Gawlo, égérie sans mandat

INVENTAIRE DES IDOLES – Alors que Soda Mama Fall entre dans le grand âge, qu’Awa Sène Sarr consume ses derniers éclats dans son exil belge, que la dynastie de Mbissine Thérèse Diop, peine à trouver, dans les actrices actuelles, des héritières de renom ; alors que la filiation des Yandé Codou Sène a perdu son souffle dans la transmission, perdant, dans la majesté déclinante des Kiné Lam, les notes authentiques de la grandiloquence sénégalaise, il y a à la vérité, une, voire des places vacantes, sur le trône artistique féminin. Perles et diadèmes,cauris, or et magnificence, sommeillent, en écrin patient, attendant le trésor à protéger. En voici les cases à cocher : silhouette élancée de la grande royale, port serein et regard impérial, secret et génie de l’attirail de séduction, soupçon de galbe et de formes, indépendance et puissance presqu’intimidantes, l’élégance caractéristique de ce charme sénégalais, a conçu un modèle, mais peu d’icônes sur la scène actuelle. Coumba Gawlo offre un intérim,dont l’imperfection ne doit pas ternir la légitimité.

La prêtresse de Kor Dior et de Yo Male, qui eût la merveilleuse idée de se nourrir des divas du continent, de Sangaré à Makéba, s’est taillé au fil du temps un nom et une réputation. Elle a jeté, comme un voile de conquête, sa voix dans le monde.  L’aventure s’est soldée par un bilan correct. Des invitations qui parsèment une carrière riche, des tubes continentaux, une allure et un regard, qui taillade comme une lame. Il y a toujours eu cette impression chez Gawlo que ses grâces corporelles achevaient de compléter ses chansons, ou inversement. Impression trouble d’avoir tout, mais pourtant de sentir un manque. Il semble qu’elle soit quelque part, un fort beau lieu du reste, bloquée dans le trafic artistique, où son œuvre, quoique grandiose, n’a pas encore dompté ou posé son empreinte dans la postérité. Si les mémoires se souviendront à coup sûr de ce bassin enchanteur, de ces chansons évocatrices du désir, de cette tessiture particulière qui voyage du grave à l’aigu, il manque ce ne je ne sais quoi, par lequel on met la mémoire sous scellé.

Encore jeune, défiant les décennies, et empilant à chaque âge de nouvelles munitions de séduction, sa carrière musicale paraît, elle,piétiner. Arrêtée passivement, dans ce temps figé que le fait glorieux passé n’arrive pas à décoincer. Il en résulte le nouveau rôle de Gawlo, égérie d’une idée sénégalaise que l’on exhibe, que l’on porte en trophée, dont la fierté nationale se drape pour cacher son déficit. Egérie banale. A portée du quidam, favorite des princes et de la cour politique. La modernité des réseaux sociaux, prompte à façonner une célébrité à partir de rien, ou à l’ensevelir, par la logique identique des modes, a redimensionné le trône virtuel de Gawlo. Elle dont la parole est puissamment désirée sans jamais être entendue, elle dont les charmes usinent les fantasmes des jeunes premiers, elle qui est devenue un tableau qui vole au vent de l’actu, se baladant dans un espace national chatoyant et gigantesque où elle flotte. Nulle mission confiée, nul statut, vivant hors du temps musical, elle est à l’image des premières dames qui accompagnent leurs maris et se trouvent des causes, presque artificielles, pour combler le vide d’une existence.

Il est sain de ne pas trop pénétrer le secret des idoles. La familiarité tue l’admiration. Partager un bout de chagrin et de faiblesse du héros, c’est dénuder le mythe. Coumba Gawlo est aussi, à ce titre, égérie multi-casquette. Celle de ce malaise indicible qui étreint nombre de femmes sénégalaises, tellement belles qu’elles en deviennent suspectes, tellement charismatiques que leur ombre éblouit les hommes jusqu’à la démission, si majestueuses qu’on n’entrevoit pas l’abandon lubrique aux jeux, semblant ainsi inaccessibles mais pourtant si gourmandes de s’abandonner aux marchés des amants, si autonomes qu’elles résistent à la corruption habile des mâles. C’est presque la genèse d’une solitude, d’une blessure, d’un destin de femme noire, dont le malheur est parfois, parfois seulement, d’être prisonnière de sa beauté et de ses ornements, entre autres.

Dans l’éclat du sourire qui nous fige, c’est l’irradiation d’une égérie sans mandat. Il en ainsi des étendards, qu’il leur faut cette légèreté (vide) pour danser au son du vent et des envies. La tête au ciel, les pieds sous la discrète brulure du sol.

