54%: Mame Adama Gueye s’insurge contre la mention de sondages par Macky Sall

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L’avocat et candidat à la présidentielle Mame Adama Gueye s’est insurgé contre la mention par Macky Sall, de sondages qui lui donnent un score de 54% au premier tour. Gueye rappelle que c’est là une violation de la loi et que la publication de sondages est strictement encadré. Ils prend à témoin les Sénégalais pour ce dérapage du président sortant.  « La loi est au-dessus du président de la République » tonne l’avocat-candidat.

Trudy Stevenson, l’ambassadeur du Zimbabwé à Dakar sera incinérée demain à Hararé

​Ambassadeur du Zimbabwé au Sénégal, Trudy Stevenson, 74 ans, est décédée brutalement à Dakar dans son domicile des Almadies, le 24 août. Le corps a été rapatrié dans son pays et la famille a annoncé les arrangements qu’elle a pris pour ses obsèques. La messe d’enterrement aura lieu à la chapelle catholique Notre Dame du Bord de Mer, dans le quartier de Mont Pleasant à Hararé, dans la capitale zimbabwéenne, demain vendredi 7 septembre à 10h heure locale. La dépouille mortelle de l’ex ambassadrice sera ensuite incinérée, dans une cérémonie privée.

Inventaire des Idoles : « Soda, le don et la grâce »

Bien en peine seraient ceux qui essayeraient de savoir à quoi Soda Mama Fall doit sa grâce et les propos louangeurs unanimes sur sa personne. Ils seraient comme des chercheurs d’or, les mains occupées à creuser, exténués à draguer le sol, alors qu’il suffit de contempler le lingot tout affiné, là, là-devant. Du couple entre le don et la grâce, les gouvernants politiques ont fait de mauvais usages autoritaires et religieux. Autrement, le duo est toujours assorti. C’est le privilège dont jouissent ceux qu’on aime sans jamais savoir pourquoi, dans l’évidence d’une idylle. Il est des mystères comme ça, qu’on se plaît à ne pas déranger, comme des trésors qui ne livrent leur sel que bien cachés dans leur écrin. Tel est ce recueillement quasi-national, qu’inspirent l’esthétique et l’aura de Soda Mama Fall.

Peut-être qu’il se trouve – je ne sais – dans son regard, un point de douceur qui invite à la sérénité, mieux, à la joie, presque à la gratitude ? Les traits épurés, gracieux, ce visage sur lequel le temps n’a qu’une infime emprise, et encore, resplendit-il sa beauté pour tout sévices. Cela expliquerait-t-il tout ? Pas si sûr. Peut-être ce visage, qui se borne à demeurer si naturel, si insolemment inaltéré, si prodigieusement serein, résistant aux artifices, est-il une rébellion contre le dogme des apprêts du Dieu-maquillage tellement en vogue ? Nul ne saurait le dire. A quelque méconnaissance, chipoter est bon. Et si c’étaient ces longues tuniques, aux couleurs unies de grande royale, ces foulards, assortis si biens noués, cette forme d’élégance, offerte, ce port de tête, espiègle, ces lèvres, graciles, ce cou, serpenté de plis. Je m’égare mais je ne sais toujours pas. Allez, je me résigne. J’opte pour la contemplation gratuite, j’ai appris de Sartre ce mot devenu, à bien des égards une devise : « Glissez mortels, n’appuyez pas. ». J’ai encore appris de Desproges que la « beauté était le privilège le plus exorbitant ».

Je l’ai déjà dit, écrit et chanté – Internet m’en sera témoin – mon amour pour Soda Mama Fall. J’aime songer à elle. Son allure de mère aimante a toujours calmé mes pulsions rebelles, bassement viriles ou juvénilement contestatrices. Si, à l’école prétentieuse des Livres, j’ai appris, l’insoumission, la méfiance et la défiance, instruit qu’il fallait les appliquer à tout pour convoiter la liberté, je dois dire que je ne peux rien reprocher à SMF, sinon l’aimer, défaillir, accepter de perdre pied ; elle que je vois comme une promesse vague d’un idéal de femme qui, les nuits de solitude, les jours sombres, s’invite dans la chambre de Baudelaire ou de Cheikh Moussa Ka, en muse éternelle et providentielle. J’ai cru déceler, avec beaucoup de peine, vivant en France, le malaise et la détresse de beaucoup de femmes noires, s’estimant délaissées et dépréciées. Allant jusqu’à renoncer, dans une défaite âcre et silencieuse, à leurs charmes, car toujours réduites aux stéréotypes d’invendues du marché de l’amour à tendance hystériques. Quoiqu’elles en disent, quoique l’époque change, et que le discours s’inverse, on peut percevoir cette douleur de la haine de soi encore palpable. Entouré de femmes noires, amies, amantes, sœurs, j’ai été tour à tour lâche, fuyant, imperméable à cette souffrance indicible. Jusqu’à y être plus sensible grâce à Soda mama Fall.

Elle me rappelait qu’à l’image de Sali, la bonne de mon adolescence, et de bien d’autres femmes aimées, il y avait un détail chez beaucoup de femmes noires, mais pas seulement, entre la simplicité presque nue et l’indéchiffrable charme, qui restait la parcelle inviolée par les réputations et les assignations. Sans les discours sur les canons de la beauté, les militantismes « capillaires » qui enjambent la question économique ; toutes ces nouvelles idéologies si maladroitement émancipatrices, mais si assurément aliénées par les mondialisations dystopiques de Joseph Tonda, il y a peut-être une thérapie peu couteuse. Ni dans le fantasme des origines, ni dans la dilution dans la mode, mais dans la culture d’un naturel, pleinement, dans un temps du monde. Soda Mama Fall sera oubliée des égéries afro de la scène de Paris et de New-York. Elle est comme les tailleurs africains qui travaillent les wax depuis des lustres pour des pécules ridicules, elle sera victime de l’appropriation culturelle admise, celle de la connivence de race, broyée par l’intersection. Le wax enrichit les créateurs parisiens, possiblement, sinon toujours afro, autant qu’il appauvrit le tailleur de Koumpentoum. La belle ironie : il y a dans la communauté des meurtres admis, requalifiés en union salvatrice.  Mais SMF vaut toutes les beautés du monde, et inversement. Hors des foires d’empoigne, elle résiste, dans ce huis-clos national ou africain, si déconsidéré par ceux qui s’en revendiquent pour l’ascendance, à partir des diasporas déchirées. C’est dans notre temps agité de spasmes identitaires, une belle carte de visite du Sénégal, l’authentique sans la fermeture, « l’universel sans le mur » ! S’aimer, c’est moins « savoir » le faire, que le « pouvoir ». Il suffit souvent de se déshabiller des artifices, politiques plus que vestimentaires, pour être soi : c’est l’évidence de ce don et de cette grâce que Soda Mama Fall s’emploie, depuis des années, à nous offrir.

