Depuis plus d’un mois, l’animatrice et le rappeur s’amusent à multiplier les photos et les allusions sur les réseaux sociaux…
Tous deux semblent prendre un malin plaisir à laisser fuiter les sous-entendus… Dernier clin d’œil en date, celui lancé vendredi 6 avril par Karine Le Marchand, qui postait sur son compte Instagram un drôle de cliché où on la voit boire un cocktail à côté de la silhouette très reconnaissable du rappeur JoeyStarr… Dans la foulée, tous deux s’affichaient très complices dans les tribunes VIP du match de boxe remporté par Tony Yoka, samedi soir au Palais des sports de Paris. Une première sortie publique au milieu d’autres célébrités, comme Patrick Bruel, Anthony Delon ou Jean-Paul Belmondo, qui avaient fait également le déplacement.
Une carte postale de plus dans cette idylle officieuse, révélée par Closer en février. Le magazine racontait que leur romance avait commencé en janvier en évoquant notamment un dîner romantique dans un restaurant italien, place de la Bourse à Paris. Depuis, le couple a multiplié photos et allusions sur les réseaux sociaux… On les voyait ainsi poser ensemble lors des concerts de NTM donnés en mars, ou encore à l’occasion d’une sortie de ski à Avoriaz, où le rappeur a pris ses premières leçons sur les pistes.
À la mi-mars, Karine Le Marchand était au premier rang des invités du président de l’Assemblée nationale pour écouter l’artiste lire des discours historiques à l’hôtel de Lassay, dans le cadre de son spectacle Éloquence à l’Assemblée, qu’il a présenté à Paris. La présentatrice de L’Amour est dans le pré a été également la toute première à féliciter le rappeur quand ce dernier a fait la couverture de Playboy en tenue d’Adam, avec un commentaire lourd de sous-entendus : « Wahou, le 1er homme à faire la couverture de Playboy… voilà voilà… #joeystarr #bonnesoiréemesdames #lesensdupartage ».
« Je suis capable de discernement ! »
Même si le couple ne se cache pas lors des soirées parisiennes, il n’a pas posé officiellement dans les magazines. Tous deux tiennent à leur vie privée et cultivent une certaine discrétion sur le sujet, lassés d’avoir fait parfois les gros titres sur leurs liaisons respectives dans le passé. On se souvient notamment de la fin de la relation de Karine Le Marchand avec Lilian Thuram, en 2013, quand elle porta plainte pour violences conjugales, braquant les projecteurs sur sa vie intime.
Sa liaison avec JoeyStarr n’a pas manqué non plus de susciter des commentaires sur les réseaux sociaux, avec son lot de messages antipathiques… Est-ce l’une des raisons pour laquelle l’animatrice a fermé son compte Twitter du jour au lendemain ? Dans un long message explicatif, elle semblait faire référence à JoeyStarr, sans toutefois le nommer : « Je ne subirai pas le fiel de ceux qui se permettent de me dire si la personne que j’aime est un homme bien, ou pas. À mon âge, je suis capable de discernement, et je suis sidérée que de parfaits inconnus se permettent d’exprimer ce genre de propos. » À bon entendeur…
Bruxelles. C’est une salle sans fenêtre, mal éclairée, derrière une porte de garage au pied d’un immeuble triste de Molenbeek. Sur la table sont éparpillés des tracts, des bouteilles d’eau et des brouillons de discours. Nous sommes au cœur du parti belge Islam, acronyme d’« Intégrité, Solidarité, Liberté, Authenticité, Moralité ». C’est ici, dans cette pièce vide, que sont nées les idées politiques les plus subversives de la campagne des municipales qui débute en Belgique. Les locaux sont déserts, mais la classe politique belge ne parle que du parti Islam. Et, pour une fois, il y a consensus : personne ne veut de ce parti au programme détonnant.
« Charia occidentale »
Redouane Ahrouch, l’un des trois fondateurs, s’est fait remarquer la semaine dernière en proposant la séparation des hommes et des femmes dans les transports en commun : « Durant les heures de pointe, certaines personnes, surtout d’origine étrangère, profitent du fait que les véhicules sont pleins à craquer pour se coller aux femmes. Ce ne sont pas seulement les femmes musulmanes qui se sentent ainsi humiliées. C’est pourquoi je plaide pour que les hommes montent à l’avant et les femmes à l’arrière », a défendu ce chauffeur de bus, élu communal d’Anderlecht en 2012 avec 4,12 % des voix. Il ne s’agit pas là de la première saillie politique de cet islamiste patenté. Juste après son élection – saluée par les Frères musulmans –, il avait surpris la Belgique en prenant position pour « une charia occidentale » en Belgique. Puis il avait envoyé une lettre au roi Albert II en l’invitant à se convertir à l’islam…
En dehors du chercheur Lionel Remy, personne ne semble se souvenir que Redouane Ahrouch a fréquenté dans les années 90 le Centre islamique belge (CIB), un des hauts lieux du fondamentalisme religieux où l’on recrutait des candidats au djihad pour l’Afghanistan et l’Irak, lieu où sont passés les assassins du commandant Massoud…
La gauche qui a remplacé la conscience de classe par la conscience de race.
