Les romans africains de cette rentrée : Mabanckou, Patrice Nganang, David Diop….

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Selon le magazine des éditeurs Livres hebdo, 567 nouveaux titres, dont 186 titres étrangers seront publiés d’août à octobre 2018. Les littératures venant du monde noir occuperont une place privilégiée dans cette rentrée littéraire dont les premiers titres seront en librairie dès le 16 août. Voici les incontournables qui feront le bonheur des aficianados des littératures issues de l’Afrique, la Caraïbe et des Amériques noires.Bonne découverte.


Avec une quarantaine de nouveaux titres, le monde noir d’Afrique, des Antilles et d’Amérique ne passera pas inaperçu en ce moment de rentrée littéraire. Parmi les têtes d’affiche cette année, le Franco-Congolais Alain Mabanckou, le Sud-Africain JM. Coetzee, l’Egyptien Alaa El Aswany ou encore la Britannique de père Jamaïcain Zadie Smith et les Algériens Boualem Sansal et Yasmina Khadra, qui reviennent sur le devant de la scène avec des récits forts, émouvants et en prise avec les violences et les dysfonctionnements de nos sociétés mondialisées. Mais ce sont les primo-romanciers qui risquent de faire l’événement cette année avec leurs textes de grande qualité, prometteurs d’un avenir fécond. Cette rentrée littéraire compte aussi des essais, des mémoires remarquables par quelques-unes des grandes  plumes du monde noir telles que Ta-Nehisi Coates, Souleymane Bachir Diagne, Henri Lopes, Dany Laferrière.Le Mabanckou nouveau est arrivé !
Alain Mabanckoou est romancier et professeur de littérature francophone à l’Université de Californie-Los Angeles.. Seuil
Alain Mabanckou est une des têtes d’affiche de cette rentrée littéraire 2018. Tous les médias se l’arrachent, réclamant l’interview de la star en exclusivité. Il faut dire que Les cigognes sont immortelles, ce nouveau roman sous la plume d’un des auteurs les plus en vue des lettres africaines, est un modèle de perfection avec son écriture à la fois maîtrisée et ambitieuse. L’auteur de Black Bazar et de Verre cassé entraîne ses lecteurs dans le tohu-bohu de Pointe-Noire, ville du Congo-Brazzaville dont il est originaire. A travers la grille de lecture d’un narrateur adolescent au regard naïf, le roman restitue le tohu-bohu de l’Afrique post-coloniale où les grandes puissances tirent les ficelles de la vie politique et dont la violence ne manque pas de bouleverser la vie des petites gens.A la fois récit d’apprentissage et récit historico-politique, ce roman marque peut-être un tournant dans la carrière déjà très riche de son auteur Franco-Congolais qui veut donner désormais à son œuvre une orientation plus engagée. « Je ressens le besoin de dire ce qu’est mon continent et comprendre pourquoi il va à la dérive  », déclare-t-il dans une vidéo de présentation de son nouvel opus.Les cigognes sont immortelles, par Alain Mabanckou. Editions du Seuil, 301 pages, 19,50 euros. Parution le 16 août 2018.Une brillante plaidoirie de JM. Coetzee contre l’«  holocauste » animal
Le Sud-Africain J.M. Coetzee a reçu le prix Nobel de littérature en 2003. Editions du Seuil
« Il m’est venu à l’esprit que les gens toléraient le massacre d’animaux parce qu’ils n’avaient jamais l’occasion d’en voir un. Ni d’en voir, ni d’en entendre, ni d’en sentir un. Il m’est venu à l’esprit que s’il y avait un abattoir au milieu de la ville, où chacun pourrait voir, entendre, sentir ce qui se qui se passe à l’intérieur, les gens pourraient changer de pratique. Un abattoir de verre. Un abattoir avec des murs en verre. » Comment prévenir l’abattage des animaux qu’elle qualifie d’un « nouvel holocauste », telle est l’obsession d’Elisabeth Costello, personnage de J.M. Coetzee que les lecteurs de ce prix Nobel sud-africain (2003) ont croisé au fil de son œuvre singulière.Elisabeth Costello est le personnage central de L’abattoir de verre, le dernier livre de fiction sous la plume de l’auteur de Disgrâce. A la fois double de l’auteur (elle est professeur de littérature et romancière tout comme l’auteur), elle est une héroïne pas comme les autres. Elle n’est pas dans l’action, mais dans l’abstraction. Elle incarne des idées, des interrogations universelles : Pourquoi sommes-nous en vie ? Que signifie d’être humain ? Qu’est-ce qu’une belle mort ? Des interrogations qui sont au cœur des sept récits qui composent le nouveau volume que consacre Coetzee à son héroïne vieillissante. Elle lui inspire quelques-unes des plus belles pages de cet opus, animées par l’empathie pour les animaux que nos sociétés mécanisées, obsédées par leur « business plan » ont transformé, en des « êtres négligeables ».L’abattoir de verre, par J.M. Coetzee. Traduit de l’anglais par Georges Lory. Editions du Seuil, 167 pages, 18 euros. Parution le 16 août 2018.

David Diop raconte l’aventure ambiguë des enrôlés de force africains dans la Première Guerre mondiale

Un premier roman émouvant sur la bravoure et la le désarroi des tirailleurs sénégalais sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale. Ed. du Seuil

Les tirailleurs sénégalais sont les oubliés des célébrations cette année de la fin il y a cent ans, de la Première Guerre mondiale. Le beau et puissant premier roman du Franco-Sénégalais David Diop, intitulé Frère d’âme vient rappeler le rôle joué par les contingents africains sur les champs de bataille en Europe de l’Ouest pour hâter la fin de cette première boucherie de l’ère moderne.

