Mauritanie : Le journaliste Seif Kousmate expulsé pour un reportage sur l’esclavage

LES AFRIQUES  – Ce dernier a passé quatre jours dans un poste de police. En Mauritanie, la question de l’esclavage reste encore controversée. Alors qu’il réalisait depuis une vingtaine de jours un reportage sur le sort des esclaves dans ce pays, Seif Kousmate est arrêté le 20 mars dernier par les autorités mauritaniennes alors qu’il quittait le pays pour se rendre au Sénégal voisin, afin d’y prendre un vol retour vers le Maroc. “Au début, ils ont pensé que j’étais une terroriste”, explique ce dernier.

Matériel confisqué et formaté

Le journaliste ayant la double nationalité française et marocaine, est rentré en Mauritanie avec son passeport marocain, semant le doute auprès des autorités sur son identitéAprès avoir été transféré au commissariat de Nouakchott, les policiers inspectent son matériel et notamment un enregistreur. Ces derniers comprennent alors qu’il avait enquêté sur la question des esclaves, sujet extrêmement tabou dans ce pays. Les policiers commencent à effacer les images prises par le journaliste qui perd presque tout le travail accompli ces derniers jours. “Tout a été formaté”, se désole-t-il.

Seif Kousmate passera plus de quatre jours au poste de police, les autorités mauritaniennes lui reprochant désormais d’avoir “travaillé sans autorisation”. Au cinquième jour, il est finalement expulsé vers le Maroc. Le photographe risquait entre un et deux ans d’emprisonnement et une amende d’un million d’ouguiya.

Un sujet tabou

Un cas qui n’est pas inédit dans la région. Comme le rappelle Reporters sans frontières (RSF), l’an dernier, une journaliste française “avait déjà été sommée de quitter le territoire sous peine de se retrouver en prison”. Il faut dire que si le pays interdit officiellement l’esclavage depuis 1981, cette pratique reste encore d’actualité dans cette région.

Selon RSF, 43 000 personnes sont encore en servitude dans cette région. Une minorité appelée les “Haratin”: “ce sont des descendants d’esclaves qui ont complètement perdu leur identité”, nous explique Seif Kousmate. “Le gouvernement nie totalement la présence d’esclaves dans ce pays”, poursuit-il. “Si une loi datant de 2007 punit cette pratique, cela reste une société tribale dirigée par une minorité arabo-berbère. Même quand ils sont affranchis, ces anciens esclaves restent à la marge de la société et ont du mal à avoir des papiers ou a accéder à l’éducation. Ils sont souvent forcés d’exercer des professions ingrates dont personne ne veut”.

“Les autorités sont dans le déni, elles disent que l’esclavage n’existe pas, que la discrimination raciale n’existe pas… Et elles répriment les défenseurs des droits humains qui dénoncent ces pratiques”, expliquait de son côté Amnesty International dans un rapport sur l’état des droits de l’Homme en Mauritanie.

Pour l’instant, le journaliste, qui réalisait ce reportage pour le compte de l’agence de photo et d’écriture numérique Hans Lucas, n’a pas pour projet de retourner dans ce pays. “Je pense qu’après cet épisode, je dois être blacklisté”, commente ce dernier. Il précise cependant que malgré l’interférence des autorités mauritaniennes, il a pu garder assez d’éléments pour publier son reportage.

Combat pour l’égalité dans l’héritage: raison de la démission de La Marocaine Asma Lamrabet

0

ISLAM – Une semaine après avoir annoncé qu’elle démissionnait de son poste de directrice du Centre d’études féminines en islam au sein de la Rabita Mohammedia des Oulémas du Maroc, Asma Lamrabet s’est exprimé dans un communiqué sur les raisons de ce départ. Et affirme qu’elle poursuivra “sereinement et librement” son engagement. La médecin, biologiste et essayiste confirme que ce sont bien ses propos en faveur de l’égalité dans l’héritage qui l’ont contrainte à démissionner lundi 19 mars, après avoir suscité la controverse au sein de l’instance religieuse.

“Devant une telle pression, j’ai été contrainte à présenter ma démission”

“A l’occasion d’une conférence universitaire de présentation de l’ouvrage collectif sur l’héritage, mes propos, exprimés à titre strictement personnel et rapportés par un organe de presse ont suscité un tollé et une grande polémique lors de la 20ème session du Conseil académique de la Rabita. Devant une telle pression, j’ai été contrainte à présenter ma démission en raison des divergences portant sur l’approche de l’égalité femmes hommes au sein du référentiel religieux”, indique-t-elle dans un communiqué de presse.

À l’étranger la semaine dernière pour un séminaire académique, Asma Lamrabet explique qu’elle n’a pas souhaité s’exprimer à ce moment-là sur les raisons de sa démission “pour éviter toute instrumentalisation malveillante qui viendrait travestir mon patriotisme, mes valeurs et mes profondes convictions.”

Celle qui travaillait depuis près de dix ans à titre bénévole au sein de la Rabita précise que son action “n’avait d’autre ambition que de servir mon pays et de promouvoir cette troisième voie, celui d’un islam apaisé, contextualisé et en phase avec les valeurs humanistes universelles compatibles avec nos valeurs culturelles”.

Contre les lectures “rigoristes et patriarcales” de l’islam

Prônant depuis toujours “une lecture progressiste, réformiste et dépolitisée de l’islam pour opérer une nouvelle approche de la question des femmes dans l’islam”, Asma Lamrabet soutient que celui-ci “ne saurait être pour nous Marocains, femmes et hommes, ni une barrière ni un obstacle pour l’émancipation dans la justice et l’égalité en droits”.

“C’est l’action que j’ai toujours menée à travers la déconstruction des lectures rigoristes et patriarcales, notamment à travers mes différents ouvrages et au sein du Centre d’études féminines, qui est devenu un espace de référence dans la réforme du champ religieux initié par la plus haute autorité politique du pays”, poursuit-elle.

