INTERVIEW : ‘Blanchiment’ ​de l’administration mauritanienne en cours ?

0
A 68 ans révolu, Ibrahima Moctar Sarr, président de l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Réconciliation (AJD/MR), ne s’avoue toujours, pas vaincu face au régime politique mauritanien qu’il qualifie de «féodal, ségrégationniste et raciste». Ce «soixante-huitard» reste convaincu que le système politique de son pays a atteint ses limites et appelle les leaders à changer de perspective afin de bâtir une «Mauritanie nouvelle». Sinon, avertit-il, «d’ici 5 à 6 ans, il n’y aura plus de noirs dans l’administration mauritanienne».Si on vous demandait de définir le système démocratique de la Mauritanie, que répondriez-vous ?Le système mauritanien, nous l’avons déjà défini comme étant un système d’abord, raciste parce qu’il est basé sur la séparation des races. C’est une réalité. C’est aussi, un système féodal parce qu’il garde pratiquement toutes les anciennes institutions féodales de ce pays. Les gens sont cooptés à partir des grandes familles ; ainsi de suite. Que ce soit d’ailleurs chez les Négro-africains comme chez les Maures, c’est un système esclavagiste. C’est l’un des pays où on pratique, jusqu’aujourd’hui, l’esclavage quoi qu’on en dise. L’Etat reconnait qu’il n’y a que des séquelles. Mais en vérité, dans certains coins de la Mauritanie, on pratique véritablement l’esclavage comme au temps ancien.Pourtant si on prend la communauté noire dans sa globalité, c’est-à-dire les Haratines et les Négro-africains, comme on les appelle ici, vous constituez la majorité par rapport aux Maures blancs. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?  On tente de lutter pour imposer une égalité entre les communautés. Mais, vous savez qu’en Afrique du Sud, c’était quelques centaines de milliers de Blancs contre des millions de noirs. Ils ont pu quand même, régner pendant des années. En Mauritanie aussi, le problème, est que, je dois l’avouer, la main du colonisateur y est pour quelque chose. Parce que la Mauritanie a été créée par le colon français qui, dès le départ, a donné le pouvoir aux Maures et les a confortés dans ce pouvoir en créant les conditions de leur suprématie. Ces derniers se basent sur cette position pour justement dire qu’ils sont majoritaires au verso. Parce que si vous partez du point de vue linguistique, les Haratines (les Maures noirs) plus les Maures blancs font environ 70% de la population. Dans ce pourcentage, les Haratines, naturellement ont le plus gros morceau. Parce qu’ils sont le peuple le plus important avec, environ 40%. Mais dans cette majorité que les Maures revendiquent, les Haratines n’ont pas bénéficié de postes. Au début des indé- pendances, les Haratines ne figuraient même pas dans le gouvernement. C’est maintenant qu’ils arrivent à occuper certains postes. C’est surtout les Négro-africains et les Maures blancs au départ, qui avaient eu à occuper un certain nombre de responsabilités. Les Maures blancs, sur le plan politique, avaient l’hégémonie, bien qu’au départ, les Négro-africains constituaient l’essentiel des cadres que comptait l’administration du pays. C’est eux qui fréquentaient l’école pendant que les Maures refusaient d’y aller. Mais, par un jeu que Mokhtar Ould Daddah aura utilisé, en se basant sur l’arabisation systématique du pays, ils ont réussi à renverser la vapeur. Ça a créé des frictions déjà dès le départ, en 1966, pour ceux qui s’en souviennent ; ce qui avait entrainé des morts d’hommes ici, à Nouakchott. C’est exactement dans le même schéma qui s’est répété en 1989, au temps de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya qui a pratiquement procédé à un génocide. Il a tué des milliers d’individus et en a déporté d’autres au Sénégal et au Mali. Des militaires ont été tués dans des casernes. Et jusqu’à présent, ce trafic humanitaire reste encore non réglé ; même si, quelque part, on a indemnisé les veuves et les orphelins. Le problème reste quand même très douloureux.Si au début des indépendances, l’administration était dominée par des Né- gro-africains, qu’est-ce qui s’est alors passé pour que cette tendance soit complètement renversée et qu’on ne retrouve pratiquement plus de Négroafricains dans les fonctions les plus importantes du pays ?  C’est le système qui a été utilisé et qui s’est basé sur l’arabisation. A partir de 1966, ils ont sorti une loi pour dire que : «tous les élèves qui n’auraient pas la moyenne en Arabe ne passent pas». Donc, c’était un blocage systématique pour les élèves Négroafricains. C’est ce qui était à l’origine des événements de 1966. Il y a eu un groupe d’intellectuels qui s’appelait «Les 19» (19 Cadres). Ils avaient écrit un document pour condamner cette tendance à la civilisation que d’ailleurs, les Négro-africains avaient pressenti dès l’indépendance. Depuis le congrès d’Aleg (Sud de la Mauritanie, Ndlr), les Négro-africains avaient demandé des garanties. Parce que la Mauritanie est une juxtaposition entre une partie de l’ancien Fouta, de l’ancien Gadiaga Guidimakha et de l’ancien Waalo avec certains émirats des Maures comme l’émirat de Trarza, ainsi de suite. Donc, ce sont deux communautés qui, culturellement, n’ont pas véritablement d’attaches solides en dehors de l’Islam. Historiquement, elles ont eu des relations assez difficiles mais, que la colonisation française a tenté de rassembler pour que la Mauritanie puisse exister. Au départ, le Maroc revendiquait la Mauritanie et les Français voulaient créer l’Etat mauritanien comme étant un Etat tampon entre ses possessions du Nord et du Sud. Et, à partir de ce momentlà, il fallait que les Sénégalais aussi, jouent le jeu, qu’ils acceptent qu’une partie de cette frange négro-africaine soit rattachée à l’ensemble Maure pour créer l’Etat mauritanien. Donc, dès le départ, les gens avaient pressenti qu’il aurait des problèmes. Et les Né- gro-africains ont demandé des garantis. Le congrès d’Aleg qui devrait trancher sur cette question ne l’a pas réglé. Ça va poursuivre le pays jusqu’aux événements de 1966Autrement dit, Senghor, le premier Président du Sénégal a largement contribué à la mise en place de l’Etat Mauritanien ?Ah oui ! Les autorités sénégalaises d’alors ont accepté cette thèse-là pour que cette Mauritanie puisse exister. D’ailleurs, le Sé- négal a joué un rôle extrêmement important dans la reconnaissance de la Mauritanie à travers le monde. Même au niveau du monde Arabe, seule la Tunisie avait reconnu la Mauritanie. Les autres se basaient sur les thèses marocaines. Il a fallu d’ailleurs, un compromis au plan international. Parce que la Yougoslavie avait un Etat qu’on voulait faire passer aux Nations-Unies et on a fait un marchandage pour que la Mauritanie aussi, puisse passer A votre avis, aujourd’hui, qu’est-ce qu’il faut faire concrètement, pour que vous retrouvez cette fameuse «Mauritanie nouvelle» dont vous revendiquez tant dans toute votre déclaration ?  