Alpha Ndiaye et Mademba Diop ont 16 ans quand ils débarquent en Europe pour combattre sous le drapeau français. Le roman s’ouvre sur un drame : Mademaba tombe, blessé à mort et demande à son ami d’enfance de lui couper la gorge pour mettre fin à sa souffrance. Alpha refuse, mais finira par obtempérer. Puis, il portera dans ses bras le cadavre de son ami d’enfance jusqu’à la prochaine tranchée. Se retrouvant désormais seul dans la folie du grand massacre, Alpha perd la raison et distribue la mort, semant l’effroi. Il tranche les chairs ennemies, estropie, décapite, éventre. Sa sauvagerie scandalise, entraînant son évacuation…

Né à Paris de parents franco-sénégalais et maître de conférences à l’université de Pau, David Diop a déclaré que son livre est né de l’émotion qu’il a ressentie en lisant des lettres de poilus. Mais les tirailleurs n’ont pas laissé de lettres. Partant des documents de l’époque, il a imaginé la bravoure, le racisme, le désarroi, la folie… Cela donne un récit évocateur, époustouflant de lucidité d’analyse et d’humanité.

Frère d’âme, par David Diop. Editions du Seuil, 176 pages, 17 euros. Parution le 16 août 2018.

Retour sur la guerre civile camerounaise avec le talentueux Patrice Nganang

Patrice Nganang est l’auteur de plusieurs romans et d’essais. JC Lattes

Professeur de littérature francophone aux Etats-Unis et romancier, Patrice Nganang est l’auteur de plusieurs romans dont les plus connus ont pour titre Temps de chien (2001) et Mont Plaisant (2010). Ecrivain engagé et novateur, le Camerounais avait donné la parole à un chien dans Temps de chien pour raconter les heurs et malheurs du Cameroun depuis son indépendance. « Quand j’écris, je me place du point de vue de la liberté totale, celle de la feuille blanche, mais aussi celle des villes africaines où on urine sur les murs de commissariats…  », Nganang aime-t-il répéter.

C’est dans cet esprit de liberté totale qu’il a écrit son nouveau roman dans lequel il revient sur la guerre que les autorités françaises ont livrée dans les années 1950 et 1960 aux rebelles camerounais, et qu’ont poursuivie les dirigeants politiques mis en place à la tête du Cameroun au moment de l’indépendance. Refoulée par l’historiographie coloniale, cette guerre avait fait plusieurs dizaines de milliers de victimes.

Empreintes de crabe est le septième roman de cet auteur camerounais. Le passé de violences et de disruptions que le Cameroun a traversé est évoqué par le viei homme Nithap qui rend visite à son fils installé aux Etats-Unis. L’homme qui a connu de près les turbulences de cette époque restitue la tragédie que fut pour la population camerounaise ce conflit interethnique, dont la mèche fut allumée par le colonisateur en partance pour pouvoir continuer à garder sa mainmise sur le pays. A la fois saga politique et historique, ce nouveau roman de Patrice Nganang explore aussi les liens que la diaspora camerounaise entretient avec son pays, puisant dans les souffrances collectives du passé la force de faire face aux douleurs de l’exil d’aujourd’hui.

Empreintes de crabe, par Patrice Nganang. Editions JC. Lattès, 510 pages, 22,90 euros. Parution le 22 août 2018.

La prose poétique d’Aminata Aïdara

« Je suis quelqu’un » est le premier roman sous la plume de la talentueuse journaliste et bloggeuse Aminata A¨dara. Gallimard

A 34 ans, l’Italo-Sénégalaise Aminata Aïdara n’est pas inconnue du grand public. Elle est anthropologue, journaliste, bloggeuse et écrivain. Francophone, mais aussi italophone, elle s’est fait connaître en publiant en 2014 un recueil de nouvelles intitulé La ragazza dal cuore di carta (La Fille au cœur du papier). L’immigration, le métissage, le mélange des cultures sont ses sujets de prédilection.

Son premier roman, Je suis quelqu’un, raconte l’histoire d’une famille éclatée entre le Sénégal et la France. Une famille patriarcale où les femmes ont malgré tout réussi à s’émanciper. C’est aussi l’histoire de la quête identitaire d’une jeune fille paumée, tiraillée entre le monde traditionnel et celui des cités sans foi ni loi.

Le désarroi d’Estelle face à sa famille disruptive, face à sa propre souffrance existentielle, elle l’exprime à travers des délires cathartiques qui constituent les plus belles pages de ce roman poétique, quasi-rimbaldien. Les soliloques d’Estelle se lisent comme autant de textes de poésies urbaines rythmés par le refrain « Je suis quelqu’un ». « Je suis quelqu’un qui a souvent porté seul la couronne de la vie, emprunté seul le chemin de la paix. Les hommes qui voulaient m’accompagner n’ont fait que mettre des obstacles en forme de bisous, du sel sur le sol, des rires qui semaient le doute sur la bonne route… ». Une poète est née !

Je suis quelqu’un, par Aminata Aïdara. Editions Gallimard, coll. « Continents noirs », 353 pages, 21,50 euros. Parution le 23 août 2018.

La quête des origines de la Guadeloupéenne Estelle-Sarah Bulle

Estelle Sarah-Bulle est Guadeloupéenne et Là où les chiens aboient par la queue est son premier roman. Liana Levi

A la recherche de ses origines, la narratrice du très beau roman de la Guadeloupéenne Estelle-Sarah Bulle, Là où les chiens aboient par la queue, interroge son père et ses deux sœurs, dont la vieille tante Antoine hospitalisée à Paris. Femme de caractère, celle-ci avait quitté la ferme miséreuse de ses parents à Morne-Galant dès qu’elle a eu 16 ans pour aller s’installer à Point-à-Pitre. C’était en 1947 lorsque la Guadeloupe n’était pas encore un département français. La jeune femme s’ennuyait au fin fond de la campagne. Des raisons plus impératives la conduiront vingt ans plus tard à Paris.

« Voilà une éternité que je vis à Paris, et c’est comme si je n’avais toujours pas trouvé de chez moi », raconte la septuagénaire à sa jeune nièce. C’est sans doute parce qu’elle n’a pas trouvé à Paris ce qu’elle était venue y chercher et où les Blancs la prennent toujours pour une Africaine, qu’elle se souvient avec nostalgie de Morne-Galant et de l’histoire familiale qu’elle restitue avec moult détails pour sa nièce. A travers son évocation d’une famille guadeloupéenne typique des années 1950, l’auteur donne à lire dans ces pages l’histoire collective des Antilles françaises, jalonnée de turbulences sociales et de catastrophes naturelles.

