Mukasonga est de ces auteurs que l’on croit connaître, telle une amie, tant ses livres, romans, nouvelles ou récits autobiographiques, semblent nous être racontés à l’oreille. « Un si beau diplôme » ne fait pas exception à cette règle. L’auteur, cette fois, nous prend à témoin de son parcours, scolaire, universitaire et professionnel, ardemment désiré par son père comme gage de survie. Dans le Rwanda des années 1970, il ne fait pas bon d’être tutsi. L’horreur qui survient en 1994 est annoncée et le magnifique « Notre-Dame du Nil » nous en a déjà conté les signes précurseurs. Pour le père de la jeune Scholastique, qui remarque l’intelligence et la vivacité de sa fille, un beau diplôme, «idiplomi nziza », quel qu’il soit, est avant tout un passeport pour la vie… Elle est en effet, de sa famille, la seule survivante au génocide. Commencées à Butare, au Rwanda, les études d’assistante sociale de l’héroïne se poursuivent, par exil forcé, à Gitega au Burundi, où elles sont couronnées de succès. Une autre épreuve commence alors, dans le si beau parcours qu’est ce récit : travailler, en tant qu’étrangère, au Burundi, à Djibouti, ou en France, là où la mène sa vie. Le bout de papier qu’est le diplôme se transforme assez rapidement pour elle en pages de livre, et c’est le pouvoir de l’écriture qu’il finit par symboliser et que le père, paysan et petit boutiquier, avait bien pressenti. L’émancipation des jeunes filles, dont l’emblème secret est la Reine Kanjogera, par l’éducation est également au coeur de ce texte, à la fois simple et savoureux. Les noms propres et communs en kinyarwanda en émaillent les lignes, tels l’urwarwa ou l’ikikage, la bière interdite dans le nouveau Rwanda. Car si cette langue fut, un temps, celle qui, montrant l’identité de son locuteur, signifiait sa mort, elle est aussi celle qui permet à la narratrice, nommant par leur nom, amatugi, des légumes, lors d’un retour dans son pays natal, de se sentir chez elle, là où, autrefois, son père eut l’intuition de ce qui la sauverait.
Trois jours après ce passablement sombre jeudi 28 juin 2018, revenons sur l’élimination des Lions de l’atterrant gars Aliou Cissé, dès le 1er tour des poules du Mondial de Russie.
C’est une déconvenue qui a du bon, pour permettre au peuple sénégalais, toujours porté au rêves stratosphériques et à croire à la possibilité du miracle quotidien, de rester (éventuellement) les pieds sur terre et de revenir sur le plancher des vaches.
En effet, à quelque chose de la démystification de l’eldorado fallacieux où presque tous nos joueurs sont exilés, malheur de la diaspora footballistique est bon. L’équipe nationale de foot du Sénégal, ce sont des parcours réussis individuelles (le tèkki, presque toujours par le tukki) qui ne font pas un progrès collectif de la communauté nationale. A part Khadim Ndiaye qui joue en Guinée, tous sont en Occident.
Ambitionner les 1/4 de finale avec une équipe « hors sol », dont aucun joueur ne vient de son propre championnat, ne devrait pas être autorisé par les dieux du foot.
Disons- le : un parcours réussi de l’équipe du Sénégal aurait constitué une promotion de l’émigration mamoudougassamesque.
Et comme épilogue Hamadou Tidiane Sy, journaliste et patron de l’école de journalisme Eji-com : « Je voulais pas me prononcer pour ne pas ajouter à la douleur, mais alors tous ces agaçants « ils n’ont pas démérité », c’est quoi ? Une manière polie de nommer la débandade ? Il ne sert à rien de faire comme l’autruche! »
A la prochaine Coupe du Monde au Qatar, en 2022, cela fera 20 ans, soit le temps d’une génération, qu’on aura vécu l’épopée des Lions du foot à la Coupe du Monde Corée du Sud- Japon. Génération : le mot est lâché. Rien ne se fait par génération spontanée.
Il nous faut construire à partir de fondations endogènes, génération après génération !
Selon l’Agence pour l’emploi des Nations unies, plus de 61 % de la population active mondiale gagnent leur vie dans le secteur informel. L’Afrique n’échappe pas à cette réalité.
Bien que le secteur informel soit en principe dans une zone grise quant aux données le concernant, un voile vient de se lever à son propos du fait d’une étude de l’Organisation internationale du travail (OIT). Premier enseignement : il pose problème quant à la protection des droits, mais aussi aux conditions de travail des deux milliards de personnes de la planète qui gagnent leur vie en y exerçant leurs activités. « La forte incidence de l’informel sous toutes ses formes a de multiples conséquences néfastes pour les travailleurs, les entreprises et les sociétés et constitue un défi majeur pour la réalisation du travail décent pour tous », a ainsi déclaré Rafael Diez de Medina, directeur du Département des statistiques à l’Organisation internationale du travail des Nations unies (OIT) à l’occasion de la Fête du travail, le 1er mai.
Enfin une étude chiffrée sur le secteur informel
Pour faire une telle affirmation, il s’est appuyé sur les résultats révélés dans le dernier rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) intitulé « Les femmes et les hommes dans l’économie informelle : une image statistique ». L’intérêt de cette étude réside dans le fait qu’elle fournit des estimations comparables sur la taille de l’économie informelle et un profil statistique du secteur, en utilisant des critères de plus de 100 pays. « Ayant réussi à mesurer cette dimension importante, désormais incluse dans le cadre des indicateurs des Objectifs de développement durable (ODD), cela peut être considéré comme un excellent pas en avant, notamment grâce à des données comparables plus disponibles dans les pays », a poursuivi Rafael Diez de Medina.
Sur les traces des emplois informels
Selon le communiqué diffusé par l’ONU pour signaler cette étude, l’importance de l’impact du secteur informel dans la masse d’emplois est frappante selon les continents. Ainsi en Afrique, 85,8 % de l’emploi est informel. La proportion est de 68,2 % en Asie et dans le Pacifique, de 68,6 % dans les États arabes, de 40 % dans les Amériques et d’un peu plus de 25 % en Europe et en Asie centrale. Au total, 93 % de l’emploi informel dans le monde se trouvent dans les pays émergents et en développement.
