIQUES – Tidjane Thiam soutient n’avoir toujours pas la tête en Côte d’Ivoire. Le banquier est régulièrement cité comme un potentiel candidat à la présidence ivoirienne. C’est très officiellement qu’il donc a déclaré et redit au quotidien suisse « Le Temps » son absence d’ambition politique. Pourtant, Tract tient de source autorisée que Thiam a bel et bien tâté le terrain pour se présenter à la présidentielle 2020. Il a vite été découragé par ses interlocuteurs, qui lui ont fait comprendre que son patronyme sénégalais réveillerait immanquablement les démons de l’ivoirité et de la guerre civile, en cas de candidature. Tout petit-neveu d’Houphouët – Boigny qu’il a beau être.

En 1990, devant les caméras de télévision, Houphouët lui-même avait désigné les Thiam comme ses héritiers, rappelant la coutume de son village. Chez les Baoulés, le pouvoir se transmet par les femmes. « Dans notre famille, nous sommes quatre, mes deux sœurs n’ont pas d’enfants, tout comme l’une de mes cousines. Seule la plus jeune, Amoin, la fille de ma tante Yamousso, a pu en avoir. Grâce à Thiam, de par la coutume, ce sont eux mes héritiers directs. »

« Thiam », c’est Amadou Thiam. Journaliste ivoiro-sénégalais devenu ministre de l’Information puis ambassadeur au Maroc, il a eu sept enfants avec Marietou Sow, la fille d’Amoin, tous chéris par le patriarche. « Ils ont fait de grandes études, Houphouët les trouvait très intelligents, il les adorait », se rappelle un ancien compagnon du dirigeant. Quatre d’entre eux, Daouda, Augustin, Aziz et donc Tidjane, ont été ministres.

Deux ans avant la prochaine élection présidentielle, prévue en octobre 2020, le marigot politique ivoirien est déjà en ébullition, avec grandes manœuvres au sein des partis et renversements d’alliances. Et des noms qui circulent, presque toujours les mêmes depuis des décennies. Tous, sauf un, qui fait le buzz, et crée un certain émoi sur les bords de la lagune Ebrié : celui de Tidjane Thiam, qui est l’actuel directeur général du Crédit suisse.

Les « Thiamistes », comme ils se nomment eux-mêmes, donnent de la voix sur les réseaux sociaux pour appeler de leurs vœux un renouveau, qui passe par la « mise à la retraite de cette vieille classe politique ». Et l’arrivée au sommet de l’Etat d’une personnalité brillante, jeune, hors sérail, incarnée à leurs yeux par Tidjane Thiam, 56 ans, soit vingt ans de moins que l’actuel président Alassane Ouattara.

« Fierté de la Côte d’Ivoire »

L’ex-président Henri Konan Bédié, 84 ans, est, lui, toujours dans la course et ne fait guère mystère de ses ambitions, « pour laver l’affront du coup d’Etat de 1999 qui l’avait privé d’un second mandat », selon ses proches. Quant à Laurent Gbagbo, 73 ans, actuellement jugé à la Cour pénale internationale (CPI), il est attendu comme le messie par ses partisans, persuadés qu’il sera libéré de prison le 1er octobre et pourra ainsi quitter La Haye pour Mama, son village natal, avant de repartir à la conquête du pouvoir. On en est là.

« Un million de signatures pour Tidjane Thiam 2020 », « Les amis de Tidjane Thiam », « Génération Tidjane Thiam » « Tidjane Thiam horizon 2020 », « TT2020 » « Le meilleur reste à venir »… Les pages Facebook fleurissent sur Internet, assorties d’autant de hashtags. Les qualités et compétences du directeur général du Crédit suisse, « fierté de la Côte d’Ivoire », sont décortiquées à longueur de posts, appuyées par des extraits de ses interviews. Et il est régulièrement comparé à un Emmanuel Macron.