Elgas

Pierre Goudiaby ATEPA, artisan du dialogue islamo-chrétien, Prix d’Excellence ‘’ Al Amine 2018’’ pour la promotion du Dialogue Islamo chrétien

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La Fondation d’Appui aux Initiatives pour la Promotion de l’Islam a décerné son Prix d’Excellence ‘’ Al Amine 2018’’ pour la promotion du Dialogue Islamo chrétien à Pierre Goudiaby Atepa. A cette occasion, Mohamed NDA, Directeur de publication du Magazine Islam Inter Infos, lui rend hommage dan cette tribune:

Personnage d’envergure continentale africaine par ses réalisations,  le plus grand mérite de Pierre Goudiaby ATEPA, c’est d’avoir décelé très tôt, plus que la plupart des intellectuels engagés dans les activités économiques, la puissance de la foi en Dieu et de l’avoir inscrit au cœur de ses principes de vie.

En effet, parler de Pierre Goudiaby ATEPA sans parler de sa dimension spirituelle, c’est réduire  le personnage; c’est vouloir décrire l’arbre sans parler des racines.

Les œuvres et réalisations multidimensionnelles de Pierre Goudiaby ATEPA, retracent certes son admirable itinéraire et commentent à suffisance ses multiples facettes.

Mais ses qualités, ses vertus et son génie intellectuel, seuls, n’auraient pas pu lui permettre de  réaliser ce qu’il a accompli s’il n’avait pas eu un soubassement puissant, un levier sur lequel il a pu s’appuyer à tout moment. Ce soubassement spirituel puissant, ce levier, c’est sa grande foi en Dieu.

Mais en dépit de sa foi chrétienne ardente,  Pierre Goudiaby ATEPA n’a jamais manqué de respect et de considération aux religions d’autrui.

Nourri aux mamelles du catholicisme, originaire d’une région sénégalaise à majorité chrétienne dans un Etat à dominance musulmane, Pierre Goudiaby ATEPA n’éprouve aucune difficulté à contribuer à la réalisation de ce que certains observateurs extérieurs n’hésitent pas  à qualifier de « miracle sénégalais du dialogue islamo chrétien ».

Soutien à la construction de mosquées, offre de billets pour le pèlerinage à la Mecque, dons de moutons de Tabaski, etc. Pierre Goudiaby ATEPA est un chrétien pratiquant qui traduit constamment, en actes concrets, sa contribution au renforcement du dialogue islamo-chrétien au Sénégal.

Incontestablement, le modèle de laïcité du Sénégal doit beaucoup à ce digne fils du pays qu’est Pierre Goudiaby ATEPA.

En effet, à l’heure où la religion est honteusement instrumentalisée par certains fondamentalistes, il est important de mettre en exergue ce que Pierre Goudiaby ATEPA, ce sénégalais qui fait la fierté de toute l’Afrique sous de nombreux rapports, fait pour contribuer en l’enracinement du dialogue islamo chrétien dans son pays.

Homme d’affaires émérite ayant parcouru le monde entier, Pierre Goudiaby ATEPA  sait que la coexistence pacifique entre les peuples appartenant à différentes religions et civilisations facilite les échanges des bénéfices matériels et intellectuels.

Cette coexistence pacifique contribue également à ce que ces peuples s’entraident pour résoudre les problèmes auxquels ils doivent faire face ensemble en tant qu’habitants du même village planétaire : maladies, pollution de l’environnement, etc.

Pour ceux qui, comme Pierre Goudiaby ATEPA, ont la vraie foi en Dieu seul,   quelle que soit la religion à laquelle nous appartenons, quelles que soient les prières que nous récitons, il n’y a véritablement qu’un enseignement. A savoir qu’il n’ya qu’un seul et même Dieu.

Et toute société qui reconnaît le Dieu unique et qui ne Le compare à rien d’autre ; toute société qui maintient cette seule Vérité, qui n’adore qu’un seul Maître, qui Le prie, et qui s’en remet à Lui ; toute société qui a atteint ce niveau de compréhension n’a besoin que de Dieu.

Alors, les gens d’une société comme celle à laquelle nous appartenons n’ont besoin que des qualités de Dieu, que de Ses actions, que de Son comportement, que de Sa grâce, que de Sa patience, et que de Sa compassion. Y a-t-il quelque chose d’autre de plus important ?

Tous ceux qui ont la foi en Dieu doivent s’évertuer à rechercher la même chose en ce Dieu. En conséquence, il ne doit pas y avoir de division entre les races, les religions, ou les castes, parce qu’on ne peut voir Dieu quand il y a séparations.

Ces séparations nous séparent de Dieu. Ces séparations nous éloignent des qualités de Dieu, de Sa grâce, de Son trésor, de Sa justice, de Son savoir, de Sa vérité et surtout de Sa paix.

Pour avoir eu dans le cadre de ses activités à côtoyer les hommes sur tous les continents,  Pierre Goudiaby ATEPA est arrivé  à comprendre que la société humaine est véritablement Une ; que nous sommes tous les enfants d’Adam, et que par conséquent il n’y a qu’un seul Dieu.

Les séparations et les différences sont les fautes qui nous détruisent notre unité et notre paix.

Quand nous comprendrons ceci, nous trouverons la paix, dans la vie, dans la famille humaine et dans le royaume de Dieu.