Remerciant enfin “tous ceux et celles” qui l’ont soutenue lors de l’annonce de sa démission, Asma Lamrabet affirme qu’elle poursuivra “sereinement et librement” son engagement.

Perpétuité : Le Sénégalais Seydou Diop échappe à la peine de mort aux États-Unis

0

Le Sénégalais El Hadji Seydou Diop,a ancien manager du groupe Daara J émigré aux USA, va passer le reste de sa vie en prison. La Cour supérieure du comté de Wake l’a condamné à la perpétuité pour le meurtre de sa femme, Aminata Dramé et à 20 ans pour celui de leur fille, Fatima Diop. Son procès qui a démarré le 19 mars dernier a pris fin hie lundi.

Selon l’accusation, Seydou Diop, 55 ans, a étranglé son épouse, 40 ans, et leur fille, 2 ans, avant de publier les photos sur Facebook. Il avait plaidé non coupable pour les deux meurtres.

Le juge Ibrahima Dème ‘démissionne d’une magistrature qui a démissionné’.

0

Le juge Ibrahima Dème a démissionné de la magistrature. Coup dur pour l’image de la « gouvernance sobre et vertueuse » de Macky Sall. Il a rendu publique sa décision dans une lettre publiée ci-dessous in extenso. Le 1er  février 2017 déjà, le juge Dème qui était substitut général à la Cour d’appel de Dakar avait claqué la porte du Conseil supérieur de la magistrature.

Mes chers compatriotes,

Il y a un peu plus d’un an, je démissionnais du Conseil Supérieur de la Magistrature pour dénoncer l’instrumentalisation de cette institution par l’exécutif.

Depuis lors, la magistrature est de plus en plus fragilisée, voire malmenée de l’intérieur comme de l’extérieur. Il en est résulté une crise sans précédent de la justice qui a perdu sa crédibilité et son autorité.

Aujourd’hui, elle ne joue plus son rôle de gardienne des libertés individuelles, de régulateur social et d’équilibre des pouvoirs.

Je démissionne d’une magistrature qui a démissionné.

Cependant, je ne capitule point, car je resterai indéfectiblement attaché au combat pour l’indépendance de la justice, indispensable pour la survie de notre nation et de notre démocratie. Ce combat ne saurait en effet être celui des seuls magistrats.

Il faut néanmoins souligner que le naufrage de la justice, c’est non seulement un manquement du Président de la République à son obligation constitutionnelle de garantir l’indépendance de cette institution ; mais c’est avant tout la responsabilité d’une importante partie de la hiérarchie judiciaire qui a distillé dans le corps, une culture de soumission qui a progressivement remplacé une longue culture d’honneur, de dignité et d’indépendance.

Mais, au-delà de la justice, c’est tout le pays qui est en détresse.

Les sénégalais sont fatigués.

En effet, aucun secteur de l’économie nationale n’est actuellement épargné par la précarité.

Les sénégalais sont écrasés par le coût élevé de la vie, le chômage chronique et sont obligés de subir l’insécurité, l’indiscipline, la corruption et l’insalubrité.

Toutefois, la plus grave crise qui frappe actuellement notre société est une crise morale. Nos valeurs cardinales de dignité, d’honneur, de probité et de loyauté sont presque abandonnées au détriment du reniement, du non-respect de la parole donnée, de la trahison, du mensonge etc. qui sont cultivés par les plus hautes autorités et ce, dans la plus grande indifférence.

Les fonctionnaires qui jadis, étaient fiers et jaloux de leurs valeurs de neutralité, de désintéressement et soucieux de l’intérêt général sont désormais contraints d’adopter une honteuse posture partisane et politicienne qui est la seule permettant d’accéder ou de conserver des postes de responsabilité. Et, ceux qui refusent d’adopter un tel comportement, sont malgré leur compétence et leur probité,  marginalisés et perdent de ce fait, toute motivation indispensable à la bonne marche du service public. La politique politicienne et les intérêts privés, ont désormais pris le dessus sur les intérêts supérieurs de la nation, de sorte que ceux qui décident ne savent pas et ceux qui savent ne décident pas.

En lieu et place d’une gestion transparente, sobre  et vertueuse promise, on constate une gouvernance folklorique, clientéliste, népotiste, gabegique et laxiste. Nos maigres ressources de pays pauvre et très endetté sont dilapidées à des seules fins politiciennes. Nos libertés publiques, durement acquises depuis des décennies, sont désormais devenues conditionnelles. La démocratie et la bonne gouvernance  ne sont plus qu’un leurre.

Chers compatriotes, Il faudra le clamer fort, la décadence de notre société est certes la responsabilité d’une même classe politique qui nous dirige depuis des décennies, mais c’est aussi et surtout notre responsabilité d’avoir toujours laissé faire. Notre abstention est complice, notre silence coupable. Et devant le tribunal de la postérité, notre culpabilité criera plus fort que la leur.

Chers compatriotes, Nous sommes à la croisée des chemins. Par conséquent, toutes les forces vives de la nation  doivent sortir de leur résignation, de leur indifférence par rapport à la grave situation de notre pays.

Sortons de nos égoïsmes, pensons moins à conserver le confort de nos situations et remplissons plutôt nos devoirs vis-à-vis de notre pays qui nous a tout donné et que nous ne devons pas léguer, exsangue à nos enfants. Sortons de nos hésitations, vainquons nos peurs pour affronter avec courage les défis d’un Sénégal nouveau.

Pour ce faire, une nouvelle mentalité doit émerger. A vrai dire, la seule émergence qui vaille aujourd’hui, c’est l’émergence d’une nouvelle citoyenneté, l’émergence d’un patriotisme nouveau, l’émergence d’une nouvelle gouvernance, seules capables de vaincre le statu quo et de porter un développement durable et harmonieux.