Le rapport a également constaté que l’emploi informel est une source d’emplois plus importante pour les hommes (63 %) que pour les femmes (58,1 %). « Sur les deux milliards de travailleurs informels dans le monde, un peu plus de 740 millions sont des femmes », a déclaré l’OIT, notant qu’elles travaillent principalement dans l’économie informelle dans la plupart des pays à revenu faible et intermédiaire.
Élément important : l’éducation est apparue comme un facteur majeur affectant le niveau d’informalité, notant que lorsque le niveau d’éducation augmente, le niveau d’informalité diminue. « Les personnes qui ont achevé leurs études secondaires et tertiaires sont moins susceptibles d’occuper un emploi informel que les travailleurs qui n’ont pas d’éducation ou n’ont pas terminé leurs études primaires », a déclaré l’OIT. En outre, les personnes vivant dans les zones rurales sont presque deux fois plus susceptibles d’occuper un emploi informel que celles vivant dans les zones urbaines, ajoute le rapport.
Citée par la Pana, Florence Bonnet, l’une des auteurs du rapport, a indiqué que « les données sur ces questions sont cruciales pour concevoir des politiques efficaces ». « Pour des centaines de millions de travailleurs, l’informalité signifie un manque de protection sociale, de droits au travail et des conditions de travail décentes et pour les entreprises, une faible productivité et un manque d’accès au financement », a-t-elle conclu.
Mohamed Mbougar Sarr dans « De purs hommes » et Monique Ilboudo dans « Si loin de ma vie », réunis au Salon africain de Genève, s’emparent de la question. À lire absolument.
Le Salon africain de Genève les a réunis pour une rencontre qui fut des plus fructueuses sur un thème encore tabou, celui de l’homosexualité en Afrique, et sur lequel chacun à sa façon, ces deux romanciers, venus du Burkina Faso pour Monique Ilboudo, et du Sénégal pour Mohamed Mbougar Sarr, font courageusement avancer la réflexion dans leurs livres respectifs.
Mohamed Mbougar Sarr, de Terre ceinte à De purs hommes
De purs hommes (Philippe Rey), un titre choisi par ironie sur la question de la « pureté » en opposition avec son contraire qu’on associe dans bien des lieux du monde encore à l’homosexualité, est le troisième roman du jeune Sénégalais. Il se sent en terrain ami à Genève où le prix Kourouma lui a été remis en 2015 pour Terre ceinte, paru aux éditions Présence africaine, et qui nous menait au cœur des enjeux de la radicalisation de la jeunesse dans un pays subsaharien, en décrivant les ravages qu’il provoquait dans une famille. Dans le deuxième, tout récemment couronné par le prix de la Porte dorée, ce sont les migrants dont il incarne le quotidien, avec de formidables personnages et une narration peut-être un peu trop en chair, mais qui n’enlève pas sa qualité de fond à ce Silence du chœur, toujours chez Présence africaine, qui confirme le talent de l’écrivain.
Il revient en librairie dans une coédition Philippe Rey (France)-Jimsaan (Sénégal), avec un livre totalement différent, mais tout aussi ancré dans les problématiques de son continent d’origine. Mohamed Mbougar Sarr a la dent dure, l’écriture transgressive, sa lucidité ne laisse rien passer, et le fait que cet étudiant en philosophie soit installé à Paris ne l’éloigne pas, peut-être même le contraire, comme on le voit souvent, de la réalité de sa société. Ce livre, explique-t-il, est peut-être l’un des premiers sujets sur lesquels il aurait pu écrire, sans se douter qu’il deviendrait un écrivain reconnu aujourd’hui, quand il a découvert une vidéo au Sénégal en 2008, montrant le cadavre d’un supposé homosexuel en train d’être déterré du cimetière musulman par une foule haineuse. C’est ainsi que s’ouvre De purs hommes, dont le narrateur, Ndéné, est un peu à l’image de l’auteur à l’époque, relativement compréhensif par rapport à cet acte violent contre l’homosexuel, celui qu’on nomme en wolof « goor jigeen », homme-femme. Sa compagne, la libre Rama, sensuelle, bisexuelle, en veut à Ndéné de ne pas se révolter aussitôt contre le sort réservé à cet homme.
Mohamed Mbougar Sarr confie qu’il n’était pas loin, à l’époque, de réagir comme son personnage. Et que cette affaire lui a permis d’entamer pour lui-même une réflexion sur la question de l’homosexualité dans son pays. Des années plus tard, il en fait ce roman à la fois documenté, palpitant, audacieux dans sa liberté à décrire la sexualité, d’une modernité de point de vue et de langage percutante. Il offre une véritable plongée dans la société sénégalaise au miroir de son rapport à ceux qui dérangent.
Mise à l’index de Verlaine
Qui était cet homme sous le linceul, et qu’a-t-il fait pour mériter post-mortem un traitement aussi violent se demande le narrateur ? Professeur de lettres à l’université, revenu de ses illusions sur la possibilité de transmettre sa passion pour la littérature, il est interpellé par le fait concomitant d’être mis à l’index pour avoir enseigné Verlaine à ses étudiants. De là, à travers la liaison du poète avec Rimbaud, à faire l’apologie de l’homosexualité, il n’y a qu’un pas que les intolérants franchissent immédiatement… Cela fait beaucoup pour ce bientôt quadragénaire assez désabusé, qui se met en quête d’explication.
On croisera dans ce roman la figure du travesti Samba, lors d’une fête de Sabaar, magnifiquement décrite. Des imams refusant tout ce qui de près ou de loin pourrait ressembler à une relation entre deux hommes. Une Sénégalaise ayant grandi aux États-Unis, « libre et outrée » par les réactions de rejet auxquelles elle assiste, si opposées à celles des sociétés occidentales auxquelles on reproche d’avoir « importé » leurs mœurs vues comme décadentes en Afrique. Comme si l’homosexualité n’avait pas d’histoire sur le continent…
Romancier au regard de sociologue
Mohamed Mbougar Sarr fait à la fois œuvre de romancier en menant une intrigue très bien conduite, avec des dialogues percutants, une introspection très fine. Et de sociologue : il confronte tout ce qui s’oppose dans sa société : l’hypocrisie religieuse par rapport à la sexualité (l’auteur, lui, aurait plutôt tendance à mettre cartes sur table ou corps sur lit avec jubilation), les tensions familiales à travers la réaction du père de Ndéné, mais encore les différentes attitudes parmi les étudiants, et les professeurs… aussi.
lus intimement encore, l’auteur décrit le « trouble » dans lequel le regard d’un jeune homme plonge son héros jusque-là persuadé d’être hétérosexuel. Sans jugement moral, sans prise de position affichée, Mohamed Mbougar Sarr met le lecteur face à un personnage aux prises avec les contradictions de sa société, et le convie courageusement, d’où qu’il lise ce roman, à cette expérience qui perturbe peut-être mais enrichit, surtout.