Cela est une conviction profonde chez  Pierre Goudiaby ATEPA  qu’il s’efforce de traduire dans ses rapports permanents avec ses compatriotes  en vue de la réalisation d’une  nation  dont la valeur intrinsèque soit caractérisée par : la tolérance et le sens de la mesure.

Ce sont là deux qualités qu’on retrouve chez Pierre Goudiaby ATEPA  et qu’il veut voir davantage mise en pratique  dans la société sénégalaise où la coexistence pacifique entre plusieurs communautés et différentes confréries religieuses en constitue la caractéristique principale ; alors qu’ailleurs en Afrique et dans le monde, elles génèrent conflits et guerres.

C’est pourquoi, loin de se laisser plonger dans le découragement dû à certaines incompréhensions qui surviennent parfois entre lui et certains de ses compatriotes, Pierre Goudiaby ATEPA  a toujours su faire preuve de dépassement pour parvenir à un apaisement des divergences.

Cet homme sait que face aux vicissitudes de la vie, aux épreuves de tout genre, il ne doit pas se lasser d’imiter les Prophètes et les vertus telles que l’ouverture, le don de soi, le respect de l’autre, l’abnégation, l’altruisme, le sacrifice.

Engagement de servir son pays au plus haut niveau

C’est animé par cet état d’esprit que Pierre Goudiaby ATEPA considère comme relevant de son devoir de contribuer de façon plus active à apporter une  réponse aux défis actuels auxquels son pays le Sénégal est confronté.

En hommes de foi ; Pierre Goudiaby ATEPA sait que son union à Dieu doit l’ouvrir à son pays  et le pousser à unir ses talents à l’effort de toutes les personnes de bonne volonté qui cherchent par tous les moyens à améliorer les conditions de vie de ses concitoyens.

C’est ce témoignage plus concret et plus incarné que l’Afrique attend désormais de ses hommes de foi.

Les leaders africains animés par la foi en Dieu ne doivent plus croiser les bras à l’heure de la reconstruction de nos pays. Ils ne doivent pas perdre de vue la mission qui est la leur dans leur pays.

Les leaders africains de la dimension de Pierre Goudiaby ATEPA, qui ont la foi en Dieu, ont l’obligation de comprendre leur volonté de service comme exigence de la justice sociale et de la libération à l’instar de ce qui fut l’engagement des Prophètes au milieu de leurs peuples aux multiples barrières humaines.

Ils ne doivent pas avoir peur de soulager la misère de leur peuple. Ces leaders doivent rétablir les personnes blessées dans leur dignité.

Tous ces leaders doivent comprendre que l’homme de foi, qui s’engage par vocation, témoigne de son Prophète, et agit comme lui.

C’est en cela que s’exprime leur mission d’être des signes d’espérance pour leur peuple.

Pour les croyants, la foi et la liberté spirituelle, conjuguées à l’usage de la raison, stimulent le discernement éthique et donc le courage et l’engagement en politique.

Nous pensons qu’un digne citoyen doit prendre ce genre d‘engagement tel un devoir national pour le bien de son pays. 

C’est ce à quoi Pierre Goudiaby entend s’atteler  en y consacrant tous ses efforts. 

 

Mohamed NDA

Directeur de publication

Magazine Islam Inter Infos

  

  

 

Inventaire des Idoles : « Tapha & Tyson, le legs et le légataire »

 Les deux directs de Tapha n’avaient pas fendu l’armure de Tyson. Le crochet du gauche suivant n’avait pas eu plus de succès. Mais en obligeant son adversaire, par cette saccade de coups, brusque et déterminée, à concentrer sa défense sur le haut du corps, Tapha s’était ouvert une possibilité pour le bas. C’est le moment où tout basculait. En trois secondes, ce protocole du début des combats de la lutte sénégalaise qui relève presque de la caresse virile, ouvrait droit au drame.  On le revoit tous, ce corps à corps bref mais si interminable, initié par l’impétuosité de Tapha. On le revoit essayer, ayant saisi la cuisse de Tyson, de l’entraîner vers la chute à l’extérieur. Le colosse résiste. On le voit retenter la même clé sur l’intérieur, s’adaptant chaque seconde à la puissance physique et agile de son adversaire. Toujours vain. Le virtuose désarmé face au mur. Jusqu’au moment fatal où le corps-à-corps profite au vacillant Tyson, qui cale sa jambe entre les cuisses du tigre, le propulse jusqu’à la taille, le fait décoller du sol, et c’est fini. Tyson enrichit son palmarès d’un succès prestigieux.

Je me souviens, mauvais perdant, fanatique de Tapha, avoir nié la victoire de Tyson jusqu’au bout de la nuit, les yeux embués, frappé, comme dans un deuil. La mauvaise fois est au perdant ce que la béate joie est au vainqueur, un marqueur, presqu’une thérapie. Mon héros, celui qui devait arrêter l’ouragan, après un combat héroïque, avait quand même perdu.  Une nuit, plusieurs autres, passaient avec un goût d’abîme. Je sentais, dans une indéchiffrable prémonition, une nouveauté. Témoin horrifié d’un temps qui change. La défaite de Tapha, comme ce bruit annonciateur de nouvelles dans le village d’Okonkwo chez Chinua Achebe, était l’effondrement de quelque chose, mais plus mystérieux encore, en même temps, la gestation de l’inconnu.

En 97, l’année de ce combat, le Sénégal avait soif de 2000. L’on terrifiait par quelques anecdotes, les jeunes et les crédules – et ils furent nombreux – de l’apocalypse de 2000. Le vœu du neuf secouait jusqu’à l’arène nationale, bastion que l’on pensait imprenable par les artifices de la modernité. C’était sans compter Mohamed Ndao « Tyson », taillé dans le marbre, à l’époque encore svelte, impérial de prestance, avec ce port altier, où se lisaient à la fois l’insolence de la jeunesse, et le sang glacial de l’arrogance. Tyson se dressait avec l’envergure d’une idole nouvelle, beau et grandiose, ayant laissé dans son sillage, les plumes dispersées de ce que la lutte nationale a enfanté de plus anthologique. Qu’ils s’appellent Mor Fadam, Manga 2, Mohamed Ali, ils avaient tous mordu la poussière, balayé par ce jeune blanc-bec, au nom d’écurie improbable [Bul Faale], cascadant à l’abord des arènes avec son 4-4, inventant ses nouvelles danses, engoncé dans ce drapeau américain, où il donnait à la démesure un goût local, et des teintes bien nègres. Comment ne pas tomber sous le charme d’une telle sculpture ? Comme un personnage de Balzac, Tyson a quitté sa province natale, Kaolack, ville accablée de saletés mais bénie par la dynastie des Niasse, ville aride spoliée par son maire historique mais toujours résiliente. L’ambition le mène à la capitale, et voilà qu’en 5 ans il transfigure l’arène, empilant victoires sur victoires, s’établissant dans la hiérarchie avec un aplomb de surdoué. L’étoile filante naît avec le triomphe, et tout ce qui a précédé paraissait une nuit bien lointaine.