Chers compatriotes, L’avenir du Sénégal nous concerne tous, c’est donc à nous de le construire. Soyons persuadés que nous méritons mieux que notre médiocre sort. Nous devons impérativement reprendre notre destin en main en étant convaincus que notre patriotisme sincère vaincra sans doute les calculs et manœuvres des politiciens professionnels.

Ensemble, changeons le Sénégal !

Ibrahima DEME

Retraites des médecins : Premier Ministre Boune, vous travaillez contre l’emploi des jeunes !

L’ET DIT TÔT D’O.N.G – L’arrêté ministériel n°01418 du 02 février 2015 portant approbation de la modification des statuts de l’Institution de Prévoyance Retraite du Sénégal stipule que  » l’âge d’admission à la retraite est fixé à soixante (60) ans. Toutefois, les travailleurs peuvent bénéficier par anticipation d’une retraite, à partir de cinquante-cinq (55) ans, dans les conditions qui seront fixées par les règlements intérieurs. Les âges limites fixés ci-dessus pourront être reportés à des âges plus avancés afin d’assurer l’équilibre financier du régime ou lorsque le marché de l’emploi le permettra et l’augmentation de la longévité l’exigera en vue du maintien et de l’amélioration de la valeur des prestations « . Disons-le tout net : le marché de l’emploi au Sénégal ne permet pas une augmentation de cet âge de départ à la retraite. L’augmentation de la longévité non plus.

Le Premier ministre Boune a pourtant annoncé, ce dimanche 25 mars, que l’âge du départ à la retraite des médecins sera rallongé de 5 ans et porté à 65 ans. Nulle surprise en cette période de long Noël électoral, propice en cadeaux des sortants-qui-ne-veulent-pas-être-sortis, et qui se prolongera jusqu’à la veille du 24 février 2019.

Ce faisant, le gouvernement de Macky Sall prend une décision qui ne répond à aucune logique de développement, ni de justice sociale. C’est une mesure électoraliste.

L’espérance de vie au Sénégal est de 59 ans. En mettant l’âge du départ à la retraite des disciples d’Hippocrate à 65 ans, on leur accorde ainsi 6 ans de survivance de vie active, en lieu et place d’un repos mérité. Car la retraite, si elle est préparée, ne devrait point être un purgatoire.

Plus grave, c’est une mesure socialement injuste :  il y a 400 000 naissances par an au Sénégal actuellement. Autant d’enfants qui arriveront sur le marché de l’emploi. Déjà, chaque année au Sénégal, il y a 300.000 nouveaux demandeurs d’emplois. Pour 400.000 emplois formels, ceux qui offrent un emploi décent, actuellement au Sénégal. La détermination de l’âge légal à la retraite dans un pays donné doit être fonction de sa démographie. Nous ne pouvons pas avoir, pour les médecins, le même âge de départ à la retraite que dans un pays comme la France, où cet âge de 65 ans a été décidé pour pallier l’insuffisance justement de nouveaux travailleurs qui entrent sur le marché de l’emploi, ceux-ci, du fait de la faible natalité,  n’étant pas assez nombreux pour payer les cotisations-retraites des seniors et ces derniers étant donc obligés de travailler plus longtemps pour cotiser plus longtemps pour leur propre retraite.

Chez nous la pyramide des âges est inversée. Ce qui induit que l’âge à la retraite devrait être rabaissé, pour permettre à tous ces nouveaux jeunes demandeurs d’emplois qui arrivent chaque année sur le marché du travail d’accéder à une occupation. Le marché du travail se doit d’être une solidarité entre les âges : que d’aucuns cotisent pour la retraite par répartition des autres, et que ces autres cèdent la place assez tôt  pour permettre l’activité des plus jeunes. L’âge à la retraite était de 55 ans dans ce pays. Le Président Diouf a le premier mis un coup de canif dans ce contrat social, cédant à la démagogie des syndicats, en autorisant la retraite à 58 ans pour les fonctionnaires. Puis celle –ci a été portée à 60 ans. Puis de 65 ans à 68 ans pour les magistrats. Idem désormais pour les médecins. Ceci est un détricotage inconséquent du pacte social, pour motif purement politicien.

Le dividende démographique est envoyé au tout-à-l’égout. Ayant abdiqué toute volonté politique  d’offrir des emplois ou d’en favoriser la création, l’Etat fait désormais de ‘‘l’auto-emploi’’ et de ‘‘l’entrepreneuriat des jeunes’’ son nouveau mantra de modernité économique, pour persuader ceux-ci qu’ils devront créer leur propre emploi. C’est une glissade et une lapalissade. Car tout créateur de son propre emploi a vocation à en embaucher d’autres, si l’activité économique dans laquelle il est engagé croit et s’il veut que celle-ci progresse pour produire des biens et services, acquérir des clients et créer de la richesse. Les auto-employés sont des employeurs comme les autres, sur lesquels l’Etat se défausse de sa mission de promotion de la création d’emplois. Pire encore justement, on tente de faire accroire désormais au plus grand nombre que la mission de l’Etat n’est pas de créer des emplois, mais d’en favoriser la création.  Ce credo libéral des économies développées n’a pas sa raison d’être ici : dans un pays pauvre en voie de développement comme le nôtre, où l’État reste le premier client des entreprises, hé bien si : l’Etat a vocation à créer des emplois tout comme il a le devoir de développer les secteurs économiques de souvjeraineté que sont l’électrification du pays, les adductions en eau potable, les infrastructures routières. Mais que devraient être aussi la culture intensive du riz, le numérique ou l’habitat social. Nous nous devons d’être keynésiens. Nous ne sommes hélas que malthusianistes.

Ousseynou Nar Gueye

© Tract Quotidien 2018 – www.tract.sn

Sadio Mané :’Je prie cinq fois par jour et mon meilleur ami au Sénégal est chrétien’

0

PORTRAIT – Sadio Mané a grandi à Bambali, un petit village – où son père était l’imam de la plus grande mosquée, que l’homme des Reds a fait reconstruire avec son argent.