Si loin de ma vie, le retour de Monique Ilboudo en pleine forme
Si loin de ma vie peut surprendre dans le parcours de Monique Ilboudo, écrivaine burkinabè de retour aux éditions du Serpent à plumes bien des années après Le Mal de peau (2001), tant il joue dans un nouveau registre, thématique et stylistique, abordant indirectement la question de l’homosexualité. Son héros, Jeanphi, originaire d’une très modeste famille, cherche par tous les moyens à quitter sa condition, sa ville de Ouabany, son pays, son continent pour l’Europe. Après plusieurs tentatives tout ou partie avortées, il est au bord de désespérer, quand il rencontre quasi par hasard le Français surnommé Egelp, 66 ans. Ce bel homme, à la suite de la disparition brutale de l’amour de sa vie, décide de consacrer sa fortune à une cause humanitaire. Un ami à lui est déjà « en affaires » dans le pays où Egelp l’y rejoint.
Un humour savoureux
Avec un humour savoureux et un sens piquant de la satire sur les relations entre l’Afrique et la France et inversement, Monique Ilboudo orchestre la rencontre entre le jeune Africain et le Blanc dans une maison louée par Egelp, dont Jeanphi devient le majordome. Leur arrangement convient et au duo, aux amis, à la famille, et à toute une petite troupe d’employés à l’entour, jusqu’à ce « regard » que lance un jour son patron blanc, au narrateur. Jamais Jeanphi n’avait songé qu’Egelp aurait pu être « différent ». Une immense colère s’empare du jeune homme…
« Travailler avec un Blanc », formule magique !
On ne déflorera pas ce qui s’ensuit, entre l’opportunité offerte par la formule magique « travailler avec un Blanc », la voie qu’elle ouvre sur un possible avenir en Europe, les conséquences à l’intérieur de soi, comme vis-à-vis des siens, aussi aimants et confiants en leurs enfants soient-ils, les réactions de la communauté religieuse chrétienne en l’occurrence, mais on admire la façon dont Monique Ilboudo a réussi à traiter dans un seul et court roman très enlevé autant de problématiques cruciales de notre monde en mutation. Professeure de droit à l’université, cette ancienne ambassadrice du Burkina au Danemark, qui fut précédemment ministre des Droits humains dans son pays en demeure une ardente militante. C’est une rencontre hasardeuse avec un compatriote, apprêté comme une femme, joliment maquillé, qui, soudainement, l’a fait s’interroger sur le statut des homosexuels dans son pays. « J’ai interrogé ma mère à ce sujet, confie-t-elle, mais sans aller jusqu’à la sexualité. » C’est à elle que l’écrivaine pense aujourd’hui en se demandant quel accueil aura son livre au Burkina et comment, dans sa langue maternelle, on traduira certains passages de son livre…
* « De purs hommes », de Mohamed Mbougar Sarr, Philippe Rey-Jimsaan, 191 pages, 16 euros.* « Si loin de ma vie », de Monique Ilboudo , en librairie le 3 mai, Le Serpent à plumes, 160 pages, 16 euros.
Le duo mythique d’origine sénégalaise parmi les pionniers de la World Music met fin à 10 ans de silence avec l’album « Lambi Golo », édité chez Soulbeat Records. L’occasion de réveiller bien des souvenirs.
La légende dit qu’en 1986, ils ont failli figurer sur le fameux « Noir et blanc » de Bernard Lavilliers. Ce rôle a finalement échu au regretté chanteur congolais Nzongo Soul, décédé en janvier dernier à Paris. Les Touré Kunda, puisqu’il s’agit d’eux, ont pris leur temps, dix ans, pour sortir leur nouvel opus Lambi Golo qui, en wolof, signifie la lutte du singe (1) : « On attendait un bon distributeur et des partenariats fiables. Mais on était prêts depuis longtemps ! » nous rassure Sixu Tidiane Touré, le sourire aux lèvres. Né en 1950, avant les Indépendances, celui qui est le plus réservé des deux Touré n’a que vingt-deux jours d’écart avec son exubérant frère Ismaël dit Ismaila. Si Ismaila porte des lunettes depuis le début de leur association, Sixu Tidiane, le crâne rasé, a depuis longtemps coupé les dreadlocks qu’il arborait fièrement sur la pochette de Toubab bi.
Sur ce disque d’or de 1986, on pouvait aussi voir leur frère cadet Ousmane. Mais si les Touré, originaires de la Casamance, au sud du Sénégal, en sont arrivés là, c’est grâce à l’apport du quatrième frère, l’aîné Amadou : « On peut dire que ce sont des graines qui ont germé grâce à Amadou », raconte Ismaila. « Il était presque comme notre oncle. C’est quelqu’un qui a tenu tête à toute la famille Touré qui ne voulait pas qu’il fasse de la musique. Ce n’était pas bien vu. Nos parents nous disaient que c’était satanique. Comme il s’est entêté à jouer, il nous a transmis le virus. » Sixu Tidiane poursuit : « À l’époque, on était à l’école. On l’a vu faire avec sa guitare. On était fascinés par sa voix perçante qui montait et descendait. » Le parcours du grand frère Amadou sera, hélas, de courte durée. En janvier 1983, il meurt d’un arrêt cardiaque lors d’un concert parisien à la Chapelle des Lombards.
