Les « Elders », les « Sages ou encore les « Anciens ». Ce groupe très privé et composé de membres émérites a été présidé par l’ex-secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, jusqu’à sa mort ce samedi 18 août. Méconnue, cette organisation composée d’une pléiade de personnalités illustres (prix Nobel de la paix, acteurs du climat et de la santé, ex-membres de l’ONU…) n’a qu’un but: œuvrer pour la paix, la lutte contre le réchauffement climatique et apporter dans les crises actuelles, comme celle de l’immigration, leur autorité morale et leur sagesse. Fondé en 2007 par Richard Branson, le milliardaire de Virgin, sous l’égide de Nelson Mandela, le groupe a fêté ses dix ans l’année dernière. Sorte d’ONG, ils n’ont, selon les mots de Nelson Mandela, « pas de carrière à construire, d’élections à gagner, ni d’électorat à satisfaire ».
Le Ghanéen Kofi Annan aura connu à la fois l’horreur du génocide du Rwanda et plusieurs très belles réussites sur le continent africain.
Kofi Annan a été un précurseur. Le premier secrétaire général des Nations unies à venir d’Afrique subsaharienne. Mais, une empreinte terrible demeure dans la carrière de celui qui est mort samedi à 80 ans : le génocide au Rwanda. Comme de nombreux autres responsables, diplomates et ministres des Affaires étrangères, il aura été marqué par l’incapacité de la communauté internationale à prévenir et empêcher le génocide au Rwanda en 1994, qui fit 800 000 morts selon l’ONU, essentiellement parmi la population tutsi.Kofi Annan a 56 ans et occupe depuis un an le poste de secrétaire général adjoint chargé des opérations de maintien de la paix lorsque les machettes des génocidaires s’abattent sur les Tutsi et Hutu modérés au Rwanda. Une mission de maintien de la paix de l’ONU (Minuar) est déployée au Rwanda au moment du génocide, sous le commandement militaire du général canadien Roméo Dallaire, mais elle n’a pas arrêté les massacres, faute de renforts dont l’envoi nécessitait un vote du Conseil de sécurité.Pendant que les tueries faisaient rage, les effectifs de la Minuar ont même été réduits. À plusieurs reprises après le génocide, Kofi Annan reconnaîtra que son action a été insuffisante pour prévenir les massacres.
« Regrets amers »
« La communauté internationale n’a pas été à la hauteur au Rwanda et cela devra toujours être pour nous une source de regrets amers et de chagrin », a-t-il notamment déclaré, à l’occasion du 10e anniversaire du génocide. Fin 2006, un mois avant de quitter son poste de secrétaire général de l’ONU après dix ans de mandat, Kofi Annan promet de ne pas oublier l’Afrique. « Je ne suis pas fatigué et je voudrais travailler sur l’Afrique, offrir mes conseils », glisse-t-il à la presse.Un peu plus d’an après, son désir est exaucé, l’Union africaine faisant appel à ses talents de diplomate pour faire office de médiateur dans la crise politique kényane et y éteindre l’incendie des violences électorales. Kofi Annan arrive à Nairobi en terrain miné fin janvier 2008 : le pays est déchiré par des violences politico-ethniques qui feront au total plus de 1 100 morts et 600 000 déplacés, à la suite de la contestation par le candidat de l’opposition Raila Odinga de la réélection du président Mwai Kibaki.Kofi Annan s’installe dans un grand hôtel de Nairobi où il mène à huis clos les premières séances de médiation entre les deux camps. Les déclarations empreintes de défiance des représentants du pouvoir et de l’opposition, lors de conférences de presse improvisées devant l’hôtel, ne laissent rien augurer de bon. Pourtant, fin février, avec l’appui massif de la communauté internationale – États-Unis en tête – Kofi Annan arrache aux protagonistes un accord de partage du pouvoir qui ramène progressivement le calme dans le pays.
« Élégance » et « éloquence »
Kofi Annan quitte le Kenya auréolé d’une image de faiseur de miracles : des employés de la réserve animalière du Masaï Mara baptisent un nouveau-né rhinocéros « Kofi Annan » et le portrait de l’ancien secrétaire général de l’ONU fleurit sur les mini-bus de transports collectifs de Nairobi. Samedi, l’annonce de son décès a suscité de nombreuses réactions au Kenya. « On se souviendra de Kofi Annan pour sa médiation en faveur du retour de la paix au Kenya, quand notre pays était confronté à des turbulences politiques en 2007 », écrit ainsi M. Kibaki dans un communiqué où il salue également « son inimitable élégance » et son « éloquence ». Raila Odinga a tenu à saluer « la doctrine Annan » selon laquelle, d’après le responsable kényan, « la communauté internationale a le droit d’intervenir quand les gouvernements échouent à protéger la vie de leurs citoyens ».Outre la crise kényane, M. Annan avait supervisé en 2006, alors qu’il était encore secrétaire général de l’ONU, un accord entre le Nigeria et le Cameroun au sujet de la péninsule pétrolière de Bakassi, au centre d’un long différend entre les deux pays. En 2000, il avait annoncé depuis Addis-Abeba avec un plaisir non dissimulé la fin de la très meurtrière guerre entre l’Éthiopie et l’Érythrée, obtenue grâce à la médiation de l’Algérie. De fait, les armées des deux pays ont continué de se regarder en chiens de faïence de part et d’autre de leur frontière commune pendant encore près de deux décennies, avec parfois de violents accrochages à la clé.Kofi Annan aura vécu assez longtemps pour voir le Premier ministre éthiopien et le président érythréen publiquement enterrer la hache de guerre, le 9 juillet dernier.
La Mecque, le lieu sacré de tous les musulmans, accueille chaque année plus de 2 millions de croyants désireux d’accomplir le 5e pilier de l’Islam. Le pèlerinage draine à l’Arabie Saoudite près de 6 milliards d’euros par an, ce qui a incité le Gouvernement à étendre davantage les structures touristiques … Sur l’autel du patrimoine historique de la ville.
La Mecque est la destination favorite de la plupart des croyants, s’y rendre est même un rêve pour les fidèles désireux d’accomplir le 5e pilier de l’Islam. Chaque année, la ville sainte accueille plus de 1,5 millions de croyants étrangers qui font le déplacement des quatre coins du monde, s’ajoutant à plus d’un demi-million de saoudiens.