Très tôt, on a commencé à douter. Au dé- part, nous pensions que c’était une situation qui avait été créée par la colonisation. Dans le cadre d’un mouvement qui se disait mouvement démocratique national qui avait des tendances révolutionnaires à l’époque, nous avions estimé qu’il fallait lutter contre les colons et qu’une fois que le pays serait indé- pendant, il pourrait effectivement émerger de manière démocratique et solidaire pour toutes ses composantes nationales. Mais, par la suite, nous avons compris que ce mouvement ne voulait pas prendre en charge la question nationale. Ce que nous appelions la question de cohabitation. Et c’est à partir de ce moment, que nous nous sommes démarqués de ce mouvement pour créer nos propres mouvements qui sont Négro-africains et qui tenaient à régler cette question de cohabitation. Depuis 1978, nous avons créé l’Udm (Union dé- mocratique mauritanienne), qui ensuite, va donner naissance aux Flam (Forces de libération africaine de Mauritanie). Les Flam vont aussi publier un autre manifeste comme celui du «19» en 1986. Ce qui va aboutir à l’arrestation de ses principaux dirigeants dont moi-même. Nous avons fait le bagne pendant 4 ans. Quand nous sommes sortis de prison, certains se sont exilés pour continuer le combat et nous, nous sommes restés ici, au pays. Nous avons travaillé avec les autres forces politiques comme les Haratines et les Maures qui voulaient aller dans cette direction-là. Mais, par la suite, chemin faisant, nous avons compris qu’une certaine opposition ne cherchait qu’à reprendre le pouvoir politique. C’est-à-dire, changer le ré- gime en place pour continuer le système. Donc, c’est le même système qui continue depuis Mokhtar Ould Daddah jusqu’à l’actuel président, Mohamed Ould Abdel Aziz. Alors, à partir de ce moment, il ne s’agit pas de changer de régime mais, d’attaquer le système dans ses fondements essentiels.Concrètement, qu’est-ce qu’il faut pour déconstruire ce système ?  Malheureusement, le système est arrivé à bout, selon mes analyses. Aujourd’hui, il n’est pas possible pour le système mauritanien de pouvoir se déconstruire de manière politique comme ça ; avec les partis politiques, avec le jeu de l’Assemblée nationale. De mon point de vue, ce n’est plus possible. Parce qu’aujourd’hui, le système a atteint le niveau top où les autres communautés, principalement les Négro-africains, sont complètement balayées de la scène nationale. Ils (les Négro-africains) n’existent nulle part. Sur le plan économique, ils sont inexistants. Sur le plan militaire, aujourd’hui, sur plus d’une dizaine de généraux, vous ne trouverez pas un Négro-africain. Idem sur le plan culturel. Même sur le plan religieux, c’est une seule communauté qui est aux commandes et qui prépare sa relève. Dans les écoles militaires, vous ne trouverez que des éléments arabes qui préparent la retraite de l’élite militaire actuelle qui est au pouvoir. Les Négro-africains ont été balayés systématiquement au niveau de l’administration. Tous ceux qui vont en retraite ne sont pas remplacés et déjà, il y a eu beaucoup de cadres qui ont été déportés lors des événements de 1989. D’ailleurs, j’en suis un exemple parce que, je travaillais à la radio mauritanienne et quand je suis sorti de prison, je n’ai pas pu retrouver mon travail. Il y’en a beaucoup comme moi dans ces conditionslà. A partir de ce moment-là, petit à petit, on évacue les Noirs de l’administration. Je crois que d’ici 5 à 6 ans, il n’y en aura plus dans l’administration. Donc, ce sont les Maures qui occupent tout le système à partir de ce moment. Ce système est clos et les Noirs qui sont actuellement en Mauritanie ne peuvent pas à partir de leurs actions politiques renverser la vapeur. D’autant plus que nos camarades, nos amis des autres partis politiques, ce qui les intéressent, c’est de changer le régime mais pas le système. Quand ils manifestent dans la rue, ils posent le problème de la cherté de la vie, de la dictature du Président, de la gabegie qui existe, que le président est en train de s’accaparer des biens du pays, qu’il veut faire un troisième mandat… Ils ne s’attaquent pas à l’essentiel des problèmes des Négro-africains comme par exemple, celui de la biométrie, de la discrimination raciale au niveau de l’administration, de leur mise à l’écart dans les structures militaires et spirituelles du pays. Pis, aujourd’hui, on est en train d’accaparer les terres de culture de la vallée qui appartiennent aux Négro-africains. Alors, à partir de ce moment-là, ils ne posent pas ce problème-là dans leurs manifestations. Ce qui les intéresse, c’est simplement de faire partir celui qui est au pouvoir afin de le remplacer et de continuer le système. Depuis que je l’ai compris, j’ai arrêté cette forme de collaboration avec cette opposition. Je mène mon combat en essayant surtout de l’axer sur la conscientisation des populations Né- gro-africaines de leurs situations, de véhiculer le message à travers le monde entier pour que les gens comprennent ce qui se passe en Mauritanie mais aussi, de chercher parmi les Maures blancs ceux qui, finalement, accepteront de travailler dans le sens d’une Mauritanie égalitaire et qui viendront se joindre à nous pour qu’il y ait une rupture demain. Cette rupture sera créée uniquement par la confrontation des éléments du système qui sont en compétition pour le pouvoir.Et pourtant à un certain moment, vous avez eu à cheminer avec l’actuel président Mohamed Ould Abdel Aziz. A quel moment le cordon ombilical a été coupé ?  Quand Maaouiya, qui a commis le génocide, que nous avons combattu pendant 20 ans, est parti, nous n’en croyions pas. On ne pouvait pas avoir un Président pire que lui. Nous pensions que les militaires qui ont pris le pouvoir allaient nécessairement s’attaquer aux problèmes de fond. Quand Mohamed Ould Abdel Aziz est arrivé, il a donné cette impression. Il est allé à Kaédi et a effectué une prière pour les disparus. Il a estimé que l’Etat était responsable de ce qui est arrivé et qu’il allait prendre les mesures qui s’imposent. Il a fait beaucoup de discours et il nous a demandés de venir le soutenir. Je lui ai demandé qu’on en discute en lui posant un certain nombre de problèmes ; notamment 7 points. Pendant 8 mois, nous en avons parlés et nous avons abouti à un consensus. Il y’a eu une grande cérémonie qui a été faite d’ailleurs, dans un hôtel. Toute la presse a été appelée pour constater que j’allais rejoindre la majorité. Mais, au bout d’un an de parcours, les lignes n’ont pas bougé pour autant. Les solutions que nous