Des débuts difficiles
La genèse de Touré Kunda en 1977 ne fut pas non plus un long fleuve tranquille. Ismaël relativise. « Aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années », cite-t-il. Son frère Sixu Tidiane se souvient : « Je travaillais au Sénégal pour une ONG qui formait aux nouvelles pratiques agricoles. Mon frère Ismaël, qui était en France depuis 1975, m’a dit de le rejoindre. Au bout de deux ans, j’ai accepté. Ça a été dur ! Je lui ai dit Une galère pareille je n’ai jamais connu ça ! Je vais rentrer ! Il m’a répliqué: Mais tu es fou ! Il faut qu’on se serre la ceinture et qu’on avance ! »
C’est le choc culturel entre la France et le Sénégal qui décourage Sixu : « En France, les échanges entre les gens n’avaient rien à voir avec ceux qu’on a au Sénégal. Malgré tout, on voulait continuer à pousser la porte. Heureusement qu’il y avait mes deux frères. Si j’avais été seul, je serais reparti au pays ! » Après un premier album aujourd’hui malheureusement introuvable, Ismaila et Sixu, les deux frères, optent pour le nom de Touré Kunda. « Touré en soninké, notre langue maternelle, c’est l’éléphant. Quand les éléphants sont plusieurs, on dit tourou », résume Sixu Tidiane. « C’est notre animal fétiche parce qu’il suffit de voir sa force ! Dans toute la Casamance, chaque nom de famille se termine par Kunda qui signifie la concession : Chez les Touré. »
Pionniers de la sono mondiale
Pour Touré Kunda, l’acte fondateur reste un fameux concert organisé cette année 1977 à l’hippodrome de Pantin par Mamadou Konté, le fondateur du label Africa fête, décédé en 2007: « On a senti la curiosité des Français », se rappelle Sixu Tidiane. « Ils avaient envie d’écouter notre musique. Je crois qu’on est venus à un moment où il fallait qu’on soit là. À l’époque, la musique africaine n’était pas connue en France. Pourtant, on avait des aînés tels Pierre Akendengue, Francis Bebey, Manu Dibango… Je ne sais pas pourquoi, mais les Français ont marché sur notre son. Au fil des mois, notre nom a fini par s’installer. » Les frères griots ont été pionniers en fusionnant allègrement le reggae, les musiques du sud du Sénégal, la salsa et le rock. Ismaila se remémore son propre éveil musical aux abords des mangroves de sa région : « À l’époque où les Indépendances se sont mises en route, il y avait une radio qui s’appelait Radio-Congo. Je devais avoir 11 ou 12 ans. On entendait toutes les informations venant de France et d’Europe vers l’Afrique. C’était une radio africaine avec un grand soubassement musical. Il y avait les musiques congolaises, gabonaises, sénégalaises, mais aussi de l’accordéon ! Il y avait de tout. On en a profité et on s’est servi autant qu’on voulait !
Par son travail de défricheur, le groupe a servi de boussole pour d’autres artistes africains qui se sont imposés dans le paysage musical international : « On a eu la chance d’être parmi les premiers, mais on ne s’est pas fermés », précise Sixu Tidiane. « Dans les années 1980, la musique africaine a commencé à être un sujet d’intérêt des maisons de disque. Maintenant, ça intéresse tout le monde ! » ajoute Ismaila.
En 1984, la grande tournée africaine Paris-Ziguinchor accouche d’un double album qui s’écoule à deux cent mille exemplaires et permet surtout de créer des liens avec les artistes du continent. Pour Sixu Tidiane, l’idée était simple. « Il y avait nos frères et sœurs en Afrique qui voulaient faire ce qu’on fait. Mais il y avait (et il y a toujours) des restrictions pour faire de la musique hors du continent. Alors, on a fait de grands shows au Sénégal, en Gambie, en Côte d’Ivoire, au Mali en invitant sur scène les Angélique Kidjo, Salif Keita… pour leur montrer que c’était possible. Youssou N’Dour, qui était dans le coin, est parti en Europe par la suite. Aujourd’hui, on trouve de la musique africaine partout. Le jardin est vaste. Beaucoup de fleurs ont éclos ! »
E’mma, l’Afrique libre
Flash-back. Nous sommes en 1980 et un air sur une rythmique reggae se fait entendre : « E’mma », issu de l’album E’mma Africa sorti à l’époque chez Celluloïd : « Comme les Occidentaux ne comprennent pas nos textes, je pense que c’est la mélodie qui les a accrochés », s’étonne encore Sixu Tidiane. « Tout le monde a aimé ce titre des États-Unis au Japon en passant par la Chine. Quand on a joué au Carnegie Hall à New York, on avait à peine commencé à chanter qu’on nous réclamait Emma ! » E’mma signifie la maman, dans le sens de la terre-mère, Mama Africa.
« Ça représente notre continent. Le thème de la chanson, c’est la liberté. L’Afrique libre. La liberté pour les pays dits sous-développés. Qu’on puisse vivre heureux, tranquillement, sans avoir les mains liées. Que tous les peuples du monde s’éveillent et retrouvent la liberté. E’mma o kou da dou kita : E’mma, enfin nous sommes libres ! » E’mma colle tellement au groupe comme le sparadrap du capitaine Haddock que le morceau emblématique est repris dans le nouveau disque, Lambi Golo dans une version latina avec Carlos Santana en invité. L’amitié entre le guitar hero et les frères Touré remonte en 1999 à son opus « Supernatural » et le titre « Africa bamba ». En 2005, on les retrouve sur un autre titre avec Santana sur son album All that I am. « Au Sénégal, on l’écoutait en même temps qu’Otis Redding, James Brown, Jimi Hendrix. Il faisait partie de nos préférés. De son côté, dans ses interviews, il parlait de nous. On a fini par se rencontrer. Et jusqu’à présent, on ne se quitte plus ! »
Enfants de Santhiaba
Le groupe est originaire de Santhiaba, cet historique quartier aux maisons coloniales décrépites de Ziguinchor a d’ailleurs donné son nom à leur avant-dernier album de 2008. Dans leurs chansons, les Touré Kunda s’expriment dans plusieurs langues : le soninké, le diola, le peul, le créole portugais ou encore le wolof. Ce melting-pot est le reflet du quotidien de leur quartier natal : « Nous vivions autour de palissades de maisons qui représentaient chacune une langue, une ethnie », décrit Ismaila. « À l’intérieur de ces concessions, les habitants fraternisent, deviennent comme des cousins d’une même famille. Parfois, ça va même plus loin. On finit par devenir des frères. On côtoie les mêmes cultures. Pendant l’Ascension, les catholiques et les musulmans le vivent ensemble, et c’est la même chose pendant la fête de l’Aïd. »