Contacté par Le Temps, Tidjane Thiam fait diplomatiquement savoir qu’il est « à la fois touché et honoré par toutes les marques de soutien exprimées à son égard récemment par nombre de ses compatriotes ivoiriens ainsi que plus généralement par de nombreux Africains ». Tout en s’empressant d’ajouter : « J’ai dit à plusieurs reprises et depuis de nombreuses années ma détermination à ne pas avoir d’activité politique. » Dans sa réponse, il insiste sur son « engagement à long terme » à la tête du Crédit suisse et sur sa volonté de poursuivre la stratégie mise en place qui « produit de bons résultats ». Fermer le ban ? Non, Tract sait de source sûre que Tidjane Thiam a caressé l’idée de devenir Président de la Côte d’Ivoire. Avant de se rendre à l’évidence que ce projet est saugrenu quand on s’appelle Thiam.

« Fatigués des querelles politiciennes »

Cela suffira-t-il à décourager ses supporteurs, qui lancent un appel à une réunion de tous les « Thiamistes » le 15 septembre à Abidjan, afin d’unir leurs forces ? Rien n’est moins sûr, tant est fort l’espoir de voir émerger de nouvelles personnalités, plus en phase avec la jeunesse d’un pays où 70 % de la population a moins de 30 ans.

« Il s’agit là d’un message de la société civile pour dire aux politiciens que les Ivoiriens en ont marre et sont fatigués de leurs querelles perpétuelles », estime un responsable politique, lequel, dans un contexte tendu, souhaite conserver l’anonymat. Il rappelle également que, depuis 1999 et le coup d’Etat du général Gueï contre le président Bédié, dont il était le ministre du plan et du développement, Tidjane Thiam n’est jamais revenu en Côte d’Ivoire.

D’autres responsables font remarquer que des attaques liées à l’origine sénégalaise de son patronyme sont déjà apparues, ravivant la crainte de voir le pays renouer avec ses vieux démons. « On a rarement vu en Afrique de président parachuté de l’extérieur se faire élire », rappelle enfin un journaliste ivoirien, citant l’exemple de Lionel Zinsou au Bénin, présenté comme un banquier et un manager hors pair, mais rejeté dans les urnes par ses compatriotes en 2016.

Le chanteur Rachid Taha, légende du métissage musical, décédé hier à 59 ans

L’ex-leadeur du mythique Carte de séjour mêlait les influences de son Algérie natale avec le rock, le punk et l’électro. Le chanteur Rachid Taha est mort dans la nuit du mardi 11 au mercredi 12 septembre d’une crise cardiaque dans son sommeil, à son domicile de la région parisienne, a fait savoir sa famille dans un communiqué. Il avait 59 ans.

« Son fils Lyes, sa famille, ses proches, tous ses amis et son label Naïve, ont le regret et l’immense tristesse d’annoncer le décès de l’artiste Rachid Taha, survenu cette nuit suite à un arrêt cardiaque à son domicile des Lilas », précise le communiqué.

L’ancien chanteur du groupe Carte de séjour mêlait dans sa musique les influences de son Algérie natale avec des sons plus rocks.

Lui qui était né à Oran, avant d’arriver en Alsace à l’âge de 10 ans, aimait construire des ponts entre les cultures. En 1986, il reprenait avec son groupe la chanson Douce France, de Charles Trenet, pour se payer la tête de l’intégration, peu après la marche des Beurs et la création de SOS Racisme.

« Ya Rayah », tube intergénérationnel

Se produisant en solo à partir du début des années 1990, il sort en 1998 un tube transgénérationnel, avec une reprise de Ya Rayah, hymne des immigrés algériens composé par l’idole du chaâbi, Dahmane El-Harrachi (1925-1980). Un genre musical qu’il affectionnait : « J’ai découvert le chaâbi à la radio, puis par les scopitones dans un bar à côté d’où l’on habitait, en Alsace, avec mes parents, racontait Rachid Taha en 2017. C’est un peu notre Jack Kerouac à nous, de manière plus orientale ou désorientée. »

Cette année de fierté black-blanc-beur est aussi celle du succès de 1, 2, 3, Soleils, réunissant Rachid Taha, Khaled et Faudel.

