INTERVIEW : ‘Blanchiment’ de l’administration mauritanienne en cours ?
Sénécinéma: exégèse de la solitude des personnages chez Sembéne et Mambety
L’un, tour à tour ancien combattant, docker, militant syndical, écrivain, militant politique et opposant politique (rappelons qu’il s’est souvent querellé avec l’état sénégalais sous Senghor qui a constamment cherché à l’isoler). L’autre, un peu moins connu, comédien, scénariste et réalisateur de génie. Ni l’un ni l’autre n’a réussi à passer le baccalauréat (ils étaient tous deux quasiment autodidactes) car ils savaient sans doute que la véritable école de la vie se trouve au contact de la population.Leurs films parurent presque aux mêmes dates (1968 Mandabi /1969 Contras’City, 1970 Badou Boy/1971 Emitaî, 1973 Touki-Bouki/1974 Xala, 1992 Hyénes et Guélewar, …), mirent en scéne des personnages presque similaires avec les mêmes acteurs (Makhourédia Guèye dans Xala, Mandabi et Hyènes, Mareme Niang dans Xala, Guelwar et Touki-Bouki, etc.). Et pourtant jamais productions cinématographiques ne furent si différentes dans l’interprétation du fait colonial, leur utilisation de la tradition orale, leurs descriptions des espaces de vie, leurs représentations des langues et des coutumes.Je ne vais pas de faire ici un comparatif exhaustif des deux cinéastes africains les plus marquants. Parce que je n’en suis pas capable intellectuellement mais surtout il faudrait plus qu’un article pour couvrir l’étendue et la fertilité de l’œuvre respective de Sembene Ousmane et de Djibril Diop Mambety, dont la subtilité et la profondeur sont un éclatant témoignage du destin de l’Afrique, dans le théâtre de ses drames, le tumulte de ses angoisses, les détours de son humour, l’ombre de ses phobies ou le mirage de ses espoirs.Comme il serait ardu d’en faire un portrait exhaustif, jetons l’encre sur la solitude, cet instant intime, ou ces révérés peintres de l’âme, ont souvent plongés leurs personnages, non pour les masquer, mais les livrer à eux même, nous convier à la transe de leurs émotions. Il va sans dire que le vécu ou la couleur que chacun de ces maitres donnent à la solitude, résonnent selon leur propre sensibilité et l’horizon de leur art.Une solitude recherchée chez Mambety
Pour évoquer la solitude chez Mambéty, Badou Boy (1971) vient tout de suite à l’esprit. Je pense que c’est l’un des rares films de cette époque à faire l’apologie de la solitude. Ici nait le premier thème de la création cinématographique de Mambéty : la solitude quasi-totale des personnages devant leurs conditions. Ses derniers la cherchent, la cultivent car elle seule les assure une voie libre des soucis d’une existence marginale.Les personnages de Badou Boy sont dans leur majorité des jeunes adolescents où on note l’absence de toute structure familiale, que des amitiés occasionnelles qui sont vite défaites. Ils ne vivent que de débrouillardises et de ruse. Aucun d’entre eux n’entreprend de se battre contre cette condition de solitude. Au contraire, tous semblent la chérir. Ils ne fréquentent aucun bureau de l’administration. Ce sont des citoyens affranchis de la tutelle de toute autorité, se contentant d’une croyance en la liberté individuelle.Badou Boy est considéré comme un western urbain. Le western qui est l’un des genres cinématographiques dont les héros se targuent d’une solitude jalousement gardée.Le personnage de Badou Boy prépare celui de Marigo dans Le Franc et ceux de Mory et Anta dans Touki- Bouki . Marigo est un jeune, mâle qui se complait dans la solitude et les grandes espaces vides l’attirent. Il est seul, pauvre mais doté d’une énergie sans faille et est capable de ruser pour s’en sortir. Mory et Anta sont tous deux solitaires qui tentent de survivre dans un milieu qui leur sont hostiles où toute dissension entraine immédiatement la répression.Notons quand même qu’avec Draman Drameh dans Hyénes, Mambéty crée son personnage le plus sociable et le seul qui, paradoxalement, mourra des mains des siens qui gardent le silence en permanence, les gueux.Comme on le voit ici la solitude chez Mambéty ne présuppose ni n’entraine le malheur. En réalité, elle permet de dire différemment, de voir d’un œil critique, et d’exercer une créativité qui s’accommode mal à la vie de groupe.Chez Sembène