Tout naturellement, Touré Kunda a puisé dans le terroir casamançais, en particulier le djambadong, littéralement la danse des feuilles. Ce rite initiatique qui, comme son nom l’indique, coïncide avec la floraison des feuilles : « Les cultures sont mûres, prêtes à être récoltées », souligne Ismaila. « C’est à ce moment qu’on amène les jeunes filles et les jeunes garçons dans la forêt sacrée pour leur faire suivre ce rite qui les fait passer de l’adolescence à l’âge adulte. On assume ces valeurs ancestrales tout en modernisant nos musiques traditionnelles. »
Artistes engagés
En 1992, alors que l’Apartheid a été aboli un an plus tôt, les Touré Kunda ont l’occasion de jouer pour Nelson Mandela à Paris. Ils s’inscrivent ainsi dans le sillage des hommages discographiques rendus auparavant par Youssou N’Dour, Johnny Clegg, Hugh Masekela, Steel Pulse ou encore Brenda Fassie : « C’est l’Élysée qui nous a appelés à l’époque de François Mitterrand qui nous aimait beaucoup », relate Sixu Tidiane. « Quand Mandela a été invité en France, la présidence s’est dit que Touré Kunda devait jouer pour lui. Symboliquement, c’était très fort. »
10 ans plus tard, le 26 septembre 2002, Touré Kunda est mobilisé par un autre événement historique. Plus de 2 000 Sénégalais se noient lors du naufrage du ferry le Joola au large de la Gambie. Seules 64 personnes échappent à la mort. Profondément touchés les frères Touré sortent alors une K7 Un bateau pour la Casamance au bénéfice des familles des victimes : « Tout le monde était sensible à cette cause », évoque Sixu. « Ce drame, c’est pire que le Titanic ! Le bateau était prévu pour 450 personnes seulement. Les gens craignaient de prendre la route et d’être attaqués par des indépendantistes. La plupart étaient des étudiants qui allaient à l’université à Dakar. C’est une génération sacrifiée. Notre but aujourd’hui, fort des plus de cinquante chansons de notre répertoire, c’est de continuer à nous rendre utiles pour des causes humanitaires. »
Le nouvel album, Lambi Golo
Prévu le 25 mai, le nouveau disque du groupe poursuit dans cette voie consciente. À travers la parabole du Lambi Golo, la lutte du singe, Touré Kunda s’interroge sur l’évolution politique et écologique de la société en Afrique. Les contes de leur terroir où hommes et animaux se côtoient sont porteurs de ces questionnements. Au-delà de l’aspect philosophique, le dernier né des frères Touré est aussi un who’s who de la musique africaine francophone.
On trouve sur Lambi Golo les participations de Cheick Tidiane Seck, de Manu Dibango, du chanteur Lokua Kanza sur « Soif de liberté », mais aussi de leur compatriote de la nouvelle génération Alune Wade, le Marcus Miller sénégalais qui s’est fait remarquer en février dernier avec un disque jazz de belle facture African Fast Food sorti chez Crystal Publishing. Après cette si longue absence Touré Kunda semble à nouveau sur orbite, entre sa prestation au New Morning en mai, le festival des musiques métisses d’Angoulême le 3 juin et le festival Africajac en juillet. « Il faut que notre musique continue de s’ouvrir, qu’on brise les frontières pour qu’elle soit audible partout ! » conclut un Sixu Tidiane qu’on sent impatient de renouer avec le public.
Grande figure de l’orchestre Super-Étoile, Habib Faye a succombé à une infection pulmonaire ce mercredi 25 avril, à Paris.
Habib Faye avait 53 ans. Ce mercredi 25 avril, à 6h du matin, il a été emporté, alors qu’il était hospitalisé à Paris, par une infection pulmonaire contre laquelle il luttait depuis plusieurs mois. « Il continuait à mener ses projets tout en souffrant en silence », indique son frère aîné, le bluesman et guitariste Vieux Mac Faye faisant référence à la tournée africaine qu’il venait d’entamer, en plus d’un album à venir. Youssou Ndour, son ex-mentor, est sous le choc et a annulé la prochaine tournée de concerts qu’il devait faire avec le Super Étoile.
Il avait encore tellement de choses à dire d’un point de vue culturel et musical
« Il avait encore tellement de choses à dire d’un point de vue culturel et musical. Il s’attachait à faire valoir une nouvelle forme de jazz, un jazz ethnique », reprend Vieux Mac Faye.
Architecte de la musique
Depuis quelques temps, Habib Faye, également claviériste et producteur, parcourait le Sénégal en classifiant les rythmiques propres à chacune des ethnies du pays. Le tout pour les mêler au jazz, genre musical qui lui tenait à cœur.
Habib Faye était un architecte de la musique. C’est à l’âge de 13 ans qu’il intègre le Super-Etoile de Youssou Ndour, véritable institution de la musique sénégalaise, avant d’en devenir le directeur musical.
Musicien versatile, Habib Faye aura joué aux côtés de plusieurs stars internationales parmi lesquels Sting ou Tracy Chapman et a notamment enregistré avec Peter Gabriel. Habitué du festival Saint-Louis Jazz, il compte aussi parmi ses musiciens africains qui ont apporté leur pierre au jazz. Manu Katché, Lionel Loueke, David Sanborn, Ablaye Cissoko, Angélique Kidjo, Branford Marsalis, pour ne citer qu’eux, font partie de ses compagnons de route. Il laisse derrière lui son épouse, ses frères musiciens ainsi que ses enfants – dont un fils qui marchait sur ses pas.
PORTRAIT – À 78 ans, Moustapha Niasse, le président de l’Assemblée nationale, demeure un allié indispensable du chef de l’État sénégalais, Macky Sall. Et entend peser de tout son poids lors de la présidentielle de 2019.
« Moustapha Niasse est âgé. Comme Senghor avant lui, il doit passer le témoin à la jeune génération », lance Hélène Tine, l’ex-porte-parole de l’Alliance des forces de progrès (AFP), le parti… de Niasse, précisément. « Au Sénégal, les anciens veulent conserver le pouvoir pour des raisons inavouées, et la nouvelle génération doit les pousser à partir à la retraite politique », clame de son côté Malick Gakou, l’ancien numéro deux de l’AFP. Moustapha Niasse agace.
À 78 ans, il pourrait goûter un repos heureux dans sa belle villa de la corniche de Dakar. Mais le vieux lion s’accroche à son poste de président de l’Assemblée nationale, qu’il occupe depuis juillet 2012. Et pas seulement pour le titre. L’homme a la politique dans le sang. Il entend peser sur la présidentielle de février prochain. Il veut se rendre indispensable.