avions demandées, tardaient à venir. Dans la même période, il a introduit ce qu’on appelle un système biométrique pour le recensement des populations alors qu’il était purement discriminatoire. Les jeunes Négro-africains ont bougé. Il y’a eu des manifestations dans les grandes villes surtout du Fouta, à Kaédi plus précisément, notamment à Magama où un jeune du nom de Lamine Mangane a été tué par balle par des gendarmes. Mon parti s’est réuni pour dire qu’on ne peut plus continuer avec des gens qui tuent nos enfants. Nous nous sommes donc retirés de la coalition et avons décidé de continuer notre lutte. Aujourd’hui, nous sommes à l’Assemblée nationale. Nous continuons à poser le problème. Nous avons même gagné une mairie dans le plus grand quartier de Nouakchott et c’est à ce niveau, que nous continuons le combat. Nous n’avons pas usé de la violence pour nous faire entendre. Nous pensons qu’il faut conscientiser tout le monde, principalement, les Maures qui, comme les Blancs sud-africains, pourraient comprendre qu’il faut changer le système pour aboutir à une Mauritanie où tout le monde se retrouve.Quelle est la dangerosité du système d’enrôlement dont on parle tant aujourd’hui en Mauritanie ?  Le système est très simple. Maaouiya, qu’est ce qu’il avait fait ? Il a déporté les gens au Sénégal et au Mali. Il y a des milliers qui sont encore au Sénégal et au Mali qui ne sont pas revenus. Donc, ils sont déjà éliminés. Maintenant pour les autres qui restent, on les empêche d’avoir simplement des papiers. Ils sont obligés soit, de s’exiler ou de rester dans leur pays sans papiers. C’est une autre forme de déportation plus subtile. Je dis que ce système est voué à l’échec. Il ne peut pas continuer parce qu’effectivement, la communauté Haratine qui est la plus importante du pays, était pratiquement utilisée par le Maure blanc pour la basse besogne. Parce qu’en 1966, c’est eux qui ont fait la sale besogne mais également, en 1989. Mais cette communauté a commencé à prendre conscience d’abord, de sa réalité et qu’elle est capable de jouer un rôle important. Elle a maintenant des leaders qui s’agitent à travers le monde comme aujourd’hui Biram Dah Abeid qui vient de recevoir le Prix international pour les droits de l’homme des Nations Unies. Ces gens sont en train de bouger pour conscientiser la communauté Haratine afin qu’elle refuse de jouer ce rôle-là et de demander ses droits comme citoyens à part entière dans ce pays. Quand les Haratines commenceront à prendre conscience et qu’ils se libéreront carré- ment un jour, naturellement les choses vont bouger.Surtout qu’actuellement, c’est un Haratine qui dirige le Conseil constitutionnel, ils sont aussi au Conseil économique et social. Pensez-vous que ça peut aboutir à quelque chose de concret ?Aujourd’hui, ce sont les Négro-africains et les Maures blancs qui se partageaient le pouvoir. A l’époque, les Haratines étaient vraiment exclus. Maintenant, ce sont les Haratines qui remplacent carrément les Né- gro-africains à ce niveau-là. Un jour à l’Assemblée nationale, j’ai interpelé le Premier ministre en lui faisant comprendre que sur les grandes institutions qui existent dans ce pays, il n’y a plus de Négro-africain. Tout ré- cemment, le Sénat était détenu par un Né- gro-africain mais, depuis la mort du Sénateur Ba Mbaré, les Négro-africains n’ont plus accès à aucune institution. Or, vous avez les Haratines qui sont à l’Assemblée nationale, au Conseil constitutionnel, au Conseil économique et social au moment où les Négro-africains n’existent nulle part. C’est une situation mais de toute façon ça ne donne aucun privilège aux Haratines. Parce que ça ne leur donne aucune supré- matie dans la mesure où, pour l’essentiel, les Maures détiennent toutes les richesses du pays. Quand vous regardez tous les niveaux importants où le pouvoir se joue, les Négro-africains n’y sont pas.Mais est-ce que le véritable frein pour l’envol de la Mauritanie, ce n’est pas ce cloisonnement entre les différentes catégories ? Les Haratines de côté, les Maures de l’autre côté et les Négro-africains qui regroupent les Haal Pulaar, les Soninkés, les Wolofs, où chacun essaie d’être culturellement dans son coin.Pour les Négro-africains, il y’a une certaine homogénéité entre les Wolofs, les Haal Pulaar et les Soninkés. Ils se retrouvent tous du même côté. Il y’a une interpénétration. Mais naturellement, avec les autres communautés, les Haratines et les Maures blancs, effectivement, l’unité n’est pas réalisée. Je vous donne comme exemple quand parfois vous avez des manifestations culturelles ici, vous verrez les Haratines qui organisent leur soirée à part, vous verrez les Né- gro-africains qui font aussi leur soirée à part. Parfois aussi, il y’a les Wolofs et les Soninkés. Il n’y a pas d’interpénétration entre les communautés. Il n’y a pas d’osmose entre les communautés. Quand j’étais candidat à la présidentielle de 2007, j’avais lancé un slogan pour dire que si j’étais élu, « j’allais donner une prime aux mariages mixtes ». Quand un Maure blanc aura épousé une Négroafricaine et vice-versa, j’allais leur donner une prime. C’est pour dire qu’il n’y a pas d’interpénétration même au niveau du mariage entre les communautés pour créer ce mé- tissage biologique et culturel qui pourrait favoriser une véritable symbiose entre les communautés. Les gens sont complètement cloisonnés. Quand vous voyez aujourd’hui à l’Assemblée nationale, nous, nous prenons la parole. Nous parlons dans nos langues parce qu’eux, ils parlent uniquement en Arabe ou en Hassaniya. En général, ils disent que ce qu’ils parlent, c’est le Hassaniya. Parce que l’Arabe classique, ce n’est pas n’importe qui, qui le maîtrise. Mais pour eux, c’est ça l’Arabe. Et nous, on nous demande de parler en Français mais, nous refusons. Nous disons non ! Le Français n’est pas notre langue. Nous parlons notre langue, le Pulaar, le Wolof et le Soninké. Et il faut le traduire effectivement de manière simultanée pour que les ministres qui viennent et les autres puissent aussi nous suivre. Mais jusqu’à présent, nous n’avons pas obtenu satisfaction mais, nous continuons au niveau de l’Assemblée nationale à parler notre langue comme si les gens nous entendaient même s’ils n’entendent pas.Ça donne l’impression d’être dans une véritable tour de Babel où d’aucuns parlent Arabe, d’autres parlent Pulaar, Wolof etc. ?Absolument, c’est la réalité de l’Assemblée nationale aujourd’hui. Quelque fois, quand nous voulons nous faire entendre, nous parlons en Français ou en Pulaar. Nous voulons aussi que nos vis-à-vis, nos électeurs aussi entendent ce que nous disons à l’Assemblée nationale. Mais c’est une situation qui est là et exactement, c’est ce qui se passe dans le pays. Avec Sud