Dans son livre Soumission, Michel Houellebecq imaginait une société occidentale glissant lentement vers la religion sous la pression d’entrepreneurs identitaires musulmans mêlant allègrement politique et religion. Le parti Islam y travaille, le talent romanesque de Houellebecq en moins… Lhoucine Aït Jeddig n’a pas lu Soumission. Ce prof de chimie de 56 ans appartient au trio des cofondateurs du mouvement. Courtois, souriant, presque tempéré, il est, d’après un observateur, « l’agneau » du bureau politique. « Vous voyez bien, nous ne sommes pas des talibans », attaque celui qui prône « un retour aux valeurs morales, d’éthique et de justice ». Finalement, son discours ressemble à celui de n’importe quel populiste de ce début du XXIe siècle ; il évoque les « responsables politiques aux mains des lobbys » et parle du « capital et des forces d’argent ». Cet élu du conseil communal de Molenbeek aimerait « une politique plus inclusive » en faveur des migrants. Mais c’est sur la partie religieuse qu’il se distingue des populistes ordinaires : « 80 % de la loi belge est compatible avec le Coran. Pour les 20 % restants, on les déplore, mais on les respecte », rappelle celui qui n’aurait rien contre un retour de la peine de mort « dans de rares cas ».
Le programme politique d’Islam ressemble à un vaste fourre-tout où le complotisme le dispute à la démagogie (lire l’encadré). Un exemple avec la sûreté de l’État, point 80 du programme : « Renseignement. Dissoudre cette institution d’espionnage qui organise la subversion politique en liaison avec les services secrets d’autres pays. » Point 25 : « Prévenir le vice en interdisant les établissements de jeux (casinos, salles de jeux automatiques et agences de paris) et la loterie. » Point 92 : « Libérer le monde judiciaire de l’influence de l’argent et des pressions politiques. » Un programme qui a suscité une vive réaction de la part de la classe politique belge, à l’image de Theo Francken, secrétaire d’État à l’Asile et aux Migrations, membre du parti nationaliste flamand N-VA.
Lhoucine Aït Jeddig connaît les limites de l’exercice. « On est réalistes, on sait bien qu’avec ce programme ce sera compliqué de conquérir le pouvoir. » Mais peut-on faire de la politique sans désirer le pouvoir ? « J’aime être dans l’opposition », balaye l’élu, qui se veut néanmoins confiant pour les prochaines échéances d’octobre : « Nous avons bon espoir de doubler notre score. À Molenbeek, 50 à 60 % de l’électorat est musulman », avance-t-il. Ces chiffres, empiriques, ne sont pas confirmés par les autorités belges. Cela n’empêche pas Lhoucine Aït Jeddig d’affirmer qu’à Bruxelles, « d’ici à 12 ans, une majorité partie de la population sera musulmane ». C’est peut-être vrai à Moleenbek, mais certainement pas à l’échelle du pays, si l’on en croit l’étude du Pew Research Center publiée en novembre dernier qui estime qu’en 2050, avec un scénario de forte immigration, 18 % de la population belge sera musulmane.