A la fois mémoire de la société antillaise rurale où elle a grandi et métaphore des Antilles d’antan, le personnage de la tante Antoine illumine ses pages avec ses souvenirs empreints de tendresse et d’empathie pour le passé. Il y a dans ce roman de la jeune génération antillaise quelque chose de Patrick Chamoiseau qui sait si bien mêler la grande et la petite histoire et aussi du Gisèle Pineau pour son évocation lyrique des époques à jamais révolues.

Là où les chiens aboient par la queue, par Estelle-Sarah Bulle. Editions Liana Levi, 288 pages, 19 euros. Parution le 23 août 2018.

Présidentielle : Atepa se déclarera candidat aujourd’hui à 16h au Radisson

En 2012, c’est au Radisson Blu que Macky Sall avait fêté sa victoire présidentielle. C’est ce même cadre que Pierre Goudiaby Atepa a choisi pour annoncer aujourd’hui vendredi à 16h sa candidature à la présidentielle de 2019. Atepa, 71 ans, architecte-ingénieur, se jettera ainsi à l’eau. Après avoir été pendant des décennies l’homme qui savait murmurer à l’oreille des présidents (sénégalais et africains) dont il a été un intime, un conseiller ou un collaborateur. C’est ainsi que Senghor lui aura trouvé son premier gros contrat, celui du chantier de la BCEAO siège, dans les années 70. « Pierrot », comme l’appelle ses intimes, aura été un ami du Président Diouf. Et Abdoulaye Wade en fera son architecte conseil. Atepa se présente dans le cadre de son mouvement Sénégal Rek. Le Président des cadres casamançais a fait une première incursion en politique en 2007 lors des législatives, en soutenant financièrement la liste conduite par son « pays » Ousmane Sow Huchard, qui deviendra député. Atepa est l’auteur du livre de propositions « Oser ». Il a été annoncé récemment que son groupe Atepa Technologies sera aussi l’actionnaire majoritaire du club de foot Casa Sports. Atepa, une candidature régionaliste ou nationale ? Wait and see. Il lui restera a franchira le filtre fatidique des parrainages, pour devenir plus qu’un candidat à la candidature. Il a effectué une visite lundi dernier auprès du Khalife général des Mourides, rituel consacré de tout présidentiable, pour lui annoncer sa décision en primeur.

Amnesty international : ‘la justice sénégalaise ne respecte pas les normes internationales’

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Au Sénégal, généralement cité en modèle de démocratie dans la région, l’organisation de défense des droits de l’homme relève selon Amnesty, des « exemples de procès inéquitables », dont celui du maire de Dakar Khalifa Sall, candidat à la présidentielle de février 2019 face au président Macky Sall.Le rapport d’Amnesty sur les droits de l’homme au Sénégal intitulé « Des paroles non suivies d’actes »  met également en exergue le cas de Karim Wade, ancien ministre et fils du président Abdoulaye Wade (2000-2012), condamné en mars 2015 à six ans de prison et également candidat déclaré à la prochaine présidentielle.« Son procès n’a pas respecté « les normes internationales » car il ne prévoyait pas de possibilité d’appel », estime l’ONG. Amnesty cite les cas d’autres opposants sénégalais et celui de Jihadistes présumés condamnés à l’issue de procès « inéquitables » après « une longue détention préventive et sans assistance de leurs avocats ».A l’approche des élections de 2019, le Sénégal doit garantir aux journalistes, aux leaders de l’opposition, aux contradicteurs du gouvernement et aux défenseurs des droits de l’homme leurs droits à la liberté d’expression et à organiser des manifestations pacifiques sans peur et sans répression », a indiqué François Patuel, un responsable d’Amnesty.« Le Sénégal doit faire de la garantie d’un procès équitable une priorité et mettre immédiatement fin à l’intimidation et au harcèlement des leaders de l’opposition et à la répression contre les dissidents », a-t-il recommandé,  dans le rapport dont nous détenons copie.« Il ne faut pas s’étonner que les procès contre des personnalités de l’opposition soient largement perçus comme motivés par des considérations politiques, compromettant ainsi la confiance du public dans le système judiciaire. Si le Sénégal veut montrer aux États membres de l’ONU qu’il est déterminé à protéger et à promouvoir les droits de l’homme, il doit entreprendre des réformes essentielles dans son système judiciaire », a-t-il dit.La Mauritanie aussi épingléeL’ONG a par ailleurs dénoncé, les arrestations récentes en Mauritanie de deux opposants et militants anti esclavagistes, Biram Ould Dah Ould Abeid et Abdallahi Ould Housseine, et de deux journalistes, Babacar Ndiaye et Mahmoudi Ould Saibout. Dans ce pays où le président, Mohamed Ould Abdel Aziz, un ancien général, est arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en 2008 avant d’être élu en 2009, puis réélu en 2014, des élections sont prévues le mois prochain. « Ces arrestations et détentions constituent les pires signaux d’intimidation, de harcèlement et de répression par les autorités mauritaniennes des voix dissidentes à l’approche des élections législatives, régionales et locales » du 1er septembre », a affirmé M. Patuel.

Mali : Tract vous livre les résultats de la présidentielle avant leur proclamation

Selon nos informations, IBK gagne dans le centre et le sud du pays, Soumaïla Cissé l’emporte dans le nord et dans la diaspora (New-York, Paris, Dakar…). IBK rempile donc. Les chiffres des résultats provisoires seront proclamés ce jeudi dans la matinée à la télevision.