Par Elgas

(illustration originale d’Ibou Lô)

Copyright : Tract Quotidien 2018 – www.tract.sn

Schizophrénie : ‘Non au Maroc dans la CEDEAO, oui à l’impossible Zone de Libre-Échange continentale’

L’ET DIT TÔT D’O.N.G – Les patronats des pays de l’Afrique de l’Ouest ont vite fait de monter aux rideaux pour crier au loup et protester contre l’arrivée annoncée du Maroc au sein de la CEDEAO. C’est bien parce que cette demande d’adhésion du royaume chérifien à la CEDEAO sera suivie d’effets concrets sur nos économies. Dont le premier sera la concurrence des produits marocains à ceux fabriqués dans les pays actuels concernés. Le Maroc est d’ailleurs déjà un des premiers investisseurs étrangers dans plusieurs pays de la CEDEAO, dont le Sénégal et le Mali ne sont pas les moindres.

Dans le même temps, les secteurs économiques de nos pays accueillent avec placidité la signature des accords portant mise en place de la  ZLEC, la Zone de Libre-Echange continentale. C’est bien parce que cette ZLEC a peu de chance d’exister avant quelques décennies,  en dehors du papier qui entérine sa création. La réalité ne se décrète pas.  Avant une zone de libre-échange continentale, il y a plusieurs préalables à régler. Le premier est celui de la monnaie. Dans les zones de libre- échange du monde, il faut une monnaie unique ou au moins une monnaie de référence. Ensuite, il faut régler la question de la libre circulation des personnes et des biens, même si cette dernière est souvent plus facile que celle des personnes. Plusieurs pays africains demandent des visas aux citoyens d’autres pays africains. Quand ces visas n’existent pas dans la législation, comme c’est le cas dans la CEDEAO, il suffit d’emprunter la voie terrestre afin de rallier un autre pays africain pour se rendre compte que les douaniers aux postes frontières ont une lecture personnelle de cette prétendue libre circulation des personnes et se donnent la prérogative de racketter les voyageurs africains, à la tête du client. Enfin, pour une zone de libre-échange à l’échelle du contiennent, encore faudrait-i des voies de circulation et des moyens de transports en commun à la portée de tous. Il n’y a pas d’autoroutes, ni de de voies ferrées, en tout cas pas suffisamment, à l’échelle de tout le continent, permettant de se déplacer comme l’on veut pour commercer.

Au total donc, la ZLEC est partie pour être un beau monstre du Loch Ness. Celui dont on est sûr qu’il existe mais que personne ne verra de sitôt. Et les entrepreneurs africains l’ont bien compris.

Khalifa Sall : condamné aujourd’hui, libre d’être candidat demain

L’ET DIT TÔT D’O.N.G – Verdict attendu donc aujourd’hui dans l’affaire Khalifa Sall. Il ne fait aucun doute que le premier magistrat de Dakar, 62 ans, sera condamné ce vendredi. Le Procureur de la République a requis 7 ans de prison ferme. La peine minimale en cas de condamnation pour ces faits est de 5 ans. Modibo Diop de l’ASER, poursuivi pour détournement de deniers publics sous le magistère du Président Abdoulaye Wade avait été condamné à 5 ans de prison. Karim Wade l’a été par la CREI a 6 ans de prison, mais a conservé ses droits civiques, ainsi que l’a précisé l’alors ministre de la Justice Sidiki Kaba. Sauf que le candidat-par-voie- épistolaire Karim Wade se trouve depuis sa libération par grâce présidentielle dans un exil (forcé ? ) dont on ne sait quand il prendra fin. 5 ou 6 ans de prison, la condamnation de Khalifa Sall devrait être dans ces eaux là.

A la différence de ce qui s’est passé avec la CREI, où les décisions de la cour sont insusceptibles de recours, à la suite de sa condamnation annoncée, Khalifa Sall conservera toutes ses possibilités de faire appel du verdict. Verdict qui ne sera donc que la première étape d’une longue procédure, car les avocats de l’Etat comme de Khalifa Sall ont d’ores et déjà annoncé qu’ils feraient appel s’ils n’en sont pas satisfaits.

Khalifa Sall a d’ailleurs commencé les recours devant les autres cours compétentes sur son affaire. Il a ainsi saisi le tribunal de la CEDEAO, pour statuer sur sa détention qu’il estime arbitraire. Il aura le loisir d’aller demander une révision de ce verdict inéluctable devant bien d’autres cours, africaines et internationales. La condamnation attendue ne le déchoira pas de ses droits civiques, car cette condamnation ne sera pas définitive. Khalifa Sall, condamné aujourd’hui  après 5 semaines de délibération des juges, mais toujours libre d’être candidat à l’échéance qui obnubile toute le monde : la présidentielle du 24 février 2019.