Sénécinéma: exégèse de la solitude des personnages chez Sembéne et Mambety

Par Le SipikatDés qu’on parle de cinéma sénégalais deux noms sont immédiatement évoqués : Ousmane Sembéne et Djibril Diop Mambéty. Ces deux cinéastes ont dominé presque toute la production cinématographique sénégalaise de la seconde moitié du XXe siècle.L’un,  tour à tour ancien combattant, docker,  militant syndical, écrivain, militant politique et opposant politique (rappelons qu’il s’est souvent querellé avec l’état sénégalais sous Senghor qui a constamment cherché à l’isoler). L’autre, un peu moins connu, comédien, scénariste et réalisateur de génie. Ni l’un ni l’autre n’a réussi  à passer le baccalauréat (ils étaient tous deux quasiment autodidactes)  car ils savaient sans doute que la véritable école de la vie se trouve au contact de la population.Leurs films parurent presque aux mêmes dates (1968 Mandabi /1969 Contras’City, 1970 Badou Boy/1971 Emitaî, 1973 Touki-Bouki/1974 Xala, 1992 Hyénes et Guélewar, …), mirent en scéne des personnages presque similaires avec les mêmes acteurs (Makhourédia Guèye dans Xala, Mandabi et Hyènes, Mareme Niang dans  Xala, Guelwar et Touki-Bouki, etc.). Et pourtant jamais productions cinématographiques ne furent si différentes dans l’interprétation du fait colonial, leur utilisation de la tradition orale, leurs descriptions des espaces de vie, leurs représentations des langues et des coutumes.Je ne vais pas de faire ici un comparatif exhaustif des deux cinéastes africains  les plus marquants. Parce que je n’en suis pas capable intellectuellement mais surtout il faudrait plus qu’un article pour couvrir l’étendue et la fertilité de l’œuvre respective de Sembene  Ousmane et de Djibril Diop Mambety, dont la subtilité et la profondeur sont un éclatant  témoignage du destin de l’Afrique, dans le théâtre de ses  drames, le tumulte de ses angoisses, les détours de son humour, l’ombre de ses phobies ou le mirage de ses espoirs.Comme il serait ardu d’en faire un portrait exhaustif, jetons l’encre sur la solitude, cet instant intime, ou ces révérés peintres de l’âme, ont souvent plongés leurs personnages, non pour les masquer, mais les livrer à eux même, nous convier à la transe de leurs émotions. Il va sans dire que le vécu ou la couleur que chacun de ces maitres donnent à la solitude, résonnent selon leur propre sensibilité et l’horizon de leur art.