Diffamation du président des exploitants forestiers : Haïdar condamné

Le défenseur de l’environnement doit en outre payer deux millions de francs CFA (plus de 3.000 euros) d’amende au président de l’Union nationale des exploitants forestiers du Sénégal (Unefs), Abdoulaye Sow, à l’origine de la plainte, a-t-il déclaré, confirmant une information publiée par plusieurs médias sénégalais.« Je vais faire appel » de cette décision, a indiqué M. El Ali.Il avait en janvier 2018 cité le président de l’Unefs parmi les « trafiquants de bois » au Sénégal, selon la presse locale. Le procès s’est déroulé début juillet puis le jugement mis en délibéré à mardi.Par ailleurs, quatre exploitants forestiers, disparus depuis le 5 août en Casamance (sud du Sénégal) étaient toujours recherchés mardi par les forces de sécurité sénégalaises, selon un responsable de l’armée.Depuis plusieurs années, M. El Ali avertit du risque de disparition des forêts en Casamance à cause du trafic de bois.La controverse entre MM. El Ali et Sow, à l’origine du procès en diffamation dont le jugement a été rendu mardi, avait éclaté après le massacre le 6 janvier de 14 jeunes dans la forêt protégée de Bayotte, proche de Ziguinchor, principale ville de Casamance, région agricole et touristique bordée au nord par la Gambie et au sud par la Guinée-Bissau.Selon la justice, le massacre a été commandité et exécuté par des villageois avec le concours de membres d’une faction de la rébellion en Casamance. Fin janvier, 24 suspects avaient été arrêtés et inculpés.Les tractations pour la paix en Casamance se sont multipliées depuis l’arrivée au pouvoir du président Macky Sall, en 2012, mais n’ont pas abouti à un accord politique.Après des années de calme relatif, les incidents se sont multipliés ces derniers mois dans cette région, confrontée depuis 1982 à la rébellion du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC).

‘Offense’ :Le représentant du khalife des Mourides à Thiés présente ses excuses

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Par la voix de son fils, Serigne Cheikh Touré, Serigne Saliou Touré a présenté ses excuses au khalife des mourides, Serigne Mountakha Mbacké. Le guide de Touba s’était déclaré offensé par les incidents de Thiès survenus le weekend dernier. Son émissaire avait était pris à partie par des disciples de Serigne Saliou Touré, qui lui reprochaient de vouloir retirer à leur marabout le titre de représentant du khalife des mourides à Thiès.

Inventaire des Idoles : ‘Diamacoune, la croix sans la bannière’

La maison des œuvres catholiques de Ziguinchor, sise dans le quartier populaire de Santhiaba, était un ensemble de petits bâtiments à la peinture blanche défraîchie. La poussière argileuse, les émanations de l’usine de la SONACOS à quelques centaines de mètres, ainsi que le peu d’entretien, avaient fini par jeter un voile de banalité sur le lieu, qui sentait le pauvre et l’abandonné. Sans l’âme de Dieu, qui donnait à l’ensemble une certaine tenue, une grâce mystérieuse ; sans le prestige de ses occupants, voire leur charme messianique, cette maison eût été condamnée, comme l’ensemble du mobilier urbain de la ville délaissé par les soins et délavé par les hivernages. Quand les collectifs d’élèves, du foyer scolaire et du conseil consultatif du lycée Djignabo de Ziguinchor décidèrent, en 2003, de marcher vers la maison pour appeler à la paix en Casamance, l’enthousiaste était d’abord mesuré. N’empêche, par magie, par miracle, et très vite, la procession eut lieu. D’une euphorie étonnante et sublime, la foule, avec ce qui lui est propre, la transe et la démesure, avança du lycée vers Santhiaba, accablée de lamentations tristes, produisant en chœur ce chant pour la paix qui sortait des tripes, des entrailles.Chant déchirant le ciel brûlant, d’autant plus grave qu’il traversait le regard de jeunes, de très jeunes, de badauds, joignant le cortège au détour d’une ruelle. Le lycée s’était fait ville, et la ville elle, voulait, une fois admise dans le diocèse de l’abbé Augustin Diamacoune Senghor, la paix, et rien d’autre. Une année plutôt, des soldats avaient été encore tués dans des accrochages, des civils avaient perdu jambes, vies, en sautant sur des mines anti personnelles. Et comble de la malédiction meurtrière qui frappait le Sud, le bateau le Joola, dernière respiration d’espérance, s’engloutissait dans les eaux gambiennes. C’est avec ce passif, lourd dans la mémoire, que la ville hâta le pas, par milliers, la détermination incorruptible.

Augustin Diamacoune Senghor reçut la foule. Du moins le carré de tête. Le gros des troupes transpirait en dehors de l’enceinte du bâtiment. Comme dans une prière improvisée, les gens accroupis, silencieux ou aphones, attendaient du conclave des officiels, comme une lumière blanche, comme une fumée papale, promettant de mettre fin au supplice. Augustin Diamacoune Senghor ressortit. Étrangement calme, presque sublime de retenue. Il ne promit rien d’autre que « la vérité et la justice », et répondant à la requête populaire sur la « paix », il confirma qu’elle était un vœu commun, que toute sa vie était dédiée à cet ouvrage. Un mélange d’insatisfaction et de recueillement frappa la foule. Il s’y passa comme un temps figé, entre l’innocence irrépressible de la quête et la maturité ecclésiastique de la sagesse. La foule bâtit retraite. S’éparpillant en essaims divers, tantôt optimistes, tantôt abattus. Ce fut mon premier tête-à-tête, quoique lointain, avec l’abbé, dont je revois encore l’œil vigoureux, et cette malice de séminariste.

On nous avait tous appris à Ziguinchor à haïr Augustin Diamacoune Senghor comme le mal. Comme un personnage Bernanossien, l’abbé était décrit sans âme ni compassion par la légende populaire. On nous acculait de le détester, de voir en lui les litres de sang qui abreuvent la terre de Casamance et qui la noient dans le malheur. Je m’y employais pour ainsi dire, mais en vain. Très vite, j’avais trouvé chez le pensionnaire du séminaire de Ngasobil, les mêmes éclats dans la voix, la même allure presqu’insouciante qu’à Léopold Senghor Sédar. Il y avait une communauté d’âmes, de destins, de voix, une filiation entre les deux hommes, dont le séminaire Ngasobil ne fut pas le seul bâtisseur. Il y avait autre chose, comme la marque d’une époque, le militantisme dans le bloc démocratique sénégalais (BDS), le goût des lettres, et l’attachement, qui à la force poétique comme véhicule de la civilisation ; qui à la parole divine, comme sagesse expiatoire des vilénies de ce monde. Léopold S. Senghor et Augustin Diamacoune Senghor, les jumeaux atypiques d’un temps anticolonial, complices sans être d’accord, avaient fait une trêve de culture, d’affection et d’élégance. Le MFDC, entité d’abord politique dont il hérita et qu’il dirigea, formidable école intellectuelle, porte la trace de ce souvenir, qui ne reste hélas qu’un souvenir….