« Islam est un groupuscule chiite qui entretient peu de contacts avec les mosquées de la commune », confie Françoise Schepmans, bourgmestre de Molenbeek. « En réalité, leurs deux seuls élus ne travaillent pas. Nous avons dressé un cordon sanitaire autour d’eux, comme on l’a fait avec le Vlaams Belang (parti nationaliste flamand, NDLR) et le Front national belge. » Concrètement, cela signifie que les élus ne sont pas associés à la vie politique de la commune, ni invités aux cérémonies ou inaugurations. La bourgmestre, qui a repris en 2012 une ville essoufflée par soixante années de gestion socialiste, juge les interventions de Lhoucine Aït Jeddig bien singulières : « Lorsqu’il est question des finances de la commune, il propose de passer sur un modèle de finance islamique. Lorsqu’on évoque un voyage scolaire, il précise que ce n’est pas la peine de mélanger filles et garçons. Et lorsque j’ai fait interdire la consommation d’alcool sur la voie publique dans une partie de la ville en raison des problèmes de nuisance, il a voulu l’étendre à toute la commune… » égrène l’élue dont le bureau trône sous une coupole ornée de mosaïques du XIXe siècle, scènes de vie à Molenbeek Saint-Jean (nom complet de la commune). Depuis les fenêtres de l’hôtel de ville qui borde la place du marché, Françoise Schepmans aperçoit l’appartement social dans lequel a grandi Salah Abdeslam, auteur des attentats du Bataclan. Les élections qui s’annoncent seront une épreuve de vérité. Ce sont les premières depuis les attentats et la vague migratoire. « Il y a ici un vivier électoral pour l’extrême droite comme pour les communautaristes », s’inquiète l’édile, qui avait soutenu, sans succès, en 1985 une proposition de loi qui prévoyait, « pour contenir les regroupements communautaires, de plafonner à 15 % la part de la population étrangère dans chaque commune ». « Mais la gauche avait bloqué. »
Entraver la campagne
C’est suffisamment rare pour être relevé. Concernant le parti Islam, la classe politique belge semble pour une fois unanime : elle ne veut pas avoir à débattre avec ces Pieds nickelés de la politique. Georges-Louis Bouchez, élu de Mons et délégué général du Mouvement des réformateurs (MR, au centre droit de l’échiquier politique), défend une résolution pour faire interdire tout rassemblement de ce parti. Elio Di Rupo, ancien Premier ministre et maire de Mons, a accepté. « On a interdit les spectacles de Dieudonné, on peut interdire les rassemblements du parti Islam », explique Georges-Louis Bouchez. « Nous allons entraver leur capacité à faire campagne », promet-il. Islam n’ayant pas dépassé la barre de 5 % dans les rares communes où il était présent, mérite-t-il autant de considération ? « Ceux qui pensent que ça ne représente rien se trompent. En France, en 1973, le FN faisait 1,32 %. Un score de 4 % pour Islam, c’est déjà inquiétant », alerte-t-il. Pour ce réformateur, le risque ne vient pas tant du score que de la diffusion des idées : « À force d’accommodements raisonnables, on a banalisé l’inacceptable. Et on s’en rend compte trop tard. » Pour lui, la classe politique doit se réveiller, en particulier « la gauche qui a remplacé la conscience de classe par la conscience de race ».
Michaël Privot, islamologue et collaborateur scientifique auprès du laboratoire CEDM, considère qu’Islam « dispose du même réservoir de voix que Daech : des musulmans frustrés en attente d’un parti populiste. La différence est simplement générationnelle. Daech était capable de parler aux jeunes, Islam parle aux plus de 45 ans, qui, eux, n’iront pas prendre les armes en Syrie. On prend les fondateurs pour des marioles, mais ils ont une marge de progression ».
Les fondateurs ont bien compris que la polarisation autour de l’islam se révélait porteuse. L’anthropologue Lionel Remy, qui s’est immergé quatre mois en tant que chercheur au sein du parti, raconte comment Redouane Ahrouch lui a expliqué que les mots « charia » et « État islamique » avaient été comme des « boules de bowling lancées vers des quilles, les journalistes ». La déflagration médiatique qui s’est ensuivie lui a prouvé que ses outrances étaient payantes, le buzz assurant la pub gratuite.
Un canon pour écraser une mouche
« Certains jugent la politique belge assez terne, alors qu’elle est en réalité très distrayante ! » s’égaye Caroline Sägesser, chercheuse à l’Observatoire des religions et de la laïcité. « Ce groupuscule, car c’en est un, dispose d’une base fragile. Ils n’ont que deux conseillers communaux et rien ne garantit qu’ils seront réellement capables de déposer 14 listes à Bruxelles comme ils l’ont annoncé. » L’observatrice estime qu’une grande partie de la population musulmane restera imperméable à cette offre politique. Quant à la question d’interdire ce parti, « ce serait utiliser un canon pour écraser une mouche. Le programme d’Islam n’est pas conforme aux droits de l’homme et est à rejeter à bien des égards, mais on a d’autres problèmes plus inquiétants : un FN Belge antidémocratique et raciste, une droite dure au pouvoir côté flamand et des groupuscules d’extrême droite… ».