La solitude des personnages de Badou Boy ou d’Hyénes diffère de ceux de Diouma dans La Noire de.. ou de Dieng dans Mandabi.Dans La Noire de.. la tragédie de Diouma se tisse et se dénoue dans la solitude du personnage. Elle est seule tout au long du film. Au marché des bonnes elle s’isole des autres et n’a aucun rapport avec ses collègues. Une fois embauchée, elle est seule avec ses employeurs blancs qui ont une langue et des habitudes différentes. Lorsqu’elle est sur le bateau qui l’amène vers le Cote d’Azur, il n’ya ni famille, ni ami pour lui dire au revoir. Et enfin une fois en France c’est dans la solitude qu’elle se donne la mort en se tranchant les veinesDans Mandabi, Dieng, le personnage principal, se retrouve seul, perdu au cœur de la ville de Médina, devant des bureaucrates, des policiers sans scrupule et des escrocs de tous genres. A la banque un jeune homme lui propose son aide il finit par se faire « taper ». Chez le photographe il se fait rudoyer par de escrocs. A la police, il se fait poliment éconduire et honteusement insulter au bureau de poste. Pour encaisser son mandat Dieng, seul est exploité, berné, toujours candide on assiste au cours du film à la métamorphose de l’homme.Chez Sembene, même dans la mort, la solitude fait de son objet une victime à la merci des autres. Ainsi dans Guelwar, le cadavre de Pierre Henri Thioune est spolié dans la solitude des bains rituels. Comme j’ai essayé de le montrer, la solitude dans l’œuvre de ces deux cinéastes d’envergure, porte l’empreinte d’un élan souvent militant pour Sembene et d’un regard nuancé sur la marche de l’Afrique. Celle qui traine la hantise de son passé, la violence de souvenirs qui prennent corps dans la réalité ; et l’autre qui se débats dans la quête d’une identité teintée de fantasmes et de reliquesJe ne pourrai pas finir sans évoquer le fait que ce qu’Ousmane Sembéne condamne par le silence, Mambéty, par le biais de l’ironie, le dénonce. Chez Sembène la seule forme de média représentée dans ses films se manifeste par l’appel de la prière ou par la musique. L’information électronique tout comme l’école sont totalement ignorées puisqu’il considère qu’elles véhiculent des contre-vérités. Ce qui va accentuer les différends avec le pouvoir, notamment avec Senghor. Chez Mambéty, l’ironie est utilisé pour ridiculiser le pouvoir comme en témoigne l’annonce radio diffusée dans Badou Boy « Chers auditeurs, nous interrompons nos émissions pour vous donner une nouvelle d’extrême gravité. La crise entre le Sénégal et la France prend une dimension que nul ne pouvait prévoir à sa naissance. C’est-à-dire, vous le savez, le jour où la délégation sénégalaise, s’est retirée d’une conférence sur la création d’une race africaine de chiens de luxe. Les troupes sénégalaises viennent de débarquer sur la Côte d’Azur. L’extraordinaire embonpoint des éléments sénégalais sème la panique sur les troupes estivales françaises. La Croix-Rouge internationale est débordée. Le maire de la région déclare, comme par le passé, ni nos hommes ni nos femmes ne se laisseront faire. A New York, ce soir, la réunion extraordinaire du Conseil de sécurité. Dieu et l’ONU sauvent la France »Le Sipikat ©Tract Quotidien 2018 – www.tract.sn Pour aller plus loin, ci-dessous une filmographie et une bibliographie.Filmographie :
Sembéne : (que les longs métrages)- La Noire de.. (1966)
- Mandabi (1968)
- Emitaï (1971)
- Xala (1974)
- Ceddo (1977)
- Camp Thiaroye (1987)
- Guelwaar (1992)
- Fat Kiné (2000)
- Moolaadé (2003)
- Contras’ City (1969) court métrage
- Badou Boy (1970)
- Touki-Bouki (1073)
- Hyénes (1992)
- Le Franc (1995)
- La petite vendeuse de soleil (1998)
Bibliographie :
Paulin Soumanou VIEYRA, « Sembéne Ousmane, cinéaste », Présence africaine,Samba GADJIGO « Ousmane Sembéne, une conscience africaine », Présence africaine,Sada NIANG « Djibril Diop Mambety, un cinéaste à contre-courant » L’Harmattan,Nar SENE « Djibril Diop Mambety, la caméra au bout du nez » l’Harmattan.Mame Mbaye Niang ne veut pas retenir les futurs ex-apéristes
‘Rebelle’? Atepa s’en défend et attrait le Grand Serigne de Dakar au tribunal
Que recèle l’accord gazier Mauritanie – Sénégal ?
Le Président Aziz a dit ses vérités à propos de l’accord gazier signé avec le Sénégal : « On peut pas se réveiller un beau jour, prendre une feuille de papier et signer un accord. C’est un processus qui prend du temps avant d’aboutir. Entre deux États voisins, nous partageons beaucoup de choses, que ce soit le fleuve ou nos ressortissants. Macky Sall et moi avions la responsabilité de faire le bon choix pour rapprocher nos pays.