La lutte, des villages du Kalounayes casamançais aux « Mpappath » qui produisirent Ndongo Lô, était le véhicule d’une tradition supposée impérissable. Elle façonnait des héros locaux, de la porte d’à côté ; héritiers de filiations et de lignées familiales en « Kunda », où la science se transmettait, comme pour la pêche et la forge, dans la fratrie. La lutte était une sacralité qui survivait au temps et qui produisait des lutteurs dont les valeurs étaient une part centrale de l’équation. Moustapha Gueye en était l’archétype. Ce bonhomme avait acquis ses galons, à force d’apprentissage. Le génie est venu s’épanouir ensuite sur la base de ce legs. Tapha incarnait cette période où la lutte s’excusait presque d’avoir introduit la frappe, tant elle était une affaire d’art. Quand le tigre de Fass cassait jarres, s’aspergeait de lait, ses jambes arquées et son regard espiègle promettaient toujours à l’adversaire un coup de ruse par la suite. On se souvient tous sans doute d’un lutteur, dans un quartier, professionnel ou amateur, qui savait séduire avec des techniques qui compensaient le déficit de force. Tapha, c’était encore la lutte à taille raisonnable, l’arène escortée par les chants crépusculaires, car comme tout fait social total, la lutte touchait à la mystique, au chant, à la religion, et l’argent ne venait qu’en queue de peloton, comme une récompense de petite portée qui rappelait aux acteurs que la lutte seule ne faisait une vie. A Fass, banlieue calme et grouillante, Tapha était le grand, symbole de ce trésor fragile que menaçait le temps.

L’on peut sans doute verser dans la nostalgie et la mélancolie, pleurer sur l’âge d’or perdu. Mais c’est une bien triste consolation que la défaite heureuse. Le goût du neuf chez les peuples, aux quatre coins du monde, se fout de ce qui veut rester inaltéré. Les Hommes aiment la nouveauté. Le prophète du changement, Tyson, était la trompette qui annonçait l’arrivée du nouveau monde, de la lumière, dans la lutte. Phénomène national et presque secret auparavant, depuis Tyson, la lutte a irrigué le tissu économique et celui des corps, respectivement avec l’argent sale et les produits dopants. L’arène qui étouffait s’est étendue comme un empire commercial. La révolution des années 2000 a façonné une lutte nouvelle qui a tué un charme artisanal, pour l’économie industrielle. Faut-il le pleurer ? Je ne sais…

Pendant très longtemps, un mythe entretenu à renforts d’idéologie, a opposé la tradition à la modernité. Ce mythe était même devenu le leitmotiv du décolonialisme. On sommait en ce sens les individus, surtout les sociétés, de préserver leurs traditions contre lesdites dépravations du monde. Ce qu’ils avaient oublié, c’est que la modernité, avec le capitalisme et la mondialisation, n’est jamais en conflit avec la tradition. Le capitalisme ne jurant que par le marché, est cupide, il investit tout. La lutte est votre trésor et tradition, demande le capitalisme ? Répondez-lui oui qu’il sourira, investira, chantera, dansera avec vous, et raflera la mise. Et les lutteurs deviendront des vedettes couvertes d’or comme les stars occidentales, des produits marketings, des flambeurs. Du Tyson américain à la version tropicale, la singerie est une part du rêve, puisé dans la télévision. Et pourtant, le soir venu, à chaque interview, les lutteurs-stars réciteront le protocole de bienséance nationale, fait de prières et d’hommages, pour tenter vainement d’oublier qu’ils sont les agents de l’aliénation. Pourtant devant son poste, le téléspectateur s’amuse autant, croyant « aux réalités locales » qui ne sont en vérité que les acculturations les plus douces. La lutte voyage, du Guardian au New-York Times, elle séduit, s’exporte comme intérêt, mais reste dans la pratique un fait national. Cette contradiction est un résumé des hybridations, et l’écartèlement entre la réalité de son appartenance au temps du monde et le rêve militant, de retrouver d’une pureté identitaire et tout bonnement illusoire.

En 97 Tapha s’est effondré. Tyson s’est envolé. Allégorie d’une transition. La mort du legs et le triomphe du légataire. Si Tyson a ouvert la voie aux stars actuelles de la lutte, et si le nouveau a si bien prospéré, c’est que la société couvait en elle tous les germes qui conditionnent la prospérité du nouveau. Le train de l’Histoire est une violence. Il arrache aux bras des plus méritants ce qu’ils veulent préserver. Mais souvent, quand le génie s’adapte, il se réinvente et refaçonne la perte et la transforme en trésor. Voilà le chainon manquant. La réinvention a été délaissée au profit du voyage dans le passé, d’où l’abatardissement actuel, qui est la variante nocive du nécessaire mélange, immanquable, des peuples et des influences. Tyson est devenu depuis un notable, un « cheikh », terrassé de défaites successives et humiliantes. Tapha goûte à une vie de silence et de frangin modèle. A quoi ça tient, vraiment, ces choses-là ? L’incapacité à affronter sereinement l’avenir pousse toujours à jalouser le passé. Le rêve à rebours est une impuissance. La nostalgie reste sublime comme sentiment, horrible comme idéologie.

Indépendances africaines : Le discours du général de Gaulle à Brazzaville le 24 août 1958

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Voici le texte du discours prononcé par de Gaulle, président du Conseil, à Brazzaville lors de sa tournée en Afrique en août 1958, à la veille du référendum du 28 septembre.