Corinne Torrekens, politologue spécialiste de l’islam, étudie ce parti depuis sa première campagne, en 2012. « Islam mélange l’amateurisme politique avec des formes de démagogie populiste de bas étage, analyse-t-elle, mais leur score devrait alerter : 5 000 voix sans aucun moyen et avec des candidats qui ont une vie professionnelle à côté, ce n’est pas rien. L’un des deux élus a fait plus de voix qu’une personnalité écolo qu’on voit régulièrement à la télévision ! » Elle pointe ce qui est devenu chez eux une « habitude du double discours. En 2012 il n’y avait pas grand-chose de religieux sur leur site. Mais, dans les quartiers musulmans, ils ont distribué des tracts avec un discours totalement différent, réclamant l’instauration du repas hallal, le foulard et les jours de congé pour la communauté », raconte-t-elle. Même chose cette année : « Ils font des déclarations fracassantes sur l’instauration de la charia, mais, si vous lisez leurs 99 points programmatiques, vous n’y trouverez aucune mention. En fait, ils font ça par opportunisme. » Finalement, c’est un observateur aguerri de la vie politique belge qui propose la meilleure lecture de ce phénomène : « Islam est aux partis populistes ce que le vent est aux bateaux », philosophe-t-il. Le vent disparaîtra. Et les bateaux auront avancé.
Quelques points du programme du parti Islam:
Crédit à la consommationMettre fin aux différentes formules d’ouverture de crédit afin de protéger les consommateurs du piège des usuriers. (POINT 94)Abattage privéGarantir l’autorisation de l’abattage privé à domicile pour chaque citoyen comme le dit la loi, mais aussi l’abattage religieux (fait par un sacrificateur habilité) dans un abattoir agréé. (POINT 60)SondagesPermettre aux agences de sondages de publier leurs résultats d’enquêtes d’opinions sans l’interférence du politique. (POINT 63)Signes religieuxpermettre à chaque citoyen de vivre en paix avec lui-même et lui garantir la liberté d’être conforme à sa propre croyance (voile, croix, turban, kippa…) (POINT 58)Tatouages-PiercingInterdire ces pratiques, car notre corps est un dépôt qui nous a été confié et que nous devons en prendre soin de la meilleure manière possible. (POINT 55)Palestinerejeter la » solution » à deux états en affirmant que la Palestine et sa capitale Jérusalem sont indivisibles et sous occupation. (POINT 52)Débit de boissonsLimiter le nombre, mais aussi l’accès aux établissements de débits de boissons alcoolisées. (POINT 40)EspècesSuppression des gros billets de 500 € et 200 € ainsi que des petites pièces de 1 et 2 cents. (POINT 14)UberFaire reconnaître les chauffeurs de cette société comme salariés et non comme autoentrepreneurs. (POINT 34)
Louis-Paul Ndiaye a vécu une enfance heureuse sur l’île de Fadiouth, célèbre pour ses rues jonchées de coquillages et son cimetière mixte où reposent côte à côte chrétiens et musulmans. « Nous, les jeunes catholiques, allions à la mosquée, et les musulmans nous accompagnaient à la messe, témoigne-t-il. L’important, ce n’était pas notre religion, mais plutôt d’être ensemble ! » Les catholiques sont ultra-minoritaires au Sénégal (5 % pour 94 % de musulmans, selon les chiffres officiels). Mais l’homme de 31 ans, devenu vicaire, assure n’avoir jamais eu de problème en raison de sa religion.
Dans une Afrique secouée par de nombreux conflits, le Sénégal cultive avec fierté son modèle de tolérance : depuis son indépendance, acquise en 1960, ce pays — le deuxième parmie les plus religieux du monde derrière l’Éthiopie, selon le Pew Research Center — n’a connu aucun conflit interethnique ou interconfessionnel, ni aucun coup d’État.
« La chance que nous avons, c’est que dans pratiquement toutes les familles, on retrouve des gens de différentes confessions, explique Louis-Paul Ndiaye. J’ai une tante convertie à l’islam. Chaque année, des gens quittent la religion musulmane pour devenir chrétiens. » Ce sont majoritairement des femmes, car l’islam interdit à une musulmane d’épouser un non-musulman. « Nous allons à la fête du mouton, et les musulmans fêtent Noël avec nous. S’il y a un événement malheureux chez eux, nous nous faisons un devoir de porter nos condoléances. »
Premier président de la République, Léopold Sédar Senghor se voit souvent attribuer la paternité de cette « exception sénégalaise ». Persuadé qu’un pays né dans la violence partait sur de mauvaises bases, il négocie l’indépendance en quelques minutes avec le général de Gaulle, dont il était ministre. Il interdit les partis religieux et fait du wolof la langue nationale.