Rêve de présidence
Longtemps, Moustapha Niasse a rêvé d’être président. Aujourd’hui, il sait qu’il n’y arrivera pas, car il a dépassé la limite d’âge, fixée à 75 ans. Mais comme dit le ministre du Tourisme, Mame Mbaye Niang, un homme clé de l’Alliance pour la République (APR, au pouvoir), « Moustapha Niasse est, avec le président Macky Sall et le socialiste Ousmane Tanor Dieng, l’un des trois piliers de Benno Bokk Yakaar [BBY] » – la coalition qui gouverne le Sénégal depuis mars 2012.
Après les législatives de juillet 2017, beaucoup ont lorgné son poste, à commencer par Moustapha Cissé Lo, l’actuel président du Parlement de la Cedeao à Abuja, au Nigeria. Le challenger était sérieux, mais Niasse a gagné.
« Son parcours force le respect, dit Mame Mbaye Niang. Personne, à part le chef de l’État, n’a une telle maîtrise des dossiers. Et dans une majorité parlementaire où cohabitent huit ou neuf formations politiques, il a l’expertise et l’expérience pour maintenir la cohésion de BBY à l’Assemblée nationale et pour donner au groupe une mentalité de gagneur jusqu’à la présidentielle. »
« Mitterrand et moi »
Si le parcours de Niasse force le respect, c’est d’abord – Hélène Tine elle-même le reconnaît – à cause de sa longue fréquentation de Senghor… et de quelques autres monuments du XXe siècle. Né en 1939 à Keur Madiabel, dans le bassin arachidier, non loin de Kaolack, le jeune Moustapha grandit dans une famille aux ancêtres prestigieux. Par son père, il descend d’une souveraine qui a régné sur le nord du Sénégal au XVIIe siècle. Par sa mère, il est apparenté à El Hadj Omar Tall, le grand érudit musulman qui a résisté aux troupes coloniales françaises.
À 5 ans, première déchirure : il perd son père. Chez les Niasse, on ne tend la main à personne, sinon à Dieu. En 1952, il entre au prestigieux lycée Faidherbe, à Saint-Louis, et s’y lie d’amitié avec son aîné de trois ans, Amath Dansokho. En 1967, le voici major de sa promotion à l’École nationale d’administration (ENA) du Sénégal. Et en 1970, il devient à 30 ans directeur de cabinet du président Senghor, rien de moins !
Le talent du jeune Niasse, c’est d’être un homme de méthode, mais aussi un lettré qui peut converser de longues minutes avec Senghor sur la Grèce antique. En 1974, le président-poète lui demande d’approcher l’opposant français François Mitterrand pour faciliter l’adhésion de l’Union progressiste sénégalaise (UPS) – le parti unique de l’époque – à l’Internationale socialiste (IS). « Mitterrand et moi, nous partagions l’amour du livre, confie-t-il aujourd’hui. Je l’écoutais parler de Paul Éluard et ne le contredisais jamais. Il pouvait être mon père et je buvais ses paroles. » En novembre 1976, le futur diplomate parvient, avec Mitterrand, Pierre Mauroy et Lionel Jospin, à faire entrer l’UPS dans la grande famille socialiste.
Eclipse politique
C’est un épisode dont Moustapha Niasse est moins fier, mais qui se révélera historique… En 1974, lors d’un sommet de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) à Mogadiscio, en Somalie, Niasse introduit auprès de Senghor un certain Abdoulaye Wade : « Je connaissais Me Wade depuis l’époque de mes études. J’ai facilité l’audience, et c’est lors de ce tête-à-tête que Wade a proposé à Senghor de créer un parti d’opposition. Le président a donné son accord. Tout s’est passé entre gentlemen. » Ce jour-là, Niasse ne sait pas que, sur les bords de l’océan Indien, il vient de déclencher un raz-de-marée qui conduira à la première alternance de l’histoire de son pays.
Homme de confiance de Senghor, le voilà ministre des Affaires étrangères en septembre 1978. À l’arrivée d’Abdou Diouf au pouvoir, en 1981, il garde le poste. Mais en septembre 1984, premier accroc. En plein Conseil des ministres, il gifle son collègue Djibo Leity Kâ, qui lui reprochait un certain absentéisme. Tout Dakar en parle ! Niasse ne peut pas rester à la tête de la diplomatie. Diouf lui propose un autre ministère, mais il préfère se lancer dans les affaires comme consultant international.
Très vite, les clients pétroliers affluent grâce au président Diouf, qui intercède en sa faveur auprès des monarchies du Golfe. En juin 1993, après neuf ans d’éclipse politique, il est approché par Diouf, qui lui repropose les Affaires étrangères. « J’ai consulté le roi Hassan II, qui m’avait pris en estime, et le président Omar Bongo, qui m’appelait “mon neveu”. J’ai même téléphoné à Yasser Arafat. Tous m’ont conseillé de dire oui », se souvient Niasse, qui peut alors croire que le destin le mènera au sommet de l’État.
Démission du PS
En mars 1996, second accroc, sans doute le plus grave de sa carrière : il se fait chiper le poste de dauphin de Diouf par Ousmane Tanor Dieng, son cadet de sept ans. Tanor ressemble à Diouf. C’est un brillant technocrate, un rien distant, aux antipodes du bouillant Niasse. Lors d’un « congrès sans débat », Tanor, le directeur de cabinet du président, est désigné secrétaire général du Parti socialiste (PS) sénégalais. Pour l’orgueilleux Niasse, l’humiliation est insupportable.
En juin 1999, dans un texte intitulé « Je suis prêt », il franchit le Rubicon. Il annonce sa démission du PS et sa candidature à la présidentielle de février 2000 sous les couleurs de son nouveau parti, l’AFP. Il fait une campagne de milliardaire et finit troisième, avec un beau score de 16,8 %, juste derrière Diouf et Wade. Au second tour, il appelle à voter pour Wade. Celui-ci l’emporte et annonce que Niasse sera son Premier ministre. L’enfant de Keur Madiabel savoure sa revanche.