Quand il meurt à l’hôpital du Val de Grâce le 13 janvier 2007, Augustin Diamacoune Senghor, est resté le même.Tout juste a-t-il perdu un peu de flamme. Sans le dire ouvertement, il avait un mépris pour Dakar, encore plus pour les expropriations historiques de terres casamançaises, les expéditions punitives de l’armée et les compromissions principielles. C’était un homme de Dieu, qui avait toujours essayé de le rester, même percuté par la violence de l’histoire et de la politique. La Casamance était comme un rêve, celui d’une génération. Cependant, les rêves deviennent cauchemars quand ils sont interminables, pire, inachevés. Ils deviennent l’hypothèque d’une vie. Dieu était la face de la sienne, qui essayait d’absoudre le mal dont il a pu être complice, même si chronologiquement, il en fut d’abord victime. Des séjours carcéraux à l’assignation à la maison de Santhiaba, la réclusion donne aux âmes prédisposées, le bonus de la sagesse. Si les biographes sénégalais ont une urgente mission, c’est celle de l’étude de la matière Histoire, elle seule.Dans sa complexité infinie.Sans être ni tribunaux populaires, ni procureurs moraux. Augustin Diamacoune Senghor a porté la croix et rêvé d’une bannière, avant de filer vers le repos éternel. C’est presque une métaphore religieuse entre le Bien et le Mal, et au milieu, surtout, le possible.

Elgas

Interview- Moustapha Guirassy : « Où Macky Sall a-t-il pris 25 milliards pour sa campagne ? »

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Candidat déclaré à la prochaine élection présidentielle de 2019, Moustapha Guirassy dévoile, dans cet entretien, un pan de son offre politique. Cela, après avoir passé au crible la gestion  »chaotique » du pays par le régime Sall et le fonctionnement de l’Assemblée nationale qui a, selon lui, perdu toute sa dignité.

Vous avez récemment déclaré votre candidature à la présidentielle de 2019. Quelles en sont les raisons ?

C’est une question de responsabilité par rapport au peuple sénégalais. Le Sénégal a mal. Il est sur une pente dangereuse à tout point de vue. Nous sommes en train de casser le socle des valeurs qui ont toujours donné cet avantage distinctif à notre pays. Aujourd’hui, nous perdons en souveraineté économique et culturelle. Malgré les taux de croissance qui sont affichés, le Sénégalais ne s’y retrouve pas. Je veux parler de l’étudiant qui est dans un système éducatif complètement démantelé, qui ne produit pas. Si un jeune Sénégalais, qui doit porter la nation de demain, est dans un système qui n’est pas du tout porteur, il faut se rendre à l’évidence. Dans 20 ans, la génération qui sera là pour continuer à accompagner le pays, n’aura pas été bien formé en termes de valeur et de contenu.

Le secteur privé national, qui devait être aussi présent pour accompagner le développement des localités, des individus et des organisations, n’est pas trop impliqué dans la construction du pays. On voit à côté que c’est d’autres puissances étrangères qui sont là, outillées et renforcées par l’Etat. Face à cela, il faut prendre ses responsabilités.

Que proposez-vous en termes de projet de société ?

Notre projet alternatif repose sur la restauration des valeurs et de l’Etat de droit. A partir de là, construire un nouveau Sénégal qui devrait mettre en avant cette sacralité de l’être humain. Nous avons un capital spirituel qui a permis à d’autres nations de se différencier. Je pense à la Chine et à l’Inde. Ce capital spirituel, nous l’avons, c’est notre couche d’ozone et de protection qui fait que nous avons l’être humain au cœur de tout. Quand on part de ce principe, les politiques publiques qui seront mises en œuvre devraient partir de cette sacralité. Dans un pays comme l’Angleterre, tout est gratuit dans un secteur comme la santé : les médicaments, les soins et autres.

Même lorsqu’on emprunte un taxi ou un autre moyen de transport, on est remboursé lorsqu’on présente un ticket. On part simplement de la sacralité de l’être humain pour justement aller très loin dans la gratuité de ces soins. Ça, c’est un aspect extrêmement important, tout comme les besoins sociaux de base comme l’eau. On ne peut pas s’amuser avec cela. C’est dans l’arbitrage qu’il faut revoir une périphérie qui est complètement oubliée. Il faut plus d’équité territoriale. Il faut renforcer la politique d’industrialisation liée à cette question de l’équité territoriale. Dans chaque région, il faut pouvoir y mettre un moteur économique autour duquel on peut penser son développement. Que le développement soit harmonieux et qu’on puisse mettre en avant les atouts de chaque région. C’est de la seule sorte que nous pouvons changer la donne et régler de façon durable la question de l’emploi.

Pour changer la donne, il faut d’abord être candidat. Pensez-vous être en mesure de franchir l’obstacle que représente le parrainage ?

L’obstacle qui a été dressé par le président Macky Sall, candidat à sa propre succession, sera aisément franchi. Ce n’est pas cela la difficulté. Je crains juste les conflits post-électoraux. Je crains que cet obstacle qui a été dressé devant nous ne soit pas suffisamment bien encadré. C’est juste cela mon problème. Mais les 65 000 signatures, un peu moins d’ailleurs, ne sont pas un obstacle infranchissable pour un candidat, en tout cas comme moi. Nous avons ce qu’il faut, en termes de réseau et d’encrage dans ce pays pour franchir ce cap. Je voudrais rappeler que l’adversaire numéro 1 du président, ce n’est pas moi ou un autre candidat, c’est le peuple sénégalais. Je pense qu’il en est conscient. Aujourd’hui, les Sénégalais lui ont tourné le dos. Avec un peu d’organisation et d’efforts, le changement aura lieu.

Justement, comment voyez-vous l’organisation au sein de l’opposition ?