Afin de porter la capacité d’accueil de la ville à 2,2 millions de croyants, le gouvernement saoudien a procédé, depuis 2013, à des travaux d’extension de ses infrastructures touristiques, moyennent un budget de 100 milliards de dollars. Toutefois, selon Le Monde, ces chantiers ont entraîné, parfois, la destruction du patrimoine historique de la Mecque, dont la maison présumée de Khadija, Oum Al Mouaminine, première femme du Prophète, remplacée par des toilettes publiques, ou celle d’Abou Bakr Assidik, compagnon du prophète Mohammad (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et premier Calife de l’islam, par un hôtel Hilton.
La négligence de ce patrimoine historique est désolant, et la destruction des symboles historiques de l’islam est fâcheuse, d’autant plus que cet héritage revêt, pour tous les musulmans de la planète, une charge à la fois identitaire et spirituelle.
L’affaire Médinatoul Salam sera jugée au mois d’octobre prochain. Plus d’une quinzaine de Thiantacounes et leur guide, Cheikh Béthio Thioune, sont impliqués dans ce dossier. Les premiers sont toujours en détention tandis que le second bénéficie d’une liberté provisoire.
La programmation de leur procès est une bonne nouvelle pour les prévenus en détention depuis 2012. Ils ont multiplié les grèves de la faim pour obtenir un jugement.
Lors de leur dernier mouvement d’humeur, ils avaient reçu la visite du procureur de la République. Ce dernier leur avait promis la tenue d’une audience dans les plus brefs délais. Il semble avoir tenu sa promesse.
À ce jour, et précisément à 6 mois de la prochaine élection présidentielle, ils sont une quarantaine de Sénégalais à avoir déclaré aux citoyens de ce pays qu’ils iront briguer leurs suffrages pour être le cinquième Président de la République du Sénégal. Une ambition bien trop grande pour certains d’entre eux qui ne cherchent, vraisemblablement, qu’à faire le buzz juste pour exister politiquement. D’autres n’ont qu’un objectif : rester au devant de la scène, se constituer menace potentielle à l’égard du pouvoir pour augmenter les enchères. Dans cette catégorie, il y a parmi eux qui iront jusqu’à l’élection. Ils savent qu’ils ne gagneront rien, mais pourront jouer les bons rôles en cas de second tour pour, éventuellement, faire partie de la future équipe dirigeante.
La dernière catégorie et c’est la moins peuplée, c’est celle qui a de réelles chances de gagner les joutes dès le premier tour ou, à défaut, d’aller au second tour. N’oublions pas ces candidatures considérées compromises par certains observateurs et analystes politiques annonçant le niet » inéluctable » qui leur sera opposé par le Conseil Constitutionnel pour cause de démêlés avec la justice. Nous en sommes encore relativement loin.
Parmi les candidatures déjà déclarées à travers les médias, mises à part celles évidentes du Président Macky Sall, de ses challengers naturels que sont Idrissa Seck, Khalifa Sall et Karim Wade, l’on peut retenir celles de plus d’une trentaine d’autres Sénégalais qui sont, dans le désordre : Serigne Moustapha Mbacké Ibn Serigne Cheikh Gaïndé Fatma Mbacké de Nasru, Samuel Sarr du » Mouvement 2019, Sopi Sénégal » , Cheikh Hadjibou Soumaré de » Hadjibou 2019, Démocratie et République », Pape Diop (Bokk Guiss Guiss) , Malick Gakou du Grand Parti, Pierre Goudiaby Atépa l’architecte, Thierno Alassane Sall de la (République des Valeurs) , Mamour Cissé du Psd/Jant Bi, Serigne Modou Bousso Dieng de » Touba », Ngouda Fall Kâne de »Jaam Ak Khéwal », Boubacar Kamara du mouvement »Jèngu ». Il y a aussi Bougane Guèye Dani de » Gëum Sa Bopp », Abdoul Mbaye d’Act, Mamadou Lamine Diallo de Tekki, le Capitaine Mamadou Dièye, militaire radié, Moustapha Mamba Guirassy de « Sénégalais Unis Pour le Développement », Aïda Mbodj de l’Alliance nationale pour la démocratie – And/Saxal Liguey, Sidy Bouya Mbaye de »L’Alliance Pour la Confiance Citoyenne, Badou Kâne de »Démal Sunu Bopp », Assoumana Dione de »Jaamu Askanwi », Ousmane Sonko de Pastef, Me Mame Adama Guèye de. Sénégal Bou Béss », Issa Sall du Parti de l’Unité et du Rassemblement, Nafissatou Wade (Convergence Déggu jëf), Thierno Bocoum de » AGIR », Ndella Madior Diouf de la » Réconciliation Nationale pour l’Unité Africaine », Cheikh Alassane Sène de » Dadj Deup », Ibrahima Hamidou Dème du mouvement » Ensemble », Françoise Hélène Gaye la Facebooker, d’Ibrahima Sylla l’universitaire etc…
Trois autres candidats à la candidature sont déjà dans les tuyaux et seront prochainement portées à la connaissance du public.
À ce rythme, d’ici à la présidentielle, l’on devrait se retrouver avec une cinquantaine de candidatures que la loi portant parrainage des candidats se chargera de rationnaliser.
Alassane Samba Diop et Mamadou Ibra Kane quittent le Groupe Futurs Médias. Les deux journalistes, qui ont fait les beaux jours du groupe de presse de Youssou Ndour, viennent de démissionner. « Le Président du Groupe Futurs Médias Youssou Ndour, le Directeur général Mamoudou Ibra Kane et le Directeur de Rfm Alassane Samba Diop, informent le public de la fin de leur collaboration au niveau du Gfm », a annoncé un communiqué.Sur le motif de leur démission, le document renseigne que les deux intéressés comptent lancer leur propre produit : « Mm. Kane et Diop ont informé M. Ndour, lors d’une rencontre, de leur décision de démissionner du Groupe Futurs Médias pour lancer un nouveau projet médiatique. Ils tiennent à rendre un vibrant hommage et à adresser leurs vifs remerciements au Président Youssou Ndour pour sa vision, les valeurs partagées et sa grande ambition pour le groupe, devenu en 15 ans d’existence, un leader incontestable dans l’espace médiatique sénégalais et dans la sous-région. »De son côté, l’artiste chanteur s’est félicité de la collaboration et des performances des démissionnaires qui ont permis à son groupe d’atteindre des résultats hautement appréciables. « Conformément à sa vision, il a formulé à leur endroit des prières de succès dans leur nouveau projet », lit-on dans le communiqué.En cette veille de campagne électorale pour la présidentielle, il est tentant de voir une main politique derrière ce futur nouveau produit médiatique. Les pouvoirs en place ont l’habitude de lancer des groupes de presse partisans à la veille de la presidentielle. Alors, de là à voir la main de Macky Sall derrière le duo de journalistes démissionnaires, il n’y a qu’un pas. Que nous ne franchirons pas. Pour le moment.