Mané, comme beaucoup d’autres joueurs africains, veut d’utiliser son argent pour améliorer la vie de sa communauté d’origine.

Ce ne sont pas les seules différences entre lui et les autres joueurs de Premier League, « Je ne toucherai pas à l’alcool », dit Sadio Mané alors qu’il est assis dans un petit bureau à Melwood. « La religion est très importante pour moi. Je respecte les règles de l’Islam et je prie cinq fois par jour, toujours. « 

« Le Sénégal est 90% musulman et peut-être 10% chrétien et tout le monde vit côte à côte en harmonie en tant qu’amis. Mon meilleur ami, Luc, était un chrétien et nous avions l’habitude de nous rendre chez les uns les autres.

« Il n’y avait pas de conflit entre la religion et le fait que je voulais jouer au football. J’ai été élevé correctement et de la bonne manière et mes parents sont très fiers du fait que je suis un footballeur professionnel. Ils habitent toujours dans le même village mais j’ai une maison à Dakar, donc s’ils le veulent ils peuvent y habiter, c’est disponible pour eux. « . « L’une des choses qui m’a poussé dans la vie depuis que je suis jeune, c’est que je veux donner quelque chose spécifiquement à ma région. Je suis en discussions avec des collègues au Sénégal.  » Bambali est coupé du reste du pays, ce qui donne à la population locale un sentiment féroce de fierté locale.

Sadio Mané avait l’habitude de dire à son oncle qu’il jouerait en France pour un grand club, mais son oncle répondait toujours en disant qu’il venait du « fin fond » du Sénégal et qu’il n’y avait aucune chance qu’il puisse sortir de là.

« Je ne le croyais pas » L’oncle de Mané dit à un journaliste qui est allé faire un reportage à Bambali après que Sadio soit devenu le joueur africain le plus cher en signant avec Liverpool pour un montant de 34 millions de livres. « Mais il a cru. Même dans les tournois locaux d’hivernage, il me le répétait. « 

Sadio Mané a toujours été comme ça, même pendant les jours où il jouait pour l’équipe locale du village – il avait toujours la foi. On raconte que Mané était tellement obsédé par le football qu’il ne trouvait pas le temps de prendre une douche. « Il n’y avait que le football qui l’intéressait », a dit l’un de ces amis au reporter local, « Il disait que quand il gagnera de l’argent, Il sera temps de prendre des douches. « 

Mane a été sensationnel depuis son arrivée à Liverpool – formant un partenariat mortel avec Roberto Firmino et Phillipe Coutinho. Mané a joué de grands derbies mais le joueur de 26 ans se souvient encore d’un match qu’il a fait avec des amis dans la capitale, Dakar. Il avait 16 ans lorsqu’il a disputé un match entre Djaraf et Niarry Tally, deux des plus grands clubs de Dakar. « Je n’ai jamais joué à un match qui ressemblait autant à une guerre « , dit Mané,

‘‘C’était un peu difficile en Angleterre au début avec le temps et la pluie », dit-il, « mais j’aime la culture du football dans ce pays. J’ai séjourné dans un hôtel pendant un petit moment quand j’ai déménagé à Liverpool mais j’ai maintenant un maison place dans le sud de la ville. Je vais aux restaurants avec mes amis. Je me plais beaucoup ici. »

Nadia Yala Kisukidi : ‘Francophonie, un soft power de la France ?’

TRIBUNE- La philosophe Nadia Yala Kisukidi, 40 ans, agrégée et docteur en philosophie, maître de conférences à l’université Paris-8 Vincennes St Denis, née d’un père congolais et d’une mère franco-italienne,  se demande ici si la francophonie n’est pas un soft power à la française, qui promuet un certain French way of life .

L’Afrique est à l’honneur dans le discours des autorités françaises. Déclarations sur la refondation de la francophonie, commission de travail sur la restitution des œuvres d’art spoliées pendant la colonisation, appel à l’amplification de la coopération universitaire avec le continent africain, mission pour repenser les modalités d’intervention de l’Agence française de développement… Une « nouvelle donne » s’installe. Il n’est plus possible d’ignorer les dynamismes, les forces plurielles (intellectuelles, artistiques, politiques, sociales, économiques…) qui émergent dans les mondes africains et afro-diasporiques francophones. Forces autonomes, émancipées de l’influence française, qui s’organisent autour des relais, des dialogues, des soutiens qu’elles forgent entre elles.

Réenchanter le nom « France »

Ces politiques de l’éducation, de la langue et de la culture sont traversées par une même visée, symbolique, idéologique : réenchanter le nom « France ». Réinvestir de désir un nom abîmé par les pratiques de l’État français en Afrique pendant la colonisation et depuis les indépendances. Séduire, de nouveau, les Africains et les Français eux-mêmes, dans toute leur diversité, au moment où la scène politique internationale, saisie par les conservatismes de tous ordres, n’offre aucune vision attractive du futur.

Il faudra non plus se contenter des attributs de la puissance pure (ressources militaires et économiques) qui fonctionnent sur les modes de la contrainte et de l’oppression. Mais, aujourd’hui plus qu’hier, il faudra séduire. La France devra déployer tous ses atours et trouver les moyens de se rendre désirable. Telle est l’orientation de la politique africaine de la France : consolider, réaffirmer une « diplomatie douce », un soft power à la française.