L’opposition a intérêt à se réorganiser, à renforcer la concertation, à tenir de plus en plus des discours et des attitudes plus responsables. Il y a une nécessité à ce niveau. Mais je pense qu’il y a des pourparlers qui sont en cours et nous arriverons sûrement à ce résultat. Nous n’aurons pas le choix. Il est important, pour l’opposition, d’être aussi dans une logique d’offre politique. Il ne faut pas qu’elle continue à tenir ce discours qui a toujours fait mal au Sénégal, c’est-à-dire tout sauf Macky Sall. Ce n’est pas du tout responsable. Aujourd’hui, les Sénégalais sont dans une attente d’offres politiques différenciées. C’est à ce niveau que, personnellement, je voudrais me situer, parler de quelque chose de nouveau, des réformes institutionnelles à porter au plan politique et économique. Il faut aussi parler du pétrole, des transitions numériques, de la digitalisation, de la transformation de ce pays. Il faut également parler du système éducatif, de la politique d’industrialisation, des valeurs qui sous-tendent notre politique de souveraineté. Tout cela, c’est des ruptures à apporter dans ce que nous sommes en train de faire pour mettre un peu plus à l’aise les Sénégalais.

Votre parti vient de naitre. Etes-vous prêt à engager la bataille de 2019 ?

Oui, je suis beaucoup plus prêt et présente plus d’avantages que les anciens partis. Aujourd’hui, les Sénégalais qui éprouvent beaucoup de difficultés ont tourné le dos au président Macky Sall. Les grands partis politiques aussi ont un problème de fonctionnement et d’offres politiques. Ils ont énormément de difficultés à renouveler leurs discours. C’est par rapport à tout cela que nous pensons qu’une formation politique comme la nôtre présente des avantages certains dans sa capacité d’innover et de se renouveler.

La caution pour la présidentielle de 2019 va être probablement fixée à 30 millions. Les frais de campagne seront aussi exorbitants. Comment allez-vous financer tout ça ?

Avec l’apport des Sénégalais et de la diaspora. Ici même dans le pays, nous avons pas mal de bonnes volontés qui ont décidé de soutenir notre candidature, de nous appuyer financièrement, matériellement et de s’impliquer fortement. Bien sûr, trente millions, ce n’est pas la mer à boire. Nous pouvons déjà, au niveau personnel, faire des efforts. Mais le plus important c’est le financement de la campagne. Or, pour cela, beaucoup de Sénégalais sont prêts pour nous soutenir. Des pas importants sont en train d’être faits.

Par contre, j’estime que ce n’est pas tout simplement bien ce que les Sénégalais sont en train de vivre. Quand on parle de démocratie et de transparence, on ne peut pas laisser en roue libre cette question du financement. Il faut absolument légiférer. Je m’attendais, lorsqu’on parlait de la loi sur le parrainage, qu’on mette l’accent sur cela. On ne peut pas accepter que Macky Sall mette 25 milliards sur la table pour financer sa campagne, au moment où quelqu’un d’autre, qui peut mieux servir le pays, parce qu’il n’a pas ces moyens, il se voit simplement éliminé. Jusqu’ici, il n’a pas dit au peuple comment ce financement a été obtenu. Il faudrait vérifier si les militants de l’Apr ont tous payé leur carte. Il faudrait comprendre comment lui-même a pu obtenir ces 25 milliards qu’il va mettre sur la table pour financer sa campagne. Je pense que les Sénégalais devraient être élucidés sur cette question. Une démocratie qui se respecte ne peut plus accepter cela.  Ensuite, il faudrait mettre la lumière sur l’utilisation des deniers publics pour lui permettre d’avoir des parrainages, de récupérer des cartes d’identité. Je pense qu’une élection doit être libre. On ne peut pas accepter l’élimination de candidats sur la base de deniers publics utilisés simplement par un candidat. Cette question de financement des partis politiques et de la campagne électorale doit absolument être éclairée et tranchée sur le débat public.

Vous avez été au Parti démocratique sénégalais et ministre sous Wade. Comment comptez-vous puiser dans l’électorat de votre ancien parti politique ?

Cela se fait très naturellement. De ceux qui viennent grossir nos rangs, beaucoup viennent du Parti démocratique sénégalais. Parce que nous sommes tous des enfants de Wade. Nous avons du respect et de la reconnaissance pour tout ce que Wade a fait pour le pays et pour nous tous. Aujourd’hui, la candidature que certains veulent mettre en avant, celle de Karim Wade en l’occurrence, semble hypothétique avec les écueils qui se dressent devant lui. J’invite tout simplement nos amis et nos frères libéraux à comprendre que nous sommes aussi des enfants de Wade et qu’aujourd’hui, même si nous avons pris notre voie, la source reste toujours lui. Pour ne pas attendre le dernier moment pour nous retrouver tous dans une situation délicate et difficile, je leur tends ma main pour dire que nous sommes fortement intéressés par leurs soutiens.

Vous vous proposez en un candidat de rechange du Pds ?

Pas en un candidat de rechange. Mais juste un candidat, un politique qui a une offre nouvelle, différenciée dont la source d’inspiration est aussi Me Wade. Je ne peux pas être le candidat d’un parti auquel je n’appartiens pas. Mais je demande ce soutien aux militants de façon générale pour que, dans les combinaisons et coalitions, je sois un candidat qu’ils soutiendraient.

Le Pds est quand même un parti qui est miné par des querelles de leadership. Comment est-ce que vous appréciez cette situation ?

Je trouve ça regrettable. Le Pds est un grand parti. J’ai mal quand je le vois en situation d’immobilisme. A quelques mois des élections, le choix de son candidat n’est toujours pas clarifié. C’est quand même notre grande famille politique. J’ai du respect pour les responsables politiques qu’ils sont.  J’invite le fondateur et les hauts responsables de ce parti à éviter d’accentuer l’immobilisme du Pds en ne clarifiant pas cette question. Là-dessus, je pense qu’il y a urgence à régler ce problème. Je souhaite, de tout cœur, que le Pds puisse trancher rapidement cette question et trouver en son sein son candidat.

On a récemment vu Souleymane Ndéné Ndiaye, Pape Samba Mboup et Serigne Mbacké Ndiaye lancer une initiative dénommée Rassemblement pour la pérennisation du libéralisme pour soutenir Macky Sall. Quel commentaire cela vous inspire ?