Kofi Annan, septième secrétaire général des Nations unies (1997-2006), est mort, a-t-on appris ce samedi 18 août 2018. Il avait 80 ans. Très respecté, Kofi Annan a été le premier homme noir à diriger l’Organisation des Nations unies (ONU), dont il connaissait tous les rouages après y avoir travaillé pendant plus de 40 ans. Unanimement reconnu comme un homme de paix, il a obtenu conjointement avec l’ONU le prestigieux prix Nobel de la paix en 2001, « pour leur travail en faveur d’un monde mieux organisé et plus pacifique ». Kofi Annan, septième secrétaire général des Nations unies de 1997 à 2006, a été « l’un des dirigeants les plus visionnaires et plus démocratiques du monde », pour reprendre les mots de l’ancien directeur de l’office des Nations unies à Genève, Vladimir Petrovsky.Pour Thobjorn Jagland, ministre norvégien des Affaires étrangères (2000-2001), ancien Premier ministre et secrétaire général du Conseil de l’Europe, il est un dirigeant « intelligent et courageux ». « Quand il entre dans une pièce, une onde de sérénité se propage. On dirait le pape », déclare un ancien ministre européen.Kofi Annan a ainsi su s’attirer les éloges des diplomates du monde entier. L’ancien ambassadeur américain à l’ONU, Richard Holbrooke, le considère comme « le meilleur secrétaire général de l’histoire des Nations unies, sans exception ».Par son habileté, son opiniâtreté et son intégrité, le Ghanéen disparu le 18 août a su être un interlocuteur accepté aussi bien par les Chinois que par les Américains, les musulmans, les Occidentaux, les Arabes, les Israéliens, le Nord et le Sud. Il a dirigé l’ONU dans un monde où la guerre froide était terminée, mais où d’autres conflits faisaient rage, comme en Yougoslavie, en Tchétchénie ou au Congo. Dans un monde aussi où le XXIe siècle s’ouvrait, traumatisé par les attentats du 11 septembre 2001.Agir avec courage et avec cœur pour résoudre les conflitsVisionnaire, Kofi Annan a contribué à remettre les Nations unies au cœur du règlement des conflits. Il est parvenu à résoudre plusieurs oppositions épineuses, avec un mélange inédit de douceur, de charme et de franc-parler. Ses interventions ont été capitales à la frontière israélo-libanaise en 2000, ou lors de l’escalade américano-irakienne en 1998, année où il a obtenu la signature d’un accord sur le contrôle des sites militaires irakiens.Son action au sein de l’ONU s’est concentrée sur la réorganisation interne des Nations unies, le développement de la lutte contre le sida, la poursuite des efforts de paix au Proche-Orient et le développement économique et social.En manager hors pair, Kofi Annan a toujours su impressionner ses interlocuteurs par son élégance et sa courtoisie jamais prises à défaut. Calme et toujours à l’écoute, Kofi Annan était également capable d’humour vache. La France s’opposait à sa candidature pour succéder à l’Egyptien Boutros Boutros-Ghali comme secrétaire général, car elle voulait un vrai francophone à la tête de l’ONU. Il avait ridiculisé l’argument en parlant anglais avec un accent français.Docteur honoris causa de plusieurs universités (Dresde, Princeton, Gand, Neuchâtel, etc.), Kofi Annan a remporté de nombreux prix et récompenses pour son action au sein de l’ONU, dont le prestigieux prix Nobel de la paix, en 2001, avec l’ONU, « pour leur travail en faveur d’un monde mieux organisé et plus pacifique ». Il avait jugé « presque indécent » de se voir attribuer un tel prix en pleine guerre d’Afghanistan et en plein conflit au Proche-Orient. Le dernier et le seul autre secrétaire général des Nations unies à avoir reçu le Nobel de la paix était le Suédois Dag Hammarskjoeld, en 1961, à titre posthume.« On l’a beaucoup critiqué comme étant l’homme des Etats-Unis, mais il est l’homme de la communauté mondiale », a déclaré Geir Lundestad, directeur de l’Institut Nobel, ajoutant : « Cela s’est confirmé lors de sa réélection le 27 juin 2001. […] Annan a reçu le soutien de l’Afrique, bien sûr, mais aussi de l’Asie et de toutes les grandes puissances même si la Chine a un peu traîné les pieds. » Sa réélection pour un mandat de cinq ans a été votée de façon unanime par les 189 Etats membres de l’ONU.«Homme des Etats-Unis», avant la brouille de la guerre «illégale» en IrakLui qui est le premier secrétaire général à sortir des rangs du personnel de l’organisation a toujours eu une grande volonté de la réformer. Son image assez docile, d’« homme des Etats-Unis », qu’il avait au début de son mandat, s’explique par le fait qu’il a été élu secrétaire général de l’ONU en 1996 avec le soutien de Washington. En 2001, il a déclaré « approuver les raids américano-britanniques en Afghanistan appelant toutefois à tout faire pour épargner la population civile ».Mais les relations entre Kofi Annan et la Maison Blanche se sont gâtées en 2003, avec l’invasion américaine de l’Irak. En 2004, il qualifie cette guerre d’« illégale », une opinion qu’il confirme tout au long de sa vie. Le secrétaire général a perdu un de ses proches à cause de la guerre, Sergio Vieira de Mello. Tué par un attentat-suicide à Bagdad le 19 août 2003, Sergio Vieira de Mello était, depuis mai 2003, le représentant de Kofi Annan en Irak, une mission qui était censée durer quatre mois. Il était perçu comme un successeur potentiel de Kofi Annan à la tête des Nations unies.