Une solitude recherchée chez Mambety

 Pour évoquer la solitude chez Mambéty, Badou Boy (1971) vient tout de suite à l’esprit. Je pense que c’est l’un des rares films de cette époque à faire l’apologie de la solitude. Ici nait le premier thème de la création cinématographique de Mambéty : la solitude quasi-totale des personnages devant leurs conditions.  Ses derniers la cherchent, la cultivent car elle seule les assure une voie libre des soucis d’une existence marginale.Les personnages de Badou Boy sont dans leur majorité des jeunes adolescents où on note l’absence de toute structure familiale, que des amitiés occasionnelles qui sont vite défaites. Ils ne vivent que de débrouillardises et de ruse. Aucun d’entre eux n’entreprend de se battre contre cette condition de solitude. Au contraire, tous semblent la chérir. Ils ne fréquentent aucun bureau de l’administration. Ce sont des citoyens affranchis de la tutelle de toute autorité, se contentant  d’une croyance en la liberté individuelle.Badou Boy est considéré comme un western urbain. Le western qui est l’un des genres cinématographiques dont les héros se targuent d’une solitude jalousement gardée.Le personnage de Badou Boy prépare celui de Marigo dans Le Franc et ceux de Mory et Anta dans Touki- Bouki . Marigo est un jeune, mâle qui se complait dans la solitude et les grandes espaces vides l’attirent. Il est seul, pauvre mais doté d’une énergie sans faille et est capable de ruser pour s’en sortir. Mory et Anta sont tous deux solitaires qui tentent de survivre dans un milieu qui leur sont hostiles où toute dissension entraine immédiatement la répression.Notons quand même qu’avec  Draman Drameh dans Hyénes, Mambéty crée son personnage le plus sociable et le seul qui, paradoxalement, mourra des mains des siens qui gardent le silence en permanence, les gueux.Comme on le voit ici la solitude chez Mambéty ne présuppose ni n’entraine le malheur. En réalité, elle permet de dire différemment, de voir d’un œil critique, et d’exercer une créativité qui s’accommode mal à la vie de groupe.

Chez Sembène

La solitude des personnages de Badou Boy ou d’Hyénes diffère de ceux de Diouma dans La Noire de.. ou de Dieng dans Mandabi.Dans La Noire de.. la tragédie de Diouma se tisse et se dénoue dans la solitude du personnage. Elle est seule tout au long du film. Au marché des bonnes elle s’isole des autres et n’a aucun rapport avec ses collègues. Une fois embauchée, elle est seule avec ses employeurs blancs qui ont une langue et des habitudes différentes. Lorsqu’elle est sur le bateau qui l’amène vers le Cote d’Azur, il n’ya ni famille, ni ami pour lui dire au revoir. Et enfin une fois en France c’est dans la solitude qu’elle se donne la mort en se tranchant les veinesDans Mandabi, Dieng, le personnage principal, se retrouve seul, perdu au cœur de la ville de Médina, devant des bureaucrates, des policiers sans scrupule et des escrocs de tous genres. A la banque un jeune homme lui propose son aide il finit par se faire « taper ». Chez le photographe il se fait rudoyer par de escrocs. A la police, il se fait poliment éconduire et honteusement insulter au bureau de poste. Pour encaisser son mandat Dieng, seul est exploité, berné, toujours candide on assiste au cours du film à la métamorphose de l’homme.Chez Sembene, même dans la mort, la solitude fait de son objet une victime à la merci des autres. Ainsi dans Guelwar, le cadavre de Pierre Henri Thioune est spolié dans la solitude des bains rituels. Comme j’ai essayé de le montrer, la solitude dans l’œuvre de ces deux cinéastes d’envergure, porte l’empreinte d’un élan souvent militant pour Sembene et d’un regard  nuancé sur la marche de l’Afrique. Celle qui traine la hantise de son passé, la violence de souvenirs qui prennent corps dans la réalité ; et l’autre qui se débats dans la quête d’une identité teintée de fantasmes et de reliquesJe ne pourrai pas finir sans évoquer le fait que ce qu’Ousmane Sembéne condamne par le silence, Mambéty, par le biais de l’ironie, le dénonce. Chez Sembène la seule forme de média représentée dans ses films se manifeste par l’appel de la prière ou par la musique. L’information électronique tout comme l’école sont totalement ignorées puisqu’il considère qu’elles véhiculent des contre-vérités. Ce qui va accentuer les différends avec le pouvoir, notamment avec Senghor. Chez Mambéty, l’ironie est utilisé pour ridiculiser le pouvoir comme en témoigne l’annonce radio diffusée dans Badou Boy « Chers auditeurs, nous interrompons nos émissions pour vous donner une nouvelle d’extrême gravité. La crise entre le Sénégal et la France prend une dimension que nul ne pouvait prévoir à sa naissance. C’est-à-dire, vous le savez, le jour où la délégation sénégalaise, s’est retirée d’une conférence sur la création d’une race africaine de chiens de luxe. Les troupes sénégalaises viennent de débarquer sur la Côte d’Azur. L’extraordinaire embonpoint des éléments sénégalais sème la panique sur les troupes estivales françaises. La Croix-Rouge internationale est débordée. Le maire de la région déclare, comme par le passé, ni nos hommes ni nos femmes ne se laisseront faire. A New York, ce soir, la réunion extraordinaire du Conseil de sécurité. Dieu et l’ONU sauvent la France »Le Sipikat ©Tract Quotidien 2018 – www.tract.sn  Pour aller plus loin, ci-dessous une filmographie et une bibliographie.

Filmographie :

Sembéne : (que les longs métrages)
  • La Noire de.. (1966)
  • Mandabi (1968)
  • Emitaï (1971)
  • Xala (1974)
  • Ceddo (1977)
  • Camp Thiaroye (1987)
  • Guelwaar (1992)
  • Fat Kiné (2000)
  • Moolaadé (2003)
Djibril Diop Mambéty :
  • Contras’ City (1969) court métrage
  • Badou Boy (1970)
  • Touki-Bouki (1073)
  • Hyénes (1992)
  • Le Franc (1995)
  • La petite vendeuse de soleil (1998)

Bibliographie :

 Paulin Soumanou VIEYRA, « Sembéne Ousmane, cinéaste », Présence africaine,Samba GADJIGO « Ousmane Sembéne, une conscience africaine », Présence africaine,Sada NIANG « Djibril Diop Mambety, un cinéaste à contre-courant » L’Harmattan,Nar SENE « Djibril Diop Mambety, la caméra au bout du nez » l’Harmattan.     