J’ai juste mal de vivre tout cela. Parce que j’ai un problème de lisibilité. Jusqu’où on peut aller, jusqu’où on doit s’arrêter, jusqu’où on peut s’associer à quelqu’un ? Je ne comprends tout simplement pas. Peut-être qu’il faudrait que je me rapproche d’eux pour comprendre le rationnel derrière. Mais, honnêtement, je m’interroge sur l’idéologie, les principes des uns et des autres, sur les lignes de démarcation. Aujourd’hui, quand je considère le président Macky Sall, au plan économique, de l’éthique, de la gouvernance et des rapports d’élégance et de courtoisie entre lui et sa famille politique, ça me pose problème. Pour tout cela, j’ai énormément de difficultés à comprendre la position de certains, surtout à quelques mois des élections. Maintenant, nous sommes en politique, je n’ai pas de jugement à porter sur les gens. Je ne soulève que des questions.

Parlons à présent de la 13e législature qui vient de boucler une année d’exercice. Quel bilan en tirez-vous ?

C’est un bilan négatif, dans la mesure où ce qui fait la substance d’un parlement et qui justifie tout l’encadrement des lois, la protection accordée à un député, est biaisé. Tout cela, c’est pour permettre au député de s’exprimer librement et de défendre correctement les intérêts du peuple. Malheureusement, on s’est rendu compte que cette liberté, on ne l’avait pas du côté de la majorité comme de l’opposition. On a une majorité qui s’est distinguée par un suivisme, une infantilisation extraordinaire et, à côté aussi, une opposition qui n’a pas pu s’exprimer correctement parce que, parfois, le règlement intérieur n’est pas du tout respecté. A la limite, nous avons perdu la dignité du Parlement.

Pourquoi vous le dites ?

Je fais référence à l’affaire Khalifa Sall. Je fais aussi référence à une loi comme celle sur le parrainage, à l’atmosphère globale que nous avons vécue au sein de cet hémicycle. Cela m’inquiète beaucoup cette instrumentalisation d’un côté, du Judiciaire et, de l’autre côté, le Parlement. A la limite, ce sont ces deux piliers de la République qui sont aujourd’hui à terre.

L’Assemblée nationale a toujours fonctionné de la sorte, que ce soit sous Diouf ou sous Wade. Que faudra-t-il changer, selon vous ?

Il y a des réformes institutionnelles importantes à faire. Je pense qu’avant tout, il faut revoir le mode de scrutin des élections législatives. Aujourd’hui, le ‘’Raw gaddu (système où celui qui a le plus de voix rafle la mise)’’ est en train de tuer la démocratie au sein du Parlement. Lorsque la majorité a 1 % de plus que l’opposition, elle rafle tous les sièges. Finalement, on se retrouve avec des déséquilibres. On se souvient des scores de Bby qui, avec 49 % des voix, s’est retrouvée avec plus de 100 députés, un peu moins de 30 pour toute la classe politique de l’opposition. Cela ne traduit pas fidèlement la réalité des rapports de force. Bien sûr, on peut parler d’une majorité, mais qui n’est pas celle qui a été exprimée par le suffrage universel. Il y a donc une réforme à faire à ce niveau.

La deuxième, c’est une question de valeurs et de dignité du Parlement. Il doit se prendre en charge et s’assumer. Le député doit comprendre qu’il est un élu du peuple et se libérer du joug et de la pression de l’Exécutif. C’est une question de rapport entre le député et sa propre conscience, le député et sa mission. A ce niveau, il y a un travail à faire, d’élévation de la conscience politique du député. C’est une question tout simplement de responsabilité. Maintenant, il y a des choses à redire par rapport à l’Exécutif, c’est-à-dire le présidentialisme.

Est-ce qu’il n’y a pas également des choses à redire par rapport à la fonction du député, dans la mesure où rarement on note des propositions de loi ou des enquêtes parlementaires ?

C’est l’atmosphère, le mauvais fonctionnement du l’hémicycle et cette forte politisation du Parlement qui amènent, en fait, ces blocages. Cette situation fait que l’intérêt supérieur de la nation n’est pas toujours mis en avant. Ce que l’on valorise au sein du Parlement, c’est plus le clientélisme, le rapport partisan que les rapports avec la vérité et le pays. En plus de cela, les députés n’ont aucune possibilité de s’exprimer. Déjà, techniquement, ils n’ont même pas d’assistance parlementaire. Donc, faire un effort allant dans le sens d’une proposition de loi suppose déjà cette assistance parlementaire, la compréhension des enjeux. Ça, c’est un premier niveau technique. Le deuxième niveau, c’est le réceptacle, l’écoute, la considération qu’on a pour ce député. Or, c’est cette considération qui est complètement bafouée et anéantie.

La seule dimension du député qui est aujourd’hui valorisée, c’est à l’aune de l’Exécutif. C’est comment il est apprécié par le chef de parti en même temps président de la République. Le présidentialisme et le cumul des fonctions, chef de parti en même temps président de la République, font que les députés, majorité comme opposition, sont aujourd’hui dans une situation extrêmement difficile. On s’attend à ce qu’il y ait un minimum de respect des lois et du règlement intérieur. De l’autre côté aussi, il faut que l’Exécutif comprenne le rôle du Parlement. Malheureusement, on passe complètement à côté. Nous avons atteint des niveaux d’infantilisation et d’instrumentalisation de cette législature jamais égalés. Je me souviens du 23 juin 2011, j’étais du côté de la majorité, il y avait quand même des parlementaires qui étaient dissidents et qui exerçaient une pression sur l’Exécutif pour ne pas faire passer le projet de loi sur le ticket présidentiel. Je me souviens aussi, pour le cas même du président Macky Sall, lorsqu’il s’est agi de réduire son mandat en tant que président de l’Assemblée nationale, il y avait des députés libéraux qui avaient pris position pour lui. Mais, aujourd’hui, c’est à 100 %. Je ne vois pas un seul député oser lever le petit doigt pour s’opposer aux orientations données par l’Exécutif. Ça me pose problème.

Comment appréciez-vous l’affaire Cheikh Bamba Guèye avec le groupe parlementaire Bby qui se dit prêt à lever son immunité parlementaire, si jamais l’Assemblée est saisie ?