«Pour moi, dans ces lieux historiques, que de souvenirs remontent dans mon esprit et dans mon cœur, souvenirs que nous avons symbolisés tout à l’heure, quand nous sommes allés nous incliner devant la stèle élevée à la mémoire du gouverneur Félix Eboué; que d’émotions, l’accueil magnifique que m’a fait la population de Brazzaville depuis hier soir…

En vérité, jamais la France ne fut plus fière de l’œuvre africaine qu’elle a accomplie, qu’elle a accomplie par l’effort de ses administrateurs, de ses soldats, de ses bâtisseurs, de ses professeurs, de ses missionnaires, avec le concours des hommes de ce pays, dans une atmosphère de sympathie, d’amitié, d’unité qui s’est révélée si souvent, et d’abord dans le sang, sur les champs de bataille.

Le discours du général de Gaulle à Brazzaville le 24 août 1958

Pourquoi la France renierait-elle son œuvre africaine en dépit de certaines démagogies qui ne font que couvrir divers impérialismes? Cette œuvre, elle ne la renie pas, elle est prête aujourd’hui à la poursuivre dans des conditions tout à fait nouvelles, qui sont imposées par l’évolution des peuples et par le mouvement général du monde. Quelles conditions?

En voici deux:

La première de ces conditions, c’est qu’il est naturel et légitime que les peuples africains accèdent à ce degré politique où ils auront la responsabilité entière de leurs affaires intérieures, ou il leur appartiendra d’en décider eux-mêmes. Bref, de se gouverner eux-mêmes.

Le deuxième principe est cette règle qui s’impose à tous les esprits de bon sens, que dans un monde comme il est, il est nécessaire que s’établissent de grands ensembles économiques, politiques, culturels et du besoin de grands ensembles de défense.

C’est le deuxième principe que le gouvernement de la République, sous ma direction, met à la base des propositions qu’il va soumettre dans peu de temps au suffrage de tous les citoyens des territoires d’Afrique et des citoyens de la métropole.

La métropole et les Territoires d’Outre-Mer forment ensemble une communauté.

Quelles propositions, quel projet va être soumis au choix libre et conscient de tous? C’est celui de la communauté. Ce qui est proposé, c’est que la métropole et les Territoires d’Outre-Mer forment ensemble une communauté dans laquelle, je le répète, chacun aura le gouvernement libre et entier de lui-même, et dans laquelle on mettra en commun un domaine qui, dans l’intérêt de tous, comprendra la défense, l’action extérieure, politique, économique, la direction de la justice et de l’enseignement et des communications lointaines.

Cette communauté aura des institutions: un président de la communauté, un conseil exécutif de la communauté qui réunira les chefs de gouvernement avec les ministres chargés des affaires communes, et un Sénat de la communauté, formé par les représentants de tous les territoires de la métropole, qui délibérera des affaires communes; enfin, une cour d’arbitrage pour régler sans heurts les litiges qui pourraient se produire.

Cette communauté-là, je vais la proposer à tous et à toutes ensemble, où qu’ils soient. On dit: «Nous avons droit à l’indépendance.» Mais certainement oui. D’ailleurs, l’indépendance, quiconque la voudra pourra la prendre aussitôt. La métropole ne s’y opposera pas.

Un territoire déterminé pourra la prendre aussitôt s’il vote «non» au référendum du 28 septembre. Et cela signifiera qu’il ne veut pas faire partie de la communauté proposée et qu’il fait en somme sécession. Cela signifiera qu’il veut poursuivre son chemin lui-même, isolément, à ses risques et périls. La métropole en tirera la conséquence et je garantis qu’elle ne s’y opposera pas.

Mais si le corps électoral, dans les territoires africains, vote «oui» au référendum, cela signifiera que par libre détermination, les citoyens ont choisi de constituer la communauté dont j’ai parlé. Alors cette communauté sera instituée. On la fera fonctionner. Je suis sûr que ce sera pour le bien de tous.

Mieux même; à l’intérieur de cette Communauté, si quelque territoire au fur et à mesure des jours, se sent, au bout d’un certain temps que je ne précise pas, en mesure d’exercer toutes les charges, tous les devoirs de l’indépendance, eh bien! il lui appartiendra d’en décider par son Assemblée élue et, si c’est nécessaire ensuite, par le référendum de ses habitants. Après quoi, la Communauté prendra acte, et un accord réglera les conditions de transfert entre ce territoire, qui prendra son indépendance et suivra sa route, et la Communauté elle-même.

Je garantis d’avance que dans ce cas non plus la métropole ne s’y opposera pas. Mais, bien entendu, la métropole elle aussi gardera à l’intérieur de la Communauté la libre disposition d’elle-même. Elle pourra, si elle juge nécessaire, rompre les liens de la Communauté avec tel ou tel territoire, car il ne peut échapper à personne que la Communauté imposera à la métropole de lourdes charges, et elle en a beaucoup à porter.

Je souhaite de tout mon cœur qu’elle persévère dans cette communauté, qu’elle continue à porter ses charges, qu’elle le puisse et qu’elle le veuille, mais bien entendu, elle se réservera elle aussi la liberté de ses décisions.

Voilà quelles sont les conditions dans lesquelles, je le crois, je l’espère, nous allons former cette communauté franco-africaine qui me paraît indispensable à notre puissance politique commune, à notre développement économique commun, à notre développement culturel et, si c’est nécessaire, à notre défense, parce que nul n’ignore qu’il y a de grands dangers qui sont latents dans le monde, de grandes menaces qui pèsent au-dessus de nos têtes, et en particulier de grandes menaces qui pèsent sur l’Afrique.

Il y a d’ailleurs dans le monde, particulièrement en Asie, de grandes masses humaines qui cherchent à s’étendre, faute d’avoir chez elles les moyens suffisants de vivre.

Bien entendu, ce processus se couvre, comme toujours depuis que les hommes sont hommes, d’un paravent idéologique. Mais, derrière cette idéologie, il y a comme toujours l’impérialisme des intérêts et, en outre, une tentative de trouver à l’intérieur de ces territoires une tête de pont politique qui facilitera l’accès et au besoin l’invasion.