 A cet égard, Khalifa Sall semble être le seul candidat, de l’opinion générale,  qui peut empêcher cette prochaine présidentielle d’être un règlement de comptes à OK Corral exclusif entre les enfants d’Abdoulaye Wade que sont Macky, Idy, Karim Wade, et autres Pape Diop. Et forcer le Président sortant à un deuxième tour. Second tour éventuel dont Khalifa Sall ne sera pas forcément le bénéficiaire. Idrissa Seck a d’ailleurs bien compris, depuis les législatives où il a été en coalition avec le maire de Dakar, qu’il y a avait une alliance objective d’intérêts entre l’opposition radicale dont il est le chef de file par défaut et Khalifa Sall.  Les autres challengers déclarés que sont Malick Gackou, Abdoul Mbaye, ou encore l’avocat Mame Adama Gueye ne sont pas crédités d’intentions de votes importantes et n’impriment pas dans l’opinion. On cherche encore l’outsider qui serait le Macron de cette élection : Ousmane Sonko ? Moustapha Guirassy ? L’affiche de la présidentielle de 2019 n’est pas encore cristallisée. Les jeux restent ouverts, malgré l’immixtion des juges dans le champ politique. Et en dépit de toutes les restrictions que le Gouvernement Macky Sall s’attelle à mettre en œuvre pour limiter les candidatures ou n empêcher certaines qui sont susceptibles de lui prendre beaucoup de voix : projet de loi sur les parrainages citoyens, casier judiciaire entaché pour les candidats Karim Wade et Khalifa Sall….

Le maire condamné de Dakar, clé d’un second tour en 2019 ?  Il reste à savoir comment il mènera campagne du fond d’une cellule à Rebeuss. Et si les Sénégalais sont prêts à voter en masse pour un candidat qui se trouve derrière les barreaux d’une cellule de prison. Conduire quelqu’un des barreaux de prison aux grilles du palais, il y a un pas que le bon sens des électeurs sénégalais ne leur permet pas forcément de franchir. La présidentielle de 2019 ne devrait pas être un référendum pour ou contre Khalifa Ababacar Sall, après que celle de 2012 ait été un référendum pour ou contre Abdoulaye Wade. La condamnation de Khalifa Sall sera bel et bien une entrave à sa résistible ascension. Tout le monde n’est pas Mandela.

Ousseynou Nar Gueye

Idrissa Seck à Jeune Afrique : « 70 % des électeurs sont aujourd’hui opposés à Macky »

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POLITIQUES – «Lorsque je parcours le pays, ce que les Sénégalais me disent est très clair : “Macky, le problème ; Idy, la solution !” » Selon plusieurs de ses proches aujourd’hui en rupture de ban, la modestie n’a jamais été le principal trait de caractère d’Idrissa Seck, le président du parti Rewmi, même si lui-même l’assure : « J’attendrai humblement les suffrages au soir de l’élection. »

Cette élection, c’est la présidentielle de février 2019. Et de l’avis général, au Sénégal, Idrissa Seck y jouera son va-tout. Si, à 58 ans, l’ancien Premier ministre d’Abdoulaye Wade peut toujours espérer, en cas d’insuccès, faire un come-back en 2024, bien rares sont ceux qui lui prédisent la capacité d’être élu à la tête de l’État après un troisième échec successif (après ceux de 2007 et 2012), et alors qu’une nouvelle génération de leaders politiques se presse déjà à la porte.

Sûr de lui

« Idrissa Seck n’a plus la capacité de peser seul. Aux législatives de 2017, il en était réduit à se diluer au sein d’une coalition de l’opposition qui n’a réuni que 11 % des suffrages, tacle un conseiller du président Macky Sall. Idy se rêvait numéro un : il est devenu numéro rien. »

« Le risque que Macky Sall l’emporte au premier tour est de zéro », rétorque l’intéressé, même lorsqu’on lui fait remarquer que la majorité présidentielle totalisait 49,5 % des suffrages aux dernières législatives. « Quand vous écoutez les Sénégalais, la probabilité que Macky perde 10 % à la prochaine présidentielle est largement supérieure à l’hypothèse qu’il gagne le pourcent qui lui permettrait de passer au premier tour », veut croire l’ancien maire de Thiès.

Idrissa Seck en est sûr : ses compatriotes attendent impatiemment une troisième alternance, dont il aimerait bien être le bénéficiaire. Et de citer les propos qu’il leur attribue, après plusieurs mois de tournée dans le pays profond : « Nous sommes fatigués, nous souffrons, nous nous sommes trompés en 2012… Cette fois-ci, nous ne voulons pas d’un président par défaut ! »

2012 : « Tout sauf Wade ! »

Selon « Idy », ce n’est pas pour ses mérites que Macky Sall a été élu en 2012 mais pour chasser du pouvoir Abdoulaye Wade, qui entendait rempiler pour un troisième mandat.