Jean-Marc de la Sablière a représenté la France au Conseil de sécurité de l’ONU entre 2002 et 200718/08/2018 – par Nicolas FalezÉcouter
Lors du dernier discours qu’il a tenu devant un public américain en tant que secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan s’est montré sévère envers le président des Etats-Unis George W. Bush et sa politique. Dans la bibliothèque Harry Truman à Independence, dans le Missouri, Kofi Annan a rappelé l’héritage de ce même Harry Truman, un des fondateurs des Nations unies, qui disait : « La responsabilité des grands Etats est de servir les peuples du monde, pas de les dominer. »Sans jamais prononcer le nom de George W. Bush, il a, en filigrane, critiqué sa politique : « Par le passé, l’Amérique a été à l’avant-garde du mouvement mondial pour les droits de l’homme. Mais, pour ce pays, la seule manière de rester en tête sera de se montrer fidèle à ses principes, jusque dans la lutte contre le terrorisme. » A l’époque, ces déclarations ont choqué les conservateurs américains.Plus de 40ans dans le système onusienNé le 8 avril 1938 à Kumasi au Ghana, Kofi Annan, qui a une sœur jumelle, est issu d’une famille aristocratique de négociants. Il a étudié à l’Université scientifique et technologique à Kumasi. En 1961, il obtient sa licence d’économie au Macalester College, à Saint Paul, dans le Minnesota (Etats-Unis). En 1961-1962, il effectue des études de troisième cycle en économie à l’Institut universitaire des hautes études internationales à Genève (Suisse). En 1971-1972, il obtient son diplôme de maîtrise en sciences de gestion au Massachusetts Institute of Technology.Kofi Annan entre à l’ONU en 1962 comme fonctionnaire d’administration et du budget auprès de l’Organisation mondiale de la santé à Genève. Il a travaillé plus de 40 ans dans le système onusien. Il a été en poste à la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, à Addis-Abeba (Ethiopie), à la Force d’urgence des Nations unies, à Ismaïlia (Egypte), au Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés à Genève.Puis, au siège des Nations unies, à New York, il a été sous-secrétaire général à la gestion des ressources humaines et coordonnateur des Nations unies pour les questions de sécurité, puis sous-secrétaire général à la planification des programmes, au budget et à la comptabilité, puis contrôleur et enfin secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix.Après l’ONU, il a créé la Fondation Kofi-Annan, dont l’objectif est de « mobilise[r] la volonté politique pour vaincre les menaces pesant sur la paix, le développement et les droits de l’homme ». Il est également nommé président de l’ONG Global Elders, un groupe de « sages universels » qui œuvre pour la paix et les droits de l’homme dans le monde. Parmi eux, figurent notamment Desmond Tutu, Jimmy Carter et Nelson Mandela, jusqu’à sa mort.
Bijan Farnoudi, porte-parole de Kofi Annan et de sa fondation18/08/2018 – par Stefanie SchülerÉcouter
En 2006, il a créé, avec le dessinateur français Plantu, Cartooning for Peace, une association de caricaturistes de presse engagés contre l’intolérance et pour le « respect des cultures et des libertés ». Le 23 février 2012, il est nommé envoyé spécial conjoint de l’ONU et de la Ligue arabe pour la crise syrienne. Mais il démissionne de ce poste moins de six mois plus tard, le 2 août.Père de trois enfants, Kofi Annan a d’abord été marié à une Nigériane dont il a eu un fils et une fille. Il a ensuite été marié à Nane Lagergren, juriste et artiste suédoise, nièce du diplomate Raoul Wallenberg, qui a sauvé des milliers de juifs en Hongrie pendant la Seconde Guerre mondiale.Un homme sujet à la critique et aux erreursUn de ses regrets à l’ONU a été de ne pas avoir pu réformer le Conseil de sécurité, pour qu’il reflète mieux le monde du XXIe siècle, et non plus celui « de 1945 ». Les opérations onusiennes ont été « désastre[uses] » au Darfour et en Somalie pendant ses deux mandats, selon cet homme qui n’a jamais hésité à reconnaître ses échecs.Kofi Annan a dit « accepter la critique » lorsqu’un rapport indépendant l’a jugé responsable « d’erreurs de gestion substantielles » dans l’affaire Pétrole contre nourriture. Ce programme onusien devait permettre au régime irakien de Saddam Hussein de vendre du brut en échange de biens de consommation, pour atténuer les effets de l’embargo sur les civils. Mais Saddam Hussein s’est livré à de la contrebande en surchargeant les pétroliers et aurait, selon une enquête indépendante, détourné près de 1,8 milliard de dollars.Dans ce dossier, Kofi Annan a été lavé des accusations les plus graves. Il n’a pas été jugé coupable d’entorses à l’éthique ni de corruption, notamment car rien n’indique qu’il ait su que la Cotecna, une entreprise suisse qui employait son fils Kojo Annan, tentait d’obtenir un contrat onusien, qu’elle a remporté. Kofi Annan a simplement été « négligent », selon les enquêteurs et partage les torts avec un Conseil de sécurité divisé, une organisation trop bureaucratique, certains responsables corrompus et un régime irakien manipulateur.Enfin, à l’époque du génocide anti-tutsi du printemps 1994 au Rwanda, Kofi Annan était secrétaire général de l’ONU chargé des opérations de maintien de la paix. Certains reprochent à l’organisation internationale de ne pas avoir réagi à temps aux massacres. Kofi Annan s’est excusé au nom des Nations unies, exigeant plusieurs rapports internes sur les dysfonctionnements dans l’organisation sur le Rwanda, mais aussi sur la Bosnie.
Comment le voile, une simple pièce de tissu aux déclinaisons diverses, a-t-il pu devenir un vêtement mondialisé, suscitant d’importantes controverses ?En juin 2017, c’était le maire de la commune de Lorette qui avait rédigé un arrêté anti-burkini, interdisant le port du burkini et du voile sur un plan d’eau municipal. La polémique suscitée par son acte l’a poussé à le retirer au bout d’une semaine.Le même mois, de l’autre côté de l’Atlantique, le magazine de mode américain Allure illustrait sa une avec une photo de la modèle somalienne Hamali Aden, portant un hijab.
L’entreprise avait annulé l’entretien de Farah Allajeh. Condamnée pour discrimination, elle devra verser 3 822 euros à la jeune femme.
Son entretien d’embauche a rapidement tourné court. Farah Allajeh, une femme musulmane de 24 ans, postulait à un emploi d’interprète à Uppsala, dans l’est de la Suède. Mais, à son arrivée, elle avait refusé de serrer la main du responsable de l’entreprise. Un choix fait par conviction religieuse. À la place, elle avait posé la main sur le cœur, précise la BBC. L’employeur avait alors décidé d’annuler l’entretien.Mercredi, un tribunal suédois a condamné l’entreprise pour discrimination. Elle devra verser 3 822 euros à Farah Allajeh. « L’argent n’a jamais été important. Cela n’a aucune importance. Mais j’avais raison, c’est ça l’important pour moi. J’espère ainsi donner de l’espoir aux autres musulmans qui connaissent la même situation et estiment qu’il est inutile de continuer », a-t-elle expliqué à la télévision publique suédoise SVT.