Depuis, Rachid Taha n’a jamais cessé la musique. Pour la sortie de son dernier album, « Zoom », en 2013, le chanteur électrise le Trianon à coups de sons traditionnels et électroniques, de métissages punk, jamaïcains et électro. Quatre ans plus tard, il rend hommage au chaâbi le temps d’un concert à l’Institut du monde arabe. Il s’apprêtait à sortir un nouvel album chez Believe, dont le premier single devait s’intituler « Je suis africain ».

L’Europe peuplée de 25% de Subsahariens en 2050 ? Un mirage ! (sociologue)

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L’Europe de 2050 sera-t-elle peuplée à 25 % d’immigrés subsahariens ? Depuis que Stephen Smith a prophétisé, en début d’année, dans La Ruée vers l’Europe (Grasset), que le Vieux Continent comptera 150 à 200 millions d’Afro-Européens dans trente ans, la question, hier cantonnée à l’extrême droite, a trouvé d’autres porte-voix. Dans le contexte de fermeture de l’Europe, la démonstration de l’universitaire, ex-journaliste (au Monde, notamment) a séduit jusqu’au sommet de l’Etat, où Emmanuel Macron estimait, le 16 avril, que l’auteur avait « formidablement décrit » la menace d’une jeunesse africaine massée sur l’autre rive de la Méditerranée, à qui il ne manque qu’un « go » pour s’élancer vers les capitales européennes.

Depuis sa chaire Migrations et sociétés, au Collège de France, François Héran a un moment observé ce débat, avant de s’en saisir, au nom de la « véracité scientifique ». Ce sociologue, anthropologue et démographe, meilleur spécialiste français du sujet, répond aujourd’hui que cette invasion est un mirage.

« L’ordre de grandeur le plus réaliste est cinq fois moindre », a-t-il même mesuré, réfutant le spectre d’une Europe à 25 % afro-européenne. « Les Subsahariens, qui représentent 1 % de la population européenne, représenteront tout au plus 3 % ou 4 % de la population des pays du nord en 2050 », ajoute-t-il dans le dernier numéro de Population et sociétés, la revue de l’Institut national d’études démographiques (INED), qui sort mercredi 12 septembre, où il signe un article intitulé « L’Europe et le spectre des migrations subsahariennes ».

Une hausse, mais pas « une invasion »

Cette analyse scientifique étayée sonne comme le premier round d’un match l’opposant aux tenanciers de la « théorie du grand remplacement » de la civilisation européenne par les immigrés – développée par Renaud Camus et reprise par de nombreux médias d’extrême droite et identitaires. Les élections européennes de mai 2019 devraient d’ailleurs faire caisse de résonance à ce débat qui traverse l’Europe, se nourrissant simultanément de la croissance démographique prévue en Afrique dans les décennies à venir et de la crise de l’accueil des migrants en Europe.

Et pourtant… Aujourd’hui, « 70 % des migrants subsahariens s’installent dans un autre pays africain, 25 % se répartissent entre le Golfe et l’Amérique du Nord, et 15 % viennent en Europe », relativise le chercheur.

« Si l’on intègre la croissance démographique projetée par l’ONU. C’est-à-dire le passage de 970 millions d’Africains en zone subsaharienne à 2,2 milliards en 2050 (…), les immigrés subsahariens installés dans les pays de l’OCDE pourraient représenter en 2050 non plus 0,4 % de la population, mais 2,4 %. »

70 % des migrants subsahariens restent dans leur région, contre seulement 1 % des Nord-Africains. Une hausse importante, admet M. Héran, « mais 2,4 % ne permettent en aucun cas de parler d’invasion, même en ajoutant la seconde génération ». A l’heure actuelle, « sur les 420 millions d’habitants d’Europe de l’Ouest, 5,3 millions sont nés en Afrique du Nord, et 4,4 millions dans le reste du continent africain », insiste-t-il pour établir un état des lieux. Dit autrement, l’Europe compte 1,5 % de populations d’origine maghrébine et 1 % de Subsahariens, quand, en France, ces taux sont de 4,3 % pour les natifs d’Afrique du Nord et de 1,5 % pour les Subsahariens.