S’appuyer sur le soft power

L’idée de soft power, développée par Joseph Nye durant les années 1990, implique une nouvelle manière de définir, de caractériser, la puissance d’un État. Cette dernière ne repose pas seulement sur la richesse et les armes, mais également sur l’image de celui-ci, sa tolérance, les possibles qu’il ouvre, son histoire, son attractivité (culture, religion, innovation technologique, etc.). Soft power à la française : il s’agirait donc de sublimer sous de nouveaux langages symboliques, culturels une hégémonie française dont les ambitions matérielles – militaires et économiques – demeurent inchangées en Afrique depuis plus de cinquante ans. Elles sont aujourd’hui confrontées à la concurrence féroce de différents acteurs (États-Unis, Chine). Le renforcement de cette diplomatie douce s’effectue dans un contexte où l’image de la France est parfois très altérée : soutien aux dictatures, critiques des opérations militaires françaises, engagement de la France au Rwanda, legs d’une histoire coloniale qui ne passe pas…

Colonisation : le temps d’un nouveau « ni-ni »

La question coloniale fait, à ce titre, l’objet d’un nouveau discours, qui tranche avec celui des mandatures précédentes. À l’occasion de différents déplacements sur le continent africain, le président français Emmanuel Macron a déclaré que la colonisation française en Afrique s’était accompagnée de crimes incontestables. Et ce point ne peut faire l’objet d’un débat pour une « génération qui n’a jamais connu l’Afrique comme un continent colonisé ». Ces prises de parole, dont on ne peut que se réjouir, sont cependant nuancées par l’argument de la « génération ». Cet argument autorise des oublis, de nouvelles narrations qui prennent une certaine liberté avec le passé, mais aussi avec le présent. En incarnant une génération, le président ménage les susceptibilités, les mémoires blessées et conflictuelles du fait colonial en France, mais surtout il contribue à dépolitiser l’histoire présente de la relation franco-africaine marquée par l’ambivalence. À la suite du fameux « ni ingérence ni indifférence » qui définissait la politique africaine du gouvernement Jospin en 1997, le temps d’un nouveau « ni-ni » a sonné. « Ni repentance ni déni », une autre relation de la France avec l’Afrique est possible.

Ces prises de position, qui placent en leur centre le traitement de la chose coloniale, ont le mérite de clore les polémiques rances sur les aspects positifs de la colonisation française. Par ailleurs, elles font entendre une autre voix au cœur de l’Europe – gangrénée par l’extrême droite et les fantasmes identitaires. Mais elles écartent le débat en absorbant, aussitôt, un ensemble d’orientations politiques critiques, panafricaines, post/décoloniales, ou autrement progressistes. La nouvelle donne hégémonique inscrit les critiques contre-hégémoniques dans son propre langage, et elle les piège en les rendant proprement inaudibles. Les dénonciations du néo-colonialisme ou de la Françafrique appartiennent désormais au registre de la pensée qui radote. Marottes d’idéologues gauchisants ou de « faux Français », qui persistent à entretenir la mémoire du passé et leur désamour de la France. Ces condamnations n’auraient, en fait, plus lieu d’être. Qu’on se le dise : la nouvelle présidence, en faisant de sa jeunesse un atout, n’affirme rien d’autre qu’appartenir à une génération où, finalement, les « gauches » auraient gagné sur le plan idéologique ; la critique de la colonisation est désormais un argument de bon sens. Les productions critiques post/décoloniales, « progressistes », attachées à l’analyse géopolitique des dominations, sont prises à revers ; elles sont désormais intégrées littéralement par le pouvoir.

Le néo-colonialisme, une réalité du passé ?

Cette intégration, superficielle, du discours critique par le pouvoir rappelle des analyses de Balibar dans Race, nation, classe – livre coécrit avec I. Wallerstein en 1988. Que construit ce nouveau discours sur la colonisation française, sinon, « malgré leur antagonisme », « un « monde » idéologique commun aux exploiteurs et aux exploités  ? » (Balibar). On assiste à l’assimilation subjective, par le pouvoir, de langages qui empruntent le vernis de la critique postcoloniale et décoloniale. Ces emprunts façonnent une langue commune aux ex-colonisateurs et aux ex-colonisés. Langue de la falsification, qu’on pourra entourer, à juste titre, de soupçon : la dénonciation de la colonisation comme crime incontestable n’entre pas en contradiction avec la perpétuation effective en ce début de XXIe siècle de pratiques prédatrices, pour ne pas dire « néo-coloniales », en Afrique. Il est toutefois aisé d’invisibiliser ces contradictions – telle est la tâche d’une politique de soft power comprise comme sublimation de la domination.

Les grands projets, qui visent à déringardiser la francophonie, ou à mettre en place une commission chargée de réfléchir à la restitution des œuvres d’art spoliées pendant la colonisation, etc., participent, consciemment, à l’invisibilisation de cette contradiction. Elles y participent d’autant mieux que certains de ces projets peuvent apparaître nécessaires. Ces différentes entreprises sont exclusivement symboliques. Elles témoignent du type de concessions qu’est prêt à faire l’État français pour maintenir intacts les attributs purs de sa puissance, c’est-à-dire militaire et économique, sur le continent africain. À toutes ces propositions symboliques, qui concernent l’art, la langue, la culture, on pourrait opposer strictement un ensemble de contre-pratiques matérielles, économiques et idéologiques qui en neutralisent la portée. C’est la fameuse pratique du « en même temps » qui domine la parole élyséenne. Décrite par journalistes, politiciens et politistes, son objectif est d’entretenir savamment l’ambiguïté.

Vous avez dit « en même temps » ?

Refonder la francophonie… En même temps, il n’y a aucun secrétaire d’État ou ministre chargé de la francophonie dans le gouvernement Édouard Philippe – chose inédite. En même temps, le ministère de la Culture impose la fermeture d’un des hauts lieux de la création francophone, le Tarmac. En même temps, les subventions de la revue Africultures dédiée aux mondes afro-francophones ne sont pas renouvelées. En même temps, l’économiste Kako Nubukpo est suspendu de son poste à l’OIF à la suite d’une tribune parue dans Le Monde Afrique contre le franc CFA.