« Je crois en Dieu, ce qui est très rare en Suède… et je devrais pouvoir le faire et que cela soit accepté du moment que je ne blesse personne », a-t-elle déclaré à la BBC. « Dans mon pays, on ne peut pas traiter différemment les hommes et les femmes. Je respecte cela. C’est pourquoi je n’ai de contact physique ni avec les hommes ni avec les femmes. Je peux vivre selon les règles de ma religion tout en suivant celles du pays dans lequel je vis », a-t-elle ajouté.
Une décision inverse en France
Le tribunal a reconnu le caractère exceptionnel de ce dossier, le premier concernant une poignée de main que des juges ont été amenés à traiter. L’entreprise s’est défendue en mettant en avant sa volonté de traiter de façon égale femmes et hommes. Les salutations seulement basées sur la religion et qui établissent une distinction entre les sexes seraient offensantes. Elles pourraient même mener à des conflits sur le lieu de travail. Un argument que les juges ont dit comprendre dans leurs conclusions, mais jugé trop restrictif s’il se limite à une poignée de main. Par ailleurs, les prudhommes ont estimé que son refus de serrer la main pour des raisons religieuses était protégé par la Convention européenne des droits humains et que la politique de l’entreprise concernant les salutations d’usage était préjudiciable aux musulmans.En France, en avril dernier, le Conseil d’État a validé le rejet de la naturalisation d’une Algérienne qui avait refusé de serrer la main à un représentant de la préfecture.
La reine de la soul est morte ce jeudi à 76 ans. De l’église de son père au sommet des charts, sa voix a inscrit dans la légende des dizaines de tubes et porté haut les causes du féminisme et des droits civiques.
«J’ai perdu ma chanson, cette fille me l’a prise.» Quand il découvre Respect, une ballade qu’il a écrite pour son tour manager Speedo Sims, Otis Redding ne peut que constater les faits face à Jerry Wexler, le pape de la soul music au label Atlantic. Ce jour-là, le chanteur sait que le titre paru deux ans plus tôt, en 1965 sur l’imparable Otis Blue, lui échappe. Pas sûr en revanche qu’il puisse se douter alors que ce hit fera danser des générations entières, porté par la voix de la papesse soul. Combien de soirées où cet hymne au féminisme débridé aura fait se lever toutes les femmes et filles, prises d’un doux délire ! «La chanson en elle-même est passée d’une revendication de droits conjugaux à un vibrant appel à la liberté. Alors qu’Otis parle spécifiquement de questions domestiques, Aretha en appelle ni plus ni moins à la transcendance extatique de l’imagination», analysera Peter Guralnick, l’auteur de la bible Sweet Soul Music.Enregistrée le jour de la Saint-Valentin, la version d’Aretha Franklin, morte jeudi à 76 ans, est effectivement bien différente de celle du «Soul Father», qui vantait les mérites de l’homme allant au turbin et méritant de fait un peu de respect en retour. La jeune femme se permet d’y glisser quelques saillies bien senties : «Je ne te ferai pas d’enfant dans le dos, mais ce que j’attends de toi, c’est du respect.»Le tout boosté par un chœur composé de ses sœurs Erma et Carolyn qui ponctue de «Ooh !» et «Just a little bit», donnant à l’histoire les faux airs d’une conversation complice entre femmes. Et de conclure par un tranchant : «Je n’ai besoin de personne et je me débrouille comme une grande.» La suite, tout du moins d’un point de vue artistique, donnera raison à celle qui devint ainsi pour la postérité tout à la fois l’une des égéries des droits civiques et la visionnaire pythie d’une libération des mœurs.
Dix-huit Grammy Awards
«Cette chanson répondait au besoin du pays, au besoin de l’homme et la femme de la rue, l’homme d’affaires, la mère de famille, le pompier, le professeur – tout le monde aspire au respect. La chanson a pris une signification monumentale. Elle est devenue l’incarnation du « respect » que les femmes attendent des hommes et les hommes des femmes, le droit inhérent de tous les êtres humains», analysera-t-elle a posteriori dans son autobiographie, Aretha: From These Roots.
Sa reprise de Respect n’était pas le premier succès de la native de Memphis. D’ailleurs, à l’époque, ce ne sera que le deuxième 45-tours de son premier album sous pavillon Atlantic, précédé par I Never Loved a Man (the Way I Love You) qui donne son titre à ce disque. Mais avec ce tube, bientôt suivi d’une quantité d’autres, elle se hisse vers des sommets à hauteur des mâles blancs qui dominaient l’époque. Coup double aux Grammy 1968 – les premiers d’une très longue série, dix-huit au total –, la chanson truste les charts pop, quatorze semaines au top des ventes afro-américaines où la concurrence est alors plutôt sévère, et intronise la «Soul Sister» (surnom emprunté à son précédent disque) en reine du genre : «Queen of Soul», pas moins. Elle ne sera jamais détrônée.Pourtant l’album enregistré entre Muscle Shoals, l’usine à tubes d’Alabama, et New York, où elle dut se replier avec quelques musiciens sudistes, fut accouché dans la douleur, tel que relaté par un autre biographe émérite d’Aretha Franklin, le Français Sebastian Danchin (Portrait d’une natural woman, aux éditions Buchet Chastel). Toujours est-il que le 28 juin 1968, elle fait la une de l’hebdomadaire Time : un simple portrait dessiné d’elle, discrètement barré d’un explicite The Sound of Soul.Cette année-là, elle est juste derrière Martin Luther King en termes de popularité.
Dix-huit Grammy Awards
«Cette chanson répondait au besoin du pays, au besoin de l’homme et la femme de la rue, l’homme d’affaires, la mère de famille, le pompier, le professeur – tout le monde aspire au respect. La chanson a pris une signification monumentale. Elle est devenue l’incarnation du « respect » que les femmes attendent des hommes et les hommes des femmes, le droit inhérent de tous les êtres humains», analysera-t-elle a posteriori dans son autobiographie, Aretha: From These Roots.