Mame Mbaye Niang ne veut pas retenir les futurs ex-apéristes​

0
La « déception » de Youssou Ndour n’est pas comparable à celle qui a mené Thierno Alassane Sall hors de l’APR.Si le ministre du Tourisme trouve des circonstances atténuantes à son devancier à la tête de ce département, il n’en donne aucune à l’ancien ministre de l’Energie. Mame Mbaye Niang déclare comprendre « la déception » de Youssou Ndour. Mieux, il estime que d’autres responsables de la mouvance présidentielle peuvent nourrir le même sentiment. Mais non pas parce qu’ils en veulent à d’autres responsables mais qu’ils se préparent à quitter le navire.  « Comprenez qu’il y a tellement de personnes qui peuvent être déçues ou se préparent à quitter parce qu’elles ont un plan, mais cela ne peut pas nous ébranler. Thierno Alassane Sall ou un autre, chacun est libre de partir, mais je voudrais qu’on nous explique ce qu’on nous reproche », martèle le ministre du TourismeAvec Walf

‘Rebelle’? Atepa s’en défend et attrait le Grand Serigne de Dakar au tribunal

0
Le patron de Atepa Technologies ne jouait pas lorsqu’il menaçait de poursuivre le Grand Serigne de Dakar. Eh oui, Pierre Goudiaby a franchi le Rubicon depuis une dizaine de jours. Le président des cadres Casamançais accusé d’être le plénipotentiaire des rebelles du Mfdc par Abdoulaye Makhtar Diop, a commis Me Bamba Cissé, pour défendre son honneur.L’architecte avait déclaré connaître les auteurs des tueries de Bofa Bayotte en Casamance. Du coup, le Grand Serigne de Dakar avait dans la foulée, accusé Pierre Goudiaby Atepa d’être un rebelle. Il a déposé une plainte auprès du procureur Serigne Bassirou Guèye contre Abdoulaye Makhtar Diop. Osons croire que ce dernier va se départir de son immunité parlementaire pour faire face.   

Que recèle l’accord gazier Mauritanie – Sénégal ?

0

Le Président Aziz a dit ses vérités à propos de l’accord gazier signé avec le Sénégal : « On peut pas se réveiller un beau jour, prendre une feuille de papier et signer un accord. C’est un processus qui prend du temps avant d’aboutir. Entre deux États voisins, nous partageons beaucoup de choses, que ce soit le fleuve ou nos ressortissants. Macky Sall et moi avions la responsabilité de faire le bon choix pour rapprocher nos pays.

Les infrastructures d’exploitation seront d’ailleurs installées à nos frontières. Nous n’avons pas cherché à satisfaire les intérêts de nos États, mais ceux de nos deux peuples car, en exploitant rapidement ce gisement, nous améliorerons leurs conditions de vie. Ce ne sera certainement pas le seul que nous aurons à partager, c’est pourquoi il était de notre devoir d’y arriver, et rapidement. D’après les études de BP et Kosmos, l’exploitation commencera d’ici à l’horizon 2021. »

 

Khalifa Sall ne désespère pas de faire prévaloir ses droits devant la Cedeao

0
L’arrêt rendu le 20 février dernier par la Cour de justice de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) dans l’affaire Khalifa Sall, divise les avocats du maire de Dakar et ceux de l’Etat. Du moins, son interprétation. Car, Me Ciré Clédor Ly, qui avait promis de se prononcer sur la question une fois la décision disponible, estime que leur client n’a jamais été débouté de ses demandes relatives à la violation de ses droits politiques et civiques.Ce que la Cedeao a dit, a-t-il tenu à préciser, ‘’c’est qu’elle a été saisie très tard pour qu’elle prenne des mesures d’urgence pour le respect des droits du maire de Dakar pour un procès équitable, parce que le tribunal avait déjà commencé son travail’’. Donc, poursuit le conseil, ‘’nous ne sommes plus dans le cadre de l’urgence, car ces mesures ne s’imposaient pas’’. Par conséquent, selon les explications de Me Ly, la Cedeao reste saisie des demandes. A l’en croire, celles-ci seront probablement plaidées à l’audience du mois d’avril déplacée à Bamako. ‘’On attend la confirmation, car la cour a statué sur les mesures urgentes et non sur le fond’’, conclut-il.Les avocats de l’édile de la capitale avaient saisi la cour d’Abuja pour lui demander de bloquer la procédure initiée contre leur client, puisque ‘’ses droits avaient été violés’’. 