Ces analyses, qui s’appuient « sur des statistiques de plus en plus fiables qui autorisent à se passer des états civils parfois lacunaires », permettent de démontrer « que l’Afrique émigre moins que l’Amérique centrale, l’Asie centrale ou les Balkans », rappelle M. Héran. Pour arriver à cette conclusion, à ce chiffrage précis, le chercheur – qui a aussi une casquette de statisticien à l’Insee – a travaillé sur un outil construit par la Banque mondiale, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et le Fonds monétaire international, qui recense depuis quinze ans le nombre de natifs d’un pays résidant dans un autre.

Les mouvements des populations aujourd’hui « confirment un résultat connu, de longue date, des économistes : plus un pays est pauvre, moins ses habitants ont de chance de migrer au loin. S’ils émigrent, c’est d’abord dans les pays limitrophes ».

Forte volonté d’émigrer

Pour François Héran, il faudrait un saut en matière de développement pour que l’Afrique émigre vraiment massivement. Or, « les données qu’explore Stephen Smith s’appuient sur une Afrique qui aurait atteint le même niveau de richesse que le Mexique. Niveau de développement dont on est globalement loin », ajoute-t-il.

De même, il réfute l’idée que les populations se « déversent » mécaniquement des pays à forte fécondité vers les pays à faible fécondité, puisque, à ce jour, « ceux qui comptent au moins quatre enfants par femme ont envoyé 5 % seulement de leurs migrants vers les pays ayant moins de 1,7 enfant. Les pays les plus mobiles sont les plus engagés dans la transition démographique, que ce soit au sud ou au nord », ajoute le chercheur.

Bref, si tous les arguments invoqués par les démographes plaident pour une soutenabilité de la migration africaine vers l’Europe, dans les années à venir, ils dévoilent quand même qu’un « temps 2 », moment où l’Afrique aura atteint un seuil de développement suffisant, se conjuguera avec une volonté d’émigrer plus forte.

« Candidature de recours » : Wade prend acte des dénégations de Madické (lettre)

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Voici la lettre qu’Abdoulaye Wade a adressé hier, mardi 11 septembre, depuis Dubaï, à Madické Niang, pour prendre acte des dénégations de celui – ci quant à une volonté de substituer sa candidature (ou une autre) à celle du candidat officiel du PDS pour la présidentielle 2019, Karim Wade.Maître Abdoulaye Wade Ancien Président de la République Secrétaire général du Parti démocratique Sénégalais Dubaï 11 septembre 2018
Maître Madické Niang Avocat à la Cour Président du Groupe parlementaire Liberté et Démocratie

Mon cher Madické,

J’ai pris connaissance de votre réaction à ma déclaration. Vous me connaissez pour ne pas savoir que je réagis spontanément sans détours. Je l’ai fait au stade de mes informations provenant de plusieurs sources. La vigueur de ma réaction n’a eu d’égale que la profondeur de ma déception tant les liens qui nous unissaient étaient forts. Devant l’accent de sincérité de votre déclaration, votre évocation du Saint-Coran et de notre Guide à tous les deux, le Vénéré Cheikh Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul, je vous donne acte de votre déclaration qui me rassure. Enterrons ce qui ne doit plus être dans nos relations qu’un regrettable incident qui se situe maintenant derrière nous.

Abdoulaye Wade

Crise USA- Mali ? La toute nouvelle ministre des Affaires Étrangères malienne Kamissa Camara prophétisait en 2016 « la fin du monde si Trump était élu »

En octobre 2016, le directeur de publication de Tract s’est entretenu avec Kamissa Camara, pour un portrait commandé par le magazine bruxellois Notre Afrik. Celle qui a été nommée hier lundi 10 septembre 2018 comme  nouvelle ministre des Affaires Étrangères et de la Coopération internationale du Mali s’arrachait alors les cheveux à la perspective, selon elle terrifiante, de l’élection de Donald Trump comme Président des USA, pays où elle résidait et travaillait alors. Depuis lors, beaucoup de tempêtes auront soufflé sous le plafond du bureau Ovale de la Maison-Blanche, mais le monde s’est survécu. Entretemps, IBK avait déja nommée Camara comme ambassadeur, conseiller diplomatique du Président. En prenant désormais à un poste clé de son gouvernement Kamissa Camara, 35 ans, (belle) spécialiste de la crise au Sahel, le Président malien IBK réussit là un very smart move, et renvoie son malheureux challenger Soumaïla Cissé dans le camp des has-been.