En tant que catholique, M. Senghor est perçu comme neutre dans un pays dominé par deux confréries soufies prônant la convivialité : les Mourides et les Tidianes, dirigées par d’influents marabouts. Il règne sans histoires pendant vingt ans, et entretient même une amitié avec Serigne Fallou Mbacké, calife mouride. Une bonne représentation de la laïcité sénégalaise : l’État se tient à équidistance des religions, tout en ayant des liens forts avec elles. Aujourd’hui encore, le gouvernement assiste à toutes les cérémonies religieuses.
Des brèches dans le vivre-ensemble
Les relations interconfessionnelles au Sénégal ne sont pourtant pas un long fleuve tranquille. Depuis une trentaine d’années, de nouveaux mouvements plus rigoristes, proches des Frères musulmans, se sont installés. Ils contestent la domination des confréries soufies sur l’islam et prônent un rapport plus direct avec le divin, sans l’intermédiaire des marabouts. Les tensions ont été sans gravité, mais personne n’est dupe : les particularismes locaux peuvent voler rapidement en éclats dans un monde où la radicalisation s’opère sur Internet, et où le voisin malien fait l’amère expérience de l’intégrisme.
En 2016, une étude du Timbuktu Institute notait que 10 % des jeunes des banlieues de Dakar seraient prêts à rejoindre un groupe radical dans le but de « défendre l’islam ». Le pays juge actuellement un imam de la ville de Kaolack, Alioune Badara Ndao, accusé avec 29 autres personnes d’apologie du terrorisme et d’appartenance à un réseau terroriste. Un Franco-Sénégalais revenu de Syrie, a été condamnée lundi à 15 ans de travaux forcés (voir encadré).
Un troisième réseau d’écoles, parallèle aux systèmes public laïque et privé catholique, est source d’inquiétude chez une partie de la population : les écoles coraniques ou daaras, où l’on enseigne souvent uniquement le Coran, hors de tout contrôle gouvernemental. « Certains maîtres coraniques obtiennent la garde d’enfants de familles rurales pauvres et les font mendier toute la journée », explique Abderrahmane Kane, premier adjoint au maire de Médina Gounass, banlieue dakaroise de 35 000 habitants.
M. Kane a fondé l’Association pour le développement par l’éducation et la réinsertion, qui enseigne le français et fait la promotion des droits de l’enfant dans 12 daaras. Elle trouve aussi des familles qui parrainent des enfants de ces écoles, afin de les intégrer à la vie du quartier. « Lorsqu’ils ont une famille adoptive, ils se font des amis, soutient-il. On organise des tournois de football, où ils se rendent compte qu’eux aussi peuvent gagner. »
À une toute autre échelle, l’État a dû pragmatiquement se résoudre à un certain retour du religieux à l’école laïque, dans un pays où foi et éducation ne font pas toujours bon ménage. « Les parents musulmans sont obligés de faire apprendre le Coran à leurs enfants, souligne Abderrahmane Kane. Beaucoup d’entre eux préfèrent donc les envoyer à l’école coranique plutôt qu’à l’école laïque… Les défenseurs des droits de la personne dénoncent depuis longtemps cette situation, qui crée deux classes de citoyens. » Bien que se disant non pratiquant, il voit d’un bon oeil la reprise en main de l’enseignement de la religion par l’État, puisque cela pourrait ramener des enfants dans le giron du système public.
Même enthousiasme du côté du Cadre unitaire de l’islam, organisation qui réunit des penseurs et chercheurs des confréries et des associations islamiques. Elle a été lancée en février dans le but affirmé de promouvoir le vivre-ensemble au Sénégal, et souhaite mettre à la disposition du système scolaire des manuels enseignant le message des érudits du soufisme sénégalais : « On pense que le système éducatif doit être nourri de leur enseignement de paix, de tolérance et de bonne gouvernance, en plus de celui des philosophes européens, indique le secrétaire général Cheikh Gueye. Les idéologies radicales ont gagné un peu de terrain, et il faut trouver de nouvelles réponses. »
Et, aussi, cultiver les anciennes méthodes, en relançant le dialogue interconfessionnel. « Notre association parvient à réunir autour d’une table des chiites et des sunnites, des wahhabites et des soufis, note M. Gueye. Ça peut sembler exceptionnel ailleurs, mais au Sénégal ça ne l’est pas. » Le vivre-ensemble, c’est aussi partager de petites victoires.
Lors de la troisième journée d’audience du procès de 29 prévenus pour « actes de terrorisme » de 29 prévenus, d’une ampleur inédite au Sénégal, l’une des épouses de l’un des principaux accusés a affirmé être au centre de mouvements de fonds pour le compte du réseau jihadiste présumé, en lien avec Boko Haram au Nigeria.