Et lorsqu’il lui faut énumérer les manquements qu’il prête au quatrième président du Sénégal, l’homme est intarissable. « Le niveau de la pauvreté et de l’insécurité s’est aggravé, Macky Sall fait preuve d’un manque notoire de sérieux et de sincérité, ses réformes entachent la crédibilité de l’institution présidentielle. Sans parler du patriotisme économique, largement malmené au profit de pratiques népotiques comme la nomination de son propre frère à la tête de la Caisse des dépôts et consignations… »

En 2012, pourtant, Idrissa Seck s’était rallié à Macky Sall sans hésiter, au second tour de la présidentielle, au nom d’un pacte informel qu’il se targue d’avoir respecté scrupuleusement : « Tout sauf Wade ! »

Tout, chez Macky Sall, le renvoie à ses propres échecs

Un an plus tard, jour pour jour, le 25 mars 2013, il officialisait son divorce avec la mouvance présidentielle devant micros et caméras. Depuis, s’il se fait plutôt discret dans les médias sénégalais (et s’il est invisible dans les médias internationaux), Idrissa Seck ressasse son aversion pour Macky Sall, son éphémère allié.

« Il y a chez lui une aigreur manifeste envers le chef de l’État. Il est vrai que tout, chez Macky Sall, le renvoie à ses propres échecs : sa trajectoire, son style, son enracinement authentique dans le pays et le succès de son combat politique », estime un proche de l’actuel président.

De fait, quand on demande à Idrissa Seck ce qu’il pense de celui qui fut son ministre lorsque lui-même était à la primature, avant de lui « ravir » son poste quand il fut limogé par Wade, en 2004, son regard se voile, et un rictus de dédain se dessine sur son visage.

« Nos parcours respectifs n’ont rien à voir ! Qu’il s’agisse de notre relation avec Abdoulaye Wade, de notre parcours au PDS [Parti démocratique sénégalais] ou de notre personnalité… » Manifestement, Idy voit en Macky Sall un opportuniste venu lui ravir son statut de dauphin, alors que lui-même était à terre.

Un destin présidentiel contrarié

La trajectoire d’Idrissa Seck est celle d’un destin contrarié. C’est l’histoire d’un militant précoce, fin stratège politique, analyste économique brillant, pieux musulman, et accessoirement intime de l’ancien chef de l’État, qui s’était rêvé président du Sénégal sans avoir pris la mesure des obstacles qui se dressaient sur son chemin.

« Il est déterminé car il est convaincu qu’il a un destin présidentiel », reconnaît Me Nafissatou Diop Cissé, membre fondateur de Rewmi et l’un des premiers proches d’Idrissa Seck à avoir fait défection, non sans une certaine amertume.

En 2000, lorsque Abdoulaye Wade accède au pouvoir après vingt-six années dans l’opposition, Idrissa Seck est au faîte de son influence, semblant cumuler les atouts. Militant du PDS depuis ses 14 ans, il a entretenu avec Abdoulaye Wade, dès son plus jeune âge, une relation quasi filiale. « J’étais vraiment son enfant gâté ! J’étais le seul à entrer dans sa chambre, où il n’était pas complètement habillé, pour l’aider à faire sa gymnastique », déclarera-t-il un jour fièrement.

A seulement 29 ans, en 1988, il fut le directeur de campagne de l’opposant historique, au summum du duel politique qu’il livrait contre Abdou Diouf. Et à la veille de la première alternance, en 2000, on lui prête le rôle essentiel d’avoir convaincu le vieux lion, alors désabusé, de mener un ultime combat. Et, surtout, d’avoir été l’artisan de la Marche bleue, épisode épique dans l’ascension du fondateur du PDS vers le Palais de la République.

Idrissa Seck, alias « Ngorsi »

Nommé ministre d’État, directeur de cabinet du président fraîchement élu, Idy devient Premier ministre en 2002. Dans l’entourage d’Abdoulaye Wade, alors septuagénaire, certains considèrent que « Gorgui » (« le Vieux ») ne fera qu’un seul mandat. Idrissa Seck, alias « Ngorsi » (« le Gosse »), se voit déjà lui succéder, tandis qu’en coulisses Karim Wade, le fils biologique, monte en puissance.

En 2005, après une campagne de presse hostile qu’il qualifie aujourd’hui de complot orchestré par la présidence – et dont il accuse Macky Sall d’avoir été l’un des artisans zélés –, Idy paie au prix fort sa disgrâce : accusé tour à tour de détournements financiers dans son fief électoral de Thiès puis d’atteinte à la sûreté de l’État, il est incarcéré à la prison de Rebeuss, où il séjournera pendant sept mois. Du jamais-vu depuis la mise au cachot de l’ancien Premier ministre Mamadou Dia, sous Senghor !