Sa reprise de Respect n’était pas le premier succès de la native de Memphis. D’ailleurs, à l’époque, ce ne sera que le deuxième 45-tours de son premier album sous pavillon Atlantic, précédé par I Never Loved a Man (the Way I Love You) qui donne son titre à ce disque. Mais avec ce tube, bientôt suivi d’une quantité d’autres, elle se hisse vers des sommets à hauteur des mâles blancs qui dominaient l’époque. Coup double aux Grammy 1968 – les premiers d’une très longue série, dix-huit au total –, la chanson truste les charts pop, quatorze semaines au top des ventes afro-américaines où la concurrence est alors plutôt sévère, et intronise la «Soul Sister» (surnom emprunté à son précédent disque) en reine du genre : «Queen of Soul», pas moins. Elle ne sera jamais détrônée.Pourtant l’album enregistré entre Muscle Shoals, l’usine à tubes d’Alabama, et New York, où elle dut se replier avec quelques musiciens sudistes, fut accouché dans la douleur, tel que relaté par un autre biographe émérite d’Aretha Franklin, le Français Sebastian Danchin (Portrait d’une natural woman, aux éditions Buchet Chastel). Toujours est-il que le 28 juin 1968, elle fait la une de l’hebdomadaire Time : un simple portrait dessiné d’elle, discrètement barré d’un explicite The Sound of Soul.Cette année-là, elle est juste derrière Martin Luther King en termes de notoriété.Atteinte d’un cancer et officiellement rangée des hits depuis début 2017, la grande prêcheuse du respect est morte cinquante ans plus tard à Détroit, à 76 ans, devenue pour l’éternité celle dont un président des Etats-Unis (pas le moins mélomane, Barack Obama) a pu dire : «L’histoire américaine monte en flèche quand Aretha chante. Personne n’incarne plus pleinement la connexion entre le spirituel afro-américain, le blues, le r’n’b, le rock’n’roll – la façon dont les difficultés et le chagrin se sont transformés en quelque chose de beau, de vitalité et d’espoir.»
Premier disque
Avant d’en arriver là, tout n’était pas écrit d’avance pour cette fille de pasteur, née le 25 mars 1942 dans le Sud profond, où la ségrégation fait force de loi. Grandie dans le giron de ce père homme de foi, Aretha Louise Franklin trouve sa voix à l’église, comme souvent. Elle a pour premier modèle son paternel, personnalité aussi sombre à la maison qu’auréolée de lumière sur l’estrade : le pasteur Clarence LaVaughn Franklin enregistre et publie ses gospels sur la firme Chess, fréquente les stars (Sam Cooke, Jackie Wilson, Art Tatum…), enchaîne les tournées, au risque de délaisser le foyer où les enfants se débrouillent comme ils peuvent. D’autant que leur mère, Barbara Siggers, «immense chanteuse gospel»selon la diva Mahalia Jackson, a quitté le foyer au lendemain des 6 ans d’Aretha.
Sept années plus tard, l’adolescente grave son premier disque, avec le chœur de la New Bethel Baptist Church, le sanctuaire au cœur du ghetto de Detroit où son père célèbre sa mission sur Terre. L’année qui suit, elle accouche d’un premier enfant, suivant là encore les traces du prédicateur, par ailleurs fornicateur à ses heures : une des demi-sœurs de la jeune Aretha est le fruit de relations illicites avec une paroissienne de 13 ans !
Ferveur inégalée
Avant 18 ans, Aretha a déjà deux enfants. Autant dire un sérieux handicap pour qui entend faire carrière en musique. C’est pourtant la même, certes délestée des bambins qui se retrouvent chez mère-grand Rachel, qui est castée par le talent-scout John Hammond. Elle a 19 ans quand elle débarque à New York pour intégrer l’écurie Columbia, où la future Lady Soul – autre surnom absolument pas usurpé – est censée suivre le sillon creusé par Lady Day, la femme au chihuahua Billie Holiday. Las, l’histoire ne se répète jamais, et malgré d’indéniables talents et de petits succès dont un bel hommage à Dinah Washington, une de ses références avouées, et un recommandable Yeah où elle tente déjà de faire siennes quelques rengaines empruntées à d’autres, celle qui sera plus tard la première femme à rejoindre le Rock’n’roll Hall of Fame ne parvient pas à se distinguer dans le jazz. Jusqu’à ce qu’elle franchisse le Rubicon, en passant chez Atlantic où, outre Jerry Wexler, elle trouve en Arif Mardin un directeur musical à son écoute.«Quand je suis allée chez Atlantic Records, ils m’ont juste assise près du piano et les tubes ont commencé à naître.» Il ne faudra jamais oublier qu’à l’instar d’une Nina Simone, Aretha Franklin était aussi une formidable pianiste. La liste des classiques enregistrés en moins de dix ans donne le tournis : Baby I Love You, (You Make Me Feel Like) A Natural Woman, Think, (Sweet Sweet Baby) Since You’ve Been Gone, Chain of Fools, Until You Come Back to Me… Entre 1967 et 1974, la porte-voix d’une communauté chante ou déchante l’amour, en mode énervé ou sur le ton de la confidence sur oreiller, portée par des arrangements luxuriants ou dans ce dénuement propre à magnifier les plus belles voix sudistes (de Wilson Pickett à Sam & Dave). Dans cette série qui ressemble à une irrésistible ascension, chacun a ses favoris : Call Me, par exemple, pas forcément le plus gros succès, demeure une ballade pour l’éternité où elle fait valoir toute la classe de son toucher sur les noires et ivoire. A moins que ce ne soit I Say a Little Prayer, le cantique écrit par Burt Bacharach et Hal David pour Dionne Warwick (qui se le fera chiper), tout en légèreté laidback. Qu’elle flirte volontiers avec la pop, reste fidèle à l’esprit de la soul ou mette le feu au temple frisco rock Fillmore West dans un live mémorable avec le terrible saxophoniste r’n’b King Curtis, son directeur musical assassiné quelques mois plus tard, la voix d’Aretha Franklin transcende toujours les sacro-saintes chapelles avec une ferveur inégalée. Celle héritée du gospel, la genèse de tout, auquel elle rend un vibrant hommage en 1972 avec Amazing Grace, un office avec le révérend James Cleveland qui devient le premier disque du genre à réussir la jonction avec le public profane.La série va pourtant s’arrêter au mitan des années 70, alors que Jerry Wexler s’apprête à quitter la maison mère pour rejoindre Warner Bros. A Change Is Gonna Come, pour paraphraser la superbe complainte qu’elle a empruntée à Sam Cooke dès 1967. Le disco triomphe, et bientôt le rap qui saura lui rendre hommage, à l’image de Mos Def revisitant One Step Ahead ou de Lauryn Hill s’investissant dans The Rose Is Still a Rose. Orpheline de son mentor, Franklin elle-même quitte en 1980 Atlantic pour Arista. La chanteuse ne s’en remettra pas, alors même qu’elle parvient à toucher un public rajeuni en étant au générique des Blues Brothers. Elle y chante en femme de ménage (mais chaussée de mules en éponge roses !) Think, hymne à la liberté et à la féminité affirmée haut et fort .La reine de la soul est morte ce jeudi à 76 ans. De l’église de son père au sommet des charts, sa voix a inscrit dans la légende des dizaines de tubes et porté haut les causes du féminisme et des droits civiques.