Coumba Niang, 34 ans, mère de trois enfants, est une des deux épouses de Makhtar Diokhané, un des principaux prévenus du procès qui s’est ouvert lundi devant le tribunal correctionnel de Dakar. 29 personnes, dont trois femmes, sont jugées pour « actes de terrorisme par association de malfaiteurs, par menaces ayant pour but de troubler l’ordre public, financement du terrorisme et blanchiment de capitaux ».
Avant de partir pour le Nigeria, Makhtar Diokhané « m’avait confié de l’argent, que je n’ai pas compté », a affirmé Coumba Niang, apparue voilée à la barre. Elle a assuré avoir remis sur instruction de son époux de l’argent à des proches de ce dernier, confirmant les dires d’un autre prévenu, Ibrahima Diallo, qui a indiqué mardi avoir reçu d’elle 22 000 euros à son retour du Nigeria.
« Les demandes d’argent étaient répétées », a-t-elle dit, en référence aux sollicitations de proches de son mari, ajoutant: « Pour cette raison j’ai voulu m’en débarrasser ».
Argent et documents
Selon le parquet, lors d’une perquisition à son domicile près de Dakar, « 14 500 euros en billets de 500 euros ont été saisis dans sa chambre » en plus de « documents relatifs au jihad ».
Ces documents détaillent notamment « les techniques et stratégies de combat et de déstabilisation d’un État », « les techniques d’enlèvement, de rapt et d’assassinat ». Ils comprennent aussi des livres « légitimant les exécutions sommaires » de personnes opposées au jihad, selon l’accusation.
Durant l’enquête, Coumba Niang a affirmé que l’argent avait été remis à son mari par « le chef de Boko Haram Abubakar Shekau ». Mais cette version, avancée par le parquet, n’a pas été confirmée par la principale intéressée à la barre.
Une partie de ces « importantes sommes d’argent confiées par son mari » était destinée aux collaborateurs de Diokhané et une autre « à financer un travail qui devait être fait au Sénégal », a affirmé le procureur Ali Ciré Ndiaye.
Les prévenus sont accusés d’avoir voulu créer une base jihadiste au Sénégal. Mokhtar Diokhané a fréquenté Boko Haram au Nigeria avant d’être interpellé en 2015 au Niger voisin à la suite d’une affaire de « faux monnayage » puis remis au Sénégal, selon l’accusation.
Les enseignants de Ziguinchor ont tenu à marcher malgré l’interdiction du préfet. Mais ils ont été surpris par un déploiement massif et dissuasif des éléments de la police qui avaient pour mission de les disperser. Face à la détermination des manifestants, les policiers n’ont pas hésité à larguer des grenades lacrymogènes. Ce fut le coup d’envoi d’une grande débandade. La même source signale deux arrestations d’enseignants et de nombreux « blessés graves »
Le leader du mouvement «République des valeurs», Thierno Alassane Sall, dément le Premier ministre, Mahammad Dionne. Invité du Grand Jury de la Rfm, le chef du gouvernement avait indiqué que Sall «a été démis de ses fonctions de ministre de l’Énergie et du développement des Énergies renouvelables, pour des problèmes de performances».
L’intéressé affirme que la réalité est autre. «Le Premier ministre sait bien qu’il ne s’agit pas de compétence ou d’incompétence, corrige-t-il sur plateau de Talk-Show (Sen TV). Il s’agit de trahir le Sénégal ou de ne pas le trahir, car vous contournez le texte de loi, le code et le décret d’application, pour amener un ministre à signer ce qui vous plait.»
Thierno Alassane Sall de poursuivre : «Il (le Pm) m’a demandé à me voir en aparté et a voulu savoir si je maintenais ma décision de ne pas signer. Il connaissait déjà ma position puisqu’on avait longuement discuté la veille. Il me dit : ‘Mon frère, comment évolue la situation ? Il faut signer parce que c’est bon… Il faut y aller’. Je lui réponds que je ne compte pas signer parce qu’il n’y a rien de nouveau par rapport à la dernière proposition que j’ai reçue. Les autres ont présenté une meilleure offre. Il revient à la charge et me demande si je connais le prix de l’inaction. Je lui rétorque que c’est le sachant que je suis venu avec ma lettre de démission.»
Informé par le Premier ministre, Macky Sall convoque Thierno Alassane Sall. Que se sont dit les hommes ? L’ancien ministre de l’Énergie ne le révélera pas. «Étant donné que je respecte le Président, pour le moment, je ne vais pas raconter ce qui s’est passé dans le secret de son cabinet», justifie-t-il.