Restituer aux États africains les œuvres d’art spoliées par la France pendant la colonisation française. Si elle est réalisée, cette proposition, il serait malhonnête de le contester, sera historique. En même temps, le projet de loi asile et immigration place cyniquement au même niveau hasard du calendrier parlementaire et des déclarations présidentielles, restitution d’objets et reconduites-restitution d’êtres humains objectivés vers l’Afrique. En même temps, Français et Européens étendent leurs frontières en Afrique, comme au Niger, exerçant droit de passage et souveraineté sur des territoires qui ne sont pas les leurs. En même temps se perpétuent des pratiques d’extraction de matières premières par des entreprises françaises, qui mettent les populations en danger chez elles (tel est le sens du combat d’Almoustapha Alhacen pour la reconnaissance des conséquences environnementales de l’exploitation des mines d’Arlit au Niger par Areva). La liste pourrait continuer, comme une longue litanie, pointant le double langage d’un État qui, sous le doux commerce de la langue et de la culture, n’a pas renoncé aux attributs régaliens de la puissance sur le sol africain. Les ambivalences de la politique africaine de la France permettent de douter du désir de banaliser la relation qui la lie au continent africain.

Une réalité qui défie les intellectuels africains

Cet intérêt pour l’Afrique, les projets et discours contradictoires qu’il implique confronte les intellectuels critiques, africains, afro-diasporiques, à un problème sérieux de stratégie et de cohérence politique. Quelle scène faut-il habiter ? Celle de la contestation radicale, au mépris, parfois, de l’efficacité politique ? Celle de la pratique institutionnelle, au risque des compromissions, des récupérations ?

On connaît les pratiques de cooptation, de division opérées par un pouvoir. Jouer sur les narcissismes, les besoins de reconnaissance ou se jouer de la sincérité désarmante d’engagements intellectuels dont on ne peut douter. On sait également comment, depuis les indépendances africaines, la figure de l’intellectuel « ventriloque », dont les « jongleries intellectuelles [se justifient] par le ventre, […] la peur de ne plus manger, de manger peu ou mal », pour reprendre Eboussi Boulaga, a pu être décriée. Le risque est de transformer de supposées radicalités politiques en simples coquilles vides, accroissant la méfiance des citoyens pour des personnages sans consistance, supplétifs des pouvoirs postcoloniaux en France et en Afrique.

Au-delà de la question générale du lien entre l’intellectuel et le pouvoir, particulièrement dans le cadre des démocraties libérales européennes, les reconfigurations idéologiques en cours imposent de se défier d’un débat qu’on polarise, traditionnellement, autour des schèmes de la pureté et de l’impureté. Elles invitent également à s’éloigner d’une analyse mécanique du pouvoir fondée sur l’oscillation ininterrompue entre domination et résistances à la domination ; le pouvoir n’est pas absolu, il lui arrive d’être marginalisé et de ne pas toujours avoir l’initiative.

Les pratiques politiques ne sauraient se réduire à l’affirmation de postures, réactives et négatives, vis-à-vis du pouvoir ; elles reposent sur la poursuite d’objectifs précis, qui imposent différents cadres et différentes conditions d’action, tantôt avec le pouvoir, tantôt contre lui. La question politique ne se réduit pas à celle de ses lieux (rue, parlement, syndicats, etc.) ; elle est orientée par la nécessité des transformations économiques, sociales, culturelles, institutionnelles à opérer. Et il va de soi que ces transformations ne peuvent s’accompagner de moyens qui ruinent d’emblée les objectifs qu’elles se donnent. Ces pratiques politiques, plurielles et assumées, ne défendent pas une nouvelle théorie des accommodements ou des étapes. Elles exigent parfois de s’opposer aux institutions tout comme, parfois, de frayer avec elles.

Dans la conjoncture, « l’homme de culture » a bel et bien une responsabilité, pour reprendre les mots de Césaire : « constituer ces grands silos de force où les peuples […] puisent le courage de s’assumer eux-mêmes et de forcer l’avenir ». Si ces paroles de Césaire furent prononcées pour une autre époque, elles soutiennent certainement encore la nôtre. Ne pas refouler des formes d’engagements qui permettent de reprendre l’initiative de nos destinées historiques et, contre toutes les pertes et les mélancolies possibles, réapprendre à gagner en politique.

New-York : Alain Samba, meurtrier de l’infirmière sénégalaise Marie Faye, était son petit ami

HOMICIDE – Le garde pénitentiaire Alain Samba, en congé au moment des faits et travaillant à la prison de Rikers Island où avait été  incarcéré le candidat français à la présidentielle Dominique Strauss-Kahn après son agression sexuelle contre la femme de chambre guinéenne de l’hôtel Sofitel De New-York Nafissatou Diallo, Alain Samba donc, est le meurtrier de Marie Faye, l’infirmière sénégalaise de 35 ans. Le crime a eu lieu dans son appartement du quartier populaire du Bronx.

La police a trouvé Marie Faye agonisante mercredi dernier, et Alain Samba, 42 ans, dont le vrai nom pourrait être Ali Samba, Sénégalais lui aussi, tenant une arme à feu. Samba a prétendu qu’il  nettoyait son arme quand le coup de feu est parti, accidentellement selon lui.

Marie Faye avait été emmenée au Bronx-Lebanon Hospital Center, où elle est décédée.

Alain Samba

Samba a été arrêté pour homicide par négligence criminelle, et selon le NY Daily News, sa mise en accusation est en cours. Le New York Post rapporte que Marie Faye était la petite amie de Samba, ce qui conduit à se demander si ce meurtre est la conséquence d’actes de violence domestique.

« Il travaille beaucoup », a déclaré un voisin au NY Daily News à propos de Samba. « Je ne le vois pas beaucoup parce qu’il travaille toujours. » Le voisin a également indiqué  qu’Ali Samba a deux enfants qui vivent avec leur mère biologique.

Présidentielle : Quels sondages avaient-eu raison en 2012 ?