Les syndicats font jonction pour la grève générale

Qu’on le veuille ou non, on est obligé de reconnaître, que les luttes syndicales – principalement dans les secteurs de l’Education, de la Santé et de la Justice – ont singulièrement manqué d’efficacité, ces dernières années. La meilleure preuve en est la non-application, durant plusieurs années, d’accords signés par le gouvernement de la République.La première raison à cette situation réside dans la division voire l’éparpillement des forces syndicales, auxquelles il arrive très rarement de s’entendre sur une plateforme unique et des mots d’ordre communs.Cette fragmentation du mouvement syndical, loin de reposer sur des divergences programmatiques ou d’orientation, relève le plus souvent d’inimitiés crypto-personnelles ou d’une divergence d’intérêts individuels. La multiplicité de scissions qui en découle est le résultat du non-respect des normes de fonctionnement démocratiques dans nombre d’organisations syndicales, instrumentalisées depuis des décennies par des groupes maffieux, qui sont dans une quête désespérée de reconnaissance par les plus hautes autorités de la République. On assiste, de fait, à une patrimonialisation des organisations syndicales fragilisées par un leadership déficient et une gouvernance exécrable.On ne peut, non plus, occulter le faible niveau de conscience syndicale des travailleurs, qui adhèrent à leur syndicat comme à un daara, plus intéressés par les avantages qu’ils peuvent en tirer (bourses, voyages aux Lieux Saints, avancements, affectations, protection contre les sanctions disciplinaires…) que par la glorieuse perspective de libération des travailleurs. Ce sont ces mêmes militants, qui s’adonnent à cœur-joie au xar matt (travail noir), sont impliqués dans des cas de népotisme et de situation de rente, érodant ainsi les principes de justice sociale et d’équité, qui devraient être à la base de toute action syndicale digne de ce nom.Une autre explication de l’inefficacité des fréquentes et interminables grèves des syndicats des secteurs de la Santé et de l’Education est le fait qu’elles n’atteignent pas les classes dirigeantes de notre pays, qui ont mis en place des mécanismes et réseaux pour la satisfaction de leurs besoins sanitaires et éducatifs, en dehors des secteurs publics de la Santé et de l’Education, que ce soit dans le privé ou à l’étranger. Cela contribue à l’impopularité de ces grèves (donc absence de soutien), car ce sont les masses populaires qui, même en temps normal, rencontrent d’énormes difficultés d’accès aux soins, sont les plus grandes victimes collatérales de ces confrontations syndicales.Il y a enfin le corporatisme débridé, qui caractérise les différentes franges du mouvement syndical avec de plus en plus de syndicats sectoriels (élémentaire, moyen secondaire, supérieur, médecins, chirurgiens-dentistes…) et de moins en moins de syndicats unitaires. Cette vision étriquée aboutit aussi à une prétendue neutralité politique, qui fait que les syndicalistes interviennent en aval de la mise en œuvre des politiques publiques. On peut y trouver certes quelques aspects positifs (construction d’infrastructures, couverture maladie universelle…), mais surtout une politique économique extravertie, trop favorable au Capital étranger et soumise aux officines financières impérialistes, marquée par un endettement colossal et des scandales récurrents (signature d’accords léonins sur les ressources naturelles, détournements de deniers publics…). En définitive, on se trouve dans une situation de tension de trésorerie, qui empêche la matérialisation des accords syndicaux, le règlement de la dette intérieure, y compris les factures dues à l’Agence de couverture maladie universelle et à l’Enseignement Supérieur privé.Tout cela nous amène à penser que le mouvement syndical doit se repositionner comme sentinelle vigilante, ayant son mot à dire sur la définition et la mise en œuvre des politiques publiques. Il doit redevenir une sorte de contre-pouvoir, qui doit peser pour que ces politiques publiques soient orientées dans le sens des intérêts populaires.Pour atteindre ces objectifs exaltants, il est incontournable d’en arriver, à tout le moins, à une unité d’action du mouvement syndical. Celle-ci pourra revêtir la forme d’une grève générale politique, qui mettra sur le tapis l’impact des principales orientations politiques mises en œuvre par le gouvernement de la République sur la vie des masses populaires.Avec Enquête

Kolda: l’affaire de sorcellerie atterrit au tribunal

I. S., O. K. B., A. S. et I. K. B. ont été condamnés, ce mercredi 28 février, par le Tribunal de grande instance de Kolda, à 2 mois de prison ferme chacun. Ils ont tous été reconnus coupables des délits d’association de malfaiteurs et de diffamation au préjudice d’une dame qu’ils ont fait passer pour une sorcière.L’affaire de sorcellerie qui avait fini d’alimenter les débats, dans le village de Mame Bignet, dans la commune de Diacounda (département de Bounkiling), a finalement connu son épilogue. Ce mercredi 28 février, le verdict a été rendu par le juge du Tribunal de grande instance de Kolda en faveur de M. G., accusée d’être une sorcière qui voulait ‘’dévorer’’ des enfants dudit village. ‘’Des enfants nous ont dit que pendant leur sommeil, ils rêvaient être pourchassés par un singe. Ainsi, j’ai convoqué tous les habitants du village. A l’issue d’une réunion, nous avons convenu de sortir le ‘’Fambondy’’ (un génie protecteur). Ainsi, les jeunes du village ont accompagné cet esprit pour aller débusquer le sorcier qui, selon eux, écumait le village’’, a expliqué A. B., chef du village de Mame Bignet.I. S., O. K. B., A. S. et I. K. B., les accompagnants du ‘’Fambondy’’, déclarent qu’ils ont, ainsi, visité concession après concession, jusqu’à arriver à la maison de V. D., mari de la victime. Une fois dans la demeure, le ‘’Fambondy’’ s’est introduit dans une chambre et a fait sortir M. G. C’est ainsi qu’elle a été conduite au domicile du chef de village, en l’occurrence A. B.. C’est là où a commencé tout le calvaire de la dame. ‘’Ils m’ont fait sortir de force de la chambre où j’étais avec mon mari. Ils m’ont trainée dehors comme une vulgaire personne nuisible à la société.Au vu et au su de tout le monde, ils m’ont battue, ils m’ont traitée de tous les noms d’oiseaux avant d’être expulsée du village, le lendemain matin, après 21 ans de mariage sans enfant dans ce village. O. K. B., un des accompagnants, a introduit sa main dans mon sexe devant la foule, pour enlever, dit-il, quelque chose qu’il n’a d’ailleurs jamais daigné exhiber, de mon vagin’’, témoigne la dame. Visiblement ahurie, elle assène : ‘’J’ai été vraiment humiliée et blessée au fond de mon âme. C’est pourquoi j’ai décidé de porter plainte contre A. B., chef du village, I. S., O. K. B, A. S. et I. K. B. pour que justice soit faite. Car je n’oublierai jamais ce qu’ils m’ont fait vivre.’’Interpelé, O. K. B. a rejeté en bloc toutes les accusations faites par la victime. ‘’Je n’ai jamais introduit ma main dans ses parties intimes. C’est une fausse accusation’’, s’est-il défendu. A la question de savoir en tant que mari de la victime, pourquoi il ne s’est pas opposé, lorsque les jeunes battaient sa femme et a laissé les gens expulser du village son épouse sans réagir, V. D., mari de la victime, a répondu : ‘’Je me suis plié à la décision du village. C’est pourquoi je ne pouvais rien faire.’’ ‘’Est-ce que ce n’est pas le fait que votre femme ne vous a pas donné d’enfants que vous avez accepté de coopérer avec les habitants du village ?’’, poursuit le juge. ‘’Non’’, rétorque le mari, avant d’ajouter : ‘’Procréer est un don de Dieu. C’est Dieu qui donne des enfants. Je suppose que c’est de sa volonté, si ma femme n’a pas procréé.’’S’adressant aux cinq prévenus, le juge leur a demandé si M. G. est une sorcière. ‘’M. G. n’est pas une sorcière’’, ont-ils répondu contre toute attente. ‘’Et pourquoi donc vous l’avez chassée du village, si elle n’est pas sorcière ?’’, a poursuivi le juge. Les prévenus ont été incapables d’apporter une réponse à cette question et ont préféré se taire tout simplement.Au finish, ils ont tous les cinq été reconnus coupables des délits d’association de malfaiteurs et de diffamation, et ont été condamnés à 2 mois de prison ferme. Quant au chef du village A. B., il a été relaxé au bénéfice du doute. 