Le rêve présidentiel d’Idrissa Seck vient se fracasser contre cette cabale présidentielle, alimentée par les faucons de l’entourage d’Abdoulaye Wade, qui voient d’un mauvais œil les ambitions du maire de Thiès, que celui-ci n’avait même pas pris soin de dissimuler. Lorsqu’il sort de prison, Idy n’est plus le même homme.

Pourtant, la relation intime qu’il entretient avec son père spirituel semble l’emporter sur son amertume. Et Idrissa Seck d’entamer, avec Abdoulaye Wade et le PDS, une valse politique indéchiffrable qui finira par donner le tournis aux Sénégalais. à de multiples reprises, il se rapprochera ainsi du père infanticide, puis s’en écartera (se présentant contre lui à la présidentielle de 2007), avant de revenir lui faire allégeance, puis de prétendre lui porter l’estocade (en 2012)… quitte à s’y brûler les ailes. Vivrait-il dans un passé sublimé ? « Je ne retiens de mon histoire avec Abdoulaye Wade et le PDS que les bons moments, confie-t-il à JA. La construction dynamique, jusqu’à la victoire du Sopi [« changement », en wolof – le slogan mythique du PDS]. »

Musulman jusqu’au bout des ongles, multipliant à chaque intervention les citations tirées du Coran, le pieux Idrissa Seck s’est toujours abstenu de stigmatiser Abdoulaye Wade, qui fut pourtant l’artisan de sa descente aux enfers. « Je ne blâme personne pour l’épreuve douloureuse qui m’a contraint, un temps, à m’exiler hors du Sénégal. Cela fait partie d’un processus de maturation et d’acquisition de sagesse qui ne pouvait passer que par l’épreuve », assure-t-il, philosophe.

« Tu seras un bien meilleur président demain que si tu l’avais été en 2007 ou en 2012 », aurait prophétisé l’un de ses amis. Reste à savoir si son poids électoral lui permettra, demain, de réaliser le dessein qu’il caressait avant-hier. Car parmi les vétérans de son propre camp, qui s’est largement dégarni depuis la création de Rewmi, en 2006, les prédictions sont funestes.

« Idrissa Seck pèse aujourd’hui entre 1,5 % et 2 % », estime le député Omar Sarr, membre fondateur de Rewmi aujourd’hui rallié à la coalition gouvernementale Benno Bokk Yakaar (BBY). « Il n’aura pas plus de 2 % en 2019, renchérit un conseiller présidentiel. Mais au lieu de s’en prendre à lui-même, il préfère déverser sa bile sur Macky Sall, qui a brisé son rêve. »

Depuis 2012, ses principaux lieutenants se sont détournés de lui. Au nombre des griefs avancés par la plupart d’entre eux, des méthodes jugées « autocratiques », une absence de considération pour ses troupes et une certaine nonchalance dans le combat politique. « J’ai très vite connu sa nature réelle, et j’ai cru pouvoir la contenir : il croit que la communication peut tout régler, et il pense pouvoir accéder au pouvoir sans efforts, contrairement à Senghor, Abdoulaye Wade ou Macky Sall », estime Omar Sarr.

Une « candidature libérale d’union » ?

« Idrissa Seck a commencé bien tard à parcourir le Sénégal des profondeurs. Ses tournées sont relayées par une certaine presse, qui lui fait beaucoup de publicité, mais sur le terrain on ne sent pas trop la présence de ses lieutenants, du moins à Kaolack [centre du pays], où je milite », ajoute Me Nafissatou Diop Cissé, selon laquelle, « contrairement à son principal adversaire, Macky Sall, il est un peu paresseux et aime beaucoup le confort ».

Pour Yankhoba Diattara, chargé de la vie politique à Rewmi, qui lui est resté fidèle, ces « arguments fallacieux » venus de son ancienne garde rapprochée « auraient plutôt tendance à doper les Sénégalais en sa faveur ». Quant à Idy, s’il s’abstient de pronostiquer son propre score, il se dit convaincu que « 60 % à 70 % des électeurs sont aujourd’hui opposés à Macky », même s’il admet ignorer « comment leurs suffrages se répartiraient entre les principaux leaders de l’opposition ».

En 2016, il nous confiait qu’une « candidature libérale d’union » lui semblait un « scénario souhaitable ». Enième tentative, pour le fils spirituel, de briguer l’imprimatur du père ? Au PDS, Me El Hadj Amadou Sall, membre du comité directeur, ne laisse pas de place à cet espoir : « Il n’y aura aucune danse du ventre au premier tour. Le PDS a son candidat, Karim Wade, et n’en soutiendra aucun autre. »

Pater dolorosa

Malgré les années, la blessure n’a pas cicatrisé. En mars 2013, lors d’une interview télévisée restée dans les annales, Idrissa Seck revient sur l’épreuve qu’a représentée son placement en détention sous Abdoulaye Wade. Et il fond en larmes face aux caméras.