Les infrastructures d’exploitation seront d’ailleurs installées à nos frontières. Nous n’avons pas cherché à satisfaire les intérêts de nos États, mais ceux de nos deux peuples car, en exploitant rapidement ce gisement, nous améliorerons leurs conditions de vie. Ce ne sera certainement pas le seul que nous aurons à partager, c’est pourquoi il était de notre devoir d’y arriver, et rapidement. D’après les études de BP et Kosmos, l’exploitation commencera d’ici à l’horizon 2021. »
Khalifa Sall ne désespère pas de faire prévaloir ses droits devant la Cedeao
Ce que la Cedeao a dit, a-t-il tenu à préciser, ‘’c’est qu’elle a été saisie très tard pour qu’elle prenne des mesures d’urgence pour le respect des droits du maire de Dakar pour un procès équitable, parce que le tribunal avait déjà commencé son travail’’. Donc, poursuit le conseil, ‘’nous ne sommes plus dans le cadre de l’urgence, car ces mesures ne s’imposaient pas’’. Par conséquent, selon les explications de Me Ly, la Cedeao reste saisie des demandes. A l’en croire, celles-ci seront probablement plaidées à l’audience du mois d’avril déplacée à Bamako. ‘’On attend la confirmation, car la cour a statué sur les mesures urgentes et non sur le fond’’, conclut-il.Les avocats de l’édile de la capitale avaient saisi la cour d’Abuja pour lui demander de bloquer la procédure initiée contre leur client, puisque ‘’ses droits avaient été violés’’. Les syndicats font jonction pour la grève générale
Kolda: l’affaire de sorcellerie atterrit au tribunal
L’affaire de sorcellerie qui avait fini d’alimenter les débats, dans le village de Mame Bignet, dans la commune de Diacounda (département de Bounkiling), a finalement connu son épilogue. Ce mercredi 28 février, le verdict a été rendu par le juge du Tribunal de grande instance de Kolda en faveur de M. G., accusée d’être une sorcière qui voulait ‘’dévorer’’ des enfants dudit village. ‘’Des enfants nous ont dit que pendant leur sommeil, ils rêvaient être pourchassés par un singe. Ainsi, j’ai convoqué tous les habitants du village. A l’issue d’une réunion, nous avons convenu de sortir le ‘’Fambondy’’ (un génie protecteur). Ainsi, les jeunes du village ont accompagné cet esprit pour aller débusquer le sorcier qui, selon eux, écumait le village’’, a expliqué A. B., chef du village de Mame Bignet.I. S., O. K. B., A. S. et I. K. B., les accompagnants du ‘’Fambondy’’, déclarent qu’ils ont, ainsi, visité concession après concession, jusqu’à arriver à la maison de V. D., mari de la victime. Une fois dans la demeure, le ‘’Fambondy’’ s’est introduit dans une chambre et a fait sortir M. G. C’est ainsi qu’elle a été conduite au domicile du chef de village, en l’occurrence A. B.. C’est là où a commencé tout le calvaire de la dame. ‘’Ils m’ont fait sortir de force de la chambre où j’étais avec mon mari. Ils m’ont trainée dehors comme une vulgaire personne nuisible à la société.Au vu et au su de tout le monde, ils m’ont battue, ils m’ont traitée de tous les noms d’oiseaux avant d’être expulsée du village, le lendemain matin, après 21 ans de mariage sans enfant dans ce village. O. K. B., un des accompagnants, a introduit sa main dans mon sexe devant la foule, pour enlever, dit-il, quelque chose qu’il n’a d’ailleurs jamais daigné exhiber, de mon vagin’’, témoigne la dame. Visiblement ahurie, elle assène : ‘’J’ai été vraiment humiliée et blessée au fond de mon âme. C’est pourquoi j’ai décidé de porter plainte contre A. B., chef du village, I. S., O. K. B, A. S. et I. K. B. pour que justice soit faite. Car je n’oublierai jamais ce qu’ils m’ont fait vivre.’’Interpelé, O. K. B. a rejeté en bloc toutes les accusations faites par la victime. ‘’Je n’ai jamais introduit ma main dans ses parties intimes. C’est une fausse accusation’’, s’est-il défendu. A la question de savoir en tant que mari de la victime, pourquoi il ne s’est pas opposé, lorsque les jeunes battaient sa femme et a laissé les gens expulser du village son épouse sans réagir, V. D., mari de la victime, a répondu : ‘’Je me suis plié à la décision du village. C’est pourquoi je ne pouvais rien faire.’’ ‘’Est-ce que ce n’est pas le fait que votre femme ne vous a pas donné d’enfants que vous avez accepté de coopérer avec les habitants du village ?’’, poursuit le juge. ‘’Non’’, rétorque le mari, avant d’ajouter : ‘’Procréer est un don de Dieu. C’est Dieu qui donne des enfants. Je suppose que c’est de sa volonté, si ma femme n’a pas procréé.’’S’adressant aux cinq prévenus, le juge leur a demandé si M. G. est une sorcière. ‘’M. G. n’est pas une sorcière’’, ont-ils répondu contre toute attente. ‘’Et pourquoi donc vous l’avez chassée du village, si elle n’est pas sorcière ?’’, a poursuivi le juge. Les prévenus ont été incapables d’apporter une réponse à cette question et ont préféré se taire tout simplement.Au finish, ils ont tous les cinq été reconnus coupables des délits d’association de malfaiteurs et de diffamation, et ont été condamnés à 2 mois de prison ferme. Quant au chef du village A. B., il a été relaxé au bénéfice du doute. Les élites nigérianes se marient entre elles pour préserver leur pouvoir
Le dernier exemple de ces unions de grandes familles nigérianes s’est tenu le samedi 3 mars à Kano. Tout ce que le Nigeria compte de têtes d’affiche politiques s’étaient données rendez-vous dans la deuxième ville du pays pour la célébration du mariage entre la fille du gouverneur de Kano, Abdullahi Umar Ganduje, et le fils du gouverneur d’Oyo (sud-est), Abiola Ajimobi. Le président Muhammadu Buhari, le président du sénat Bukola Saraki, une vingtaine de gouverneurs et d’innombrables sénateurs et députés, avaient fait le déplacement pour célébrer l’événement.L’émir de Kano, Sanusi II, l’une des plus hautes autorités de l’islam au Nigeria et ancien gouverneur de la Banque centrale du pays, dirigeait la prière pour l’assistance, composée quasi exclusivement des puissants nigérians. Si les heureux mariés, Idris Abiola Ajimobi et Fatima Umar Ganduje, étaient bien au cœur des festivités de la journée, ce genre de mariage entre deux grandes familles d’hommes politiques, particulièrement courant au Nigeria, permet surtout d’accroître le pouvoir économique et politique des deux clans en scellant leur alliance. Si les hommes politiques ont ce type de réflexe, il en est de même pour les hommes d’affaires – la frontière entre les deux activités est particulièrement ténue au Nigeria. La stratégie matrimoniale comme moyen de souder deux puissantes familles n’est évidemment pas propre au Nigeria, mais elle y est devenue une science particulièrement éprouvée et efficace.Muhammadu Indimi, roi du réseautage par le mariageLes hommes d’affaires nigérians avisés ne s’y trompent pas : il faut faire grandir par tous les moyens leurs réseaux politiques et religieux au plus haut sommet de l’Etat. Pour cela, quoi de mieux que de marier ses enfants à des sommités politiques, religieuses et économiques venant des quatre coins du pays ? L’un des meilleurs spécialistes de ces équilibres est sans conteste le milliardaire Muhammadu Indimi, fondateur et président de la société pétrolière Oriental Energy Resources (OER), l’une des firmes locales les plus profitables du secteur grâce aux gisements offshore d’Ebok et Okwok.- Indimi, originaire de l’Etat de Borno au nord-est, a mis en place un véritable maillage géopolitique du pays grâce aux mariages de ses enfants. Le plus beau succès d’Indimi est probablement le mariage en décembre 2016 de son fils Ahmed avec la fille de Muhammadu Buhari, Zahra. Bien avant ce mariage en grande pompe, organisé à la mosquée d’Abuja, Muhammadu Indimi avait travaillé, tel un mécano, à l’union de ses autres enfants avec les progénitures d’autres grandes familles nigérianes. Mustafa Indimi a par exemple épousé, en janvier 2017, Hadiza Sheriff, la fille de l’ex gouverneur de l’Etat de Borno qui a aussi été le président de l’une des factions du principal parti d’opposition au Nigeria (People’s Democratic Party), Ali Modou Sheriff. Ce dernier est un grand ami du président tchadien Idriss Déby. Le Tchad lui a notamment octroyé nombre de blocs pétroliers d’exploration. M. Sheriff est donc un intermédiaire de choix pour les nigérians souhaitant investir au Tchad. Un des autres fils de Muhammadu Indimi, Ibrahim, s’est marié avec la fille de Sani Dangote, vice-président du groupe fondé par son frère, l’homme d’affaires le plus riche d’Afrique, Aliko Dangote.