Cela est clair.

Quand on est un homme, et un homme libre, on n’a pas le droit de se le dissimuler, et c’est la raison pour laquelle également la France offre aux Africains, vous offre, un ensemble commun, cet ensemble commun avec elle en particulier pour pouvoir détourner cette menace.

J’ai parlé. Vous m’avez entendu. Les Africains choisiront. De toute mon âme, je souhaite qu’ils choisissent ce que je vais proposer.

Je le souhaite pour eux.

Qu’ils me permettent de le dire, car il y a assez de liens entre eux et moi pour que je puisse leur parler franchement, loyalement, d’homme à homme.

Je puis, je le souhaite pour la France, car son oeuvre doit se poursuivre, et pour qu’elle veuille le faire, malgré toutes les charges, il faut qu’elle s’y sente appelée par la sympathie, l’amitié de ceux qui vivent en Afrique.

Enfin, je le souhaite pour le monde qui a grand besoin de voir s’établir sur les bases fermes la coopération de ceux qui veulent être et rester libres.

Vive l’Afrique! Vive la République! Vive la France!»

Charles de Gaulle

« Les migrants subsahariens présents au Maroc considèrent que c’est le moment ou jamais pour atteindre l’Espagne »

Plus d’une centaine de migrants d’Afrique subsaharienne ont franchi de façon illégale la frontière entre le Maroc et l’Espagne le 22 août. Faisant preuve d’une grande agressivité envers la garde civile, ils ont réussi à pénétrer dans l’enclave espagnole de Ceuta. L’historien Pierre Vermeren, spécialiste reconnu du Maghreb contemporain et fin connaisseur du Maroc, analyse la situation sur place.


Ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé et docteur en histoire, Pierre Vermeren est professeur d’histoire du Maghreb contemporain à Paris-I Panthéon-Sorbonne. Il a longtemps vécu et enseigné au Maroc. Pierre Vermeren a publié de nombreux ouvrages, en particulier «Le Choc des décolonisations. De la guerre d’Algérie aux printemps arabes» (Odile Jacob, 2015), «La France en terre d’islam. Empire colonial et religions» (Belin, 2016) et «Histoire du Maroc depuis l’indépendance» (La Découverte, coll. «Repères», 5e édition, 2016).


Le 22 août, plus de 110 migrants d’Afrique subsaharienne ont forcé illégalement la frontière entre le Maroc et l’Espagne à Ceuta. Afin d’empêcher la police d’intervenir, les migrants ont jeté sur les forces de l’ordre «des récipients en plastique remplis d’excréments, de sang, de chaux vive et d’acide», a indiqué la garde civile. Des faits analogues s’étaient déjà produits le 26 juillet. Il semble y avoir une montée de la violence de la part de ces migrants pour passer à tout prix? 

Pierre VERMEREN.- Effectivement, ces migrants potentiels sont dans une situation désespérée de leur point de vue. Ils savent très bien que l’Italie a verrouillé depuis quelques mois la Méditerranée orientale, et ils ont tenté leur chance sur le détroit de Gibraltar.

Au moment où les nouvelles autorités espagnoles se montrent plus conciliantes envers les migrants, le Maroc montre son impatience.

Or au moment où les nouvelles autorités espagnoles se montrent plus conciliantes (elles ont accueilli quelques bateaux, un nombre croissant de réfugiés, diminué la hauteur des barrières de Ceuta, le tout accompagné d’un discours plus favorable à l’immigration), le Maroc montre son impatience, et organise des interpellations pour désengorger la situation du pré-Rif et de Tanger qui est très tendue, afin de les rapatrier dans leurs pays.

C’est donc maintenant où jamais qu’il faut passer, avec les moyens du bord, puisque le but absolu est de poser le pied en Europe -ici l’enclave de Ceuta – afin de devenir inexpulsable en bénéficiant de la situation de candidat au statut de réfugié. Pour y parvenir, il faut franchir des barrières de six mètres couvertes de barbelés, ce que de jeunes gaillards agiles parviennent à faire avec quelques coupures, puis écarter la garde civile afin de poser un pied de l’autre côté du no man’s land qui fait une quinzaine de mètres.

Quelle est l’attitude de l’État marocain à l’égard des clandestins d’Afrique subsaharienne qui affluent sur son territoire dans l’espoir d’atteindre les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla?

L’histoire est ancienne, depuis l’instauration des visas Schengen en mars 1995. On peut décrire une palette d’attitudes en fonction des conjonctures et des évènements. D’une manière générale, la pression est très forte en provenance du sud du Sahara. Mais elle s’ajoute à celle qui est endogène en provenance du Maroc, et d’une manière plus générale du Maghreb. Dans les années 1990, la principale voie d’accès à l’Europe était Gibraltar, avec plus de 200 000 passages par an, en majorité Marocains.

La politique africaine de Mohammed VI impose de mieux respecter ces migrants. Cela a immédiatement créé un appel d’air, et le Maroc est à nouveau débordé

Mais peu à peu, en provenance de l’Algérie (via la route nationale 1 Tamanrasset-Alger, puis l’autoroute de l’ouest), et en provenance de la Mauritanie via les Canaries puis le sud du pays, le Maroc a été confronté à une pression croissante venant d’Afrique. Au départ, le Maroc avait tendance à renvoyer les migrants vers le sud, ce qui a causé des scandales car certains sont morts dans le désert. Puis sous les gouvernements Aznar, de 1996 à 2004, quand le Maroc a eu des problèmes avec la droite espagnole, surtout après la crise de l’îlot Persil [NDLR: îlot inhabité et revendiqué par les deux pays] en juillet 2002, il a laissé des groupes de migrants se diriger sur Ceuta, à la fois pour diminuer la pression dans le nord, et pour faire pression sur l’Espagne.