« Je rends grâce à des amis – de vrais, ceux-là ! des grands frères à moi – qui ont veillé à ce que cette famille-là [la sienne] ne manque de rien ! Jusqu’aux cadeaux de Noël […]. J’ai souffert dans ma chair mais j’ai appliqué ce verset qui exige d’endurer d’une belle endurance. J’ai enduré d’une belle endurance ! »

Par Mehdi Bâ

Jeune Afrique

Pour apologie du viol, Songué Diouf sera jugé en avril

Le professeur de philosophie et chroniqueur à l’émission Jakaarlo bi de Tfm Songué Diouf sera devant le juge de la troisième chambre correctionnelle, le 10 avril

Songué Diouf est poursuivi pour « apologie du viol ». Pour sa défense, le chroniqueur de la Tfm a commis Me Moussa Sarr, celui-là même en charge des intérêts des inspecteurs du Trésor dans l’affaire de la caisse d’avance de la mairie de Dakar et qui dirige aussi le pool d’avocats de l’imam Ndao.

Du côté des requérantes, il y a Me Aboubakry Barro, qui poursuit Songué Diouf au nom d’une centaine de femmes.

Députés de l’opposition et non-inscrits : ‘La Constitution a verrouillé toute révision du mode d’élection du président, le parrainage en fait partie’

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POLITIQUES – En conférence de presse hier,  avec les députés non-inscrits et ceux du groupe parlementaire Liberté et Démocratie, la député Aïda Mbodj a vigoureusement dénoncé le système de parrainage que le Président Macky Sall entend faire adopter, en perspective des prochaines élections présidentielles. Selon elle, le système de parrainage est une disposition non détachable du mode d’élection du président de la République. Elle soutient que la Constitution a verrouillé toute procédure visant à changer le mode d’élection du chef de l’État (Article 103 alinéa 7 de la Constitution). Dès lors, un tel projet de loi est anticonstitutionnel, déclare Aïda Mbodj.

Que dit cet alinéa 7 de l’article 103 de la Constitution ? « La forme républicaine de l’État, le mode d’élection, la durée et le nombre de mandats consécutifs du Président de la République ne peuvent faire l’objet de révision. »

De toute évidence, Aïda Mbodj a raison.

 

Présidentielle : Dr Abdourahmane Sarr, candidat débouté (2012) avoue que des partis politiques louent leur récépissé ‘contre de fortes sommes d’argent’

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PRÉSIDENTIELLE – Le candidat indépendant Abdourahmane Sarr, débouté de sa candidature comme indépendant à la présidentielle de 2012, révèle que des partis politiques offrent  de louer leur récépissé aux indépendants, contre une forte somme d’argent. « Certains nous ont même offert de nous louer le récépissé de leur parti moyennant une somme d’argent importante. » écrit t-il dans une tribune où il défend le parrainage à la présidentielle. Le procureur de la République devrait s’autosaisir devant une telle déclaration, pour savoir quels sont ces partis qui louent ainsi leur récépissé et demander leur dissolution !

Voici ce qu’a écrit M. Sarr :

Jai été par deux fois candidat indépendant à des élections dans mon pays, présidentielles et législatives. Aux élections présidentielles de 2012, nous avions déposé 12 400 signatures, le Conseil Constitutionnel nous a dit que nous n’en avions déposé que 10 000 et de ces 10 000 seules 8100 étaient valables. La mission post-électorale de l’Union Européenne avait déterminé que certaines de nos signatures invalidées étaient effectivement bonnes et que le Conseil n’avait pas les moyens logistiques d’effectuer les vérifications. C’est donc l’administration qui a éliminé les candidatures indépendantes. L’Union Européenne avait alors recommandé une réforme du système de validation pour permettre aux candidats rejetés de déposer un recours et de donner au Conseil Constitutionnel les moyens de vérification.

Aux élections législatives de 2017, notre mouvement indépendant Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp a décidé de présenter une liste que j’ai dirigée. Beaucoup nous ont recommandé d’aller en coalition avec des partis politiques pour éviter la mésaventure de 2012. Certains nous ont même offert de nous louer le récépissé de leur parti moyennant une somme d’argent importante. Nous avons préféré investir cet argent dans la recherche de parrains véritables car nous voulions rester indépendants, partager conjoncturellement une vision claire avec nos concitoyens, et être en dehors du jeu partisan.