0

Par Damel Mor Macoumba Seck

POLITIQUES – Avec la présidentielle à l’horizon, les sondages se remettent à pointer leur nez. Une enquête d’opinion faite à Dakar en mars 2018 donne ainsi Macky Sall à 32%, Khalifa Sall à 30%, Karim Wade à 6,3% et Idrissa Seck à 6%. Mais peut-on se fier aux sondages au Sénégal ?

En 2014, le résultat d’une enquête, réalisée dans 44 pays, auprès de 48 643 répondants, publiée par le think thank américain spécialisé dans les sujets controversés, Pew Research Center, indiquait que ….. 73 % des Sénégalais estimaient que la situation économique va s’améliorer au cours des prochaines années. Ce qui en faisait le peuple le plus optimiste du monde quant à l’avenir.

Mais un pourcentage aussi haut, dans un pays pauvre, n’était-ce pas plutôt le signe que les Sénégalais sont le peuple le plus fataliste du monde, toujours prompts qu’ils sont à répondre ‘‘ça va bien, Alhamdoullilah’’ quand on s’enquiert de leur état de santé, seraient-ils même à l’article de la mort ?

En clair, les Sénégalais sont-ils une espèce humaine « sondageo-compatible », habitués qu’ils sont à toujours exprimer le point de vue du plus grand nombre et l’opinion dont ils pensent qu’elle serait la plus « convenable » pour leur auditoire?

Dans ce pays, dire les choses crûment et comme on les pense est considéré comme discourtois et « mal-civilisé » par le citoyen lambda. Pour reprendre le mot de Voltaire, au Sénégal, « dire le secret d’autrui est une trahison et dire le sien est une sottise ».

Autre chose, du fait de la loi, les sondages d’opinion restent un tabou interdit de fait par la loi. Au total, les enquêtes d’opinion offrent peu de garanties de fiabilité, surtout en raison du caractère rétif du Sénégalais à dire le fond de sa pensée. La loi de 1986 qui visait à organiser les sondages au Sénégal est une loi contraignante et inopérante. Selon ce texte, il faut une autorisation préalable pour réaliser un sondage et une autre autorisation pour en livrer les résultats. Cette loi du 14 avril 1986, dans son exposé des motifs, avait pour ambition de « protéger l’opinion publique sénégalaise contre toute manipulation à des fins politiques ou commerciales » face à « certains sondages ne respectant pas un minimum de règles techniques indispensables à leur fiabilité ». Aujourd’hui, elle favorise ces manipulations…

Disposition qui vide les sondages de leur utilité, le texte interdit (article 20) la publication de sondages en période préélectorale : « La publication ou la diffusion de tout sondage d’opinion ayant un rapport direct ou indirect avec un référendum ou une élection réglementée par le code électoral est interdite à compter de la date de publication au journal officiel du décret portant convocation du corps électoral jusqu’à la publication définitive des résultats du scrutin ». Ce qui peut conduire à la situation aberrante d’interdire les sondages d’opinion une année avant une élection !

Celui qui publie des sondages à l’approche d’une élection risque gros : de un à trois ans de prison et une amende pouvant atteindre 1,5 million de F CFA. La loi soumet par ailleurs la publication des sondages à deux validations : la détention, par l’organisme qui procède à l’enquête, d’un agrément de la commission nationale des sondages (article 16). Et l’obtention, par ce même organisme, d’une autorisation de publier le sondage, sur la foi d’un certain nombre d’éléments à présenter à la commission (articles 17 et décret 86-616 du 22 mai 1986).

Le problème ? Cette « commission nationale des sondages » est un serpent de mer inexistant. Un décret n° 2011-587 du 5 mai 2011, signé par le Président Abdoulaye Wade, avait pour objectif de rendre cette commission opérationnelle. Mais cette commission ne dispose même pas d’adresse! Yacine Ba Sall de l’institut BDA est d’avis qu’il faut « alléger les procédures préalables à un sondage. La commission nationale des sondages doit par ailleurs être une commission de techniciens ».

Alors, dans ce no man’s land socio-juridique, quid des sondages pour l’élection présidentielle de 2012 ? Ont-ils eu raison ? En novembre 2011, le quotidien Le Pays annonçait la victoire écrasante d’Abdoulaye Wade dès le premier tour de la prochaine élection présidentielle sénégalaise avec un score de 53 % alors que la Une de l’Observateur donnait Wade à seulement 24 %, toujours sur la foi d’un « sondage ». « Une telle différence de résultats, c’est absolument impossible. » s’étranglait Aly Saleh Diop, directeur de l’Institut de recherches et d’investigations par sondage (Iris), un des cinq cabinets les plus cotés à Dakar. Les patrons de L’Observateur et du Pays au quotidien ont d’ailleurs été convoqués fin novembre 2011 à la Division des investigations criminelles (DIC). L’audition de Serigne Saliou Samb, alors directeur du Pays, a duré six heures. « C’était interminable. Les limiers m’ont simplement demandé d’où provenait le sondage. Je n’ai pas révélé ma source. Il s’agit d’intimidation. » Il s’agit là d’une interprétation abusive du secret des sources de presse. Les sondages ne sont pas couverts par le secret des sources. En juin 2011, Notresenegal.com – branche Internet de TRESJUSTE (Mouvement pour le travail, l’émergence du Sénégal, la justice sociale et territoriale) publie un sondage paru dans plusieurs organes de presse, selon lequel  « Abdoulaye Wade serait éliminé au 1er tour si la Présidentielle avait lieu aujourd’hui avec en face de lui un ticket Niasse-Tanor (Tanor colistier), arrivant avec 17% des voix derrière Niasse (26%) et Macky Sall (18,5%) ».

Moubarack Lô, alors à la tête du cabinet Émergences, a eu plus de chance…ou de rigueur. Son institut a eu le nez creux, en publiant le 22 novembre 2011 dans l’Observateur, un sondage « effectué de manière rigoureuse par un institut étranger » (sans préciser lequel) qui donnait dans l’ordre le bon tiercé d’arrivée à la présidentielle de mars 2012 : Wade, suivi de Macky, puis de Niasse. En juin 2010, Moubarack Lo donnait Macky Sall vainqueur à 48% contre Wade à 38%, soulevant les protestations d’Iba Der Thiam.