Wade et Niasse… Un tel équipage ne pouvait pas tenir longtemps. Le fait n’est pas connu, mais, en janvier 2001, c’est le président ivoirien Laurent Gbagbo qui provoque la rupture. Une tentative de coup d’État vient d’échouer à Abidjan. Une chasse à l’étranger africain est ouverte en Côte d’Ivoire. Le 22 janvier, Wade déclare : « Au moment où je vous parle, un Burkinabè subit en Côte d’Ivoire ce qu’aucun Noir ne subit en Europe. »
Fureur de Gbagbo et début de représailles contre les commerçants sénégalais de Côte d’Ivoire. Niasse appelle Gbagbo pour tenter de le calmer. Surtout, il déclare publiquement : « Je suis désolé, mais je ne partage pas l’avis du président Wade. » Le 25 janvier, en Conseil des ministres, Wade ne laisse rien paraître. « J’ai cru qu’il ne m’en voulait pas », assure Niasse aujourd’hui. Mais le pape du sopi rumine sa vengeance. Cinq semaines plus tard, Niasse est limogé. Wade persifle : « Je ne vais pas garder quelqu’un qui passe tout son temps à lorgner mon fauteuil. » Niasse réplique : « Wade ne s’est pas adapté à l’État ; il a adapté l’État à sa personne. »
Éternel candidat
À partir de mars 2001, Niasse court après ce destin que Tanor lui a volé un jour de mars 1996. Deux fois, avec le soutien d’Amath Dansokho, son vieux copain de Faidherbe, il est candidat à la présidentielle et obtient des scores honorables : 5,9 % en février 2007 et 13,2 % en février 2012. Niasse se disperse-t-il trop ? Lui-même avoue à présent : « En 2012, Macky a eu plus de voix que moi parce que, pendant trois ans, il a fait le tour du pays alors que j’étais consultant à l’étranger. » Avant le second tour de mars 2012, Wade lui propose un drôle de marché : « Tu me soutiens et je te laisse le fauteuil en 2014. » Pas très confiant dans la parole de « Gorgui », Niasse préfère jouer la carte Macky Sall. Et après la victoire de celui-ci, il est élu député, puis président de l’Assemblée nationale.
Pilier de la coalition BBY, Niasse, comme Tanor, est invité à ne pas faire de l’ombre au nouveau chef de l’État. Comme le dit sans fioritures le ministre Mame Mbaye Niang : « Si on a un candidat [Macky Sall] qui peut rempiler en 2019, on y va au nom de la coalition. » Objectif : la victoire du président sortant au premier tour. Dès mars 2014, Niasse fait donc le choix difficile de décider que l’AFP n’aura pas de candidat à la prochaine présidentielle. Tout laisse penser que Tanor fait le même choix au nom du PS. Deux hommes ruent alors dans les brancards.
Respect des adversaires
Les dinosaures, Macky Sall a intérêt à les garder auprès de lui, comme des alliés de façade
À l’AFP, Malick Gakou, l’ancien président du conseil régional de Dakar, et, au PS, Khalifa Sall, le maire de Dakar. Tous deux sont exclus de leur parti, Gakou en mars 2015 et Khalifa en décembre 2017. « Khalifa au PS et moi à l’AFP, on incarnait l’avenir, estime actuellement Malick Gakou. Maintenant qu’on a été éjectés par les dinosaures, Macky Sall a intérêt à les garder auprès de lui, comme des alliés de façade. »
Avec sa nouvelle formation, le Grand Parti, Gakou espère se présenter en 2019 avec le soutien de Khalifa Sall, qui risque d’être mis hors jeu par sa condamnation, le 30 mars dernier, à cinq ans de prison. « Faute de candidats de l’AFP et du PS, il faut que la gauche soit présente en 2019 », explique Gakou, qui reproche à Moustapha Niasse, son ex-mentor, d’être désormais « assujetti » au parti au pouvoir, l’APR, et de « conjuguer son avenir au passé ».
Un jour de colère, Niasse a traité les frondeurs de son parti « d’imbéciles et de salopards ». Réaction de Gakou : « Nous lui pardonnons, c’est notre père. » Niasse indispensable ? C’est en tout cas le seul homme politique sénégalais qui force le respect de ses adversaires.
Bientôt la retraite ?
« Je ne demande pas à être reconduit. Je souhaite que des jeunes montent au sommet du parti. » La veille de Noël, lors d’une réunion de l’AFP, Moustapha Niasse avait été catégorique : il lâcherait les rênes lors du prochain congrès, en 2018. À l’en croire, il s’évertue depuis huit ans à provoquer un changement générationnel – en vain.
Mais, au Sénégal, les présidents-fondateurs ont du mal à passer la main. Parmi les dinosaures, Amath Dansokho (PIT) et Abdoulaye Bathily (LD) s’y sont tout de même résolus. « Je demanderai à Abdoulaye Bathily comment il a fait pour se libérer de la tête de son parti », a confié Niasse.
Le poids de l’AFP
1 ministre, 6 députés, 31 maires et 10 représentants au Haut Conseil des collectivités territoriales.
Jusqu’au départ de Malick Gakou, le parti pouvait se vanter de peser à Guediawaye, une commune de la banlieue de Dakar qui compte électoralement. Mais, aujourd’hui, son implantation locale est en net recul, y compris à Kaolack (Centre), ravi par l’APR.
La Sénégalaise Aminata Kane Ndiaye, 33 ans, jusqu’ici patronne du département marketing d’Orange Money, est la nouvelle patronne d’Orange Sierra Léone. Elle remplace à ce poste Sékou Dramé promu à la tête du groupe Sonatel.
Mariée et mère de deux enfants, elle est diplômée d’HEC Paris Grande Ecole (France) et titulaire d’un MBA au MIT (Massachusetts Institute of Technology) Sloan School of Business (USA)
La nouvelle CEO d’Orange Sierra Leone est la fille de l’ancien ministre de l’Economie et des Finances, Amadou Kane et de Awa Mbow, elle-même fille du Pr. Amadou Mactar Mbow, ex directeur général de l’UNESCO.
Le Grand cadre a décrété 72 heures de grève totale dans l’élémentaire et le moyen-secondaire, pour mardi 24, mercredi 25 et jeudi 26 avril. Selon le communiqué envoyé à cet effet, ce mouvement d’humeur entre dans le cadre du 8e plan d’actions dudit regroupement de syndicats.
Ces syndicats vont, en plus, boycotter les « composions et toutes les évaluations » ainsi que les « cellules d’animations pédagogiques et procéder à la « rétention des notes ».
Le Grand cadre déroule son 8e plan d’action alors que le ministre de l’Éducation nationale a annoncé des voies de sortie de crise. Ce samedi 21 avril, au cours d’un point de presse, Serigne Mbaye Thiam avait informé que quatre syndicats, sur les six du G6, avaient accepté de lever le mot d’ordre de grève et de se joindre au gouvernement en vue de la signature d’un protocole d’accord et d’un réaménagement du calendrier scolaire.