Nous avons réussi à obtenir le nombre de parrains requis et avons déposé notre liste qui a été cette fois-ci retenue. La liste a été retenue, mais notre message n’a pas été entendu comme je l’ai expliqué au lendemain du scrutin dans une tribune intitulée «Leçons d’un Scrutin».  Il y a eu 46 autres listes qui en réalité pouvaient être consolidées en quatre : (1) Le pouvoir et tous ceux qui soutenaient le pouvoir (2) les frustrés du pouvoir (3) l’opposition (4) et les alternatives.  Nous n’avons pas été entendus à cause de la pléthore de listes. Notre caution aurait été mieux utilisée à communiquer avec nos concitoyens s’il y avait un nombre de listes limité en compétition et nous aurions été mieux entendu avec un temps d’antenne plus important comme la caution à risque nous en donnait le droit. Nous avons donc doublement perdu.

Dans la mesure où nos autorités n’ont pas encore réglé le problème du nombre excessif de partis politiques, leur fonctionnement, et leur financement, le parrainage me parait essentiel pour plusieurs raisons. D’abord, il permettra aux citoyens de s’intéresser davantage aux processus et de comprendre que voter n’est pas simplement se rendre aux urnes le jour du vote. Ils devront s’intéresser un tant soit peu aux propositions des personnes qu’ils parrainent. Ensuite, il permettra à tous les candidats qui ont véritablement quelque chose à offrir au peuple sénégalais d’avoir une bonne année pour l’expliquer en allant chercher des parrains.  Avoir quelque chose à offrir, ce n’est pas simplement pas ôte-toi que je m’y mette. Il faut avoir une alternative véritable qui expliquée en 12 mois aura le temps d’être comprise avant le vote. Le parrainage permettra aussi de mutualiser les moyens des candidats ayant des offres similaires et qui devront faire un effort de consensus pour le bien du peuple.

Vive la Démocratie

Vive le Sénégal

Dr. Abdourahmane Sarr

Président CEFDEL/MRLD

Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp

Black Panther : le blockbuster qui booste la fierté noire ?

LE SIPIKAT – La sortie de Black Panther de Marvel était très attendue dans le monde entier, notamment aux États-Unis où on a enregistré un nombre de préventes important. Les Américains ont aimé le film à partir de sa bande d’annonce malgré les tentatives de sabotage sur Rotten Tomatoes ou encore sur Google.

De quoi parle le film ?

C’est en 1966  qu’apparaît pour la première fois la panthère noire dans les salles de cinéma. C’est donc après tout ce temps que Marvel a décidé de sortir Black Panther qui relate l’histoire d’un jeune prince héritier de Wakanda, un royaume futuriste et imaginaire africain.

T’challa entreprend de rentrer chez lui après avoir perdu son père dans un attentat. Mais il doit affronter un adversaire qui estime que la succession au trône lui revient de droit. C’est face à ces difficultés que le prince T’challa sort les griffes de Black Panther.

Un casting à la hauteur des attentes

Pour ce film, Marvel a misé entièrement sur les acteurs noirs. Ce choix est très loin d’être anodin, puisque portant un message identitaire et politique fort que son réalisateur Ryan Coogle a bien voulu mettre en avant. Parmi les meilleurs acteurs du film, figure Chadwick Boseman qui s’illustre en jouant bien son rôle de prince successeur contesté. Aussi, on note la présence de Forest Whitaker que je considère comme faisant partie des plus grands acteurs.

Il a su tirer parti de l’héritage de la panthère noire et du défunt roi pour rendre le film très vivant et époustouflant. Il n’aurait sans doute pas réussi si le petit monde qui l’entoure ne jouait pas un rôle cardinal. Ryan Coogle qui a écrit ce film a également voulu (et il a réussi) donner l’image des femmes fortes à travers Shuri, la petite sœur de T’challa, sa garde du corps Okoye ainsi que la reine mère. De cette manière, Black Panther donne aussi une image positive avec ces femmes libres et géniales.

Cette image positive, le film a également voulu la passer à travers les romances assez rares entre  T’challa et Nakia. L’autre personnage, Lupita Nyong’o sert plutôt de guide pour l’acteur principal. On peut signaler tout de même quelques manquements, notamment avec le traitement réservé au personnage d’Andy Serki. Mais c’est cette conception des choses qui fait de Black Panther un blockbuster pas comme les autres. C’est aussi ce qui lui permet de traiter des thématiques comme la politique et le sociale avec une simplicité remarquable. Mais Marvel a voulu avant tout miser sur la vraisemblance.

Un démarrage trop long

On peut fustiger le fait que le film mette un temps fou non seulement à démarrer, mais aussi à la présentation du Wakanda. On se dit au final que c’était important puisqu’il s’agit d’une société tiraillée entre tradition et modernité, d’où la nécessité de prendre le temps pour bien présenter ses différents acteurs. C’est l’entrée en scène d’Erik Killmoger qui va donner un nouvel élan au film. Ce temps long permet aussi d’admirer la performance de Micheal B. Jordan qui est très captivante et stratosphérique.