Proche du candidat Macky Sall, Moubarak Lo rejoindra le pouvoir après l’élection de celui-ci. Un sondeur a-t-il le droit d’avoir une activité politique et partisane ? Interrogé par nos soins, Moubarack Lô nous a répondu : « on peut diriger un cabinet de sondages et soutenir un candidat. C’est une question d’éthique. Je ne touche pas une virgule aux résultats des sondages et nos enquêteurs sont des plus rigoureux. Ma nomination à la Présidence ne constituait nullement une promotion mais un sacerdoce ? C’est pourquoi j’avais rendu le tablier quand la voie suivie ne répondait plus à  ma vision de la gestion de l’État ». A ce moment-là, il avait fait l’objet d’une démission-limogeage. Depuis lors, Moubarack Lo est à nouveau retourné dans le dispositif du régime, comme conseiller économique du Premier ministre Boune Abdallah.

Que coûte un bon sondage ? Aly Saleh Diop, directeur d’Iris, soutient qu’« une enquête digne de ce nom coûte autour de 75 millions de F CFA ». Moubarack Lô estime que l’on peut réaliser un sondage fiable au Sénégal à moins de 10 millions de FCFA.

N’est –ce pas jeter de l’argent par les fenêtres ? Même munis de leurs cartes d’électeurs et en file indienne devant un bureau de vote, les Sénégalais n’en démordent pas : c’est Dieu qui octroie le pouvoir d’État!  Tous les candidats ont donc leur chance. Inc Allah.

You, gloire amère

INVENTAIRE DES IDOLES – Par Elgas – La scène se passe dans le chic 16e arrondissement parisien l’hiver 2014. Bâtiments cossus, rues et allées proprettes, en ce février clément, Paris ruisselle de son flot indolent. L’air glacé est griffé de temps à autres par des rayons chaleureux. Tout autour du Boulevard d’Iena, et de sa grande et impériale perspective qui découvre les arêtes de l’arc de triomphe, une petite effervescence commence à remplir l’écho. Un ballet de voitures officielles donne progressivement vie au quartier, injectant aux ruelles un peu de tonus. Dans un immeuble en retrait, presque confidentiel, se joue l’avenir économique du Sénégal. Le cabinet McKinsey a cravaché sur le PSE et la réunion qui commence a pour but d’inonder le Sénégal de milliards. Avant l’émergence, il faut bien la simulation de noyade, donc les grands tuyaux. Le groupe consultatif réunit bailleurs de fonds, gotha dakarois voyageant au frais du prince. Tout le monde est là, journalistes, courtisans, artistes, diplomates, c’est le Dakar affriolant, qui se pavane, s’autocongratule, se toise, dans ce grand xawaré national décentralisé à Paris.

Pendant une pause lors des séances, Youssou Ndour, membre de délégation, est impliqué dans une violente embrouille. A l’entrée d’un ascenseur, l’accès d’un bureau semble lui être interdit par un agent du protocole régalien. Invectives, échanges musclés en wolof, attroupements du parterre incrédule, et quelques minutes plus tard : la diplomatie nationale : le Masla, aidé là par le secret national de l’instruction, le Sutureu, étouffe l’affaire. Alors la tension dégrossit, et la gravité de l’instant désépaissit, il y a un flash, un éclair pendant lequel l’on croise les yeux de Youssou Ndour. Le regard nu, le masque d’une blessure profonde apparente.

La grande souveraineté que la gloire finit par semer dans le port ; l’interminable liste des faits glorieux, épiques ; la réussite irréfutable que le talent et le labeur, de concert, ont construit ; jadis si féconds à illuminer les visages, à les rendre immunisés contre la jalousie, l’envie ; tout d’un coup, pendant cette scène, il y a un goût d’inachevé, cerise empoissonnée sur le gâteau qui a goût de bile. On reproche quelque chose à Youssou Ndour. Quelque chose comme la légitimité du cercle. Un combat que même sa gloire, des plus fulgurantes du pays, n’arrive pas à gagner. Et l’on se reporte à ce couplet dans Ba Tey, où le cordonnier te conçoit une semelle à la hauteur de ton apparence. Le mépris commun a rencontré en chemin la caste nationale pour la machine à disqualifier.

Si la gloire est le soleil des immortels, il y a à parier qu’avec Youssou Ndour, il y a ombrage. Le génie de l’artiste, le succès de l’entrepreneur, la portée de l’ambassadeur national, le timbre de la voix nationale, l’idole mondiale, ont toujours dû frayer avec le mépris contre l’analphabète, instruit tardivement. Partout lui a été opposé ce mépris de caste qui ronge d’amertume même ceux qui se croient à l’abri.Même couvert d’or et de lauriers, l’œil de ses détracteurs, s’attachera à ne voir que ce point. Ce détail. Poison diffus qui n’attaque pas mais démange.

Que les tâtonnements, les mauvaises idées, les alliances opportunistes, aient été le marqueur de son engagement politique, tient sa source dans le fait que Youssou Ndour a été perçu comme un amuseur national, une idole dépolitisée, que l’on ne considérait pas comme un danger, ni une menace. Il a servi d’ornement, de caution, à des milieux où sa voix – singulière – coïncidence, n’a pas été écoutée ni respectée.

Il est toujours dangereux pour l’art de découcher en politique. Il faut avoir les deux fibres pour survivre. Youssou Ndour n’en avait qu’une. Mais ce que les hommes vous ôtent, l’Histoire vous le rend. Voici son acquis, son visa. Les pourvoyeurs universels d’émotions survivent à tous les procès. Quand bien même parfois, la gloire est amère. Ses chansons restent ses plus grandes leçons, de vie et de politique.