Le Saems s’est démarqué de la position des « quatre syndicats ». Le Grand cadre vient d’en faire de même. Ce, rappelle les camarades d’Oumar Waly Zoumarou, le secrétaire général du syndicat, « pour exiger l’augmentation substantielle de toutes indemnités notamment celles du logement d’enseignement, le respect de tous les accords signés et le départ du ministre de l’Education qui constitue un obstacle pour des négociations sérieuses et inclusives ».
L’ET DIT TÔT d’O.N.G – Sait-on qu’en plus des candidatures d’Hillary Clinton pour le parti démocrate et celle de Donald Trump pour le parti républicain, il y avait ….28 autres candidats à l’élection présidentielle américaine de novembre 2016 ? Y compris des candidats de partis aussi « fantaisistes » que « le Parti de la marijuana légale maintenant », « le Parti américain de la nutrition », « le Parti des vétérans » ou « le Parti de la loi naturelle » ?
Avec la révision de la Constitution sur les parrainages soumise au vote des députés ce19 avril, le Président Sall est donc décidé à choisir contre qui il va en compétition devant les Sénégalais. C’est comme vouloir choisir à côté de qui on s’assied dans un car rapide. C’est du racisme de classe et de caste. Il faut s’insurger contre cette dictature d’une pensée répandue dans les chapelles politiques du Sénégal qui veut interdire les candidatures dites farfelues. Déjà, le terme de « filtrage » largement utilisé par les responsables au pouvoir pour désigner le futur blocage administratif des candidatures est un mot fasciste.
Tous les partis du Sénégal s’étaient entendu sur le dos des indépendants pour interdire pendant longtemps à ces derniers l’accès aux élections, sauf à celle présidentielle. Aujourd’hui, les mêmes partis s’étripent et jettent leurs partisans dans la rue et sur les ondes, car la minorité législative au pouvoir est actionnée pour empêcher certains partis de présenter un candidat à la présidentielle.
On ne peut pas justifier le projet de loi au Sénégal sur les parrainages citoyens par des contingences logistiques. Mettre en avant des questions de logistique comme l’impression de 7 millions de bulletins en papier par candidat pour bafouer des principes d’égalité démocratique n’est pas acceptable. Si c’est une question logistique, que l’administration sénégalaise importe des machines à voter électroniques, comme justement aux USA. Qu’elle fasse payer l’impression de bulletins papier par les candidats. Qu’elle fasse un bulletin unique pour tous les candidats. Ou qu’elle innove en faisant voter à partir des numéros de téléphones dont les détenteurs sont tous enregistrés, comme l’Afrique a innové en bancarisant sa population par la téléphonie mobile. Les solutions ne manquent pas, pour régler cette question logistique.
Cette dérive qui consiste à toujours mettre des restrictions autour de l’éligibilité à la présidentielle ne participe pas à la consolidation de la démocratie, ni à la pleine prise de conscience des électeurs, encore moins au libre exercice du droit des citoyens à se présenter à toute élection qu’ils veulent.
Ainsi, inscrire dans la Constitution sénégalaise les limites d’âge des candidats, avec 35 ans pour plancher et 75 ans pour plafond, est une atteinte à la démocratie. La France dont nous nous sommes inspirés pour établir un âge plancher, qui était de 23 ans dans ce pays, a ramené celui-ci à 18 ans en 2011 : un Français âge de 18 ans peut être candidat à l’élection présidentielle. Pourquoi pas au Sénégal ?
Et pourquoi 75 ans comme âge plafond ? En Tunisie, Caid Essebssi a été élu démocratiquement Président de la République en décembre 2014 à l’âge avancé de 88 ans. Ses électeurs étaient en majorité les jeunes Tunisiens. Et rien ne montre jusqu’ici qu’il soit un chef de l’État défaillant.
Le parrainage par 500 élus en France pour être candidat à la présidence de la République n’est rien d’autre qu’un héritage de la IV République française. À l’origine en effet, le président de la République française était élu au suffrage universel indirect par un collège comprenant environ 80 000 grands électeurs. Ce collège était composé des parlementaires (députés et sénateurs), des conseillers généraux et d’élus municipaux. Afin d’éviter une trop grande inégalité dans la représentation des communes, les conseils municipaux des grandes villes désignaient des grands électeurs supplémentaires, tandis que la représentation des petites communes était limitée à leur seul maire. En ne prévoyant pas l’élection du chef de l’État au suffrage universel direct, la Constitution du 4 octobre 1958 de la Vème République française établie par le Général de Gaulle s’inscrit dans la tradition républicaine de ce pays. Les textes constitutionnels de la IIIe et de la IVe République avaient tous les deux exclu ce mode de désignation du chef de l’État, car il s’était soldé le 2 décembre 1851 par le coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte qui avait entraîné la chute de la IIe République. Notre Constitution sénégalaise de 1963 qui prévoyait le parrainage par 50 citoyens dont 10 députés n’est rien d ‘autre qu’un héritage de cette IV République française, dont tout le personnel politique sénégalais d’après Indépendance avaient été les élus. C’est en 1965 que la France organise pour la première fois sous la Vème République la désignation du chef de l’État par le suffrage universel direct dans son pays, après que le Général de Gaulle ait fait adopter le principe de cette élection au suffrage universel direct par référendum en octobre 1962, en y introduisant cette disposition du parrainage des candidats par les élus. Un référendum, il faut le rappeler, auquel s’étaient opposé le Sénat et l’Assemblée national française. Refus des institutions représentatives auquel le président français avait répliqué par la dissolution de cette Assemblée nationale.
Au total donc, les gris-gris dont nous avons entouré la présidentielle sénégalaise en font :
une sélection qui promeut et promet à chaque fois un hypothétique Messie, qui n’existe pas.
un concours d’honorabilité, ce qu’il n’est pas.
Un écrémage où la participation des impétrants est basée sur l’argent, ce qui est anti-démocratique.
Il faut désacraliser l’élection présidentielle au Sénégal et arrêter de l’ériger en opération du Saint-Esprit. Ce ne doit être que l’opération de sélection du Sénégalais perçu comme le plus efficace pour faire avancer un agenda collectif de développement. Sélection qui ne doit pas empêcher les présumés hurluberlus d’y faire entendre leur son de cloche.