Une réalisation digne de Marvel

On a toujours reproché à Marvel de réaliser ses films de façon très conventionnelle, c’est-à-dire sans mettre beaucoup de folie derrière la caméra. Black Panther n’a pas échappé à la règle ; à la seule différence que sa réalisation se démarque par son efficacité. Sur ce point, on peut tout bonnement affirmer que Marvel a fait un travail formidable notamment sur les décors naturels des villes de Wakanda.

Nul doute aussi que son scénario sera apprécié avec sa thématique principale qui est la politique dans un film de super héros. Il évoque aussi un défi actuel qui n’est autre que l’autarcie ou le repli communautaire qu’on doit confronter avec la nécessité de s’ouvrir au monde. Mais au cours du film, on comprend que c’est la coopération entre les peuples qui prévaut.

Le Sipikat

Procès Khalifa Sall : Retour sur le dernier combat de feu Diop-le-maire

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C’est un pilier de l’histoire politique qui a disparu ce lundi 26 mars. Mamadou Diop, ancien maire de Dakar, décédé à l’âge de 82 ans. Engagé au sommet de l’État avant l’indépendance en 1960, l’homme politique a ensuite accompagné deux présidents, avant de se consacrer, pendant près de deux décennies, à la mairie de Dakar et d’y former celui qu’il considérait comme son héritier politique, l’actuel maire Khalifa Sall.

C’était l’une de ses dernières apparitions publiques. Le 9 février dernier, alerte malgré ses 82 ans, Mamadou Diop avait accepté, à la demande des avocats de Khalifa Sall, de venir témoigner à la barre du tribunal.

« Khalifa Sall est comme mon fils », avait déclaré l’homme politique.

Durant près d’une heure, Mamadou Diop avait expliqué le fonctionnement des institutions. En effet, sa vie professionnelle a débuté dans la gendarmerie, avant de se poursuivre à la Cour suprême où il était magistrat, avant d’intégrer la présidence de la République comme secrétaire général de l’institution, puis ministre des présidents Léopold Sedar Senghor et Abdou Diouf.

En 1984, Mamadou Diop devient maire de Dakar. Il va tenir les rênes de la capitale durant 17 ans. Durant le procès de Khalifa Sall – accuséé de détournements de deniers publics – il était revenu longuement sur l’utilisation des fonds de la mairie.

« Ces fonds politiques, c’est l’histoire du Sénégal, c’est l’histoire de la ville de Dakar », a-t-il déclaré.

Mamadou Diop ne connaîtra donc pas l’épilogue de son dernier combat politique, car l’annonce du verdict de ce procès Khalfa Sall est prévu, ce vendredi 30 mars.

Gambie : James Mendy, chef des renseignements, arrêté pour la mort de l’opposant Solo Sandeng

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LES AFRIQUES – La mort en détention de Solo Sandeng, en 2016, avait déclenché le mouvement politique qui a permis de faire tomber Yahya Jammeh.

La police gambienne a annoncé, lundi 26 mars, avoir arrêté un haut responsable des services de renseignement, James Mendy, dans le cadre de l’enquête sur le meurtre, en avril 2016, de Solo Sandeng. La mort en détention de cet opposant avait déclenché le mouvement politique qui a permis de faire tomber le dictateur de l’époque, Yahya Jammeh, au pouvoir pendant vingt-deux ans.

Une vingtaine de membres de la National Intelligence Agency (NIA) sont en cours de jugement ou doivent répondre devant la justice du meurtre de M. Sandeng, qui avait été arrêté lors d’une manifestation. Les tortures et le meurtre supposés du responsable du United Democratic Party (UDP) avaient provoqué des manifestations, peu communes dans ce petit pays enclavé d’Afrique de l’Ouest, et avaient encouragé une opposition faible et divisée à s’unir contre le pouvoir autoritaire.

Le porte-parole de la police, David Kujabie, a précisé lundi que James Mendy, chef de la sécurité de la NIA, avait été placé en détention par la police et qu’on enquêtait sur lui « en liaison avec le meurtre de Solo Sandeng ». James Mendy a été « l’un des hauts responsables de l’agence impliqués dans le meurtre », a indiqué une source sécuritaire à l’AFP.

Le procès avance lentement

Des procureurs gambiens avaient inculpé, mercredi 21 mars, huit anciens membres de la NIA d’association de malfaiteurs en vue de commettre un meurtre dans l’affaire Sandeng. Neuf autres membres de la NIA, dont son ancien chef, Yankuba Badjie, sont déjà en cours de jugement pour leur rôle dans cette affaire. Le procès avance lentement : treize témoins ont été appelés à la barre. Deux autres anciens agents des renseignements, Ngora Njie et Sheikh Tijan Camara, ont accepté la semaine dernière de devenir des témoins de l’accusation.