Les élites nigérianes se marient entre elles pour préserver leur pouvoir

0
Les unions entre grandes familles relèvent souvent d’une stratégie d’alliance pour accroître le pouvoir des deux clans.L’amour, oui, peut-être, mais pas uniquement. Au Nigeria, pour la classe politique et les milieux économiques à succès, mieux vaut choisir avec soin son conjoint pour sécuriser son avenir et faire fructifier la richesse de sa famille. La pratique n’a rien d’exceptionnel mais les élites locales disposent d’un art maîtrisé pour imaginer des unions « relevant » entre leurs enfants.Difficile à traduire dans sa globalité, cette expression exprime la capacité d’une personne à être « utile » ou « pertinente ». C’est-à-dire, en clair dans l’écosystème nigérian : être capable d’apporter des contrats juteux, ainsi que garantir suffisamment de soutiens humains et financiers pour accéder à des postes politiques pour soi-même ou pour ses proches, qui sauront rendre la pareille. Le mariage est ainsi, au sein du pays le plus peuplé d’Afrique, une institution capitale pour sanctuariser sa « relevance ».Alliances de clansLe dernier exemple de ces unions de grandes familles nigérianes s’est tenu le samedi 3 mars à Kano. Tout ce que le Nigeria compte de têtes d’affiche politiques s’étaient données rendez-vous dans la deuxième ville du pays pour la célébration du mariage entre la fille du gouverneur de Kano, Abdullahi Umar Ganduje, et le fils du gouverneur d’Oyo (sud-est), Abiola Ajimobi. Le président Muhammadu Buhari, le président du sénat Bukola Saraki, une vingtaine de gouverneurs et d’innombrables sénateurs et députés, avaient fait le déplacement pour célébrer l’événement.L’émir de Kano, Sanusi II, l’une des plus hautes autorités de l’islam au Nigeria et ancien gouverneur de la Banque centrale du pays, dirigeait la prière pour l’assistance, composée quasi exclusivement des puissants nigérians. Si les heureux mariés, Idris Abiola Ajimobi et Fatima Umar Ganduje, étaient bien au cœur des festivités de la journée, ce genre de mariage entre deux grandes familles d’hommes politiques, particulièrement courant au Nigeria, permet surtout d’accroître le pouvoir économique et politique des deux clans en scellant leur alliance. Si les hommes politiques ont ce type de réflexe, il en est de même pour les hommes d’affaires – la frontière entre les deux activités est particulièrement ténue au Nigeria. La stratégie matrimoniale comme moyen de souder deux puissantes familles n’est évidemment pas propre au Nigeria, mais elle y est devenue une science particulièrement éprouvée et efficace.Muhammadu Indimi, roi du réseautage par le mariageLes hommes d’affaires nigérians avisés ne s’y trompent pas : il faut faire grandir par tous les moyens leurs réseaux politiques et religieux au plus haut sommet de l’Etat. Pour cela, quoi de mieux que de marier ses enfants à des sommités politiques, religieuses et économiques venant des quatre coins du pays ? L’un des meilleurs spécialistes de ces équilibres est sans conteste le milliardaire Muhammadu Indimi, fondateur et président de la société pétrolière Oriental Energy Resources (OER), l’une des firmes locales les plus profitables du secteur grâce aux gisements offshore d’Ebok et Okwok.
  1. Indimi, originaire de l’Etat de Borno au nord-est, a mis en place un véritable maillage géopolitique du pays grâce aux mariages de ses enfants. Le plus beau succès d’Indimi est probablement le mariage en décembre 2016 de son fils Ahmed avec la fille de Muhammadu Buhari, Zahra. Bien avant ce mariage en grande pompe, organisé à la mosquée d’Abuja, Muhammadu Indimi avait travaillé, tel un mécano, à l’union de ses autres enfants avec les progénitures d’autres grandes familles nigérianes. Mustafa Indimi a par exemple épousé, en janvier 2017, Hadiza Sheriff, la fille de l’ex gouverneur de l’Etat de Borno qui a aussi été le président de l’une des factions du principal parti d’opposition au Nigeria (People’s Democratic Party), Ali Modou Sheriff. Ce dernier est un grand ami du président tchadien Idriss Déby. Le Tchad lui a notamment octroyé nombre de blocs pétroliers d’exploration. M. Sheriff est donc un intermédiaire de choix pour les nigérians souhaitant investir au Tchad. Un des autres fils de Muhammadu Indimi, Ibrahim, s’est marié avec la fille de Sani Dangote, vice-président du groupe fondé par son frère, l’homme d’affaires le plus riche d’Afrique, Aliko Dangote.
Muhammadu Indimi a fait de même avec ses filles. Yakolo Indimi, l’administratrice de la société pétrolière de son père, est mariée depuis plusieurs années à Muhammed, l’un des fils de l’ancien président nigérian Ibrahim Babangida (1985-1993). Amina Indimi a quant à elle épousé un membre de la famille Fodio de l’Emir de Sokoto, la plus haute autorité de l’islam au Nigeria. Enfin, le petit dernier, Jibrilla Indimi, s’est uni avec Hadiza Giwa, la fille adoptive du puissant émir de Zaria, Alhaji Shehu Idris.Avec Le Monde Afrique