Je suis en train de préparer un texte que je dois soumettre aux autres députés membres de l’opposition pour marquer notre solidarité à Cheikh Bamba Dièye et dénoncer cette infantilisation du Parlement, et surtout cette posture qui consiste à piétiner la dignité du Parlement. C’est le cas de l’affaire de Khalifa Sall, du parrainage et celui de Cheikh Bamba Dièye aujourd’hui. Nous sommes déçus par ce comportement-là, et l’attitude des députés de Benno Bokk Yaakaar nous déçoit. La levée d’immunité parlementaire transcende les questions partisanes.

On ne devait pas s’amuser avec cela. Dans d’autres pays, j’ai vu comment des députés ont pu faire bloc, pour préserver l’immunité de leur collègue. Quand on s’amuse encore une fois avec l’immunité parlementaire, au nom des questions partisanes, il y a là un risque d’infantilisation et d’effondrement de notre démocratie. Cheikh Bamba Dièye a parlé d’une justice instrumentalisée. Une Assemblée ou un Exécutif très peu responsable, qui va dans le même sens. On se demande où va le pays ? Nous sommes vraiment dépités, déçus et très inquiets. J’en appelle à la responsabilité du Parlement. Je transcende les questions partisanes pour inviter les uns et les autres à mettre en avant la dignité du Parlement et la liberté d’expression. Un député qui ne peut pas s’exprimer comme Cheikh Bamba l’a fait, c’est simplement inquiétant pour notre démocratie.

« Fraudes » : Soumaïla Cissé concède de fait sa défaite avant les résultats

L’ET DIT TÔT D’O.N.G – Il n’y aura donc pas de suspense de plusieurs jours dans l’attente des résultats officiels, sinon provisoires, du second tour de la présidentielle malienne. En contestant publiquement hier lundi d’ores et déjà les résultats, dès le lendemain du vote de dimanche,  Soumaïla Cissé concède de fait sa défaite. S’il a eu, comme de normal, un représentant dans chaque bureau de vote, il est dans le secret des dieux dogons et connait déjà son score à ce grand oral de la présidentielle. Dans la foulée, Cissé appelle les Maliens « à ses lever » et  à ne pas accepter un Président « élu par la fraude ». L’ancien Président de la Commission de l’UEMOA est donc clairement dans un troisième tour, aussi bien pour se préserver des résultats honorables aux futures élections législatives qui suivront que pour peser dans la gouvernance publique du Mali, y compris éventuellement en forçant IBK a l’associer à son nouveau mandat.  «J’en appelle à tous les Maliens à se lever […] Nous n’accepterons pas la dictature de la fraude», a lancé à ses partisans l’ancien ministre des Finances âgé 68 ans, du balcon de son siège de campagne, ce lundi. «La fraude, elle est avérée, c’est pour ça qu’il y a des résultats que nous n’accepterons pas. Ceux qui ont fraudé, c’est ceux qui embrasent le pays», a ensuite dit à un groupe de journaliste M. Cissé, qui a été crédité de 17,78% des voix lors du premier tour le 29 juillet, contre près de 42% au président sortant.

Embrasement : Soumaïla Cissé a dit le mot qui fâche. Il veut manifestement un troisième tour dans la rue, qui rendrait le Mali ingouvernable jusqu’à un hypothétique accord de gouvernement entre IBK et Soumaïla, au profit de ce dernier qui a tout intérêt à cornériser Modibo Diarra dans l’opposition. Le dauphinat d’IBK est en effet désormais ouvert pour 2024. Pourquoi Soumaila Cissé n’y postulerait pas ? Après avoir échoué à maintenir au second tour IBK à ce score de 41% au premier tour, qui rappelons –le, avait été funeste à Abdou Diouf en 2000 au Sénégal face à Abdoulaye Wade, Cissé n’a plus beaucoup d’options s’il veut conserver un avenir politique.

Car la voie est étroite pour Cissé. Il est notamment menacé dans le leadership prochain de l’opposition malienne par l’astrophysicien Cheick Modibo Diarra, qui aura sans nul doute contribué à le faire battre, à l’unisson du milliardaire arrivé troisième Aliou Diallo, tous les deux étant restés aphones en ce qui concerne une consigne de vote au second tour. Diarra étant allé jusqu’à comparer le choix entre IBK et Cissé entre celui entre la peste et le choléra. Le troisième de la présidentielle Diallo retournera certainement à ses prospères affaires. Soumaila a donc perdu la présidentielle et il lui faut âprement disputer le leadership de la future opposition avec Modibo Diarra. Tabou des élections présidentielles africaines, le vote ethnique doit aussi être pris en considération : plusieurs interlocuteurs maliens de l’auteur de ces lignes laissent entendre que le Peulh Aliou Diallo tout comme le Bambara Modibo Diarra (comme IBK l’est) ne voulait pas du casting Cissé, Sonrhaï né à Tombouctou, d’une ethnie très minoritaire au Mali donc. Si cela est avéré, c’est triste pour le Mali.  

L’oraison funèbre de cette défaite anticipée de Soumaila Cissé est dite par les 45 observateurs de l’Union africaine (UA), qui ont estimé que «cette élection s’est déroulée dans des conditions acceptables», selon leur rapport préliminaire déposé hier lundi. La mission électorale de l’UA a félicité «le gouvernement malien pour les efforts supplémentaires d’amélioration et de sécurisation du processus», avec une baisse notable des incidents au deuxième tour par rapport au premier.

Ousseynou Nar GUEYE

 

Pikine : soupçonnant son mari de la tromper, elle poignarde leur bébé de trois mois

Hier lundi à Pikine Rue 10, une femme a tué son bébé, âgé seulement de trois mois, en lui assénant deux coups de couteau. La jalousie serait à l’origine du crime.

La mère de l’enfant répondant au nom de Coumba Yade soupçonnait son mari d’entretenir des relations sexuelles avec sa sœur Khady Yade. Elle en aurait la remarque à son mari, l’insultant et le menaçant de s’en prendre à leur fils.

Elle mettra sa menace à exécution en poignardant le bébé au flanc droit avec un couteau de cuisine. Le nouveau-né décèdera au cours de son évacuation à l’hôpital. La police de Pikine a ouvert une enquête.