Voici le portrait que nous consacrions à la nouvelle cheffe de la diplomatie malienne en novembre 2016.

« Kamissa Camara : cerveau politique finance sociétés civiles »

[Malienne d’origine, elle est directrice adjointe de programmes pour l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest au NED, ONG créée par le Congrès américain en 1983 pour soutenir les sociétés civiles en matière de démocratisation et de bonne gouvernance].

En ce début novembre, mois de l’élection présidentielle aux USA, Kamissa Camara, 33 ans, aura peut-être vécu sa plus belle semaine – ou sa pire- : « Si Trump est élu à la tête des USA, ce sera la fin du monde » déclare celle qui est la coordinatrice du groupe de travail sur le Sahel pour la campagne d’Hillary Clinton. Cette implication politique signe bien l’intégration achevée de cette Franco-Américaine née de parents maliens, eux –même immigrants à Grenoble en France, pays qu’elle a quitté il y a neuf ans maintenant, à la faveur d’une « green card » obtenue à la loterie aux visas.

Intégration ? Ce n’est pas le mot quelle préfèrera. Si elle remercie la France de lui avoir offert de très bonnes études gratuites, elle n’en pense pas moins que ce que le pays de Marianne « fait de ses enfants en fonction de leurs origines est une autre question ». Cette aînée d’une fratrie de deux autres sœurs et d’un frère se contente de faire ce qu’on apprend aux premiers nés en Afrique : montrer la voie.

Au-delà de ses responsabilités formelles au NED (National Endowment for Democracy), elle travaille beaucoup à sensibiliser l’opinion publique américaine sur ce qui se passe au Sahel. Son bébé, le Sahel Strategy Forum mis en place en 2014 et initiative qu’elle a « vendue » au NED, co-animé par elle et par l’ex administratrice pour les affaires africaines de l’USAID, l’Africaine-Américaine Vivian Lowery Derryck, organise des débats ad hoc selon la disponibilité des dirigeants africains qui viennent à Washington. En présence d’ambassadeurs africains de la région Sahel, les ministres Mohamed Bazoum (Niger) et Abdoulaye Diop (Mali) y ont été reçus. Yacouba Isaac Zida du Burkina Faso y est venu, « pendant qu’il était Premier ministre » précise –elle. Le président Ibrahim Boubacar Keita du Mali n’est pas encore venu, pour des « problèmes d’agenda ». « Le Sahel est la région la plus incomprise du monde : on parle de problèmes sécuritaires et de rien d’autre » déplore Kamissa. Selon elle, il faut prendre en compte l’ethnicité, la religion et la culture : «par exemple, il faut comprendre que les Sonraïs du Mali et du Niger sont des cousins, qui se marient entre eux et traversent les frontières sans s’en soucier. Il ne sert à rien d’y envoyer les soldats américains. ».

En août 2012, Kamissa entre au NED en provenance de l’IFES (International Foundation for Electoral Systems) où elle s’est occupé de supervision des élections pendant quatre années. Elle est spécialement recrutée pour le programme Mali, pays qui vient de vivre un coup d’Etat, et commence en tant que chargée de programme Afrique de l’Ouest. Elle recherche des partenaires, rencontre le gouvernement et les acteurs des élections qui suivent le coup d’Etat. Bilan sur le Mali quatre ans plus tard ? Réticente, elle consent toutefois à dire que « ça ne va pas très bien. Il y a un problème de gouvernance et de leadership. La situation n’est pas que de la faute de terroristes ». Parce qu’elle reste « une fille du pays », il y a une tolérance tacite de ce qu’elle écrit régulièrement sur le Mali dans son site personnel (kamissacamara.com), où elle promeut le Sahel Strategy Forum. Rapidement, au NED, elle est promue en tant que vice-directrice du programme Afrique de l’Ouest et Afrique centrale au bureau de Washington, unique antenne de l’organisation. Ce qui la contraint – elle est son équipe de 6 personnes- à beaucoup voyager sur le continent. Son travail consiste à élaborer les stratégies pays, entretenir de bonnes relations avec les bailleurs et les ministres des différents gouvernements, et enfin trouver des partenaires de la société civile pour la mise en œuvre d’activités.