Le ministère de l’Education nationale est « en train de réfléchir en rapport avec tous les acteurs concernés à un prolongement éventuel de l’année scolaire ». La Secrétaire générale dudit ministère, Khady Diop Mbodj qui donne l’assurance, fait part de la possibilité de « repousser la date des examens pour permettre aux enseignants et aux élèves de faire des rattrapages afin de réduire ce gap qui a été constaté avec le suivi des mots d’ordre de grève ».
« Nous sommes en train de l’étudier en rapport avec nos inspections d’académie, nos techniciens maisons pour voir la date à retenir », dit-elle, assurant qu’ils vont « tenir compte de l’hivernage, du temps des vacances scolaires ».
« Nous allons examiner plusieurs paramètres pour faire des propositions consensuelles qui pourront nous permettre véritablement de rattraper tout ce temps perdu et de pouvoir faire les examens et de donner la chance à tous les élèves de pouvoir terminer le programme et de faire de bons examens », déclare Khady Diop Mbodj.
LES AFRIQUES – Le pays avait été intégré en septembre 2017 à la liste des nations visées par le décret migratoire interdisant le franchissement des frontières américaines. Les Etats-Unis ont annoncé, mardi 10 avril, la levée de l’interdiction d’entrée sur leur territoire imposée aux Tchadiens. Dans un communiqué, le département de la sécurité intérieure fait ainsi valoir que N’Djamena avait répondu aux exigences de Washington et « avait mis à niveau ses normes de sécurité ». Ses ressortissants pourront donc de nouveau avoir des visas. Quant à l’interdiction d’entrée sur le territoire, elle sera formellement levée le 13 avril.
Le Tchad avait été intégré en septembre 2017 à la liste des pays visés par le décret migratoire interdisant le franchissement des frontières américaines pour manquements à la sécurité et manque de coopération avec Washington. Les détracteurs du texte lui reprochent de cibler sans raison et de façon discriminatoire des dizaines de millions de musulmans. Le décret a fait l’objet d’une intense bataille judiciaire aux multiples rebondissements. La Cour suprême l’avait remis en vigueur en décembre mais a annoncé en janvier qu’elle allait examiner sa troisième mouture sur le fond.
Le tribunal correctionnel de Dakar a condamné lundi à 15 ans de travaux forcés pour « terrorisme » un Franco-Sénégalais revenu de Syrie, avant d’entamer effectivement le procès de 30 personnes, dont un imam, reporté trois fois depuis trois mois.
Le procès est le premier de ce type au Sénégal, par le nombre de prévenus, dont l’imam Alioune Ndao, originaire de Kaolack (centre) et trois femmes. Ajourné à trois reprises depuis son ouverture le 27 décembre, il devrait durer plusieurs jours.
Selon l’ordonnance de renvoi lue pendant près de deux heures, ils sont accusés d’avoir voulu créer « une sorte de base » du groupe Etat islamique (EI) dans le sud du pays avant d’étendre leur projet « entre le Sénégal, la Gambie, la Guinée et la Guinée-Bissau ».
Auparavant, la même chambre du tribunal avait condamné le Franco-Sénégalais Ibrahima Ly, 34 ans, en détention depuis presque trois ans, à quinze ans de travaux forcés pour association de malfaiteurs et apologie du terrorisme.
Le parquet avait requis la perpétuité contre ce natif de Trappes, en banlieue parisienne, notamment pour s’être rendu en territoire syrien contrôlé par l’EI. Sur son téléphone ont été retrouvés des photos où il tient une arme et une vidéo dans laquelle il exhorte les musulmans au jihad.
Ibrahima Ly et son avocat ont affirmé qu’il était parti en Syrie pour y étudier le Coran et non pour combattre.
Son jeune frère, Mansour Ly, a été condamné en mars 2016 à cinq ans de prison par le tribunal correctionnel de Paris pour association de malfaiteurs en vue de commettre des actes terroristes.
Il faisait partie d’un groupe de quatre jeunes Français dont la tentative de gagner la Syrie quelques jours après l’attentat contre Charlie Hebdo en janvier 2015 avait échoué en raison d’un accident de voiture en Turquie.
Selon l’ordonnance de renvoi, le projet de l’imam Ndao et de ses coprévenus avait pour « cibles les Français, les confréries, les bâtiments publics » et comme méthodes notamment les « attentats suicide ».
« La tête de pont de ce groupe est Mokhtar Diokhané », alias Abou Anwar, un des prévenus, ancien élève de l’imam Ndao ayant fréquenté au Nigeria le groupe jihadiste Boko Haram puis arrêté au Niger et expulsé au Sénégal, selon l’accusation.