«J’ai perdu ma chanson, cette fille me l’a prise.» Quand il découvre Respect, une ballade qu’il a écrite pour son tour manager Speedo Sims, Otis Redding ne peut que constater les faits face à Jerry Wexler, le pape de la soul music au label Atlantic. Ce jour-là, le chanteur sait que le titre paru deux ans plus tôt, en 1965 sur l’imparable Otis Blue, lui échappe. Pas sûr en revanche qu’il puisse se douter alors que ce hit fera danser des générations entières, porté par la voix de la papesse soul. Combien de soirées où cet hymne au féminisme débridé aura fait se lever toutes les femmes et filles, prises d’un doux délire ! «La chanson en elle-même est passée d’une revendication de droits conjugaux à un vibrant appel à la liberté. Alors qu’Otis parle spécifiquement de questions domestiques, Aretha en appelle ni plus ni moins à la transcendance extatique de l’imagination», analysera Peter Guralnick, l’auteur de la bible Sweet Soul Music.Enregistrée le jour de la Saint-Valentin, la version d’Aretha Franklin, morte jeudi à 76 ans, est effectivement bien différente de celle du «Soul Father», qui vantait les mérites de l’homme allant au turbin et méritant de fait un peu de respect en retour. La jeune femme se permet d’y glisser quelques saillies bien senties : «Je ne te ferai pas d’enfant dans le dos, mais ce que j’attends de toi, c’est du respect.»Le tout boosté par un chœur composé de ses sœurs Erma et Carolyn qui ponctue de «Ooh !» et «Just a little bit», donnant à l’histoire les faux airs d’une conversation complice entre femmes. Et de conclure par un tranchant : «Je n’ai besoin de personne et je me débrouille comme une grande.» La suite, tout du moins d’un point de vue artistique, donnera raison à celle qui devint ainsi pour la postérité tout à la fois l’une des égéries des droits civiques et la visionnaire pythie d’une libération des mœurs.
Dix-huit Grammy Awards
«Cette chanson répondait au besoin du pays, au besoin de l’homme et la femme de la rue, l’homme d’affaires, la mère de famille, le pompier, le professeur – tout le monde aspire au respect. La chanson a pris une signification monumentale. Elle est devenue l’incarnation du « respect » que les femmes attendent des hommes et les hommes des femmes, le droit inhérent de tous les êtres humains», analysera-t-elle a posteriori dans son autobiographie, Aretha: From These Roots.
Sa reprise de Respect n’était pas le premier succès de la native de Memphis. D’ailleurs, à l’époque, ce ne sera que le deuxième 45-tours de son premier album sous pavillon Atlantic, précédé par I Never Loved a Man (the Way I Love You) qui donne son titre à ce disque. Mais avec ce tube, bientôt suivi d’une quantité d’autres, elle se hisse vers des sommets à hauteur des mâles blancs qui dominaient l’époque. Coup double aux Grammy 1968 – les premiers d’une très longue série, dix-huit au total –, la chanson truste les charts pop, quatorze semaines au top des ventes afro-américaines où la concurrence est alors plutôt sévère, et intronise la «Soul Sister» (surnom emprunté à son précédent disque) en reine du genre : «Queen of Soul», pas moins. Elle ne sera jamais détrônée.Pourtant l’album enregistré entre Muscle Shoals, l’usine à tubes d’Alabama, et New York, où elle dut se replier avec quelques musiciens sudistes, fut accouché dans la douleur, tel que relaté par un autre biographe émérite d’Aretha Franklin, le Français Sebastian Danchin (Portrait d’une natural woman, aux éditions Buchet Chastel). Toujours est-il que le 28 juin 1968, elle fait la une de l’hebdomadaire Time : un simple portrait dessiné d’elle, discrètement barré d’un explicite The Sound of Soul.Cette année-là, elle est juste derrière Martin Luther King en termes de notoriété.Atteinte d’un cancer et officiellement rangée des hits depuis début 2017, la grande prêcheuse du respect est morte cinquante ans plus tard à Détroit, à 76 ans, devenue pour l’éternité celle dont un président des Etats-Unis (pas le moins mélomane, Barack Obama) a pu dire : «L’histoire américaine monte en flèche quand Aretha chante. Personne n’incarne plus pleinement la connexion entre le spirituel afro-américain, le blues, le r’n’b, le rock’n’roll – la façon dont les difficultés et le chagrin se sont transformés en quelque chose de beau, de vitalité et d’espoir.»
Premier disque
Avant d’en arriver là, tout n’était pas écrit d’avance pour cette fille de pasteur, née le 25 mars 1942 dans le Sud profond, où la ségrégation fait force de loi. Grandie dans le giron de ce père homme de foi, Aretha Louise Franklin trouve sa voix à l’église, comme souvent. Elle a pour premier modèle son paternel, personnalité aussi sombre à la maison qu’auréolée de lumière sur l’estrade : le pasteur Clarence LaVaughn Franklin enregistre et publie ses gospels sur la firme Chess, fréquente les stars (Sam Cooke, Jackie Wilson, Art Tatum…), enchaîne les tournées, au risque de délaisser le foyer où les enfants se débrouillent comme ils peuvent. D’autant que leur mère, Barbara Siggers, «immense chanteuse gospel»selon la diva Mahalia Jackson, a quitté le foyer au lendemain des 6 ans d’Aretha.