Avec 8 millions de dollars annuels de budget pour l’ensemble de la région Afrique centrale et Afrique de l’Ouest, son plus grand portefeuille est la RDC, où le NED appuie plus de 50 partenaires de la société civile et espère « une sortie acceptable » de la crise politique liée à la tenue hypothétique de l’élection présidentielle en cette fin d’année. Dans les pays d’intervention, le NED rencontre des ministres, organise des rencontres closes entre majorité et opposition à l’étranger, où il plus aisé de les réunir. « On travaille dans des pays compliqués. Quand tout va bien, on n’a pas de raison d’y être ».

Ousseynou Nar GUEYE

L’ET DIT TÔT D’ONG : Bureau d’Information Gouvernemental ? BIG Mistake !

Le char de l’Etat du Sénégal tel qu’il est conduit par Macky Sall vient encore de faire dans son énième resucée : il lance en grandes pompes, mackyllé comme un camion volé sous l’acronyme BIG (sic), le Bureau d’information gouvernemental. Officine directement et onomastiquement décalquée sur le Service d’Information du Gouvernement (SIG) qui existe en France depuis…1963, avec des changements notables de missions en 1996, 2002 et 2005, notamment à la faveur d’Internet et des télés d’info continue qui ont augmenté les situations de communication de crise pour le gouvernement français et donné lieu à l’émergence des fameux « éléments de langage ».

Seydou Gueye, le ministre porte-parole du gouvernement, reprend mot pour mot les missions du SIG français (visibles sur Wikipedia) pour désigner ceux du BIG sénégalais, en disant qu’il s’agit  » d’analyser l’évolution de l’opinion publique et le contenu des médias ». Analyser l’évolution de l’opinion publique ? Le SIG français avait traduit cette directive de manière concrète en multipliant les sondages d’opinion au bénéfice exclusif des présidents français , en période électorale. Surtout sous la direction générale du communicant Thierry Saussez, entre 2008 et 2010, qui finira par démissionner de la tête du SIG; du fait de l’entêtant parfum de scandale qui se dégageait de ses opérations de propagande gouvernementale et enquêtes d’opinion  commanditées, pour lequel il aura quadruplé le budget du SIG. Pour situer Saussez, à la tête de son cabinet Image et Stratégies, il aura conseillé l’alors président ivoirien Henri Konan Bédié dont il  empocha 730 000 Euros annuels entre 1995 et 1999. Transition toute trouvée pour revenir à nos moutons, ici en Afrique, au Sénégal : Macky Sall ne croit pas lui-même au sondage qu’on est venu lui vendre et qui lui donne 54% au premier tour de la prochaine présidentielle, selon ce qu’il a publiquement proclamé. Big Macky veut commanditer ses propres sondages. Il a désormais le BIG pour superviser cette besogne.

Autre temps, autres mœurs : le Président Abdoulaye Wade créa un « ministère de l’information » en 2001 ( et non un ministère de la communication), ce contre quoi l’auteur de ces lignes s’est insurgé dans un éditorial en Une de Tract à l’époque, rappelant que seuls des pays goebbelsiens comme le Zimbabwe de Mugabé avait un ministère de l’Information, qui filtrait l’entrée de journalistes étrangers dans le pays. Puis, Wade aura été tenté de mettre sur pied un Service d’Information gouvernemental en février 2011 au Sénégal. Il a abandonné le projet en raison des soupçons légitimes de manipulation de l’opinion que cela aurait créé, dans un climat alors éruptif, à douze mois des élections.

A 6 mois du premier tour de la présidentielle, Macky Sall, qui a choisi de faire feu de tout bois, n’a pas cette sagesse.

Ousseynou Nar Gueye

Directeur de publication de Tract