Des vidéos et autres documents de propagande de l’EI, de l’argent, des téléphones portables et des armes ont été retrouvées chez des prévenus qui ont en outre tenu des « réunions » sous la direction de Mokhtar Diokhané et ses deux épouses, selon l’ordonnance.
Les prévenus, qui nient les faits, détenus pour certains depuis plus de deux ans, sont notamment poursuivis pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », « actes de terrorisme » ou encore « financement du terrorisme ».
Dans une autre affaire, le tribunal a en revanche acquitté Assane Camara, âgé d’une trentaine d’années, détenu depuis deux ans, des chefs de complicité d’acte terroriste et d’association de malfaiteurs.
Il s’est récemment produit un phénomène notable, et peut-être inédit, dans l’histoire de la critique de la Francophonie : la publication, par des intellectuels, écrivains, artistes majoritairement africains, de plusieurs tribunes ; lesquelles, pour la plupart, exprimaient sinon leurs doutes, au moins leur méfiance -quand il ne s’agissait pas de leur rejet pur et simple- à l’égard de la Francophonie. J’ignore d’ailleurs s’il serait approprié de parler d’un réel débat, tant toutes ces tribunes, à deux ou trois textes près, ont abondé dans le même sens : une mise en crise de la Francophonie. Et sans doute celle-ci, par certains de ses aspects, la mérite-t-elle.
Les propos de ces tribunes n’ont donc pas été une surprise à mes yeux. Ce qui, en revanche, l’a été, c’est l’événement qui les a ainsi fait fleurir. Pour quelle raison, sur une période si brève, avec cette intensité, autant de figures intellectuelles et littéraires africaines reconnues ont écrit sur (contre) la Francophonie ? La réponse n’est pas bien difficile à trouver : la France. Evidemment : elle seule est encore capable de faire verser autant d’encre –y compris la mienne- et de susciter de si nombreuses réactions sur la Francophonie. Il aura suffi que le président français, Emmanuel Macron, décline ses ambitions francophones, pour que les réactions, majoritairement africaines, fusent.
On peut comprendre l’emballement. Qu’on se demande s’il y a, derrière la subite attention politique de Macron à la Francophonie, un piège, est logique. Des raisons historiques et politiques pourraient aisément l’expliquer. Mais je crains que, rappelant avec tant d’insistance et de vérité à la France qu’elle n’est pas/plus le centre de la Francophonie, toutes ces tribunes (et celle-ci) ne l’y aient involontairement renvoyée. L’idée d’une centralité prétendue de la France au sein de la Francophonie subit depuis de longues années maintenant de dures critiques – à raison. Mais plusieurs questions me viennent. La première : si un mouvement de la France dans la Francophonie déclenche autant de mises en garde, n’est-ce pas le signe que, pour ceux-là mêmes qui récusent sa centralité, elle conserve malgré tout, symboliquement peut-être, quelque chosede central ? La deuxième, en deux temps : qu’entend-on vraiment lorsqu’on somme la France d’accepter qu’elle est « un pays francophone comme les autres »? Est-on prêt, au fond, à accepter qu’elle le soit pleinement, ce qui impliquerait qu’elle puisse, elle aussi, faire de la Francophonie son affaire ? Et la dernière : si la France n’avait pas manifesté sa volonté de se réintéresser à la Francophonie, y aurait-il eu autant de tribunes à ce sujet ? Y en aurait-il même eu une seule ?
Je me dis ceci : tant que la France provoquera aussi systématiquement nos réactions, tant qu’elle nous obligera à lui répondre –quand bien même ce serait pour la retoquer rudement- tant que l’initiative du débat sur ce que nous sommes ou voulons être, et sur l’avenir de la langue française, même Afrique francophone, lui appartiendra en partie, il y aura toujours quelque chose de ce lien détesté que, tragiquement, nous continuerons à maintenir dans notre geste même pour l’abolir. L’indifférence, l’indifférence obstinée, qu’on défendrait comme un droit fondamental et exercerait comme un devoir : voilà ce qu’il faudrait parfois, sur la Francophonie comme sur tant d’autres sujets, à l’égard de la France.
Je suis parfaitement conscient du fait que le récit sur soi implique nécessairement qu’on réfute la narration que l’autre fait de nous. Mais à trop prêter l’attention à cet autre discours, on ne s’occupe plus du sien, de nos urgences, de nos défis. On rentre ainsi dans une autre aliénation, de laquelle on sort avec l’impression d’avoir gagné, quand on y a seulement laissé beaucoup de forces. Ou de laquelle on ne sort pas. Ce qui est la vraie défaite.