Sept années plus tard, l’adolescente grave son premier disque, avec le chœur de la New Bethel Baptist Church, le sanctuaire au cœur du ghetto de Detroit où son père célèbre sa mission sur Terre. L’année qui suit, elle accouche d’un premier enfant, suivant là encore les traces du prédicateur, par ailleurs fornicateur à ses heures : une des demi-sœurs de la jeune Aretha est le fruit de relations illicites avec une paroissienne de 13 ans !
Ferveur inégalée
Avant 18 ans, Aretha a déjà deux enfants. Autant dire un sérieux handicap pour qui entend faire carrière en musique. C’est pourtant la même, certes délestée des bambins qui se retrouvent chez mère-grand Rachel, qui est castée par le talent-scout John Hammond. Elle a 19 ans quand elle débarque à New York pour intégrer l’écurie Columbia, où la future Lady Soul – autre surnom absolument pas usurpé – est censée suivre le sillon creusé par Lady Day, la femme au chihuahua Billie Holiday. Las, l’histoire ne se répète jamais, et malgré d’indéniables talents et de petits succès dont un bel hommage à Dinah Washington, une de ses références avouées, et un recommandable Yeah où elle tente déjà de faire siennes quelques rengaines empruntées à d’autres, celle qui sera plus tard la première femme à rejoindre le Rock’n’roll Hall of Fame ne parvient pas à se distinguer dans le jazz. Jusqu’à ce qu’elle franchisse le Rubicon, en passant chez Atlantic où, outre Jerry Wexler, elle trouve en Arif Mardin un directeur musical à son écoute.«Quand je suis allée chez Atlantic Records, ils m’ont juste assise près du piano et les tubes ont commencé à naître.» Il ne faudra jamais oublier qu’à l’instar d’une Nina Simone, Aretha Franklin était aussi une formidable pianiste. La liste des classiques enregistrés en moins de dix ans donne le tournis : Baby I Love You, (You Make Me Feel Like) A Natural Woman, Think, (Sweet Sweet Baby) Since You’ve Been Gone, Chain of Fools, Until You Come Back to Me… Entre 1967 et 1974, la porte-voix d’une communauté chante ou déchante l’amour, en mode énervé ou sur le ton de la confidence sur oreiller, portée par des arrangements luxuriants ou dans ce dénuement propre à magnifier les plus belles voix sudistes (de Wilson Pickett à Sam & Dave). Dans cette série qui ressemble à une irrésistible ascension, chacun a ses favoris : Call Me, par exemple, pas forcément le plus gros succès, demeure une ballade pour l’éternité où elle fait valoir toute la classe de son toucher sur les noires et ivoire. A moins que ce ne soit I Say a Little Prayer, le cantique écrit par Burt Bacharach et Hal David pour Dionne Warwick (qui se le fera chiper), tout en légèreté laidback. Qu’elle flirte volontiers avec la pop, reste fidèle à l’esprit de la soul ou mette le feu au temple frisco rock Fillmore West dans un live mémorable avec le terrible saxophoniste r’n’b King Curtis, son directeur musical assassiné quelques mois plus tard, la voix d’Aretha Franklin transcende toujours les sacro-saintes chapelles avec une ferveur inégalée. Celle héritée du gospel, la genèse de tout, auquel elle rend un vibrant hommage en 1972 avec Amazing Grace, un office avec le révérend James Cleveland qui devient le premier disque du genre à réussir la jonction avec le public profane.La série va pourtant s’arrêter au mitan des années 70, alors que Jerry Wexler s’apprête à quitter la maison mère pour rejoindre Warner Bros. A Change Is Gonna Come, pour paraphraser la superbe complainte qu’elle a empruntée à Sam Cooke dès 1967. Le disco triomphe, et bientôt le rap qui saura lui rendre hommage, à l’image de Mos Def revisitant One Step Ahead ou de Lauryn Hill s’investissant dans The Rose Is Still a Rose. Orpheline de son mentor, Franklin elle-même quitte en 1980 Atlantic pour Arista. La chanteuse ne s’en remettra pas, alors même qu’elle parvient à toucher un public rajeuni en étant au générique des Blues Brothers. Elle y chante en femme de ménage (mais chaussée de mules en éponge roses !) Think, hymne à la liberté et à la féminité affirmée haut et fort (encore).
Ombre d’elle-même
La scène d’anthologie marque les esprits, mais dans la vraie vie, Aretha Franklin n’aspire qu’à des productions de plus en plus pompières, qui masquent par leur outrance l’essentiel : ses exceptionnelles qualités d’interprète. Les interventions de jeunes musiciens comme Marcus Miller ou Narada Michael Walden n’y font rien, même si avec ce dernier elle parvient une nouvelle fois à toucher furtivement la place de numéro 1 des charts r’n’b.
Si elle se fait rare en studio, si elle ne marque plus l’histoire de la musique, elle n’en demeure pas moins une icône pour les nouvelles générations. George Michael s’adonne ainsi à un duo – une spécialité de la diva, qui sans doute trahissait déjà un réel manque de renouvellement – avec celle qu’il considère comme une influence majeure. Toutes les chanteuses de nu soul prêtent allégeance à la première dame, qui de son côté s’illustre dans la rubrique mondanités. Elle traverse ainsi les années 90 en ombre d’elle-même, caricature de ses grands millésimes, qu’elle fructifie. Elle n’en reste alors pas moins une figure que l’on met aisément en couverture, affichant des looks pas toujours raccords, et au premier rang des chanteurs de tous les temps selon Rolling Stone.De come-backs avortés en retours guettés par des fans toujours en demande, rien n’y fait. La star, rentrée vivre à Detroit, attise pourtant les désirs et envies des jeunes producteurs : André 3000 d’Outkast et Babyface mettent même un album en chantier, alors que l’année d’après, en 2014, le festival de jazz de Montréal la fait remonter sur scène. Longue robe blanche, cheveux blonds, elle assure le show.Trois ans plus tard, elle est encore en blanc, mais considérablement amaigrie, pour un gala au profit de la fondation Elton John, à New York. Plus que de résurrection, cela sonne comme un concert d’adieux. Néanmoins, on gardera plutôt en souvenir le dernier grand moment d’une carrière hors norme de cette chanteuse : le 6 décembre 2015 lors des prestigieux Kennedy Center Honors, elle entre en scène en manteau de fourrure, voix aussi sûre que son doigté au piano, pour interpréter (You Make Me Feel Like) A Natural Woman devant le couple Obama, auquel elle avait déjà fait l’honneur de chanter lors de son investiture en 2009. Comme la révérence d’une voix pas ordinaire, en tout point populaire.