Après les attentats de 2003 (Casablanca) et Madrid (2004), les deux pays ont trouvé un modus vivendi grâce aux subsides européens pour que le Maroc garde sa frontière. Des Subsahariens ont commencé à résider au Maroc. De temps à autre, comme des milliers d’Africains campent dans les forêts près de Tétouan, Ceuta ou Melilla dans le nord, la police procède à des arrestations pour les refouler vers l’Algérie, ou les aide à passer la frontière des présides [autre nom des deux enclaves espagnoles, NDLR], grâce à de petits pneumatiques ou à des bouées (ces initiatives locales donnant lieu à des transactions monétaires).

La politique africaine de Mohammed VI impose de mieux respecter ces migrants, et le Maroc a annoncé en 2017 qu’il octroyait un permis de séjour à des milliers d’Africains, une première. Cela a immédiatement créé un appel d’air, de sorte que le Maroc est à nouveau débordé, et que cet été, il a à nouveau procédé à des expulsions vers le sud.

C’est aussi pour empêcher des batailles rangées entre Marocains et migrants que Rabat procède à certaines expulsions ou relocalisations.

Quel regard l’opinion publique marocaine porte-t-elle sur cet afflux d’étrangers en situation irrégulière dans son pays?

Le regard est incontestablement très négatif. D’une part parce que les Subsahariens sont rarement respectés par une population qui a toujours tendance à regarder les Africains comme des descendants d’esclave, et ce quelles que soient les bonnes intentions des autorités. La langue populaire est à ce sujet révélatrice, même si certains tentent d’y remédier.

L’autre raison est que la misère de masse d’une grande partie de la population marocaine, en particulier dans le Rif et dans les grandes villes du nord (Tétouan, Fès, Meknès, Tanger) rend cette situation explosive. C’est aussi pour empêcher des batailles rangées que les autorités procèdent à certaines expulsions ou relocalisations.

À Ceuta et à Melilla, les autorités espagnoles sont-elles dépassées par cette pression migratoire accrue?

C’est la routine dans les deux enclaves depuis maintenant plus de vingt ans. Ces petites villes espagnoles jadis catholiques à presque 100% sont devenues depuis la mort de Franco des villes en majorité composées de musulmans originaires du Maroc. C’est cela la nouveauté radicale, même si nombre de Marocains, notamment des berbéristes du Rif, ont adopté la nationalité espagnole. Par ailleurs, chaque jour, des dizaines de milliers de Marocains pénètrent librement dans les enclaves espagnoles pour faire du commerce et exporter les marchandises achetées détaxées vers le Maroc, où elles sont distribuées jusqu’en Algérie et au sud du Maroc.

Quand la situation devient intenable à Ceuta (par la délinquance ou par le surnombre), la police espagnole procède à des expulsions vers le Maroc ou à des transferts vers le continent européen

À cela s’ajoutent les touristes et les immigrés marocains qui rentrent par centaines de milliers au pays pour l’été. Dans ces paysages, les Subsahariens sont un épiphénomène, d’autant que leur but est de partir pour le continent européen. Il existe néanmoins un vaste camp de réfugiés à Ceuta peuplé de milliers de subsahariens en attente d’un statut. Quand la situation devient intenable (par la délinquance ou par le surnombre), la police procède à des expulsions vers le Maroc ou à des transferts vers le continent européen.

Si l’on considère que, compte tenu de l’essor démographique de l’Afrique, ce type de scène est appelé à devenir fréquent dans les années à venir, comment va réagir l’opinion publique espagnole et, plus largement, les opinions publiques des pays européens?

La population africaine est passée de 250 à 1200 millions d’habitants depuis 1945, et elle va maintenant peut-être doubler d’ici 2050. Il est clair qu’il va falloir prendre des décisions. Cela concerne d’ailleurs moins les territoires minuscules de Ceuta, Melilla, Gibraltar etc. que tout le Maghreb. Est-ce que cette région de l’Afrique qui compte actuellement une centaine de millions d’habitants peut et veut absorber cinquante millions de subsahariens? Le différentiel économique entre le nord et le sud du Sahara légitime cette hypothèse.

La migration des Subsahariens en Europe passera immanquablement par le Maghreb. Ses dirigeants décideront ainsi de l’avenir DU continent EUROPEEN

Mais les populations des pays du Maghreb ne veulent a priori absolument pas de cette perspective. Ou bien les pays du nord et du sud du Sahara trouvent un accord à l’amiable en tentant de contrôler réellement les flux. Ou bien le chaos qui prédomine au Sahel s’étend et obligera les États du Maghreb à monter la garde pour protéger la Méditerranée, et en premier le Maghreb ; ou bien ces États, impuissants, se défausseront sur l’Europe et feront transiter des millions de migrants. La migration des Subsahariens en Europe passera immanquablement par le Maghreb. Ses dirigeants décideront ainsi de l’avenir du continent européen.

Cinéma : la chaine Ebony Life (Nigéria) et Sony Pictures (Hollywood) signent un partenariat pour produire des histoires africaines

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Depuis le succès phénoménal du film Black Panther dans les salles du monde, Hollywood a désormais la preuve que les histoires qui se déroulent sur le continent avec un casting noir sont tout aussi bankables. De quoi inspirer de nouvelles idées de partenariats aux studios américains. Et quoi de plus logique que de se tourner vers le cinéma nigérian, Nollywood. En tout cas, jusqu’ici, il avait la réputation d’être un cinéma low cost aux intrigues un peu simplistes. Mais les choses changent et se professionnalisent. Chaque année, plus de 2 000 films y sont produits, loin devant Hollywood, avec un public de plus de 150 millions de spectateurs. En plus, les films à gros budgets venus d’Hollywood ont peu de succès en Afrique faute de salles pour les diffuser, mais les productions bon marché tournées au Nigeria et distribuées directement en DVD ou sur des chaînes privées font un tabac.

Ebony Life, une chaîne qui a fait ses preuves

Hollywood ne pouvait plus s’en détourner. Sony Pictures Television a donc choisi de s’associer à Ebony Life TV. Cette chaîne nigériane est la première dans le divertissement et le lifestyle. « Depuis notre création en juin 2013, notre vision a toujours été de changer le discours sur l’Afrique et de raconter nos histoires de notre point de vue. Nous avons investi dans la création de programmes de qualité et le développement de nos personnes et de leurs idées. C’est cette philosophie qui nous a donné l’opportunité de travailler en partenariat avec une organisation mondialement réputée comme Sony Pictures Television. Nous avons maintenant l’occasion de présenter l’histoire fascinante des guerrières du Dahomey, et bien d’autres au public du monde entier », a déclaré Mo Abudu, directrice générale d’Ebony Life, surnommée « Oprah of Africa. »

Ebony Life TV n’a pas attendu Hollywood pour faire des productions qui marchent. La chaîne a déjà produit plusieurs films à succès, dont The Wedding Party sorti en 2016. Le film est le plus rentable de l’histoire de Nollywood avec plus d’un million d’euros de recettes faisant plus d’entrées au Nigeria qu’une production américaine. Le film est diffusé sur Netflix. Quant à leur dernière production, Royal Hibiscus Hotel, elle tourne sur Amazon Prime et Netflix.

Produire des contenus africains, un sacré défi

De son côté, Wayne Garvie, président de la production internationale de Sony Pictures Television, a déclaré : « Mo Abudu est l’une des personnalités les plus formidables et les plus créatives de la télévision nigériane. Avec Ebony Life, elle et son équipe créent quelque chose de vraiment révolutionnaire et extraordinaire. Notre objectif est d’aider Ebony Life à créer un portefeuille de contenus africains qui satisfera leur objectif d’être l’un des principaux créateurs africains de contenus premium. »

L’accord porte sur trois projets. Le premier comprend une série, The Dahomey Warriors, inspirée d’événements réels qui se sont déroulés dans le royaume de Dahomey en Afrique de l’Ouest, elle racontera l’histoire de ces guerrières exclusivement féminines. Le second projet porte sur l’adaptation d’un show télé à succès outre-Atlantique, The Dating Game, pour le public nigérian. Le troisième projet n’a pas encore été dévoilé. Derrière l’histoire des Amazones du Bénin, Sony a bien sûr en tête l’idée de surfer sur la représentation des femmes du groupe des Dora Milaje du film Marvel. Ce sont les guerrières aux costumes incroyables qui protègent le roi du Wakanda.

Selon la société Filmone Distributions, le top 50 des films nigérians a assuré à lui seul l’an dernier près d’un tiers des recettes des 28 cinémas du pays, soit un milliard de nairas (2,9 millions d’euros) sur un total de 3,5 milliards (10,4 millions euros).

Aretha Franklin : ses fils vont se partager un héritage estimé à 80 millions de dollars

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La reine de la soul, disparue le 16 août, laisse derrière elle des millions de fans esseulés mais également une belle fortune. Mère de quatre garçons, elle n’avait cependant rien envisagé pour sa succession.

80 millions de dollars. Voilà la modique somme que la chanteuse américaine Aretha Franklin a amassée au cours de sa carrière. Hier, le site américain TMZ révélait s’être procuré des documents juridiques prouvant que la Lady Soul s’était pourtant envolée sans produire de testament.

Partage à parts égales?

Aretha Franklin est la mère de quatre enfants, tous des garçons. Elle met au monde son premier fils alors qu’elle a à peine 13 ans. Fruit de sa relation avec Donald Burk qu’elle connaît de l’école, elle le nomme Clarence, comme son propre père. À peine deux ans plus tard naît Edward, qui porte le nom de son géniteur, Edward Jordan. À Ted, né en 1964, elle donne aussi le nom de son époux de l’époque (White)/ Celui-ci fut un temps le manager de la star. Elle donne naissance à son dernier fils en 1970. Nommé Kecalf, il est le issu de son union avec Ken Cunningham. Selon la loi en vigueur dans le Michigan, sans succession établie par Aretha Franklin, ses quatre descendants vont se partager l’héritage à parts égales.

En 1968, déjà, dans l’album Lady Soul , Aretha Franklin reprenait la chanson de James Brown Money Won’t Change You (traduisez par «L’argent ne te changera pas»), où elle chante la beauté de rester fidèle à soi-même malgré l’enrichissement. Le message est plus que jamais actuel pour les héritiers de la reine de la soul.

Funérailles à Détroit

Ses funérailles sont prévues la semaine prochaine. Elles devraient prendre la forme d’une célébration de plusieurs jours, principalement à Détoit, ville si chère à son cœur, en commençant par l’exposition de sa dépouille au musée Charles-Wright, dédié à l’histoire des Afro-Américains. La cérémonie aura lieu le 31 août au Greater Grace Temple, lieu où se sont tenues les obsèques de Rosa Parks en 2005. 4.000 personnes y sont attendues, dont beaucoup d’invités prestigieux, à commencer par l’ancien président des États Unis, Barack Obama.

Retour sur les raisons de l’échec de Soumaïla Cissé

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Tract.sn souhaitait sa victoire, nous avons été déçus. Tract.sn le voyait gagnant, nous nous sommes trompés.  Les aptitudes de Soumaïla Cissé ne sont pourtant pas remises en cause par son échec à devenir chef de l’Etat du Mali. Plusieurs personnalités de l’opposition le décrivent comme un homme intelligent, calme et réfléchi qui aurait tous les atouts pour être un bon président.

Il a cependant commis plusieurs erreurs. Il s’est d’abord éloigné de sa base. Après la défaite de 2002 contre Amadou Toumani Touré, il a passé près de dix ans loin de Bamako, à l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), dont le siège est à Ouagadougou. Même erreur en 2013, puisqu’il part siéger au parlement panafricain, en Afrique du Sud, et ne fréquente pas de ce fait les élites maliennes.

Campagne clivante

Certains estiment aussi qu’il ne s’est pas entouré des bonnes personnes. Par exemple, le choix de Tiébilé Dramé comme directeur de campagne est pour certains une erreur. Certes énergique, battant, convaincu, Tiébilé Dramé est aussi un personnage clivant sur la scène politique malienne.

On reproche enfin à Soumaïla Cissé une campagne assez hargneuse qui s’est d’abord attaqué à la personnalité du président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), avant de proposer un projet de société, fédérateur. « Quand on veut être président du Mali, il faut d’abord rassurer les Maliens », confie Moussa Mara, l’un des principaux soutiens de Cheikh Modibo Diarra, arrivé quatrième au premier tour.